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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 06:07

Après cinq ans d’absence, Alain Fergent revint de la Terre-Sainte en 1101 et revit son château du Bouffay. Il avait signalé son courage dans trois grandes batailles contre les Sarrasins et assisté la prise de Jérusalem. Il avait aussi été l’un de ceux qui avaient donné leur voix Godefroid de Bouillon pour le placer sur le trône. Il s’empressa, comme nous l’avons dit, de confirmer aux moines de Marmoustiers la cession que Papin leur avait faite de l’église Sainte-Croix. Les mêmes religieux reçurent en même temps celle de Saint-Saturnin. En 1118 fut grand tremblement de terre qui subvertit les édifices et les arbres actuellement fichés, et la cité de Nantes fut misérablement brûlée. Quelques historiens prétendent même que cet incendie fut si violent et si général, qu’il effaça pour toujours les traces de la première enceinte de la ville, et que les édifices existants ne pourraient plus aujourd’hui la faire reconnaître d’une manière précise. Cet événement n’aurait-il pas amené aussi la destruction du mur d’enceinte du château lui-même? Le silence des auteurs sur tenté autre cause, nous le ferait croire. Ce qu’il de certain c’est que dans les fouilles faites par Fournier, de 1797 1807, on retrouva dans tout le quartier du Bouffay des traces nombreuses et considérables d’incendie qui pourraient bien remonter cette époque. On découvrit, notamment dans la rue de la Bâclerie, un fourneau en briques, garni d’un vase en cuivre, qui appar tenait évidemment une époque fort reculée. En 1127, Conan III qui avait succédé son père, Alain Fergent eut punir Olivier de Pontchâteau et Savary de Donges. Ces seigneurs, jaloux de la puissance toujours croissante de l’abbaye de Redon, qui fut la veille de devenir le siège d’un évêché, attaquèrent ses vassaux et firent sur eux un grand butin. Conan marcha contre eux, les fit prisonniers dans l’église même de Redon où ils s’étaient réfugiés, et les fit enfermer au château du Bouffay. Ils restèrent détenus jusqu'à ce qu’ils eussent réparé le dommage causé. Comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire, les religieux de Marmoustiers étaient en possession des églises Sainte-Croix et Saint-Saturnin. Ils avaient également obtenu un cimetière particulier pour eux et le personnel attaché leur maison. En 1137, Conan, qui comme sa mère, leur était très favorable, déclara francs de tous droits, pendant quatre jours, tous les objets qui seraient apportés dans les lieux possédés par ces religieux. Ce fut là probablement l’origine d’une foire, dont il n’est resté aucune trace. Cependant l’évêque de Nantes avait vivement protesté contre l’usurpation de son pouvoir et de son domaine par les religieux de Marmoustiers. Il en appela au pape Innocent II, qui annula les concessions faites auxdits religieux. Le duc, forcé alors de revenir sur ses précédentes donations, concéda, par une charte spéciale, pour toujours, l’évêque et ses successeurs, diverses églises, notamment celles de Sainte-Croix et de Saint-Saturnin. Mais quelques années après, un accord intervint entre l’évêque Brice et l’abbé de Marmoustiers, et ce dernier rentra en possession de l’église Sainte-Croix, qui dès-lors comptait comme église paroissiale. En conséquence de cet accord, Conan confirma en 1188 les droits des religieux en ajoutant même quelques avantages. Voici comment s’exprimait cette charte qu’on ne lira peut-être pas sans intérêt Mon père, le comte Allain, aumoné l’église Sainte Croix de Nantes saint Martin et aux moines de Marmoustiers. Et lorsque ces religieux, après la mort de mon père, se furent mis en devoir d’entrer dans cette église, j’ai ajouté quelque chose cette aumone. Je leur ai en conséquence donné une écluse ou pêcherie, que les moines avaient faite entre l’Hanne et l’Hyenne, et dont j’avais la moitié. Je leur ai aussi concédé la pêcherie de Scurcelle avec le petit bois qu’ils avaient déjà possédé longtemps, s’ils n’avaient déjà une concession de nous. Et ils m’ont remis le pré et les terres qu’ils avaient en Bethie, du don que leur en avait fait ledit Scurcelle. Et je leur ai donné deux arpents de pré et la pâture de six vaches et pareillement la part qu’ils avaient dans une pêcherie appelée pêche-tout. Je leur ai concédé aussi de faire un cimetière dans leur monastère, dans les places qu’ils avaient déjà près de l’église Sainte-Croix ou auraient par la suite. Et afin que le tout soit ferme et stable j’ai voulu exprimer par un écrit de ma main le contenu des lettres qui en ont été faites. Près d’un siècle se passe et nos annales ne nous fournis sent aucun fait qui se rattache au Bouffay. Depuis environ trois siècles ce château est construit; nos princes en ont fait leur première demeure; mais l’époque où nous sommes arrivés ce n’est déjà plus un simple palais. Sa destination s’est modifiée et il est surtout affecté retenir sous les verroux ceux que la politique et l’intérêt de la société commandent d’y renfermer. Ainsi nous ne serions pas éloignés de croire, qu’après la condamnation d’Eon-de-L'étoile, ce gentilhomme de Loudéac que l’histoire nous représente comme un fou, et qui n'était peut-être qu’un réformateur, dont les idées étaient seules combattre, le Bouffay ait servi de prison ses nombreux sectateurs que l’on eut tant de peine détruire vers le milieu du XIIe siècle. Au commencement du XIIIe siècle, la Bretagne s’était alliée la France, pour faire la guerre l’Angleterre, et Jean, l’un des plus tristes rois de ce dernier pays, avait assassiné de sa propre main Arthur, son neveu, jeune prince, sur lequel les Bretons fondaient les plus grandes espérances. la suite de cet assassinat et au moyen de l’influence française, la couronne ducale passa sur la tête de Pierre de Dreux, que ses querelles avec le clergé ont fait surnommer Mauclerc. Ce prince, vers 1218, établit un petit port fluvial le long de la muraille de son château qui s’étendait sur la Loire. Ce lieu de chargement, qui ne consistait guère encore qu’en une langue de terre élevée au-dessus des eaux prit le nom de Port-Maillard, du nom de l’architecte Maillard qui travailla l’établir. Pierre de Dreux fit aussi changer le cours de l’Erdre qui, comme nous l’avons dit, avait jusque-là suivi la direction des rues des Carmes et de la Poissonnerie et venait ainsi baigner l’un des côtés du château du Bouffay. Le lit de cette rivière fut rétréci et on lui donna le cours qu‘il suit aujourd’hui. Les juifs étaient alors assez nombreux Nantes; objets d’une grande surveillance, ils occupaient depuis longtemps près du Bouffay la rue qui porte encore le nom de rue de la Juiverie. Quelques privilèges cependant leur avaient été concédés. Ils avaient notamment un sénéchal et des juges qui prononçaient entre eux, suivant leurs lois particulières. Tout porte du reste croire que les juifs s’étaient établis Nantes bien avant le Xe siècle, époque de la construction du château du Bouffay. Dès le VIIe siècle, en France, la reine Bathilde rendait des ordonnances contre eux et sans doute qu’alors et même avant, ils s’étaient également répandus en Bretagne. Cette nation, en effet, bien que l’objet du mépris des autres peuples, bien que soumise partout une police spéciale et sévère, était la seule qui se livrât au commerce, et elle avait trop l’intelligence de ses intérêts pour négliger l’heureuse position de Nantes et les avantages qu’elle pouvait en tirer. Les services que rendaient ainsi les juifs leur avaient valu partout une certaine protection. Cependant, pour un motif que nous ne pouvons apprécier, Pierre de Dreux se montra sévère et même injuste envers eux. Une nouvelle croisade avait été publiée en 1936 et un grand nombre de chevaliers, qui avaient pris la croix, s’étaient adressés aux juifs pour obtenir de l’argent sur nantissement. Le duc, sans avoir égard aux décisions du concile de Tours, non plus qu’à une lettre de Grégoire IX, bannit tous les juifs de son duché, après leur avoir fait restituer tous les gages qu’ils avaient reçus, déchar geant néanmoins leurs débiteurs de leurs engagements envers eux. Pierre de Dreux avait cédé le duché Jean I“, dit Le roux, son fils. Celui-ci, non moins soucieux que son père d’agrandir sa puissance et d’augmenter ses revenus sou leva contre lui Olivier de Lanveaux et Pierre de Craon. Il les battit en 1238, et le château du Bouffay servit de prison Pierre de Craon. Encore plus d’un siècle se passe, sans que nos historiens fassent mention du Bouffay. Au mois de novembre 1365, le duc Jean [V donna la vieille monnaie aux Jacobins, comme témoignage de considération envers Simon de Langres, leur général, devenu cette année même ou la suivante, évêque de Nantes. Cet édifice fut alors détruit et une nouvelle monnaie fut élevée sur la place du Bouffay. Nous aurons occasion de parler plus tard de cet établissement, que nous avons connu et qui subsista jusqu’en 1892. En 1386, Nantes fut témoin d’un duel fameux, et, suivant l’usage, ce fut la place du Bouffay que l’on choisit pour être le théâtre de ce combat singulier. Robert de Beaumanoir avait hautement porté contre le sire de Tournemine, l’accusation d’avoir fait assassiner son frère Jean de Beaumanoir, mort dans une embuscade, en allant un rendez-vous que lui avait donné la fille d’un de ses vassaux. Tournemine repoussait énergiquement une pareille accusation, et faute de preuves matérielles, il fut décidé qu’on aurait recours au jugement de Dieu. De Beaumanoir sollicita donc du duc l’autorisation de combattre de Tournemine en champ clos, et cette autorisation lui fut accordée. Une caution de 20,000" fut fixée contre le défaillant. Au jour fixé, le 90 décembre, le duc, accompagné de tous ses barons, se rendit la place du Bouffay. Le champ clos avait quatre-vingts pas de long et soixante-dix de large. Après les formalités d’usage les deux champions jurèrent sur le livre des Evangiles et sur un Missel, quen leurs harnois ne environ ils n’avaient sort, charroi, ne mal engin. Toutes les conditions du combat avaient du reste été fixées par avance et autorisées par le duc lui-même. Le combat devait avoir lieu la dague et l’épée; la lance ne leur avait pas été permise. l’heure de midi, les deux rivaux entrèrent en lice montés sur leurs chevaux de bataille. Tous deux étaient braves; la fureur qui les animait l’un contre l’autre était grande et ancienne; dans une pareille lutte, ils avaient défendre non-seulement leur vie mais encore l’honneur de leurs noms et de leurs maisons. Aussi s’altaquèrent-ils avec une ardeur qui tenait de la rage. Le combat fut long, acharné, et présenta des chances variées. Leurs chevaux tombant de fatigue, ils combattirent pied. Enfin de Tournemine fut vaincu et forcé d’en faire l’aveu. Son corps fut enlevé de la lice comme s’il eût été mort. La loi, très sévère le condamnait en effet perdre la vie; mais de Beaumanoir et ses amis intervinrent auprès du duc et obtinrent de lui que de Tournemine ne fût traîné m' pendu. En 1399, le duc Jean IV meurt au château de Nantes. On accusa de sa mort un prêtre de la ville et le prieur de Josselin qui l’auraient empoisonné. Tous deux furent arrêtés et mis en prison au Bouffay. Le prêtre mourut dans son cachet; le prieur fut élargi, faute de preuves. la suite d’une autorisation du pape Benoist XIII en 1406 l’église Saint-Saturnin fut agrandie. On fit entrer le presbytère ainsi que la petite rue qui le séparait de l’église. Le presbytère fut alors transféré dans un lieu appelé la cave du Bouffay. Il ne fut reconstruit qu’en 1599 par le curé Guillaume Garnier. Dans un aveu rendu en 1415 résulte que la demoiselle Pineau, geôlière du Bouffay, devait annuellement au duc un chapeau de roses et des éperons dorés. Elle habitait la tourelle de la porte du petit Bouffay où l’on tenait la délivrance des plaids. Nous croyons que, par le petit Bouffay, il faut entendre la partie du château qui se trouvait vers la rue Belle-Image. Par suite d’une donation faite par l’un de nos ducs, l’abbesse de Fontevrault possédait un terrain l’extrémité de la place du Bouffay. En 1423 la communauté de ville s’en empara, et il s’en suivit un procès qui ne se termina qu’en 1435. Une transaction eut lieu alors, et il fut convenu qu’il serait payé l’abbesse 24" monnaie pour les arrérages échus, et 40" l’avenir par chaque année. L’abbesse de Fontevrault ayant ratifié cette transaction le juillet 1437, la ville fit édifier sur ce terrain une maison pour tenir ses assemblées. Cette maison reçut en effet cette destination. Plus tard elle devint l‘arsenal de la ville et prit le nom de maison des Engins. Elle était richement décorée et ornée de sculptures de l’époque; mais depuis lors tout disparu. Cette maison existe cependant encore sur la place et porte le n° 9. Cette abbesse de Fontevrault était Marie de Bretagne sœur de François II. C’est dans le château du Bouffay que le 25e jour d’octobre 1440, Gilles de Laval, seigneur de Retz fut atteint et convaincu de sodomie, sacrilége, homicide, invocation du diable et de violements des immunités ecclésiastiques, et partant excommunié par l’évêque de Nantes et messire Jean Blouin, commissaire du grand inquisiteur de France; puis, livré la justice séculière, qui, par la bouche de Pierre de I’Hopital, sénéchal de Rennes, le condamna être brûlé vif. L’histoire et la fin de Gilles de Retz sont suffisamment connues. Nous nous contenterons donc de dire qu’issu de l’une des maisons les plus illustres de Bretagne et possesseur d’une très grande fortune, le maréchal de Retz unissait aux vices les plus odieux toutes les superstitions d’un siècle encore ignorant, et qu’il se couvrit de tous les crimes que ses richesses le mirentâ même de commettre. Il dépensa d’abord ses ressources puis ensuite il eut recours l’alchimie, la magie. En un mot, tout ce que la perversité humaine peut engendrer d’atrocités et la superstition de barbarie fut dévoilé dans son monstrueux procès. Gilles de Retz fut convaincu d’avoir fait périr au moins cent enfants de l'un et de l'autre sexe, dans ses châteaux de Machecoul Champtocé et Princé, après les avoir fait servir sa brutal lubricité. Bien d’autres crimes furent encore mis au jour, mais les historiens ont en quelque sorte reculé d’horreur et ont sagement refusé de les signaler la postérité. En considération de sa haute naissance etausfl deson repentir, le duc voulut bien commuer la peine et permettre que le coupable fût étranglé avant d’être livré aux flammes. Il permit aussi que ses cendres fussent déposées en terre sainte. Ilexécufion eut heu en présence du duc surla prairie de la Magdeleine. Les restes de ce grand criminel furent recueillis par des dames de charité et inhumés dans la chapelle de Notre-Dame-de-Lorette. Une fête qui eut un grand retentissement et dans laquelle on déploya une pouqxæinushée, eut heu en 1459 sur la place du Bouffay, où se donnaient ordinairement les pardons d'armes. Il s'agissait d’un boultourdis nom général donné aux joutes, tournois, et autres exercices militaires. Le duc François Il présida cette fête laquelle assistaient tous les nobles chevaliers bretons qui vinrent faire assaut d’adresse et aussi de galanterie. Le roi Louis XI était venu Nantes en 1461 et son but secret, mais qui fut facilement pénétré était de reconnaître les forces d’un vassal dont la puissance lui faisait ombrage. Le duc était prévenu, et les deux princes se quittèrent en assez mauvais termes. Aussi craignait-on Nantes une surprise de la part de Louis XI. Ces inquiétudes devinrent même telles qu‘en 1464 le octobre l’assemblée de la communauté arrêta que le marché qui avait lieu tous les samedis sur la place du Bouffay serait provisoirement supprimé. Les marchands de poteries étaient seulement autorisés se tenir l’après-midi sur la place. cette époque et depuis déjà longtemps le château du Bouffay avait du reste bien perdu de son importance, en ce sens du moins qu’il avait cessé d’être la résidence de nos ducs. Le château de la Tour-Neuve ou de l’Hermine fondé, disent quelques chroniqueurs, au Xe siècle, rétabli en 1207 par Guy de Thouars et agrandi en 1227 par Pierre de Dreux, était devenu le séjour de la cour ducale. Celui du Bouffay n’était plus ainsi, proprement parler, qu’une maison de force. Dans les circonstances exceptionnelles cependant, la communauté de ville tenait ses assemblées. En 1467, entre autres le 16 octobre, elle décida que, pendant l’absence du duc, elle se réunirait dans le château du Bouffay. Parfois aussi déjà les tribunaux siégeaient. C’est dans le cours de cette même année 1467, que le duc François Il donna en usufruit sa maison du Bouffay Guillaume Guiomard, son valet de chambre. Quelques auteurs ont prétendu que ce don fut seulement d’un emplacement sur la place la condition d’y bâtir un bel et somptueux édifice. Mais ce qui peut faire croire que cette assertion n’est pas fondée, c’est que jamais cet édifice ne fut construit. Les Espagnols entretenaient des rapports assez suivis avec la Bretagne et il s’en trouvait toujours un certain nombre Nantes. Le 99 mai 1468, par suite d’une rupture avec l’Espagne‘, ils furent tous arrêtés et renfermés au château du Bouffay. L’évêque Amaury d’Acigné refusait tout hommage au duc François II et s’était mis en hostilité flagrante contre lui et son pouvoir. Tous les efforts du duc pour faire cesser ce conflit avaient été sans résultat et ce débat de pouvoirs était un véritable sujet de trouble. Pour mettre fin, le duc convoqua le février 1471, dans la maison communale du Bouffay, tous les membres de la juridiction des Regaires. L’assemblée se trouva nombreuse et désigna trois de ses membres pour se joindre aux ambassadeurs que le duc envoyait vers le pape Sixte IV, nouvellement élu, pour lui porter l’acte d’obéissance de la Bretagne et demander la déposition de l‘évêque Amaury, comme étant traître son prince et en correspondance avec ses ennemis. En 1472 les ducs de Guyenne, de Bourgogne et François Il s’étaient ligués contre Louis XI. De ces trois adversaires celui dont le monarque français avait peut être le plus craindre était son frère le duc de Guyenne, jeune prince dans la fleur de l’âge. Aussi mit-il tout en œuvre pour ron1pre cette alliance. Il travaillait sans chance apparente de succès, lorsque le duc de Guyenne et sa maîtresse, la dame de Montsoreau, moururent empoisonnés par Urbain Faure, abbé de Saint-Jean-d’Angely, aumônier du prince. L’assassin fut arrêté par Odet d’Aydic, favori du jeune duc de Guyenne, et confié à la garde du duc de Bretagne qui le fit enfermer dans la maison du Bouffay et ordonna qu’il fut procédé son jugement, ainsi qu’à celui de Henri de la Roche, écuyer de cuisine, son complice. Cette résolution devait d’autant plus inquiéter le roi Louis XI que le misérable abbé avouait son crime et désignait le roi comme son instigateur. Le matin du jour où la sentence devait être portée, en entrant dans le cachot de l’assassin, il en sortit une odeur infecte de soufre et de bitume et l’on ne trouva qu’un cadavre tout couvert de noires meurtrissures. On prétendit alors que le geôlier avait, pendant la nuit, entendu un bruit extraordinaire dans la prison; qu’au milieu d’un violent orage, la foudre était tombée sur le Bouffay et avait tué l’abbé dont le diable avait emporté l’âme. Une autre opinion, dit Mezerai attribua la mort de l’abbé de Saint-Jean-d’Angely au duc de Bretagne lui même, qui l’aurait ainsi fait périr dans le but de satisfaire au désir du roi Louis XI qui avait un immense intérêt ce que la preuve du crime disparut avec l’empoisonneur. Mais cette opinion paraît bien peu fondée. Il faut se rappeler en effet que le duc de Bretagne était alors en guerre avec Louis XI et qu’il lui importait au contraire de tenir ce monarque dans sa dépendance par la crainte que sa complicité dans la mort de son frère ne fut dévoilée et reconnue. Au reste, Louis XI avait assez de ruses sa disposition pour gagner un geôlier, et, comme le fait judicieusement observer Thibaudeau, dans son histoire du Poitou, si ce prince fut injustement accusé de la mort de son frère, il pouvait du moins en être soupçonné. Quant l’écuyer de la Roche, il disparut et nos historiens ne nous ont point dit ce qu’il devint. Nous avions fait connaître qu’en 1467 le duc François Il avait donné en usufruit sa maison du Bouffay son valet de chambre, Guillaume Guiomard, et que, parfois déjà, les tribunaux exceptionnels tenaient leurs assises. En 1477, François Il affecta définitivement cet ancien palais l’auditerie et en fit le siège, ordinaire des tribunaux. Les bâtiments reçurent dès-lors les appropriations nécessaires. A cette époque, la place était libre et ouverte; il s’y tenait un marché et déjà quelques constructions s’y étaient élevées. Il peu d’années encore, avant la destruction du vieux manoir de Conan, on pouvait facilement reconnaître les constructions ordonnées par François Il, notamment celles de la façade sur la place et celle de la galerie intérieure ouverte sur la cour. Des menaux en pierres, noyés dans la maçonnerie, indiquaient aussi la place des hautes croisées de l’ancien palais. Sans doute aussi des restaurations antérieures avaient en lieu, car au moment de la démolition, on reconnut une fenêtre, ayant vue sur la rivière et qui appartenait évidemment au XIVe siècle. Mentionnons, en passant, un exploit judiciel, comme on disait alors, de 1480, entre le procureur général du duc et Gilles de Maure et qui apprend que André Parent était alors geôlier du Bouffay et qu’il était fait défense de l’appeler en première instance hors du duché. L’un des premiers jugements prononcés au Bouffay fut celui rendu en faveur de Guillaume Chauvin, chancelier de Bretagne, homme ferme, éclairé, blanchi dans les emplois publics et qui le lava de l’accusation que Pierre Landais, trésorier et favori du duc François II, avait fait diriger contre lui. Mais, disons-le aussi, si, faute de preuves, les juges n’osèrent le condamner, ils n’eurent pas non plus le courage de l’absoudre d’une accusation qui n’avait pour motifs qu’une basse jalousie. Tous ses biens furent confisqués et le chancelier Chauvin, toujours détenu et transféré de cachet en cachot, tomba dans un tel état de misère que l’un de ses geôliers présenta humble requête pour être déchargé de la garde d’un homme arrivé à un pareil dépérissement. Enfin il mourut le août 1484. Peu de jours avant, sa femme était également morte d’inanition sur la voie publique. Quatre cordeliers les inhumèrent par charité. Quant ses enfants, ils furent forcés de mendier, et, malgré tout l’intérêt qu’inspirait une aussi grande infor tune, ce n’est qu’en tremblant qu'on les secourait, tant était grande la puissance de Landais, leur ennemi. Mais Chauvin ne devait pas tarder être vengé. Pierre Landais qui, de simple tailleur était parvenu à la plus haute dignité de la cour du duc, celle de trésorier, dénoncé et poursuivi son tour par toute la noblesse qu‘il s’était fait une étude de blesser en toute occasion, fut arrêté en 1485 et renfermé dans la grosse tour de Saint-Nicolas. Bientôt il fut transféré au Bouffay, pour subir son jugement et là il s’entendit condamner à être mené par le bourreau, la corde au col, et les mains liées par devant, jusqu'au gibet de Biece, pour être pendu et étranglé. L’accusation portée contre Landais, de maléfices contre la vie du duc, était évidemment absurde; mais le tailleur de Vitré était monté trop haut, certain amour-propre avait été trop fortement froissé, et malgré son habileté, malgré les services qu’il avait pu rendre, il fallait qu’il tombât devant les passions jalouses qu’il avait soulevées. Ses accusateurs furent ses juges, et François Il, contre la volonté duquel on agissait, laissa faire cependant; oubliant vite tout ce que Landais avait fait pour lui,il prit un nouveau favori, et quelques jours après, sur la place même du Bouffay, où Richer dit qu’eut lieu le supplice de Landais, François Il célébrait un tournoi et donnait au vainqueur, le maréchal de Rieux, un diamant estimé 82“ 10s, monnaie d’alors. Vers l’an 1488, le duc fit arrêter le vicomte de Rohan, prévenu d’avoir fait assassiner René de Keradieux, gentilhomme de sa chambre, et le fit enfermer au château. Ses domestiques Vendroles, Kersaudi et Kerquezenger furent détenus au Bouffay. Leurs complices ou prétendus tels, s’étaient réfugiés dans l'église des Carmes. Pour ne pas encourir les censures ecclésiastiques, François Il les fit garder pendant deux ans que le sénéchal de Guérande mit à instruire l’affaire. Cette accusation se termina par une ordonnance de non lieu en faveur du vicomte de Rohan, aucun témoignage ne s’étant élevé contre lui. Quant aux autres accusés, l’histoire n’en parle pas. Nous avons dit qu’en 1437 la ville avait fait construire sur la place du Bouffay une maison destinée aux assemblées de la communauté. Vers 1499, cette maison reçut en outre une autre destination. On en fit l’arsenal de la ville, d’où lui vint le nom de Maison des Engins. Cette même année, on ne sait quelle occasion, la communauté de ville fit représenter aux flambeaux, sur la place du Bouffay et devant le lieu de ses réunions, le Jeu. du mystère de saint Donatien et de saint Rogatien avec moresque. Puis, après avoir amusé nos seigneurs du bureau de ville, les acteurs parcoururent tous les quartiers, pour faire participer le populaire aux plaisirs de la fête. La Bretagne avait été réunie la France par le mariage de la duchesse Aune avec le roi Charles VIII. Pendant le séjour que ce prince fit Nantes, il permit la commu nauté, par lettre du 14 juillet 1491, de disposer de la maison de la Prevoté, située l’angle de la rue des Halles, pour tenirses assemblées. En 1494, cette maison se trouva appropriée, et celle de la maison du Bouffay cessa alors d’avoir la destination pour laquelle elle avait été d’abord édifiée. Comme on l’a vu, en 1218, Pierre de Dreux avait jeté les premiers fondements du port fluvial, qui conservé le nom de Port-Maillard, et qui s'étendait sur la Loire, le long de la muraille du château du Bouffay. En 1411, on avait établi un .pout en bois, qui, de la poterne, communi quait au port en passant au-dessus du fossé. Ce pont venait aboutir une petite plantation qui séparait le port en deux parties. Les habitants avaient en outre obtenu du duc Jean l’autorisation de faire établir près du pont une horloge publique pour servir au château et la ville. Ce fut la première horloge établie Nantes. Un connétable et des portiers étaient affectés la garde du pont et de la barbacanc. En 1449, des réparations et des améliorations impor tantes furent faites au Port-Maillard, que l’on rendit acces sible tous. les bateaux descendant la Loire. Depuis longtemps les marchands d’Orléans sollicitaient ces améliorations, et contribuèrent la dépense pour 2,000". Dès lors, en effet, la navigation de notre fleuve avait une cer taine activité, et des quantités assez considérables de marchandises arrivaient Nantes de tout le littoral. Mais, pour être introduites du port dans la ville, toutes ces marchandises devaient passer sur le pont, qui était la seule voie ouverte. De là une grande gêne et souvent même des difficultés et des inconvénients. Aussi en 1499 se décida-t-on démolir le pont, combler le fossé et établir une chaussée qui, de la poterne, arrivait directement au port. On démolit également dans le courant de la même année une galerie qui régnait le long de la muraille du Bouffay. Des constructions assez nombreuses se firent Nantes vers 1517, et, suivant Travers on se servait pour ces constructions des pierres prises dans la carrière du Bouffay. Nous ne pouvons dire précisément où était située cette carrière, mais tout fait croire qu’elle touchait de près la rue de la Juiverie. Dans le dénombrement des fiefs de la Prevoté, on trouve en effet la maison appelée vulgairement de Brunday ayant la rue de la Juiverie au midi et sortie sur cette rue, et l’occident la maison des Perrières. 

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Published by poudouvre
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