Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 22:14

 

En 980, 981, Hoël est chef du comté de Nantes. Conan, dit le Tort, est comte de Rennes; mais, prince ambitieux, il songe à dépouiller Hoël de sa principauté. Pour arriver à son but, il a recours au meurtre et fait assassiner Hoël. Les habitants de Nantes, irrités, donnent pour successeur à Hoël, Guerech, son frère qui marche contre Conan, le défait et le poursuit jusqu’aux portes de Rennes. Forcé d’accepter la paix, Conan ajourne sa vengeance. Mais bientôt, à son instigation, Guerech lui-même meurt empoisonné et le comté de Nantes se trouve vacant. Conan veut profiter de cette circonstance pour réunir toute la Bretagne sous sa domination et s’en faire déclarer duc. En 988, il somme Nantes de lui ouvrir ses portes et, malgré une résistanoe désespérée, les Nantais durent céder. Conan se rendit maître de la ville et s’y fit aussitôt reconnaître duc de Bretagne et comte de Nantes. Mais il n’ignorait pas la haine profonde que lui portaient ceux qu’il venait ainsi de soumettre. Pour les contenir par la force, il fit bâtir le château du Bouffay et y établit une forte garnison. Telle est l’origine de ce château, dont les ruines ont disparu seulement depuis quelques années; telles sont aussi les premières traces que l’on trouve du nom du Bouffay. D’où vient ce nom? Quelle en est l’étymologie? Nous avouons que, malgré nos recherches, nous n’avons rien pu découvrir à cet égard. Nos chroniqueurs sont muets sur ce point. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que, dans nos vieilles chartes, ce nom se trouve écrit de plusieurs manières. On trouve Bouffaio, Bouffedio, Bufeto, Boffredum, Bufetum, mais évidemment cela n’explique rien. Quant au château élevé par Conan et à son périmètre, voici ce qu’en dit Mellinet, d’après d’autres historiens : « Un titre irrécusable prouve la construction du château du Bouffay, au Xe siècle, par Conan le Tort, au confluent de l’Erdre et de la Loire. Or, l’Erdre passait dans la rue de la Poissonnerie. D’autre part un examen sérieux du terrain démontre que l’étendue en était considérable. Tous nos historiens conviennent que c’était un bâtiment carré, flanqué de quatre tours, et devant lequel était une esplanade. Eh bien ! nous avons vu les murs de ville en indiquer la façade sur la Loire. Elle s’étendait de la tour qui se trouvait encore en 1840, à l’entrée de la rue de la Poissonnerie, jusqu’à la tour de la monnaie, bornée par la rue du Port-Maillard, qui devait en être le fossé. Si nous plaçons deux lignes latérales,vavec une tour à chaque angle, nous trouvons la façade opposée à la Loire, d’une part bien près des Changes et de l’autre du-Pilori. » Ainsi, suivant ces indications, le château de Conan eut compris tout l’espace situé entre la Loire, la rue du Port Maillard, le Pilori et les Changes. Ce tracé, qui en effet eut été d’une grande étendue, était-il exact ? Mellinet lui-même a le soin.de ne le donner que comme probable. Et, en effet, une objection a été plusieurs fois faite et peut toujours se reproduire. La ligne que nous venons de tracer eut compris dans son enceinte l’église Sainte-Croix, ainsi que celle de Saint-Saturnin, avec son presbytère et son cimetière. Il est bien reconnu, en effet, que l’église Saint-Saturnin, fondée par l’évêque Clément, vers la fin du Ve siècle, existait ainsi comme paroisse, plus de quatre cents ans avant la construction du château du Bouffay. Il nous semble bien difficile d’admettre, alors surtout que le clergé avait des droits et des prérogatives qu’il avait tout pouvoir de faire respecter, qu’il eût été loisible, même au chef du comté, d’enclore dans les murailles d’un château fort deux églises, dont l’une au moins bien certainement servait au culte d’une paroisse. Mellinet, qui connaissait cette objection, y répond relativement a Sainte-Croix : « Peut-être cette église n’était-elle que la chapelle du château. Toujours est-il certain que cette église appartenait au comte de Nantes. Pour le prouver, il suffit de rappeler qu’en 1093, Alain Fergent, ayant épousé en grande solennité, dans le château du Bouffay, la bienheureuse Ermengarde d’Anjou, cette pieuse princesse, non satisfaite d’avoir persuadé à son époux de passer la mer, pour aller combattre les ennemis du Christ, le décida à donner l’église Sainte-Croix à l’abbaye de Marmoustiers, dont les miracles étaient célèbres alors. Un mémoire du temps dit, pour expliquer l’empressement des moines de Marmoustiers a obtenir la concession de cette église : Sainte-Croix étant paroisse de la cour, c’était un attrait de plus pour eux. » Ce que dit là Mellinet est exact et constaté par les documents de l’époque; mais il n’y a la aucune preuve, nous dirons même aucun indice qui puisse faire admettre que les églises de Sainte-Croix et de Saint-Saturnin fussent comprises dans l’enceinte du château du Bouffay. En opposition à cette opinion, nous signalerons quelques faits qui semblent prouver, au contraire, qu’il en était autrement. Nous avons déjà fait remarquer combien il était peu supposable que l’on eût fait entrer dans l’enceinte même d’un château soumis à l’autorité et à la police militaire, et qui n’était en réalité qu’une place de guerre, plusieurs églises, notamment celle de Saint-Saturnin avec son presbytère et son cimetière, et qui, comme église paroissiale, devait chaque jour et à toute heure être accessible aux fidèles et pour le service du culte. A notre avis, cette supposition perd même toute chance de probabilité, lorsque l'on considère l’époque de l’érection du château et surtout le motif qui avait décidé Conan à le faire construire. Mais ce n’est pas tout. Comme le dit Mellinet, en 1106, Alain Fergent et son épouse Ermengarde firent don aux religieux de Marmoustiers de l’église Sainte-Croix et de celle de Saint-Saturnin. Dom Morice, qui rapporte ce fait, donne aussi les termes de cette donation. Or, cette charte fixe ainsi la position de Sainte-Croix : intra moenia Nanneticæ urbis, et plus loin l’on retrouve ces mots, qui s’appliquent évidemment à Saint-Saturnin : Capella juæta Bufetum. Ces mots ne peuvent laisser prise à aucune équivoque. Ces églises pouvaient être un annexe, une dépendance du château, mais ne se trouvaient pas à l’intérieur de l’enceinte. Continuons. En 1096, avant la donation faite aux moines de Marmoustiers, l’église Sainte-Croix était aux mains d’un laïc. Plus tard, comme nous le dirons, un laïc la posséda encore et Mellinet lui-même avance que ce furent les religieux qui firent cette cession. Comment croire que, si cette église eût fait partie intégrante du château, elle fut demeurée ainsi propriété particulière dont le détenteur put librement disposer à son gré? Il est en effet clairement établi que dans l’espace de moins d’un demi siècle, cette même église Sainte-Croix passa des mains d’un laïc en celles des moines de Marmoustiers, puis de celles de ces religieux en celles du clergé, qui bientôt en fit la rétrocession aux mêmes religieux. Nous ne pouvons admettre que ces mutations, que ces concessions diverses aient pu se faire pour une église située à l’intérieur d’un château fort, entouré de murailles et dont la destination, clairement indiquée, avait été de défendre et de maintenir l’autorité du duc. Et la rue de la Juiverie. . . . . Si le tracé que donne Mellinet eût été exact, cette rue tout entière se fût trouvée comprise dans le château. Sans doute, à cette époque, les Juifs recherchaient la protection des grands seigneurs et souvent même la payaient fort cher. Ils se mettaient donc sous leur tutelle et se réfugiaient le plus près possible de leurs habitations. Mais en vérité on répugne à croire que le duc eût donné asile dans son château même à une population d’une probité douteuse et pour laquelle on avait alors une répulsion que personne ne cherchait même a dissimuler. Nous sommes donc d’avis que Mellinet se trompe, lors qu’il avance que l’enceinte du château de Conan s’étendait jusqu’aux emplacements actuels du Pilori et des Changes. Dans notre opinion, cette enceinte ne devait point avoir autant d’étendue. Voici les limites que nous lui donnerions. En partant de la tour du Frêne, à l’angle de la rue de la Poissonnerie, le mur d’enceinte, baigné de ce côté par la Loire, s’étendait jusque vers l’axe de la rue du Port Maillard, où était la seconde tour. De là il devait remonter jusqu’aux écuries du prince, situées un peu au-dessous de la rue de la Juiverie; la se trouvait la troisième tour, appelée tour des Palefrois. Puis de ce point, la muraille devait se diriger directement sur I’Erdre, en passant près de l’église Sainte-Croix, qu’elle laissait en dehors, suivant l’usage établi alors d’isoler de toute habitation les édifices religieux. Au point de rencontre avec la rivière, était la quatrième tour, et enfin le mur longeant l'Erdre regagnait la première tour du Frêne. Dans cette hypothèse, nous avons toujours le bâtiment carré, flanqué de quatre tours, dont parlent tous les auteurs; seulement les deux églises et la rue de la Juiverie restent en dehors de l’enceinte, comme cela nous semble naturel. Disons de suite que l’église Saint-Saturnin se trouvait près des Changes, à la droite, en montant la Basse- Grande-Rue, sur laquelle s’ouvrait l’entrée principale. Elle s’étendait de là jusqu’à Sainte-Croix, dont elle n’était séparée que par une ruelle de seulement trois mètres. Telle est notre opinion sur le périmètre du château du Bouffay. Cette opinion est-elle de tous points exacte? Nous sommes porté à le croire, mais évidemment nous ne sommes point en mesure de rien affirmer à cet égard. Avec le temps, ce mur d‘enceinte a disparu, sans laisser de traces, sans qu’aucun historien ait pris le soin de signaler cette destruction, et l’on ne peut ainsi aujourd’hui présenter que des probabilités, que des hypothèses. Mellinet avait exprimé sur un autre point une opinion qui s’est trouvée pleinement justifiée. Il avait émis l'idée que le château du Bouffay devait être assis sur des fondations romaines. Et en effet, lors des travaux de construction de la maison, élevée en 1851, sur l’emplacement de l’ancien palais ducal, l’on a trouvé d’abord les fondations propres du château, et au-dessous des fondations romaines parfaitement caractérisées. Ainsi il ne peut rester aucune incertitude à cet égard. Reprenons maintenant notre récit. L’on a vu dans quelles conditions et pour quel but Conan avait fait élever le château du Bouffay. Il en donna le commandement à Auricand, qui, la même année, fut promu a l’évéché de Rennes, en vertu du droit de succession que lui avait laissé son neveu. A cette époque en effet, dit un chroniqueur, les églises et les dignités cléricales passaient comme une propriété aux mains des familles, comme autrefois chez les Hébreux, le sacerdoce demeurait dans la tribu de Levy. Mais Conan ne devait pas jouir longtemps du fruit de son usurpation. En 999, les habitants de Nantes, sous la conduite et avec le secours de Foulques, duc d’Anjou, marchèrent contre lui; une rencontre eut lieu dans les landes de Conquereuil et Conan fut défait et perdit la vie. En apprenant cette victoire et la mort de Conan, la garnison du château du Bouffay abandonna la place et prit la fuite. Il y a lieu de penser avec Travers que Hugues commis par Conan pour gouverner l’église de Nantes, fut le successeur d’Auricand dans le commandement du château. De son côté, Judicaël, fils de Hôël, reprit alors le titre de comte par Dom Morice et reproduite après lui par Travers et quelques autres historiens. Vers 996, on retrouva près du Boufi‘ay et renfermée dans une cassette que les invasions des Normands avaient fait probablement cacher en terre, une tête d’homme parfaitement conservée. Quelques renseignements ayant fait conjecturer que cette tête pouvait être celle de saint Paul, premier évêque de Léon, Robert, abbé de Saumur, conseilla d’en faire l’épreuve parle feu, suivant l’usage adopté alors pour constater la sincérité des reliques. On soumit donc cette tête d’abord par trois fois à un feu de paille de lin et par trois autres fois à un feu de sarment de vigne. Elle n’en reçut aucune atteinte et son authenticité fut dès-lors reconnue. Le vicomte Aimerie, qui gouvernail comme tuteur de Judicaël, en fit don au monastère du Mont-Glome ou de Saint-Florent-le-Viel. Cette légende semble avoir été ignorée d’Albert Legrand qui, dans la vie de saint Paul, n’en fait pas mention. Il parle seulement du transfert des reliques du saint évêque, directement au monastère de Saint-Florent, par les soins de Liberal, l’un de ses successeurs au siège de Léon. Judicaël gouverna le comté de Nantes jusqu’en 1005. Dans le cours de cette année , se rendant à Rennes, il fut lâchement assassiné. Les Nantais, qui ne supportaient qu’avec une grande répugnance la suzeraineté du comte de Rennes, choisirent Budic, fils naturel de Judicaël, pour le mettre à leur tête. Mais en même temps , Geoffroy, comte de Rennes et duc de Bretagne, donna l’évêché de Nantes à Gaultier, l’un de ses gentilshommes, qui avait porté les armes avec quelque distinction, et se sentait sous la mitre l’humeur et les goûts de ses jeunes années. Tout dévoué à Geoffroy, le nouvel évêque de Nantes affecta le plus grand mépris pour Budic et refusa de reconnaître l’autorité qu’il tenait de son élection. Il commença par bâtir un château sur le terrain dont Alain Barbe-Torte avait entouré la cathédrale, et quand il se fut ainsi fortifié, il excita la noblesse et le peuple contre le comte, dans le but évident de s’emparer de sa personne et de son héritage. Suivant quelques auteurs, il aurait même élevé une autre forteresse, en face et tout près de celle de Budic, vers l’entrée du Port-Maillard actuel, et aurait ainsi tellement resserré le comte de Nantes , que celui-ci aurait en peine à sortir de son château du Bouffay. De là de nombreux conflits et des rencontres continuelles entre les hommes du comte et ceux de l’évêque. Le duc de Bretagne , Geoffroy, soutenait ce dernier de tous ses moyens. De son côté, Budic eut recours au duc d’Anjou. Enfin, après trois années de luttes incessantes, le duc de Bretagne et l’évêque reconnurent à Budic une autorité et un titre qu’ils n’avaient pu lui ravir. Nous ne suivrons pas davantage la succession des comtes de Nantes. Bien que le château du Bouffay fût le seul palais qui leur servit de demeure, nous ne trouvons que de loin en loin quelques faits qui s’y rattachent, et notre intention est de nous borner seulement à recueillir et à reproduire ces faits. En 1088 , Alain Fergent tint son parlement général ou l’assemblée des états , dans le château du Bouffay. On y régla le rang que les grands du pays devaient avoir entre eux. Ce règlement, sans doute, ne se fit pas sans d’orageux débats, mais aucun détail ne nous en est resté. Le même Alain Fergent, veuf de Constance de Normandie, épousa en 1093, dans le château du Bouffay, Ermengarde, fille de Foulques Rechen, comte d‘Anjou, et femme répudiée de Guillaume , comte de Poitiers. Trois ans après ce mariage, en 1096, Alain Fergent, excité par les prédications de Pierre Lhermite, dont la parole avait un retentissement extraordinaire dans toutes les provinces d’Allemagne, d’Italie et de France, poussé par son esprit aventureux et surtout par Robert d’Arbrissel, qui, à la prière d’Ermengarde, avait quitté sa retraite de Fontevrault , Alain Fergent , disons-nous, se croisa et fit 1 entendre autour de lui le cri : Dieu: et volt, mot de ralliement qui soulevait alors toute l’Europe. Il assigna le château du Bouffay pour lieu de rendez-vous à ses vaillants Bretons. L’instant du départ arrivé, les soldats de la croix, prosternés dans le sanctuaire, reçurent et attachèrent avec un tel enthousiasme sur leurs hauberts de maille le signe qui les enrôlait sous les bannières du Christ, que la chapelle où venait de s’accomplir cette cérémonie prit le nom de Sainte-Croix, et devint à cette occasion l’église et la paroisse de ce nom. Avant cette époque, cette église était déjà sans doute ancienne; mais on ne trouve pas de traces du nom qu'elle portait. Tout porte à croire que ce fut à cette même époque où chacun se dépouillait au profit des monastères, que Raiabert , qualifié maire de Nantes, fit don aux religieux de Marmoustiers d’un terrain appelé cour de Raiabert, area Raiaberti, sur lequel ces religieux se firent bâtir une maison. Ce terrain, situé près d’une poterne, n’était séparé de Sainte-Croix que par une allée, porte la charte de confirmation , sans date, mais souscrite par le comte Mathias, mort en 1104. Un aveu postérieur donne du reste ainsi le débornement du terrain concédé et qui servit plus tard à édifier le prieuré de Saint-Martin : « Entre le chemin qui conduit de l’église Sainte-Croix aux Jacobins, d’un bout; d’autre bout, la place du grand Bouffay; d‘un côté, le chemin qui conduit de ladite église Sainte-Croix au grand Bouffay et à la monnaie de Nantes. » C’est évidemment l’espace occupé aujourd’hui par les maisons qui s’élèvent au fond de la place. Le second côté non indiqué devait être celui où se trouve actuellement la rue de la Bâclerie, qui sans doute n’existait point alors. Quant à l’église Sainte-Croix, elle était à cette époque (1096) possédée comme beaucoup d’autres par un laïc, par Papin, fils d’Albin, qui l’année suivante en donna la possession aux religieux de Marmoustiers.

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article

commentaires

Présentation

Recherche

Liens