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22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 09:19

 

 

HOC SIGNUM SANCTI PERPENDAS ESSE GEORGII

Sceau de l'Abbaye Saint-Georges de Rennes (XIe siècle) 

 

La date exacte de la fondation de Saint,Georges m'est pas indiquée dans l'acte qui contient les donations primitives du duc Alain III. Aussi l'époque précise de cet événement a-telle été diversement assignée par nos historiens bretons. Des documents inédits conservés dans les archives du monastère donnent les dates de 1018, 1028, 1030. Le Baud et d'Argentré semblent adopter approximativement la date de 1028 ; dom Lobineau et dom Morice se sont cru autorisés à fixer l'an 1032, comme concordant mieux avec les noms des témoins figurant dans la charte de fondation. Le P. du Paz et le P. Albert-le-Grand font remonter l'établissement de Saint-Georges à l'an 1006, en l'attribuant au duc Geoffroi. Cette dernière hypothèse est en contradiction avec les termes mêmes de l'acte qui est dressé au nom d'Alain, et qui, par conséquent, me peut être antérieur à l'an 1008, puisque ce prince me porta le titre de duc qu'après la mort de son père. Il y aurait peut-être moyen de concilier les assertions divergentes et de trancher la difficulté, en disant que le projet de fondation était dans la pensée du duc Geoffroi, qui n'eut pas le temps de l'exécuter. Son fils Alain, plus heureux, aurait accompli le voeu paternel. Les termes de la charte se prêteraient à une pareille interprétation. Ils supposent, en effet, que la princesse Adèle, première abbesse de Saint-Georges, vivait depuis plusieurs années déjà dans les exercices de la vie religieuse quand fut libellé l'acte de fondation dressé en sa faveur et à sa sollicitation. En lisant les formules de cette charte importante et vrai ment intéressante par son contexte, on est frappé, presque étonné du langage empreint de sentiments élevés et délicats, traduisant la pensée du fondateur et révélant une émotion qu'on s'attendrait peu à rencontrer chez ces fiers et rudes seigneurs féodaux : - « Ma sœur, dit, le duc Alain, voilà le plus précieux trésor que je possède sous le soleil; je l'ai offerte à Dieu; et pour combler le spirituel désir de son âme, j'ai consenti qu'elle se consacrât à lui par un vœu de perpétuelle virginité. Puis, la voyant possédée de l'amour divin, embrasser avec ardeur les saints exercices de la vie religieuse, et, par l'étude de la règle et de la science monastique, marcher dans la voie de la perfection, je lui ai fait don d'un lieu où se trouve réuni tout ce qui convient au régime de la vie régulière. Un stade, à peine, le sépare de ma cité de Rennes. Là, elle pourra, avec les saintes filles ses compagnes, servir sous la règle de saint Benoît le Seigneur Dieu et son précieux martyr saint Georges. » Georges. » Le duc détaille ensuite les dons qu'il fait au nouveau monastère : c'est un domaine de médiocre étendue, mais d'un produit avantageux. Il renferme des vignes d'abondant rap port, des champs fertiles, de fraiches prairies, une rivière poissonneuse avec deux moulins. Les limites de ce domaine sont, au Septentrion, la voie publique, « via publica; » c'est l'ancienne voie romaine se dirigeant vers Subdinum (Le Mans); au Midi, la rive gauche de la Vilaine ; à l'Orient, les possessions de l'abbaye de Saint-Melaine; enfin, à l'Occident, le faubourg même de la ville, « suburbium. » Sous cette dénomination étaient alors compris tous les quartiers en dehors et à l'Est de la ville close, de la vieille cité; les agglomérations de maisons et l'ensemble des rues au milieu desquelles s'élevaient dès lors l'église de Saint-Germain, l'hôpital Saint-Jacques, qui devint, au XIIIe siècle, le couvent des Franciscains ou Cordeliers ; -en un mot, tout l'espace désigné plus tard sous le nom de « ville neuve, » lorsqu'on l'entoura de douves et d'une enceinte de défense, de 1424 à 1448; -espace que représente aujourd'hui la portion de territoire délimitée par la Vilaine au Sud, les rues de Rohan, de l'Horloge, Châteaurenault, Champ-Jacquet à l'0uest; la place Sainte-Anne, la rue de la Visitation et celle des Fossés, au Nord; le contour de la Motte et la rue des Violiers, à l'Est. On peut donc se représenter l'ancien pourpris de l'abbaye tel que le décrit la charte, circonscrit par le cours de la Vilaine avant sa modification par l'établissement des quais, le chemin de Viarmes, les rues actuelles de Paris et de Belair, enfin la rue qui borde la promenade de la Motte à l'Ouest, la place Saint-Georges et la petite rue des Violiers. Outre ce petit mais fructueux domaine destiné à asseoir l'habitation principale des nouvelles épouses du Christ et l'église du monastère, le duc Alain conféra à sa sœur et à la communauté qu'elle gouvernait, soit dans l'acte de fondation, soit par des largesses successives, des immunités considérables. Ainsi, il leur accorda l'exemption générale de toutes coutumes ou redevances féodales que lui attribuaient l'usage et la loi des fiefs ; --le privilège de la liberté commerciale la plus étendue; -la jouissance et l'entière propriété de quatre moulins établis sur les deux rives du fleuve qui baignait, au Midi, les murailles de la cité. Ce sont ceux qu'on appela, au XVe siècle, les moulins de la Porte, et de nos jours moulins de la Poissonnerie. Ce qui en subsistait a complètement disparu lors des travaux pour la construction du canal et des quais de la Vilaine, dans la traverse de la ville, de 1841 a 1845. Là ne se bornaient pas les dons du duc Alain : il concédait encore à l'abbaye la seigneurie et le plein domaine d'un bourg considérable de Bretagne, nommé Tinténiac, -« Vicum non exiguum, » - ans compter la propriété de plusieurs riches métairies et villages, dans la paroisse d'Acigné et dans celle de Mordelles. L'acte de fondation de Saint-Georges fut entouré des formalités solennelles qui garantissaient alors la stabilité des concessions de cette importance et rendaient sacrés les engagements pris en pareilles conjonctures. La tendresse maternelle de la duchesse Havoise était ici d'accord avec la vive affection que portaient à leur sœur Adèle le duc Alain et son frère, le comte Eudon; aussi rien ne fut négligé de ce qui devait rendre la cérémonie plus imposante et les promesses plus irrévocables.

De puissants barons, grands feudataires du duché, étaient présents; ils ratifièrent comme témoins les largesses ducales et y donnèrent leur assentiment. On comptait dans cette noble assemblée le comte de Cornouailles, Alain Canhiart, -le baron de Vitré, -les sires de Porhoët et de La Guerche, etc. Plusieurs d'entre eux offrirent à l'envi leurs mères, leurs soeurs ou leurs filles, les consacrant à Dieu sous le gouvernement de la princesse Adèle. Ainsi, parmi les premières compagnes de l'illustre abbesse, figurent la mère et la sœur de Warin (ou Guérin), évêque de Rennes; la fille du vicomte Godsellin, ou Josselin, fils du premier comte de Porhoët; la fille de Riwallon, dit « Le Wicaire, » premier baron de Vitré. Les neuf évêques de Bretagne, l'archevêque de Dol en téte, furent aussi appelés à prêter leur concours et leur confirma tion à l'acte de fondation de Saint-Georges; ils prononcèrent, comme c'était l'usage, les plus redoutables anathèmes contre les infracteurs ou violateurs des immunités et les déprédateurs des possessions de l'abbaye. Aux donations primitives ne tardèrent pas à venir s'en joindre de nouvelles. Pendant que s'exécutaient les travaux de construction du monastère et de ses dépendances, le duc Alain et sa famille, puis les hauts barons, rivalisèrent de générosité et de zèle pieux pour assurer aux servantes de Dieu d'amples ressources. -Pour aider à l'édification de l'église abbatiale et des bâtiments conventuels, comme pour assurer la subsistance de sa communauté, Alain III abandonna à sa soeur les droits d'usage et de disposition les plus larges dans toutes ses forêts, notamment dans celles de Rennes et de Tanouarn ; il lui donna également la propriété exclusive du cours de la rivière et le droit de pêche sur la Vilaine, depuis les moulins de Rennes en remontant jusqu'à ceux de Cesson. Avant la mort de sa mère Havoise, qui mourut en 1034, et de concert avec elle et son frère Eudon, Alain fit encore divers dons à l'abbesse de Saint-Georges. Il faut rapporter à cette époque la donation du monastère de Saint-Pierre-du Marché, celle de l'île d'Artz, dans le Morbihan, celle de Chavagne, celle de la vallée du Linon, celle de Saint-Georges-de Grehaigne, celle de Pleubihan, ratifiée et confirmée, après la mort de la duchesse, par ses deux fils. Parmi les bienfaiteurs du monastère, les chartes de notre curieux Cartulaire et les documents recueillis et conservés dans les archives de l'abbaye de Saint-Georges nomment, pendant les XIe et XIIe siècles, à la suite des princes de la famille ducale, fondateurs originaires, le comte Geoffroi, frère naturel d'Alain III; Conan II, fils d'Alain, avec sa mère, Berthe de Chartres; le duc Alain Fergent, Conan III. Viennent ensuite les grands vassaux : les sires de Vitré, de Fougères, de Craon, de La Guerche, de Châteaugiron, d'Acigné; les seigneurs de de La Guerche, de Châteaugiron, d'Acigné; les seigneurs de Tinténiac, d'Apigné, de Bruz, de Lancé, de Saint-Gilles, de Mordelles, de Monbourcher, de Champeaux, etc., etc. Mais n'anticipons pas. Il y aura lieu de revenir, avec quelque détail, sur certains de ces bienfaiteurs. Pour le moment, il s'agit des origines de l'abbaye.

C'était en 1032 que se passait l'incident dont le récit va suivre. On travaillait à la construction de l'église et du monastère sur le terrain donné par le duc Alain à sa sœur bien-aimée. Adèle de Bretagne avait dit adieu à toutes les pompes mon daines; revétue du sévère costume bénédictin, elle venait avec ses saintes compagnes prendre possession des bâtiments non encore achevés. Devant elle se présente une noble dame, la vicomtesse Roiantelina. Cédant à une inspiration d'en haut, analogue à celle qui dirigeait la fille de nos ducs bretons, Roiantelina avait essayé de réunir à quelque distance de Rennes, sur le territoire de Chavagne, une congrégation de femmes, pour y vivre dans les exercices de la vie cénobitique. Mais le lieu et les ressources pour consolider un pareil établissement étaient reconnus insuffisants par la fondatrice. Elle venait donc prier l'abbesse Adèle, qui avait pris le titre de a servante des servantes du Christ, -ancillarum Christi ancilla, -d'accueillir dans son monastère et d'admettre comme ses filles les neuf religieuses qu'elle lui amenait. A cette occasion, Roiantelina fit don à l'abbesse de Saint Georges de la seigneurie de la Chapelle-Janson, de plusieurs métairies dans le pays de Combourg et de Pleine-Fougères, de la paroisse de Saint-Séglin avec tout ce qu'elle y possédait; enfin, la vicomtesse offrit encore vingt boeufs, douze vaches et dix-huit cavales. Elle voulait même s'engager à entretenir d'habits ses neuf religieuses, pendant toute leur vie. Mais 1'abbesse Adèle n'y put consentir : c'eut été, contrairement à la règle de l'Ordre, laisser « la contagion de l'esprit de propriété infecter sa famille religieuse. » Car c'est du supérieur seul que les cénobites qui suivent la règle de saint Benoît doivent attendre tout ce qui concerne l'alimentation et l'entretien de la vie de l'âme et du corps. Le bourg avec la paroisse de Chavagne, dont il vient d'être question, ne tarda guère à devenir une des dépendances de Saint-Georges : il était la propriété de la duchesse Havoise, mère d'Adèle, qui le tenait de la libéralité de son époux, le duc Geoffroi, comme « présent de noces » (enepgwerch). Havoise s'empressa d'investir l'abbaye que gouvernait sa fille de tous ses droits sur Chavagne. Elle y ajouta bientôt d'autres largesses. . C'est ainsi qu'en 1034, elle augmenta les revenus du monastère par le don de la paroisse et des fiefs de Pleubihan, sur le rivage de la mer, dans le diocèse de Tréguier. Ce don, ratifié par ses fils Alain et Eudon, la même année, comprenait une foule de redevances productives dont on verra le détail dans le Cartulaire : elles se levaient sur les chevaliers comme sur les vassaux non nobles, « cum equitibus et villanis. » Il nous suffira d'indiquer ici que, pour la perception des coutumes et des rentes seigneuriales, soumise à la surveillance d'un prévôt féodé qui était en même temps juge temporel pour l'exercice de la juridiction abbatiale, le fief de Pleubihan était divisé en trèves

 

Le duc Alain III venait de mourir en Normandie; il fut, d'après les chroniqueurs contemporains, victime d'un empoisonnement. C'était en 1040, au retour d'une expédition contre les seigneurs normands rebelles à son pupille, le jeune duc Guillaume-le-Bâtard, fils du fameux Robert-le-Diable, mort à Nice en 1036, au retour de son pèlerinage de Jérusalem, comme il a été raconté ci-dessus. La duchesse Berthe, veuve d'Alain, avait la tutelle et la garde de son fils Conan, âgé de trois mois. La nouvelle du décès de son époux lui arrive. Dans les premiers moments de sa douleur, la princesse exhale ses regrets, et pour obtenir des religieuses de Saint-Georges de plus ferventes prières pour l'âme de l'illustre défunt, elle leur fait don de la paroisse de Plogasmou, dans le pays de Léon, avec tous les droits seigneuriaux et domaniaux, les privilèges, rentes et revenus appartenant au comte suzerain. A vingt-deux ans de là, en 1061, Conan ratifiait solennellement cette donation de sa mère Berthe, d'accord avec ses grands vassaux. Après la mort de Conan, son beau-frère Hoël, époux de Havoise de Bretagne, et déjà comte de Cornouailles et de Nantes, avait ceint la couronne ducale ; il la transmit à son fils Alain IV, dit Alain Fergent. Ici reparaît avec lui une autre Adèle de Bretagne, sa sœur, qui fut aussi abbesse de Saint Georges. Elle fut la quatrième dans la série des abbesses, et commença en 1085 son gouvernement, qui dura soixante-huit ans, car elle ne mourut qu'en 1152. L'administration de l'abbesse Adèle, deuxième du nom, sœur d'Alain Fergent, semble avoir été active, prévoyante et pleine de prudence pour sauvegarder les intérêts temporels de sa maison conventuelle. C'est à l'époque de som gouvernement que remonte la rédaction des róles censiers, des mémoires ou notices des rentes et des redevances dues au monastère par les vassaux des fiefs et des domaines relevant de Saint Georges, en Tinténiac, en Acigné, aux environs de Rennes, à la Chapelle-Janson, à Pleubihan et à Plougasnou. Les droits et les possessions de l'abbaye. de Saint-Georges souffrirent plus d'une atteinte au temps où Pierre de Dreux, donnant carrière à son humeur égoïste, inquiète et impérieuse, exerçait son despotisme tracassier aux dépens des biens et privilèges des évêques, des moines et des clercs de son duché, après avoir bataillé contre les seigneurs et les barons. Plusieurs églises furent détruites, à Rennes et aux alentours, par suite des démêlés violents suscités contre le clergé par le duc Pierre ; aussi toute la Bretagne l'appelait-elle à juste titre Mauclerc, surnom qui lui est resté dans l'histoire. Un acte curieux des archives du Chapitre de Saint-Pierre de Rennes constate qu'en 1231 le duc paya à l'évêque et au chapitre une somme de 2,200 livres pour contribuer au rétablissement des églises détruites par son fait, et de l'aumônerie ou hôpital de Rennes : « Ad opus ecclesiarum dirutarum et elemosinarie Redonensis.

 

 

 

 

Croix reliquaire de l'abbaye de Saint-Georges de Rennes, fin XVIIe

Droit de Coutumes.

Concession faite par la duchesse Constance à l'abbaye de Saint-Georges de dix livres de rente à prendre sur les entrées de Rennes.

 

 

Constantia, comitis Conani filia, ducissa Britanniæ comitissa Richemontis, universis sanctæ matris Ecclesiæ filiis, tam prælatis quam subditis, presentibus et futuris, ad quorum audientiam istæ litteræ pervenerint, salutem. Quoniam in humanis rebus moverca (sic) solet esse oblivio, solent quæ gesta sunt litterarum memoriæ commendari. Noverit itaque universitas vestra me divinæ pietatis intuitu et animæ boni viri mei Gaufridi, ducis Britanniæ, necnon antecessorum et successorum, meorum delictorum venia, et etiam pro filii mei prosperitate, dedisse et concessisse, et hac mea carta confirmasse Deo et abbatiæ Sancti Georgii Redonensis et sanctimo nialibus ibidem Deo servientibus decem libras redditus in passagio meo de Redonis, et in perpetuum possidendas in perpetuam elemosinam. Volo etiam et statuo quod supradictæ sanctimoniales de eadem donatione, die scilicet Sanctæ Agnetis, communem pitanciam inter se habeant annuatim. Quare volo et præcipio quod supradictæ sanctimoniales illas decem libras redditus annuatimi, sicut superius dictum est, bene et in pace, integre et libere, et honorifice habeant et teneant, et in perpetuum possideant. His testibus : Hamet (sic) Redonense et Eudone Leonense tesaurario; Guillelmo senescallo Redonense; Roberto de Apigneio ; Stephano presbitero Goionis ; Gaufredo Torneminense ; Guillelmo de Orgeriis; Joscelino de Cenomanis; Gaufredo filio Burg.....; Pagano de Becherel; Petro scriptore, et aliis quam pluribus; apud Redonas. -Cum sigillo.

 

Liste des Abbesses ayant gouverné la dite abbaye :

 

 

La princesse Adèle fut établie abbesse de la communauté, qu'elle gouverna jusqu'à sa mort, arrivée le 5 mars 1062.

 

 

Hodierne succéda à la princesse Adèle en 1068, et fut bénite par Alain, évêque de Rennes. On ignore l'année de sa mort; le jour en est marqué au 13 janvier dans le nécrologe de Roncerai.

 

 

Adèle de Bretagne, soeur du duc Alain Fergent, fut bénite par Silvestre de La Guerche, évêque de Rennes, vers l'an 1085. Le duc à sa considération confirma tontes les donations faites au monastère, et lui en lit de nouvelles.

 

 

Tiephaine fut la quatrième abbesse de Saint-Georges, et vivait comme les deux précédentes du temps de Gervais, élu abbé de Saint - Melaine en 1081, et mort en 1109.

 

 

Adélaïde obtint une bulle du pape Alexandre III, qui prend le monastère de Suint-Georges sous sa protection avec tous les biens qui lui ont été donnés. Ce pape monta sur le saint Siège en 1159.

 

 

Etiennette deTinteniac, suivant un acte, fut bénite vers l'an 1184, transigea en 1200 avec quelques laïques qui lui disputaient les oblations de l'église de Mordelles, et mourut le 23 septembre 1209, suivant les Mémoires de Du Paz.

 

 

Mathilde vivait en 1223 et 1231, suivant quelques actes de son abbaye.

 

 

Jamette transigea en 1274, avec les chanoines de Dol, pour les dîmes de la paroisse de Sainl-Georges-de-Gubaingné au même diocèse.

 

 

Guiotte, par la grâcè de Dieu abbesse de Saint-Georges, transigea en 1275, avec Olivier de Tinteniac, chevalier, sur un vivier qui était en contestation.

 

 

Catherine de Matefelon reçut en 1295 une obligation qui lui fut faite pour une certaine somme d'argent, et acquit quelques terres en janvier 1304.

 

 

Philippe de Matefelon gouvernait l'abbaye en 1321 et 1322, suivant quelques actes de son monastère.

 

 

Alix de Matefelon afféagea, en 1360, un emplacement situé devant son monastère.

 

 

Julienne Du Guesclin permit au duc, le 5 août 1399, de lever vingt sous par feu sur les hommes de Tinteniac.

 

 

Philippotte de Saint-Pern obtint un mandement de la chancellerie le 30 juin 1406. Elle plaida contre IsabeauTurpin, qui fut maintenue par lettres du 17 septembre 1406.

 

 

IsabeauTurpin était abbesse au mois de juillet 1420, suivant un acte de Saint-Pierre de Rennes.

 

 

Perrine Du Feu ou Du Fou disputa le pas aux abbés de Saint-Melaine dans les processions et cérémonies publiques. Leur différend fut terminé par une transaction passée à Chateaubriand le 28 mars 1454, dans laquelle il fut réglé que l'abbé de Saint- Melaine, à cause de sa dignité sacerdotale et autres raisons, aurait toutes les prééminences et prérogatives sur l'abbesse de Saint-Georges. Elle vivait encore le 25 avril 1460.

 

 

Isabeau Piedeloup fut élue en 1461, mais son élection ne fut pas unanime, une partie de la communauté s'étant déclarée pour Olive de Quelen. La première réclama la protection du duc et l'obtint ; la seconde eut recours au pape, qui lui fit expédier ses bulles : mais Isabeau fut maintenue par lettres du duc, enregistrées à la chancellerie au mois de juin 1462. Fondée sur cet arrêt, elle jouit de l'abbaye, sans bulles et sans bénédiction jusqu'à sa mort, arrivée en 1472, suivant M. de Langan, auteur du catalogue des abbesses de Saint-Georges 

 

Olive de Quelen entra en possession de l'abbaye après la mort de sa concurrente, et s'en démit en 1485 en faveur de Françoise d'Espinai, sa religieuse.

 

Marguerite Du Guini, religieuse de Saint-Sulpice, fit quelques démarches auprès du duc pour se procurer cette place : mais la faveur de la maison d'Espinai l'emporta.

 

 

Françoise d'Espinai succéda à madame de Quelen en 1485, et mourut en 1520. Pour prévenir les troubles qui pouvaient naître après sa mort dans la communauté, elle s'était donné une coadjutrice qui lui succéda.

 

 

Roberte Busson présenta son placet au conseil de Bretagne en 1520, pour avoir permission d'exécuter ses bulles sur l'abbaye de Saint-Georges, et en obtint mainlevée. Elle parait être morte vers l'an 1523.

 

 

Isabeau Hamon, soeur des évêques de Nantes et de Vannes, prit possession de l'abbaye en 1523. Les religieuses menaient alors une vie si licencieuse, qu'elle fut obligée d'avoir recours au bras séculier pour les contraindre à vivre régulièrement..

 

 

Christine Tocstain ou Toetain succéda à Isabeau Hamon, et ne réussit pas mieux que celle qui l'avait précédée à soumettre les religieuses à la vie régulière.

 

 

Jeanne de La Prihaudaie, religieuse de Fontevrault, était abbesse en 1534; mais les lettres de maintenue et de sauvegarde , qu'elle obtint du conseil de Bretagne le 2 mars 1536, marquent que sa possession n'était pas paisible.

 

 

Marie de Kermeno fut maintenue en possession de l'abbaye en 1536, et en jouissait encore en 1540. Cela suppose qu'elle supplanta Jeanne de La Prihaudaie

 

 

 

Jeanne de Kermeno fit en 1556,serment de fidélité au roi dans la chambre des comptes de Nantes pour l'abbaye de Saint-Georges. Elle mourut le 27 avril 1572.

 

 

Philippe d'Espinai obtint mainlevée de l'abbaye de Saint-Georges le 26 janvier 1573, et mourut sur la fin de l'an 1583.

 

 

Gabrielle de Maure paraît avoir succédé à madame d'Espinai. Elle fit serment de fidélité au roi en 1598, et mourut la même année.

 

 

Maiguise de Beauquerre fit serment de fidélité au roi, et obtint mainlevée de l'abbaye de Saint-Georges en 1599.

 

 

Françoise de La Fayette fit serment de fidélité au roi en 1617 pour l'abbaye de Saint-Georges. Elle choisit pour sa coadjutrice Madeleine de La Fayette, sa nièce, et mourut le 30 juin 1633. (Ci-dessous)

 

 

Madeleine de La Fayette fut bénite en 1663, et mourut en 1693, après avoir rebâti une partie de sa maison.

 

 

Marguerite De Halgoet fut pourvue en 1693, à la recommandation de Madeleine Du Halgoet, duchesse de Coislin, sa parente, et du cardinal de Coislin, évêque d'Orléans et grand aumônier de France.

 

 

Elisabeth d'Alègre prit possession de l'abbaye le 2 mai 1715. Elle mourut le 18 avril 1741.

 

 

 

Judith de Chamont de Guitry, prit possession le 1 7 octobre 1742, et mourut en 1779.

 

 

Julie Bareau de Girac, soeur de M. de Girac, évêque de Rennes, fut nommée à l'abbaye de Saint-Georges en 1779, et survécut à la destruction de son monastère. Elle était la quarante-sixième abbesse ; ce qui prouve que le catalogue ci-dessus est loin d'être complet.

 

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21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 12:42

 

Jean III fut marié trois fois. Nous viendrons tout à l'heure a ses trois contrats de mariage ; mais auparavant il faut dire ses débats,avec la duchesse Yolande à propos des dernières dispositions d'Arthur II. Jean s'était empressé, nous l'avons vu, du vivant de son père, de faire du moins, en partie l'assiette du douaire d'Yolande. Cet empressement semblait l'indice de sa parfaite soumission aux volontés de son père ; mais devenu duc il allait changer d'attitude, La duchesse douairière réclama-t-elle trop vivement ses droits et ceux de ses enfants? Les exécuteurs testamentaires agirent-ils avec trop de rigueur, comme Jean III les en accusa un peu plus tard. A ta réflexion, le duc trouva-t-il les libéralités paternelles trop onéreuses? Toujours est-il qu'en 1313, il imagina un moyen héroïque de s'en affranchir. Il signala au pape Clément V le mariage de son père comme nul pour deux raisons : la clandestinité et le défaut de dispenses que la parenté des deux époux rendait nécessaires. L'annulation prononcée, le droit d'Yolande au douaire s'évanouissait, et ses enfants devenus illégitimes n'avaient rien à réclamer. Mais le mariage n'avait pas été clandestin ; et les époux étant cousins seulement au degré qui suit celui de cousins issus de germains, le pape crut pouvoir se rendre au désir exprimé par le roi Philippe le Bel, et il repoussa la tardive requête de Jean III. On peut croire que Jean, quelque peu honteux de l'injure faite à la mémoire de son père, se laissa facilement ramener par le roi à un accommodement. Il nomma pour arbitre Charles, comte de Valois, qui avait été son beau-père, Yolande en nomma un autre ; et ils dressèrent un projet d'accord que les parties acceptèrent, que le roi ratifia et dont voici les bases. La rente de 8000 l (660.000 fr.), faite aux enfants d'Yolande est assise sur les terres de Perche, Maine et Normandie, à défaut sur « rentes en deniers » de Normandie et Champagne, et au cas d'insuffisance (très improbable) sur une terre en Bretagne. Le douaire de 7000 l (577,000 fr.) sera assis pour 4000 l (330,000 fr.) sur la seigneurie de St-Aubin-du-Cormier. Le reste, 3000l (247,000 fr.) sera acquitté par le duc lui même en deux termes égaux à Noël et à la St-Jean. Enfin les 20,000 l (1,650,000 fr.) en capital « ordonnées par le testament d'Arthur pour le mariage de ses cinq filles seront payées comme suit: le duc remettra 10,000 l (825,000 fr.) à Jeanne, l'aînée; -et il paiera 14,000 » en sept années à raison de 2000 à chaque jour de Noël.

Ainsi le duc aura payé 24,000 l au lieu des 20,000 I portées au testament. Il semble donc gratifier ses sœurs ou sa sœur Jeanne de 4000 l. Yolande et Jeanne, qui avait alors quatorze ans, comparaissent à l'acte pour l'approuver. La paix était rétablie. D'autres débats survinrent huit ans après, à raison peut-être de l'inexécution du premier traité. Un second accord fut conclu à Vannes le 11 juin 1321. Il fut convenu que le douaire de la duchesse serait assis comme auparavant sur St-Aubin-du-Cormier, et en plus sur terres de Tréguier, Guérande, Dinan et Hédé. Il semble aussi que la somme de 10,000l appartient encore à Jeanne ; mais, pour ses deux sœurs cadettes, devenues seules héritières avec Jeanne, il n'est plus question que de 4000 l, 2000 à chacune. En sorte que le legs de 20,000 l porté à 24,000 l par l'accord de 1313 aurait été définitivement réduit à 14,000 par l'accord de 1321. La duchesse Yolande mourut l'année suivante... Avant de parvenir au trône, Jean III avait été marié deux fois. En 1298, son grand-père Jean II, l'avait fiancé à Isabelle de Valois. Elle mourut en 1309; et, l'année suivante, Jean épousa Isabelle de Castille. Devenu duc, il, contracta un troisième mariage avec Jeanne de Savoie. Nous en dirons quelques mots plus tard. Parlons d'abord avec quelques détails des deux premiers contrats de mariage. En même temps qu'il créait le duc Jean II pair de France, Philippe le Bel lui offrit pour son petit-fils Jean, déjà héritier de Limoges, et futur duc de Bretagne, la main d'Isabelle de Valois. Elle était nièce du roi, fille de son seul frère germain, Charles, comte de Valois, Alençon, Chartres et Anjou. Nous allons le voir, le roi tenait à s'attacher la Bretagne par un nouveau lien.

 

 

Duc Jean III et Isabelle de Savoie, 1292-1309, à gauche avec sa mère Blanche de Bourgogne

Né le 7 mars 1286, Jean avait huit ans, et Isabelle trois ou quatre. Le contrat de mariage où sont parties, le comte et la comtesse de Valois, Jean II et son fils le futur duc Arthur II, fut dressé probablement en février 1297 (1298 n. st.), en tout cas avant le carême.Le comte de Valois promît en dot une rente de 2500 l (environ 284.000 francs) assise sur la Roche-sur-Yon, et, s'il fallait un supplément,sur deux terres en Anjou, Maine, Chartres ou Perche. Le comte mit aussitôt ces terres aux mains du duc de Bretagne, apparemment en sûreté de ses engagements, mais à la condition que nous dirons plus loin. En outre Charles de Valois promit en capital une somme de 20,000 l (2.212.000 fr.) payable comme suit : 5000 l (568,000 fr.) un mois avant la bénédiction du mariage ; 5000 l dans l'année qui suivra ; 10,000 l ( (1436,000 francs) dans les deux années suivantes. Cette dernière somme doit être employée à l'achat d'une terre pour Isabelle et ses hoirs. Si elle meurt sans enfants, la somme de 20,000l ou les immeubles payés par elle ou partie d'elle reviendront aux père, mère ou héritiers d'Isabelle. Enfin, si elle meurt avant l'âge du mariage, le comte s'engage à donner Jeanne, une autre fille, à Jean, ou, s'il mourait aussi, à son frère Guy. Si Jeanne est morte ou mariée et que Jean meurt, une soeur cadette, Marguerite, épousera Guy. De son côté le duc Jean II promet de rendre chaque année, jusqu'à la célébration du mariage, tous les profits de la terre de la Roche-sur-Yon et autres. Il n'en aura donc été que gardien durant tout ce temps. Le duc constitue en douaire une rente de 2000 l (227.000 francs) assise sur terres en Perche et Champagne, et au besoin en Bretagne; et il ajoutes sauf le douaire qu'Isabelle devrait avoir par la coutume du pays en la terre de Jean par sa mère ; et le douaire qu'elle devrait avoir en nos terres de Bretagne et d'ailleurs, après la mort de nous, Arthur et Jean. Le duc consent à l'avance, dans les hypothèses preuves vues plus haut, aux mariages de Jean et de Guy avec les soeurs d'Isabelle. Enfin une clause à signaler. Charles de Valois promet solennellement à Arthur,que «pour avoir consenti au mariage de son fils, il n'aura à souffrir aucun dommage à raison d'une coutume que l'on dit exister en Bretagne : « Si gentilhomme marie son fils aîné et « que le mariage soit fait de son assentiment, il lui doit bailler le tiers de sa terre en pourvéance... » Par le « tiers de la terre », il faut entendre la jouissance, l'usufruit. Le fils ne pourra ni vendre ni hypothéquer.

Comment le comte de Valois est-il si bien informé de cette coutume bretonne ? C'est Arthur qui l'en a instruit, parce qu'il entend se prémunir contre cette règle du duché. En effet il prend seulement l'engagement, après qu'il sera devenu duc, de verser chaque année à son fils une rente de 3000 l (338,000 francs). On peut conclure de là que, malgré ses termes absolus, la règle ne recevait pas une exécution bien rigoureuse, puisque des conventions pouvaient y être substituées dès le XIIIe siècle, Plus tard, elle recevra dans la Coutume écrite des adoucissements et des exceptions et finira par être sans application. Le mariage de Jean et d'Isabelle de Valois fut célébré. Nous avons dit que Jean devenu veuf en 1309 épousa l'année suivante Isabelle de Castille, cousine germaine de sa première femme, Nous ne savons si Jean avait donné Limoges en douaire à Isabelle de Valois : c'est assez probable, puisque nous le voyons donner cette seigneurie à Isabelle de Castille, et plus tard à sa troisième épouse. Du reste, nous n'avons pas le contrat du second mariage avec Béatrix ; et le don de Limoges nous est appris par un acte du mois de mars 1312 (1313 nouv. st.) du roi Philippe-le-Bel. Le roi approuve l'acte par lequel, avant son mariage, c'est-à-dire par le contrat du mariage célébré, comme nous l'avons dit, en 1310, Jean a donné « pour présent de noces, à Isabelle la vicomte de Limoges pour en jouir pendant sa vie et les enfants qui naîtraient de son mariage». Le roi rappelle qu'une des conditions de la donation est qu'Isabelle recevra les hommages des fiefs de la vicomte; et un autre que Jean « s'oblige à faire en sorte que son frère Guy laisse Isabelle en paisible jouissance ». Cette obligation doit être une réponse à cette objection : « Mais Limoges est la principale seigneurie de votre mère. Que va dire votre frère Guy ? » Or, après un an juste, un nouvel acte du roi, daté de mars 1313 (1314 nouv. st. ) nous apprend que Guy a vivement réclamé son partage, que des amis sont intervenus, et ont ramené la paix entre le duc et Guy ; et, pour la cimenter, lé roi ratifie, approuve et, à la demande des deux frères, confirme l'accord passé entre eux. Voici en résumé cet accord : Jean donne à Guy en apanage et sans aucune réserve la vicomte de Limoges à deux conditions : Guy renonce à quelques successions collatérales mentionnées dans l'acte; et il paiera, chaque année, une rente de 2000 l (110.000 fr.) à la duchesse Yolande sur son douaire. Quand le duc signait cet acte, et quand le roi et son conseil le ratifiaient, duc, roi, et conseil du roi avaient apparemment oublié que, plusieurs années auparavant, le duc avait donné Limoges à Isabelle de Castille non seulement en douaire, mais en don de noces. Or, à la différence du douaire, dont l'ouverture immédiate. Que va dire Isabelle qui, elle, se souvient ? Isabelle proteste contre le don de l'apanage et n'obtient rien. Pour couper court à toute discussion,elle se met en possession. C'est au tour de Guy de se plaindre. Le duc n'écoutant rien, Guy s'empare de Limoges et s'y installe à main armée. Le duc le laisse faire. Isabelle recourt à son neveu Alphonse XI, roi de Castille. Il se joint à elle pour assigner Guy devant le parlement de France, Le roi intervient; et, au mois d'avril 1317, le parlement ratifie et rend exécutoire un accord entre les parties. La première condition de cet accord c'est la reconnaissance du douaire ou présent de noces fait à Isabelle. Mais Guy a droit à un apanage. Son frère va le lui donner en Bretagne, En 1316, Guy a épousé Jeanne de Penthièvre, dite d'Avaugour, héritière du Goello, seul mais important débris de l'ancien comté de Penthièvre, comprenant environ cent paroisses entre le Gouet et le Trieux. Jean III offrit à son frère l'ancien comté de Penthièvre, de l'Arguenon au Gouet, moins pourtant la seigneurie et le château de Jugon évalués 300 l de revenu (25.000 francs) et plus le comté de Guingamp, les seigneuries et châteaux de Pontrieux, c'est-à-dire de Châteaulin-sur-Trieux, et de la Roche-Derrien,vers Tréguier. Toutes ces seigneuries, sont évaluées 8000 l de rente (660.000 francs). Il est convenu que Guy paiera chaque année sur le douaire de la duchesse Yolande la somme de 2000 l (165000 fr.). Guy se hâta d'accepter cet apanage au coeur de la Bretagne, Un terme de deux années est accordé à Isabelle pour choisir entre Limoges et les seigneuries bretonnes. C'est dire que les deux lots sont égaux. Malheureusement pour la Bretagne, elle se tint à Limoges, Que n'a-t-elle choisi le Penthièvre ! A sa mort, le 24 juillet 1327, ce comté eût fait retour à la couronne, et une cause de divisions fatale à la Bretagne aurait été prévenue.

Quand le duc signait cet acte, et quand le roi et son conseil le ratifiaient, duc, roi, et conseil du roi avaient apparemment oublié que, plusieurs années auparavant, le duc avait donné Limoges à Isabelle de Castille non seulement en douaire, mais en don de noces. Or, à la différence du douaire, dont l'ouverture immédiate. Que va dire Isabelle qui, elle, se souvient ? Isabelle proteste contre le don de l'apanage et n'obtient rien. Pour couper court à toute discussion,elle se met en possession. C'est au tour de Guy de se plaindre. Le duc n'écoutant rien, Guy s'empare de Limoges et s'y installe à main armée. Le duc le laisse faire. Isabelle recourt à son neveu Alphonse XI, roi de Castille. Il se joint à elle pour assigner Guy devant le parlement de France, Le roi intervient; et, au mois d'avril 1317, le parlement ratifie et rend exécutoire un accord entre les parties. La première condition de cet accord c'est la reconnaissance du douaire ou présent de noces fait à Isabelle. Mais Guy a droit à un apanage. Son frère va le lui donner en Bretagne, En 1316, Guy a épousé Jeanne de Penthièvre, dite d'Avaugour, héritière du Goello, seul mais important débris de l'ancien comté de Penthièvre, comprenant environ cent paroisses entre le Gouet et le Trieux. Jean III offrit à son frère l'ancien comté de Penthièvre, de l'Arguenon au Gouet, moins pourtant la seigneurie et le château de Jugon évalués 300 l de revenu (25.000 francs) et plus le comté de Guingamp, les seigneuries et châteaux de Pontrieux, c'est-à-dire de Châteaulin-sur-Trieux, et de la Roche-Derrien,vers Tréguier. Toutes ces seigneuries, sont évaluées 8000 l de rente (660.000 francs). Il est convenu que Guy paiera chaque année sur le douaire de la duchesse Yolande la somme de 2000 l (165000 fr.). Guy se hâta d'accepter cet apanage au coeur de la Bretagne, Un terme de deux années est accordé à Isabelle pour choisir entre Limoges et les seigneuries bretonnes. C'est dire que les deux lots sont égaux. Malheureusement pour la Bretagne, elle se tint à Limoges, Que n'a-t-elle choisi le Penthièvre ! A sa mort, le 24 juillet 1327, ce comté eût fait retour à la couronne, et une cause de divisions fatale à la Bretagne aurait été prévenue.

 

C'est ainsi que Jean III répara une première et presque incroyable maladresse par une seconde maladresse ! Maîtresse de l'ancien Penthièvre, Jeanne quitta le nom d'Avaugour pour reprendre celui de ses ancêtres de Penthièvre ; elle mourut en 1327 ; Guy la suivit en 1331. Ils laissaient une fille unique, dite comtesse de Penthièvre, âgée de quinze ans, dont Jean III fut le tuteur. Un an auparavant (21 mars 1329,1330 nouv. st.), le duc avait épousé Jeanne de Savoie et lui avait donné en douaire, la vicomte de Limoges. Presque au même temps, Jean de Montfort épousait Jeanne de Flandre. Un fils (qui sera Jean IV) leur naîtra en 1339. Le duc en sera le parrain; mais il tiendra toujours le comte de Montfort éloigné des affaires. Mais une question tourmente le duc : Va-t-il disposer du duché? et en faveur de qui? Selon le droit breton, le duché appartient à sa nièce et pupille, Jeanne de Penthièvre par représentation de son père Guy décédé. Selon la coutume française il appartient à Jean comte de Montfort. Le duc n'osait décider entr'eux ; et, dans sa perplexité, il songeait à donner la Bretagne au roi de France par échange avec le duché d'Orléans. Son projet transpire ; ses barons viennent en troupe le trouver, et lui donner des conseils, qu'il n'a pas demandés/mais qu'il va suivre. Chose curieuse ! Cette question de la succession de Bretagne sur laquelle le duc hésite, elle est nettement tranchée en Angleterre. En 1335, le roi Edouard III envoie une ambassade « à son très cher cousin le duc », pour demander sa « nièce et héritière » au nom de son frère le comte de Cornouaille, Il faut au roi pour son frère non la dame de Penthièvre, mais la future duchesse : la Bretagne aux mains de son frère mari de la duchesse, sera aux Anglais une porte ouverte sur la France. (Décembre 1335). Cest pourquoi le due répondit que sa parole était presque engagée ailleurs. Ce n'était pas tout à fait vrai ; mais bientôt, sur le conseil de ses barons, le duc entre plusieurs prétendants, choisit Charles de Châtillon dit de Blois, fils cadet de Guy, comte de Blois et de Marguerite, soeur de Philippe de Valois. Il était ainsi neveu du roi qui l'offrait au duc. A ce moment, le duc montre sa nièce comme héritière du duché, si bien, que Charles de Blois, malgré les protestations de Montfort, reçoit, avec l'aveu du duc, l'hommage de plusieurs barons. Que Jean III déclare solennellement sa nièce héritière, et la Bretagne entière l'accueillera sans guerre, car Montfort n'a pas de parti en Bretagne. Non : il ne fera rien. Son testament est muet sur ce point : et son silence a déchaîné la guerre sur la Bretagne. Le duc mourut à Caen, le 30 avril 1341, en revenant d'une expédition en Flandre. La douairière Jeanne de Savoie lui survécut jusqu'au 29 juin 1344: elle avait quitté la Bretagne, et mourut au bois de Vincennes.

 

 

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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 16:57

 

Sur les confins du Morbihan, et de l'Île-et-Vilaine, près du bourg de Plelan-le-Grand, s'étend la forêt de Paimpont, reste des immenses halliers de Brocéliande ou Brécilien, célèbre dans les romans de la Table-Ronde. Avant de parler de cette forêt et des souvenirs qui s'y rattachent, je dirai quelques mots du village dont elle porte le nom. Paimpont, jadis Pen-Pont, du mot celtique pen (tête), parce qu'il était le principal endroit de la commune, en est encore le chef-lieu. L'origine du pays fut une vaste abbaye dont on attribue la fondation à Judicaël, fils du roi breton Hoël, qui mourut dans un cloître et fut canonisé. Une chronique rapporte que le roi de France Dagobert lui ayant déclaré injustement la guerre, il marcha résolument du fond de l'Armorique au devant des troupes envoyées contre lui, les battit et les chassa jusqu'au Mans ; qu'une seconde armée royale, commandée par le duc de Chartres fut exterminée aux environs de Laval dans une embuscade tendue par Budic, comte de Cornouailles, lieutenant de Judicaël : « Exempt d'ambition, il revint en Bretagne après sa victoire et renvoya au monarque franck, sans rançon, le duc qui avait été fait prisonnier. Emu de sa noble conduite, Dagobert voulut le voir et lui envoya saint Eloi son ministre, qui l'emmena à la cour. Il fut reçu par le roi avec toutes sortes d'honneurs. Touché par les vertus et la piété de saint Ouen, familier de Dagobert, il abdiqua la couronne après son retour en Armorique et entra au monastère de Gaël. » Telle est la tradition. L'impartiale histoire attribue à Judicaël moins de grandeur d'âme. La vérité c'est que les Bretons ayant, durant les vendanges de 537, 538, 54o, dévasté, selon leur habitude, les territoires de Rennes et de Nantes, le roi Dagobert qui venait d'exterminer dans les plaines de Poitiers les Wascons unis aux Aquitains insurgés, résolut de prévenir les révoltes des guerriers d'Armorique. Il expédia des messagers à Judicaël pour « lui signifier qu'ils se hâtassent d'amender ce qu'ils avaient fait de mal et de se remettre en son pouvoir, sinon que l'armée de Burgondie, qui avait été chez les Wascons, se jetterait sur la Bretagne ». Judicaël, malgré le prestige et la puissance dont il disposait, n'osa braver les armes des Francks et vint humblement trouver Dagobert à la métairie royale de Clichy « avec de beaux présents » et il promit « que lui et son royaume de Bretagne seraient toujours soumis à Dagobert et aux Francks ». Toutefois le roi d'Armorique ne voulut point s'associer aux somptueux repas du monarque libertin et aima mieux partager la table du référendaire Dade, autrement appelé Audoën, ami de saint Colomban, disciple de saint Eloi, depuis évêque de Rouen et qui est connu sous le nom de saint Ouen. Saint Eloi avait montré un grand talent de négociateur en amenant Judicaël à faire sa soumission. Le roi l'en récompensa en le nommant évêque de Noyon. Judicaël mourut (658), dans un monastère qu'il avait quitté (632) pour reprendre sa couronne après la mort de son frère Salomon.

 

 

L'assassinat des deux fils de Clodomir

Quant à la fameuse embuscade où seraient tombés les Francks, le chroniqueur s'est trompé. Il veut parler, sans doute, de l'un des épisodes que voici, des deux peut-être, et qui eurent lieu en 590, sous le règne de Chilpéric, mari de Frédégonde, pendant la guerre contre les Bretons, dont le roi Warok lui avait refusé tribut. Fils de Mac Liaw et comte de Vannes, ce Warok fut un héros de l'indépendance armoricaine (voir Lieux des sépultures des souverains Bretons, page n° 16) . Nature bizarre : son génie était un mélange d'astuce et de brutalité. Il fit aux Francks une guerre terrible. Embusqué dans le fond du pays de Vannes, instruit par ses espions des moindres mouvements des troupes de Chilpéric, il les laissa s'avancer sans méfiance dans cette contrée, hérissée de bois, coupée de ravins, de fondrières, et, lorsqu'il les eut à sa merci, il fondit sur elles de tous côtés et les tailla en pièces. L'attaque eut lieu comme elles sortaient d'un long et sombre défilé. Beppolen, gouverneur de Rennes et de Nantes pour le roi franck, qui commandait le principal corps, fut tué, la plupart de ses compagnons pris, égorgés ou noyés dans la vase des marais. Le combat avait duré deux jours. Hebraher, lieutenant de Beppolen, qui devait le rejoindre au début des opérations, ne le fit pas, par trahison, dît Grégoire de Tours. Il en fut cruellement puni. Quand il voulut regagner le pays de Nantes, il fut assailli par Warok au moment de repasser la Vilaine à gué et son arrière-garde fut détruite complètement. Enfin, à la traversée de la Mayenne, une partie de l'armée francke, attaquée à l'improviste par les Angevins, qu'elle avait rançonnés à son premier passage, perdit dans une embuscade un grand nombre de soldats. (Grégoire de Tours, livre IX.) Les Bretons Kimris, ou bretonnants (de la Domnonée) remportèrent de la Haute-Bretagne un butin considérable. Originaires du pays du cidre, ces barbares, friands des bonnes choses, voulurent goûter le vin capiteux des coteaux de la Loire. Ils coupèrent avec leurs épées toute la vendange et l'emportèrent en Armorique pour en savourer plus à leur aise le jus exquis. Non loin de Paimpont sont les communes de Thélin et de Kon-Kored, célèbres chacune à sa manière. Certaines clairières de la région mystérieuse composant actuellement le pays de Thélin étaient restées si longtemps ignorées de leurs voisins qu'une sorte de république de paysans avait pu s'y maintenir ; c'était celle de Thélin. Les Thélandais se gouvernaient eux-mêmes et, chaque année, réunis auprès d'une fontaine, ils élisaient par acclamation les administrateurs publics ; leurs propriétés étaient communes. Mais dès que leur isolement cessa, ils perdirent à la fois leurs privilèges et leurs moeurs ; l'ancienne république de Thélin n'a laissé qu'un nom. Le nom de Kon-Kored, que l'on écrit Concoret, signifie Vallon des Fées. Cette paroisse est fameuse par le souvenir d'Eon de l'Etoile, qui y naquit. Ce gentilhomme prétendait être le fils de Dieu. Se proclamant le Messie, il parcourut, prêchant sa doctrine, la Bretagne, le Poitou, la Sainlonge, etc.; c'était vers 1140. Il fit des prosélytes, à qui il enseignait sa religion. Les habitants de Concoret sont appelés « les sorciers dans tout le pays de Vannes, depuis le XIIe siècle à cause de la très grande part qu'ils prirent à l'hérésie d'Eon ». (Emile Souvestre.)

 

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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 11:51

 

En 1259, Jean le Roux obtint pour son fils Jean, comte de Richement, la main de Béatrix, fille du roi d'Angleterre Henri III. Ce mariage fut négocié en même temps que la paix signée à Saint-Denis entre Henri III et le roi saint Louis, Nous ne savons pas les conventions concernant le douaire ; mais la dot faite à Béatrix est à signaler. Elle consiste dans la rente annuelle de 3720 livres (environ 422000 francs de nos jours) que le roi de France s'oblige à payer au roi d'Angleterre sur l'Agenois. Béatrix allait mourir, en 1275, « à la fleur de son âge et d'une excellente beauté » Nous avons une très gracieuse lettre de la duchesse Blanche au roi d'Angleterre père de Béatrix : la duchesse s'y montre très aimable belle-mère pour Béatrix, et grand'mère très fière de son petit-fils Arthur alors âgé de trois ans, qu'elle dit « moult bon, et moult bel ». Mais, après la mort de Henri III (1272), de Béatrix (1275), de Blanche (1283), de Jean le Roux (1280), cette union intimé des deux maisons de Bretagne et d'Angleterre va cesser, comme nons allons voir plus loin.

 

 

 

 

Jean II duc de Bretagne et  Béatrix d'Angleterre

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 17:29
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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 08:49
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17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 15:46
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17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 14:53
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16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 12:58

Cette ancienne sgrie avait droit de haute, moyenne et basse justice ; située en la par. d'Elven, trêve d'Aguénéac, frairie de Bellon, évêché de Vannes, elle relevait noblement, en partie du Roi sous son domaine de Vannes et en partie du comté de Largouet. Elle fut autrefois possédée par les cadets de la maison de Bretagne ; le château leur servait de maison de chasse et il était admirablement situé pour cela, au milieu d'une vaste forêt qui couvrait le territoire de la commune actuelle de Trédion et des communes environnantes. (Le Morbihan, son Histoire et ses Monuments par Cayot-Délandre. 1847, in-8°, p. 258.) Dès le XIe siècle, elle appartint aux Malestroit, égalementsgrs de Malestroit, de Largouet et d'Elven. Le 14 nov. 1324, Payen III de Malestroit fit un accord avec Renaud Braccoux, prieur de Trédion, au sujet des droits qu'il prétendait avoir sur les habitants de Trédion. (Cartulaire du Morbihan. Fonds du prieuré de Saint-Nicolas de Ploërmel. Original sur parchemin jadis scellé de deux sceaux sur double queue.) Trédion passa dans la suite aux Rieux par le mariage, en 1461, de Françoise Raguenel, dame de Malestroit, en 1481, fille aînée de Jean IV Raguenel, sgr de Malestroit, et de Gillette de Châteaugiron, avec Jean IV, sire de Rieux et de Rochefort, comte d'Harcourt et maréchal de Bretagne (1447-1518). Jean IV de Rieux épousa 2° en 1495, Claude de Maillé, « laquelle, dit Moréri, article de Rieux, fut suffoquée du feu qui prit par accident (sic) au château d'Elven ». Jean IV de Rieux fit reconstruire la façade actuelle du château de Trédion sur laquelle on voyait autrefois ses armoiries sculptées qui disparurent pendant la Révolution. (Cayot-Délandre déjà cité, p. 258.) Claude de Rieux, comtesse de Montfort en Bretagne, née le 8 févr. 1525, porta Trédion en dot à François de Coligny, sgr d'Andelot, colonel général de l'infanterie française, qu'elle épousa le 19 mars 1547. Elle succéda ensuite à sa sœur Renée dans tous ses biens et embrassa la religion protestante dont son mari faisait profession. Elle était fille de Claude Ier de Rieux et de Catherine de Laval. Claude Ier de Rieux eut de sa seconde femme, Suzanne de Bourbon, un fils, Claude II de Rieux, et une fille, Louise de Rieux, dame d'Ancenis, née en 1531, mariée le 30 déc. 1550 à René de Lorraine, marquis d'Elbeuf, général des galères, et dont le fils, Charles Ier de Lorraine, duc d'Elbeuf en 1575, par représentation de sa mère, recueillit toute la succession de la maison de Rieux, Trédion compris. Ce dernier eut pour fils : Charles II de Lorraine, duc d'Elbeuf, pair de France, le 5 nov. 1657 et qui laissa des dettes pour la liquidation desquelles les châtellenie, terre, sgrie et château de Trédion furent adjugés, le 5 sept. 1665, à Louis Alvarez, trésorier et payeur des Cent Suisses du Roi, et à Marin Moisan, bourgeois de Paris, par messieurs de Marillac et Boucherat, conseillers ordinaires du Roi en ses conseils, de Thuisy, La Mortelière et Méliand, aussi conseillers du Roi, maîtres ordinaires de ses requêtes, et suivant les arrêts du Conseil des 11 févr. 1670, 24 juil. 1675 et 12 nov. 1676, « le tout vendu pour la liquidation des dettes de feu le duc d'Elbeuf, du consentement de messire Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, messire François de Lorraine, comte d'Harcourt, et damoiselle Marguerite-Ignace de Lorraine d'Elbeuf, enfans de très haut et puissant prince messire Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, pair de France ». La forêt de Brohun fut acquise par lesd. Alvarez et Moisan, par contrat du 12 oct. 1676. (Arch. nat. P. 1743, fus 65-95.)

Le 22 juin 1679, devant René Rio et Le Clerc, notaires royaux à Vannes, François Moisan, « faisant pour Louis Alvarez, tresorier et payeur des Cent Suisses du Roy, demeurant à Paris, rue Thibaud aux dez, paroisse de Sainct Germain de Lauxerrois, et dame Marie Philippes, veuve de feu Marin Moisan, vivant bourgeois de Paris, ès noms et qualités qu'elle procedde, et Adrian Moisant, aussi bourgeois de Paris, demeurant avec laditte dame sa mère, rue Sainct Honoré, paroisse Sainct Eustache, tant en son nom que pour ses frères et soeurs, enfans et heritiers dudict feu Marin Moisan, et aussy ledict François Moisan, procureur faisant en son privé nom et comme héritier dudict feu Marin Moisan, son père, rendirent aveu et dénombrement au Roi « des maisons, terres, fiefs, justices, rentes, parcq et forest de Brohun dict Trédion, qu'ils tenaient et possédaient prochement et noblement du Roi, à cause de son comté et domaine de Vannes, à devoirs d'obéissance en plein fief, foi et hommage. Ce dénombrement comprend : La chastellenie, terre et sgrie, chasteau, parc et forest de Brohun dict de Trédion, assis et sictués en la paroisse d'Elven, se consistanten tous droits de haute, moyenneet basse justice, tant ordinaire qu'extraordinaire, que des eaux et forests, tous droicts de rivière, chasse, pesche, fiefs, arriere fiefs, jurisdictions, vassaux, arriere vassaux, droicts de quints et requints, désherances, espaves, aubeines, confiscations, taux, amendes, lots (lods) et ventes, droicts de garde et sauvegarde, halles, harats, foudraye, courses de harats, avec poursuitte de bestes sur toutte l'estendue desdictes chastellenie, sgrie et forest de Brohun dict de Trédion, appartenances d'icelle, que dans la forest et parc de Lanvannes (Lanvaux), forest de Camcre (Camors) et autres Le chasteau consistant en un grand corps de logis, deux granges et autres bastimens, ruinés et démolis, cours, jardins, pourpris. » (Arch. nat. P. 1743, fs 65-95.)

 

Par lettres royaux données à Paris au mois de janv. 1650, les terres et sgries d'Aguénéac, de Kervasy et de la Rivière avaient été unies et incorporées à la terre et sgrie de Trédion et cette dernière érigée en châtellenie, avec droit de haute justice,en faveur de Pierre de Sérent, chlr, consr du Roi, président au présidial de Vannes et maître ordinaire des requêtes de la Reine régente, lequel, par contrat d'afféagement du Ier juil. 1647, avait précédemment acquis lad. sgrie de Trédion de Jean-Emmanuel de Rieux, marquis d'Asserac, comte de Largouet, gouverneur de Guérande, en 1656. Par les mêmes lettres, trois foires par an et un marché furent créés en lad. terre et sgrie de Trédion. Messire Henry Chabot, duc de Rohan, et dame Marguerite, duchesse de Rohan, princesse de Léon et comtesse de Porhouet, ainsi que Charles de Bréhand, sr de la Rivière, prieur de Saint-Nicolas de Ploërmel et de Saint-Martin de Redon, s'opposèrent à la vérification de ces lettres. Sébastien de Rosmadec, marquis dud. lieu, remontra que personne n'était plus intéressé que lui à s'opposer à lad. vérification, les maison et sgrie de la Rivière et le lieu noble de Quélen étant tenus à foi et rachat de sa juridiction et baronnie de Sérent, mais il consentit cependant à ce que led. Pierre de Sérent jouît de la grâce que le Roi lui avait faite, à la charge de lui rendre, comme par le passé, les hommages, aveux et autres droits sgriaux. Led. Charles de Bréhand produisit à cette occasion l'acte de fondation du prieuré de Saint-Nicolas de Ploërmel de l'an 1261. Malgré ces diverses oppositions, le Parlement de Bretagne, séant à Rennes, ordonna que lesd. lettres royaux de janv. 1650 seraient enregistrées à son greffe civil, sans préjudice néanmoins des droits desdits opposants. (Archives départementales d'Ille-et-Vilaine. Registres du Parlement de Bretagne. Grand'chambre. Minutes d'arrêts.) Pierre de Sérent fut encore troublé dans la jouissance desd. Lettres royaux de janv. 1650 par.Nicolas Fouquet, ministre d'Etat, surintendant des finances du Roi et son procureur général au Parlement de Paris, adjudicataire,par décret, du comté de Largouet, saisi réellement et vendu sur ledit feu marquis d'Asserac Nicolas Fouquet prétendait que la terre et sgrie de Trédion était une ancienne dépendance du comté de Largouet, en faisait partie et, en cette qualité, avait été comprise, tant en la saisie réelle dud. comté du 6 sept. 1646, antérieur aud. contrat d'afféagement, que dans l'adjudication faite en conséquence.Par sentence contradictoire rendue aux requêtes du Palais, à Paris, le 2 juil. 1660, Pierre de Sérent fut évincé de lad. terre et sgrie de Trédion. Mais peu après, au mois de déc. de la même année, il obtint de nouvelles lettres royaux qui lui donnèrent gain de cause et le confirmèrentdans les droits qui lui avaient été attribués par celles de janv. 1650, sous cette réserve que lesd. terres et sgries ainsi réunies porteraient le nom de châtellenie d'Aguénéac. (Arch. Départementales d'Ille-et-Vilaine. Section judiciaire au palais de justice de Rennes. Registres dès Enregistrements du Parlement de Bretagne, XXII, f° 146 verso. B. 24, texte. Bibl. nat., Ms français, 22317, f° 194, analyse.)

 

Quoique dépossédé de la châtellenie de Trédion sur laquelle, dans sa toute-puissance, il avait cru devoir mettre la main, Nicolas Fouquet conserva néanmoins ses droits de suzeraineté sur cette terre, et c'est pour cela que Trédion, après la disgrâce du célèbre surintendant des finances, par arrêt de la Chambre de justice du 2 sept. 1667, fut saisi, ainsi que les autres terres que Fouquet possédait en Bretagne : Largouet, Cantizac, le parc d'Elven et le fief de Lanvaux. (Bibl. nat. Carrés de d'Hozier 270, p. 52.) S'il faut en croire une tradition populaire demeurée dans le pays, Nicolas Fouquet aurait caché, dans le parc du château de Trédion, une partie de ses richesses. Le 8 nov. 1683, Marguerite de Sapien, épouse de Charles-Roland Fouquet, chlr, sgr de la Ferronière, chlr de Notre-Damedu Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, acquit la châtellenie de Trédion de Charles de Lorraine, IIIe du nom, duc d'Elbeuf, pair de France, chlr des ordres du Roi et gouverneur de Picardie. De son mariage avec Marguerite de Sapien, il n'eut qu'une fille : Sylvie Fouquet, qualifiée dame vicomtesse de Trédion, dame de Belleville et autres lieux, etc., dans son contrat de mariage du 21 févr. 1709, avec Hyacinthe de Lantivy, chlr, sgr de Kergoff. C'est ainsi que la châtellenie ou vicomté de Trédion est entrée dans la maison de Lantivy qui l'a conservée jusqu'au 18 fructidor an XI (5 septembre 1803), date à laquelle elle fut vendue par Jean-Louis de Lantivy, vicomte de Trédion. Le 13 déc. 1775, il en avait rendu, hommage au Roi. (Pour plus de détails, voir ci-dessus pages 137-140, 143, 147 et 148.) Après 1803, la terre de Trédion fut, pendant quelque temps, la propriété des princes d'Orléans. En 1834, elle fut acquise par M. du Fresne de Virel qui y établit, avant 1847, un haut-fourneau, aujourd'hui, disparu, où l'on confectionnait les objets de fonte moulée et employait trois à quatre cents ouvriers. Cet établissement procura de précieuses ressources à la localité, en même temps que la présence et les soins du nouveau propriétaire remettaient en progrès de valeur cette ancienne terre ducale. (Cayot-Délandre, déjà cité, p. 258.) L'ancien manoir de Trédion est encore la propriété de la famille du Fresne de Virel ; elle l'a augmenté de tourelles et d'élégantes constructions qui en ont fait l'un des plus beaux châteaux de la Bretagne. On lit dans l'Essai sur les antiquités du département du Morbihan par J. Mahé, chanoine de la cathédrale de Vannes. Vannes,in-8°, 1825, p. 101; et 125. « Le parc de Trédion renfermeune belle Roche-aux-Fées1 dont la table, avant qu'on en eût brisé une des extrémités, pouvoit avoir vingt-quatre pieds de longueur et en a encore près de vingt-deux. Le même parc renferme un menhir2, encore vertical, auquel on donne par approximation dix ou douze pieds de hauteur. A ses pieds est « couchée une autre pierre plus longue. C'est apparemment une autre fichade que le temps a renversée Paul Lucas prétend avoir vu dans l'Asie Mineure des pierres verticales terminées par des figures peu différentes des grotesques de Trédion, ce qui ne surprendra pas ceux qui savent combien il y avoit en cette terre de colonies des Celtes. » Cayot-Délandre a aussi parlé, dans les termes suivants, de ces monuments celtiques, à la page 259 de son ouvrage sur le Morbihan, publié en 1847 : « Le territoire de la commune de Trédion, autrefois couvert de forêts, porte partout les traces du culte druidique ; j'y ai visité un grand nombre de monumens dont je vais citer les plus remarquables : 4° Dans le parc de Trédion, un dolmen de 6 mètres 50 de longueur. La table est d'une seule pierre. Les supports ont fléchi et la table est inclinée sur l'un de ses côtés. 5° Dans ce même parc, deux menhirs, l'un près de l'autre. L'un des deux est encore debout ; il a 3 mètres 50 de hauteur ; le second est renversé, il est long de 5 mètres. » Comme nous l'avons déjà dit ci-dessus, p. 138 et suivantes, plusieurs membres des familles Fouquet et de Lantivy furent inh. dans la chapelle du château de Trédion, laquelle n'existe plus. Les principales enclaves de la sgrie de Trédion étaient le parc ou forêt de Brohun, planté de bois de haute futaie, et les métairies de la Porte et de Carhaix. La terre de Beauchêne(actuellement château en la com. de Trédion, appartenant à la famille de Charette) relevait de la sgrie de Trédion. Par arrêt du Conseil du 29 juin 1726, elle fut déclarée dans la mouvance de la juridiction de cette sgrie. Le 21 févr. 1772, par acte passé devant Jollivet et Hervieu, notaires à Vannes, messire Simon de Trogoff, sgr de Beauchêne, de Pennelan, par. de Quemper-Guézennec, et autres lieux, la vendit à Pierre-Gilles Michel, ancien subrécargue de la Compagnie des Indes, pour la somme de 35.000 livres. (Arch. du comte de Lantivy de Trédion. Papier original,) Trédion, qui était autrefois une succursale de la par. d'Elven, a été érigé en commune en 1838. L'église a été reconstruite en 1870. Le comté de Largouet comprenait le château d'Elven et une trentaine de paroisses. Derian d'Elven vivait en 1020. (Cartulairedu Morbihan.)Au XIIe siècle, Largouet appartenait aux Malestroit. Entre 1180 et 1200, il fut divisé en deux parts presque égales : la portion est, donnée en partage à un cadet, prit le nom de Rochefort; la partie ouest, avec Elven pour chef-lieu, retint le nom de Largoët ou Largouet. En 1374, Rochefort entra dans la maison de Rieux par mariage ; Largouet pareillement en 1461. (Voir ci-dessus p. 343.) Jean IV de Rieux, maréchal de Bretagne, tuteur de la duchesse Anne de Bretagne, appela les Français contre elle, mais il se soumit à cette princesse en 1450 et ses anciens alliés brûlèrent et rasèrent son château d'Elven qu'il fit reconstruire avec les libéralités de la duchesse. Comme nous l'avons expliqué plus haut, pages 343 et suiv., Largouet, comme Trédion, passa successivement des Rieux aux Coligny, aux Lorraine d'Elbeuf et à Nicolas Fouquet qui, le 28 juin 1660, acquit aussi le fief de Grandchamp, démembré de l'ancienne baronnie de Lanvaux, d'écuyer Julien Gibon, sgr du Grisso. Le 10 janv. 1686, le domaine de Largouet et ses annexes, le fief de Lanvaux et celui de la forêt de Trédion furent vendus par la veuve de Nicolas Fouquet, Madeleine de Castille, pour le prix de 150.000 livres, plus 11.000 livres de pots de vin, à Louis de Trémereuc, chlr, conseiller au Parlement de Bretagne, dont la fille et héritière, Anne-Louise de T., porta Largouet, trois ans plus tard, à Toussaint de Cornulier, président au Parlement de Bretagne, dont les descendants le possédèrent jusqu'à la Révolution.En 1890, les ruines du château d'Elven appartenaient à M. du Bot. (Abbé Guilloux. La baronnie de Lanvaux. J. Trevedy, ancien président au tribunal de Quimper. Revue Morbihannaise de 1890.)

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16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 06:55

Contrat de mariage de Jean Ier dit Le Roux.

 

 

En 1213, Alix, duchesse de Bretagne, fut donnée par Philippe Auguste en mariage à Pierre de Dreux, dit Mauclerc. En 1217, elle eut un fils qui fut Jean Ier dit le Roux ; elle mourut le 21 octobre 1221. Jean avait quatre ans et Pierre de Dreux, tuteur de son fils, allait gouverner la Bretagne avec le titre de duc pendant seize années. En 1236, à la veille de sa majorité, Pierre obtint pour Jean la main de Blanche de Champagne, fille et alors principale héritière de Thibault, comte de Champagne et roi de Navarre. Thibault traita royalement sa fille ; il promit de lui laisser la Navarre, même s'il avait un fils de son troisième mariage. Voyant déjà ses descendants portant la couronne la moitié des terres que lui-même laisserait a son fils en France et en Champagne. Cet acte était passé dans la seconde quinzaine de janvier (1236 n. st), cent ans avant la publication de la Coutume. Dans cette attribution du tiers des biens du duc en Bretagne il est permis de voir la preuve ou un indice que la quotité du tiers prescrite par la Coutume un siècle plus tard était déjà dans l'usage commun. Nous allons voir Jean le Roux affirmer cet usage. Thibault mourut en 1253. Un fils lui était né; et dans son intérêt, le roi saint Louis détermina Jean le Roux à renoncer aux droits de Blanche sur la Navarre. A ces possessions lointaines, le duc Jean préférait sans doute des domaines en Bretagne ; mais il allait faire payer sa renonciation. Avant de prendre possession du trône, Thibault II consentira au duc de Bretagne une rente annuelle de 3,000 livres (environ 340,000 francs) dont le duc, le plus grand manieur d'argent de son duché, saura faire un utile usage ; vingt-six ans après son mariage, Jean le Roux modifie comme suit la constitution du douaire. Il rappelle qu'il a « doué sa femme de toute la tierce partie, de toute la duchée, laquelle chose, dit-il, nous pouvons faire aux us et aux coutumes de la duchée » ; mais en échange de cette tierce partie, à la requête de ses fils Jean et Pierre, il donne tout ce. qu'il possède aux évêchés de Cornouailles et Vannes moins l'île de Rhuys, Guérande et diverses rentes en Normandie et en France. Du reste le duc laisse à la duchesse le choix entre ces deux parts. Blanche n'eut pas à faire ce choix ; elle allait mourir en 1283, avant son mari qui survécut trois ans

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