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25 juillet 2015 6 25 /07 /juillet /2015 13:29

Edouard III, roi d'Angleterre,vint assiéger Vannes en personne. Mais Olivier de. Clisson défendait vaillamment cette place; et son courage inspirait une si grande confiance aux assiégés, qu'ils tenaient quelquefois. une de leurs portes ouverte, et se rangeaient en bataille en dehors pour défier l'ennemi. Dans une de ces sorties, Clisson, s'étant laisse emporter trop loin par sa valeur, fut fait prisonnier. Après son échange,il se rendit à Paris, attiré par les fêtes d'un tournoi magnifique. Philippe de Valois, qui le soupçonnait de s'être engagé secrètement avec le roi d'Angleterre et de servir le parti du comte de Montfort, le fit arrêter, juger, et condamner à être décapité.Cet arrêt inique, rendu sans aucune formalité, et contre toutes. Les règles du droit des gens et les prérogatives de l'ordre de la chevalerie, fut exécuté aux Halles, à Paris, le 2 Août 1343.

 

 

La tête d'Olivier fut envoyée à Nantes, et plantée sur une lance à une des portes de la ville. Quatorze chevaliers, Bretons et Normands, qui l'accompagnaient, eurent le même sort; et, pour justifier cet excès de rigueur, on fit courir le bruit qu'ils avaient voulu livrer Nantes aux Anglais. Mais leur mort fut cruellement vengée par le désastre de Crécy. Olivier III laissait deux fils et une veuve Jeanne de Belleville: celle-ci vivait dans une profonde retraite, au château de Saint-Yves, près d'Hennebont. Elle ne songea qu'à venger la mort de son mari; elle conduisit ses deux enfants à Nantes, s'arrêta devant la porte, leur montra, la tête de leur père, puis leur ordonnant d'élever leurs mains vers le ciel, elle leur fit jurer de venger celui dont ils tenaient la vie. Le plus jeune de ses fils avait trois ans : l'aîné était cet Olivier de Clisson qui devint depuis si célèbre; il était alors âgé de sept ans; il était né en 1336 au château de Clisson. Jeanne de Belleville réunit ses amis, et bientôt, A la tête de quatre cents hommes, elle enleva plusieurs châteaux-forts du parti de Blois; plus d'une fois elle combattit corps à corps avec de vaillants guerriers. Philippe de Valois, à cette nouvelle, prononça la confiscation des biens de cette femme intrépide, et la déclara ennemi de l'état; cette mesure ne fit que rendre sa fureur plus active. Chassée bientôt de ses conquêtes et de ses domaines, elle vendit ses joyaux, acheta un vaisseau, et, secondée par quelques partisans fidèles, elle désola les côtes de la Bretagne. C'est à cette école que le jeune Olivier fit son apprentissage. Après des combats opiniâtres, le vaisseau de Jeanne de Belleville fut mis hors d'état de tenir la mer.

 

 

Jeanne se jeta dans une chaloupe avec ses deux fils et quelques serviteurs dévoués; pendant six jours elle erra sur l'Océan, luttant contre les vagues et contre la faim: c'est dans ces affreux moments que son plus jeune fils mourut. Enfin, elle put prendre terre à Morlaix, qui tenait pour le parti de Montfort:elle y trouva Jeanne de Flandre, qui s'unit à elle d'une étroite amitié. En 1349, elle contracta un nouveau mariage: Edouard III la combla de bienfaits ; la comtesse de Montfort, veuve à son tour, ne négligeait rien pour donner des partisanes son fils Jean IV; les dispositions du jeune Clisson la frappèrent; elle le fit élever avec son fils ; Clisson suivit Jean à Londres, où il inspira une affection singulière à Édouard III. Lorsqu'il fallut que Montfort parût en Bretagne, le monarque donna à Clisson un équipage qui rivalisait de luxe et de richesse avec celui du prétendant au duché. Ce fut au siège de Vannes (1357) que Clisson, âgé seulement de vingt ans, fixa l'attention par d'éclatants faits d'armes, par une grâce chevaleresque, par un goût pour le faste qui ne le quitta jamais : déjà, ses exploits étaient chantés par les ménestrels. Il voulut jouer un rôle politique, et se fit le centre des guerriers Bretons partisans de Montfort qui voyaient avec dépit liés à l'Angleterre, et qui désiraient un chef national. Lors du traité de Brétigny, Clisson insista avec tant d'énergie auprès des deux cours d'Angleterre et de France, qu'on lui rendit les domaines qui lui avaient été enlevés par Philippe de Valois ; il rentra en possession de Garnache, de Beauvoir-sur-Mer, de Château- de-Vaux et de Château-Guy. Il augmenta encore sa force territoriale par son mariage avec Jeanne de Laval, et devint en Bretagne une véritable puissance: il se forma une suite de quatre cents chevaliers et de mille arrière vassaux dont il disposait à son gré. Eh 1364, la bataille d'Auray décida l'affaire de la succession de Bretagne; ce fut à Clisson que Montfort dut principalement son triomphe. Clisson arriva à lachûte du jour au camp, couvert de poussière, et ramenant un grand nombre de prisonniers; Montfort courut au devant de lui, l'embrassa en disant : Après Dieu et Chandos, c'est à vous que je dois la victoire, En même temps il versa du vin dans la coupe ducale, et voulut que le général anglais et le banneret breton y bussent ensemble. C'était une distinction insigne, mais Clisson refusa cet honneur, parce qu'il devait le partager avec un autre. Ce refus piqua Montfort, et l'on prétend ue ce fut la première origine de la mésintelligence qui éclata un peu plus tard entre eux. Clisson fut envoyé par le nouveau duc Jean IV à la cour de France, comme ambassadeur. Le roi Charles V lui fit le plus gracieux accueil. Fier des avances que ce prince lui avait faites, Clisson, à son retour, traita le duc avec plus de morgue que jamais, lui reprocha vivement la préférence qu'il accordait aux Anglais, et, déterminé à faire un éclat, il demanda à Montfort à lui céder le château du Gâvre qui avait été donné à Chandos: il eut un refus. Alors il entra dans une violente colère, accusa le prince d'ingratitude en présence de toute sa cour, et retourna brusquement dans ses domaines. Là, il réunit ses hommes d'armes, se porte sur le Gâvre, le brûle, charge sur des chariots les pierres du château, et s'en sert pour faire bâtir une autre aile à celui de Blain. Le duc dissimula cette offense; Chandos en porta ses plaintes au prince de Galles qui fit de vifs reproches à Clisson. Celui-ci envoya défier au combat le prince de Galles, qui refusa de l'accepter; mais il envoya un message à Jean IV pour lui témoigner sa surprise de la conduite de Clisson, en lui demandant si la Bretagne avait déjà oublié qu'elle tenait son maître de l'Angleterre. Ceci aigrit davantage les esprits. Montfort éloigna Clisson, en le chargeant d'une nouvelle mission auprès du roi de France. Clisson défendit avec chaleur les intérêts de son maître : il protestait de son attachement à la France, lorsque Charles V lui apprit qu'au mépris de la foi jurée, Montfort prenait ses dispositions pour livrer passage aux troupes anglaises qui allaient en Guienne renforcer l'armée du prince Noir. Clisson fut outré de cette trahison, et déclara à Charles V, que, dès ce moment, il abandonnait les intérêts de Montfort, et qu'il acceptait les offres que le roi de France lui faisait depuis longtemps. On le nomma lieutenant pour le roi dans la province de Guienne, où la France possédait encore quelques places. Cet emploi ,le rendait l'égal du duc d'Anjou, commandant en Languedoc, et mettait sous ses ordres les troupes disséminées dans les provinces de l'Ouest. Décoré de son nouveau titre, il revint en Bretagne, brava le duc jusque dans son palais, étalant partout les insignes de sa haute dignité, et précédé toujours de deux hérauts aux armes de France. Il se hâta de visiter ses domaines, y leva le plus de monde qu'il put, enflamma le zèle des autres barons; enfin, il réunit une compagnie de trois cents lances, à peu près dix-huit cents hommes parfaitement équipés.et vint les offrir à Charles V; puis il alla combattre pendant deux mois les malandrins, envoyés par l'Angleterre, les défit complètement sur les bords de la Dordogne, et donna ainsi à Duguesclin le temps de revenir d'Espagne. Dans un voyage qu'il fit en Bretagne en même temps que celui ci , il fut adopté par lui comme son frère d'armes; la cérémonie qui constituait cette adoption et les fêtes qui la suivaient furent célébrées au château de Pontorson avec le plus brillant appareil, en 1369. La campagne de cette année,si glorieuse pour les armes françaises, fournit à Clisson de nombreuses occasions de se signaler; il n'en laissa échapper aucune; il détruisit l'armée de Robert Knolles, et, envoyé en Poitou avec le titre de lieutenant-général pour le roi, il força les troupes du prince de Galles à lever le siège de Moncontour, et les rejeta en Guienne. Le vieux Édouard III ne pouvait se consoler d'avoir élevé dans sa cour un homme dont le courage lui était si fatal. Pour servir le ressentiment de ce monarque et calmer ses regrets, les chevaliers anglais lui promirent de poursuivre Clisson à outrance, de s'attacher à sa personne, enfin,de le prendre mort ou vif; ils firent avec persévérance tous leurs efforts pour accomplir cette promesse, et en effet, dans toutes les rencontres un peu meurtrières, Clisson avait à soutenir le poids de milliers d'ennemis conjurés pour sa perte: cet acharnement à le poursuivre flattait sa vanité, mais sa sûreté le forçait à ne faire quartier à personne. Il s'en suivit une lutte exaspérée qui n'avait aucun caractère de générosité. Une trêve ménagée en 1373 par le pape Grégoire XI, fit cesser cette guerre meurtrière , et Clisson alla se reposer dans le château de Josselin qu'il avait acheté du comte d'Alençon. C'est là qu'il reçut Charles le-Mauvais, roi de Navarre. Ille conduisit ensuite à la cour de Bretagne. La duchesse Isabelle, fille d'Edouard III, combla d'attentions Clisson, qu'elle voulait gagner de nouveau au parti de Jean IV. Celui-ci était jaloux; le roi de Navarre se fit un plaisir de lui persuader qu'une intrigue d'amour était nouée entre Olivier et Isabelle. Montfort voulut faire périr Clisson dans une fête; mais Olivier, averti à temps, échappa au danger: Monfort eut l'imprudence de faire un éclat et de quereller sa femme en présence de toute sa cour. Toute réconciliation devint impossible entre le duc et son puissant vassal. Le duc, malgré la trêve, reprit les hostilités contre le parti de la noblesse. Assiégé dans Quimperlé avec Beaumanoir, Clisson allait être forcé de se rendre, lorsqu'en 1375; la nouvelle du traité conclu à Bruges entre la France et l'Angleterre contraignit Montfort, non seulement à lever le siège de Quimperlé, mais encore à sortir du duché de Bretagne avec les troupes anglaises qu'il y avait appelées. Après son départ, Clisson exerça sur la Bretagne une espèce de protectorat , et il la régit à son gré pendant près de deux années. Lorsque Richard II devint roi d'Angleterre, il recommença la guerre avec la France. Charles V, voulant réunir la Bretagne à la couronne, ordonna à Clisson d'enlever les places de Brest, de Saint-Brieux et d'Aurai qui restaient encore à Montfort. Ce fut avec un rare courage, et en payant héroïquement de sa personne, qu'Olivier enleva Aurai d'assaut (Décembre 1378). Charles V voulut réunir la Bretagne à la couronne par un coup d'éclat: il échoua complètement. Olivier se montra décidé à servir les vues du roi de France, mais il ne suivit pas franchement ce parti. Renfermé dans Nantes avec une nombreuse garnison, il aurait pu neutraliser les efforts des Anglais qui étaient parvenus à faire accepter leur appui aux nobles Bretons; il n'eut pas la force de résister aux sollicitations des Nantais, et, pour leur être agréable, il eut recours au subterfuge : il fit éclater une émeute, et sortit de la place comme s'il y avait été contraint par la force (1379). Toutefois, il paraît qu'il eut honte du rôle qu'il venait de jouer; après quelques échecs, il reprit l'offensive, et poursuivit son ennemi avec l'habileté la mieux soutenue. Avec des forces très-médiocres, il contraignit le duc à lui abandonner la campagne. Montfort se croyait au moment d'être obligé de quitter ses états pour la troisième fois, lorsque Clisson vit tout à coup ses opérations paralysées par la défection de son gendre, le sire de Rohan. Réduit à la défensive, Olivier quitta le duché, et alla rejoindre à Paris le connétable Du mais Du-Guesclin mourut au siège de Châteauneuf-de-Randon, remettant l'épée de connétable à Olivier, qui se rendit aussitôt à Paris.

 

 

Toutefois ce ne fut qu'après la mort de Charles V, le 28 Octobre 1380, que les circonstances forcèrent le duc d'Anjou à nommer connétable Clisson, quoiqu'il ne pût le souffrir : Charles V mourant avait dit à ses frères: Or, faites le sire de Clisson connétable, je n'y vois nul plus propre que lui. Dans ses nouvelles fonctions, Clisson déploya une énergie soutenue. Lorsque Montfort vint à Paris rendre hommage à Charles VI, en 1381, il saisit cette occasion pour prendre un arrangement avec Clisson. Cette réconciliation se consomma par un traité authentique signé le 10 Juillet 1381. Le connétable jura d'être bon,vrai et loyal allié de Montfort, contre tous, excepté le roi de France. Le duc, de son côte, jura d'être bon, joyal seigneur, et allié bienveillant de Clisson. Ce fut Clisson qui présida bientôt, comme connétable, aux préparatifs de l'expédition dirigée contre les Flamands révoltés contre leur comte Louis de Maie. C'est à ses dispositions que les Français ….Lorsque la France rompit de nouveau avec l'Angleterre Clisson commanda l'expédition préparée pour effectuer une descente sur les côtes de la Grande-Bretagne (1386); mais les tempêtes dispersèrent les flottes de France. L'année suivante, Olivier se rendit en Bretagne pour présider aux préparatifs d'une nouvelle expédition. Il était le plus ardent ennemi qu'eussent les Anglais; il avait mérité le surnom de boucher par les cruautés qu'il exerçait sur eux: aussi poursuivit-il son arme de la déférence envers le duc de Bretagne, son souverain, il n'avait pas moins de haine pour lui, et il s'occupait alors même des moyens de lui opposer un compétiteur, le fils de Charles de Blois, son ancien rival. Le duc fut instruit de ses menées, et résolut de les déjouer par une trame qu'il tint secrète : il convoqua les états de Bretagne à Vannes. Le connétable s'y rendit sans défiance, ainsi que les principaux seigneurs bretons. Après d'assez longues discussions sur les affaires de la province, le duc de Bretagne donna un grand dîner aux seigneurs qui allaient se séparer. Le lendemain, le connétable en donna un à son tour, et, au sortir de table, il devait retourner à sa flotte à Tréguier. A la fin du repas, le duc vint surprendre les convives chez le connétable. « Il s'assit entre les barons (dit Froissart), et but et mangea, ainsi que par amour et par grand compagnie, et leur montra plus grand semblant d'amour qu'il n'avait oncques fait, et leur dit: « Beaux seigneurs, mes amis et mes compagnons, Dieu vous laisse aller et retourner à joie, et vous donne faire telle chose en armes qui vous plaise et qui vous vaille! » Ils répondirent tous : Monseigneur, Dieu vous le veuille merir (rendre). » Le duc faisait alors bâtir assez près de Vannes un château très-beau et très-fort qu'il appelait l'Hermine, parce que le duché de Bretagne portait l'hermine pour armoiries. Il dit au connétable, au sire de Laval, au vicomte de Rohan, à Beaumanoir, et à quelques autres barons qui devaient passer devant en re (départ), que vous veuillez venir voir mon château de l'Hermine; si verrez comment je l'ai fait ouvrer (travailler,construire) et fais encore.»

 

 

Jean IV et ses "visiteurs" au château de l'Hermine"

 

Tous y consentirent : arrivés au château, ils descendirent de cheval; le duc, par la main,les mena de chambre en chambre, d'office en office, et devant le cellier, et les fit là boire. Arrivés à l'entrée de la maîltresse tour, le duc dit au connétable: « Messire Olivier, il n'y a homme de çà la mer qui se connoisse mieux en maçonnerie que vous faites. Je vous prie, beau sire, que vous muntiez là-haut: si ne sauriez dire comment le lieu est édifié : il est bien, il demeurera ainsi; si il est mal, je le ferai amender (corriger, rectifier, changer). » Le connétable, qui nul mal n'y pensait, dit: « Monseigneur, volontiers. » Dès qu'il eut passé le premier étage, des hommes que le duc avait places là en embuscade pour l'attendre, fermèrent soudainement la porte, et le chargèrent de trois paires de fers, en lui disant cependant: « Monseigneur, pardonnez-nous ce que nous vous faisons, car il nous faut le faire: ainsi nous est-il enjoint par monseigneur de Bretagne. Quand le sire de Laval, qui était à l'entrée de la tour, vit l'huis clore à l'encontre d'eux, tout le sang lui commença à frémir, et entra en grand soupçon de son beau-frère le connétable , et regarda sur le duc, qui devint plus vert qu'une feuille: si dit: « Ha! Monseigneur, pour Dieu, mercy, que voulez-vous faire? N'ayez nulle male (mauvaise) volonté sur beau-frère le connétable. -Sire de Laval, dit le duc, montez à cheval, et si vous partez de ci (allez-vous en d'ici); vous vous en pouvez bien aller si vous voulez: je sais bien ce que j'ai à faire. -Monseigneur, répondit le sire de Laval, jamais je ne me partirai sans beau-frère le connétable. « A ces mots entra le sire de Beaumanoir que le duc haïssait grandement. Le duc vint contre lui en tirant sa dague, et dit: « Beaumanoir, veux-tu être au point de ton maître (dans l'état où est ton maître) ? Monseigneur, dit le sire de Beaumanoir, je crois que mon maître soit bien. - Et toutefois, dit le duc, je te demande si tu veux être ainsi ? -Oui, Monseigneur, » dit-il. - Adonc trahist (tira) le duc sa dague, et la prit par la pointe, et dit: « Or çà, çà, Beaumanoir, puisque tu veux être ainsi, il te faut crever un oeil. » (Clisson avait perdu un oeil en 1364 à la bataille d'Aurai). Le sire de Beaumanoir vit bien que la chose allait mal; car le duc était plus vert que une feuille; si se mit à un genou devant lui, et lui dit : « Monseigneur,je tiens tant de bien et de noblesse en vous, que, s'il plaist à Dieu, vous ne nous ferez que droit, car nous sommes en Votre mercy (en votre pouvoir), et par bon amour, et par bonne compagnie, et à votre requête et prières sommes nous ci venus. Si, ne vous déshonorez pas pour accomplir aucune felle volonté, si vous l'avez sur nous, car il en serait trop grand'nouvelle. -Or va, va, dit le duc, tu n'auras ni pis ni-mieux qu'il aura. » Adonc fut-il mené en chambre de ceux qui étaient ordonnés pour ce faire, et là il y eut bien cause, car il sentait que le duc ne l'aimait que un petit; ne le connétable aussi; si n'en pouvoit avoir autre chose. En soi-même le connétable se comptoit pour mort, ni nulle espérance de venir jusqu'au lendemain n'avait; car ce le ébahissait moult fort, et à bonne cause, que par trois fois il fut déferré, et mis sur les carreaux. Une fois voulait le duc qu'on lui tranchast la tête, l'autre fois voulait qu'on le-noyast et de l'une de ces dem-morts brièvement il fut lise, si ce n'eût été le sire de Laval mais quand il oyait le commandement du duc, il se jetait à genoux devant lui en pleurant moult tendrement, et joignant les mains, et lui disait: « Ah! Monseigneur, pour Dieu mercy, avisez-vous : n'ouvrez point (n'entreprenez point) telle cruauté sur beau-frère le connétable,il ne peut avoir desservi mort (mérité la mort). Par votre grâce, veuillez moi dire qui vous meut à présent de être si crueusement (cruellement) courroucé contre lui, et je vous jure que le fait qu'il a méfait, je le lui ferai du corps et des biens amender si grandement, ou je (le ferai) pour lui, ou nous tous deux .ensemble, que vous oserez le dire ni juger. Monseigneur, souvienne vous, pour Dieu, comment de jeunesse vous fûtes compagnons ensemble, et nourris tous en un hôtel avec le duc de Lancaster. Monseigneur, pour Dieu mercy, souvienne vous de ce temps, comment, avant qu'il eût sa paix au roi de France, il vous servit toujours loyalement, et vous aida à recouvrer votre héritage. -Sire de Laval, répondit le duc, Clisson m'a tant de fois courroucé, que maintenant il est heure que je le lui montre; et partez vous de ci, je le vous demande rien; laissez-moi faire ma cruauté et ma hâtiveté; car je veux qu'il meure.... Par ces instances, le sire de Laval calma enfin la colère du duc: il retraça vivement à son imagination le déshonneur, le danger qu'il encourait: mais déjà ce danger, ce déshonneur était encouru, car il s'arrêta quand il était trop tard, quand il joignait seulement l'imprudence à la perfidie, qu'il rendait le pouvoir de lui nuire à celui en qui il avait excité le plus violent ressentiment. Il consentit enfin à promettre au sire de Laval qu'il rendrait la liberté à son beau-frère, pourvu que celui-ci lui remît les forteresses de Castel-Brou, Castel-Josselin, Lamballe et Jugon, et lui payât cent mille francs comptant. Le sire de Beaumanoir fut relâché pour qu'il fît ouvrir les forteresses et apporter l'argent, et les fers furent ôtés au connétable.

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Published by poudouvre
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