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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 20:12

 

Seigneurs de la maison de Fougères proprement dite. (990—I207).

 

La plupart des historiens qui ont parlé de la maison de Fougères regardent Méen, son auteur, comme un puîné de la maison de Rennes. Nous n'hésitons pas à regarder comme erronée cette opinion, qui repose uniquement sur une fausse interprétation que l'on a donnée à la qualité de neveu de l'archevêque prise dans un acte par ce seigneur. On a supposé en effet que Junkeneus, frère de Juhel Béranger et oncle de Conan, occupait encore, en 990, le siège métropolitain, et on a conclu de là que Méen devait appartenir à la famille ducale. Le catalogue des évêques de Dol ne donne, il est vrai, un successeur à Junkeneus que dix ans plus tard ; mais il est évident qu'il y a une lacune dans ce catalogue. Le prélat dont Méen est dit être le neveu, et qui a signé l'acte dont il s'agit, est désigné ainsi que luis ous le nom de Méen ; or, quoique les actes de l'église de Dol ne fassent mention d'aucun pontife de ce nom, nous croyons qu'il est plus raisonnable do supposer une lacune dans ces actes, surtout lorsqu'un acte qui a tous les caractères de l'authenticité nous présente un nom pour la remplir, quo d'attribuer à un homme une existence qui dépasserait les limites quo la providence semble avoir assignées à la vie humaine. Telle eût cependant été la condition do Junkeneus, s'il eût encore vécu en 990, car un siècle tout entier s'était écoulé depuis la mort de Béranger, son père. Pour nous, nous renfermant dans les limites de la connaissance que nous donne l'histoire du premier seigneur de Fougères, nous nous garderons de rien hasarder sur ses ancêtres. Nous dirons seulement qu'il devait appartenir à une famille considérable du duché, puisque celte famille avait fourni un prélat à la métropole. Nous ne connaissons aucune particularité de la vie de Méen; son nom, ainsi que le nom de plusieurs de ses descendants, ne réveille aucun souvenir, et ils seraient tombés dans l'oubli où sont ensevelis tant d'autres noms qui n'ont pas reçu la consécration de la gloire, si les églises et les monastères, dont les seigneurs de Fougères se montrèrent toujours les généreux bienfaiteurs, ne nous les avaient conservés avec les actes de leur pieuse munificence. Méen eut pour successeur son fils Auffroy, vers l'an 1024. Ce seigneur fonda sur la hauteur où s'éleva plus tard l'abbaye do Rillé une première église qu'il consacra à Dieu sous le vocable de Sainte Marie. Il prit une part active à la guerre civile qui éclata en 1034 entre Alain, duc de Bretagne, et Eudon, comte de Penthièvre. Il suivit les drapeaux du duc, et combattit à la bataille de Lehon, qui termina la querelle. En 1027, il avait marié sa fille Ynoguen à Tristan de Vitré, et avait donné à son gendre toutes les paroisses du Vendelais situées au-delà du Coèsnon, qui depuis cette époque ont toujours dépendu de la seigneurie de Vitré : il s'était seulement réservé le droit de pêche sur les deux côtés de la rivière. Auffroy mourut vers l'an 1048, et laissa la terre de Fougères à Méen II, son fils. Celui-ci sembla prendre à tâche de surpasser son père et son aïeul par ses libéralités envers les églises et les monastères, qui reçurent des témoignages non équivoques de son zèle religieux. Il est généralement regardé comme le fondateur de la collégiale de Saint-Léonard, qu'il érigea vers 1090. Il mourut l'année suivante, ou tout au plus tard celle d'après, et fut inhumé dans l'église de Saint-Sauveur-des-Landes, où reposaient déjà deux de ses fils, Eudon et Juthel. Méen eut pour successeur Raoul, le second de ses fils, et le seul enfant qui lui restât. Ce jeune seigneur, qui avait été élevé à la cour d'Alain Fergent, duc de Bretagne, conserva toujours pour ce prince une vive affection : il l'accompagna lorsqu'il suivit le duc de Normandie dans son expédition en Angleterre, et combattit auprès de lui à la bataille d'Hasting (1066). Les services du jeune seigneur breton ne furent pas perdus pour la maison de Fougères. Le conquérant, pour le récompenser de son zèle, et se l'attacher par les liens de la vassalité, lui donna des possessions considérables, tant dans ses anciens que dans ses nouveaux domaines. Un grand nombre de paroisses de Normandie, limitrophes de la Bretagne, furent alors réunies au patrimoine de la maison de Fougères, qui devint par cela même vassale des ducs de Normandie. Raoul, de son côté, se montra tout dévoué au service do ses nouveaux maîtres. En 1106, il embrassa le parti d'Henri Ier contre Robert-courte-Cuisse, son frère, et conduisit à ce prince une troupe de Bretons, à la tête desquels il combattit à la bataille de Tinchebray, qui décida de la liberté et des prétentions du malheureux Robert. Ce fut là le dernier acte politique de sa vie : à partir de cette époque, il ne parut plus occupé que des intérêts de son âme, et les années se passèrent pour lui dans les exercices religieux, les pèlerinages et de pieuses fondations.

 

 

En 1110, après avoir assisté au concile de Nantes, il partit pour Rome, vit, en passant, la célèbre abbaye de Marmoutiers, et y consacra le souvenir de son séjour par le don de l'église de la Trinité, qu'avait fait bâtir sa mère dans le marché de la ville de Fougères. Do retour dans ses terres, il donna à saint Vital la forêt de Savigny pour y bâtir un monastère, et accompagna cette donation de largesses considérables qui lui méritèrent d'être nommé le père nourricier de cette abbaye. Il fit même construire tout auprès une maison dans laquelle il se retirait souvent pour se délasser des affaires et jouir des entretiens de saint Vital. Enfin, sentant sa fin approcher, il quitta tout-à-fait le monde, prit l'habit religieux à Savigny, et y mourut en 1122 . Guillaume et Raoul, ses deux fils aînés, l'ayant précédé dans la tombe, il eut pour successeur Méen III, que l'on avait surnommé Fransgallon. Ce jeune seigneur ne tarda pas lui-même à suivre son père : il tomba malade, quelques mois après, dans le cours d'un voyage qu'il avait entrepris pour visiter ses domaines d'Angleterre, et succomba à cette maladie. Son corps fut déposé dans l'église de Saint-Pierre de Winchester. La terre de Fougères passa alors à Henri, quatrième fils de Raoul. Le nouveau Seigneur, qui avait manifesté une vive opposition aux projets de saint Vital, lorsque ce saint anachorète était venu à la cour de son père solliciter l'autorisation d'établir son monastère dans la forêt do Savigny, n'eut rien tant à coeur que de faire oublier aux religieux la conduite qu'il avait tenue alors. Il assista en personne, et entouré d'un grand nombre de seigneurs, ses vassaux, à la dédicace de l'église de l'abbaye, qui eut lieu en 1124; et voulant laisser aux religieux un souvenir de sa munificence, il leur donna à cette occasion la seigneurie de Moidré et la terre de. Vers l'an 1137, Henri donna un asile dans ses terres à Robert de Vitré, qu'une révolte de ses sujets, fomentée par Conan, duc de Bretagne, avait chassé de sa ville. Il lui procura même le moyen de se venger de ses sujets, en mettant à sa disposition une petite troupe avec laquelle Robert pénétra dans le Vendelais, et fit quelques dégâts sur les terres de son ancienne baronnie. Mais les liens du sang et les égards dus au malheur furent moins puissants sur le coeur du seigneur de Fougères, que les caresses et les promesses de Conan. Celui-ci, voulant prévenir une alliance qui pourrait lui faire ombrage, fit offrir à Henri la terre de Gahard, avec une partie de la forêt de Rennes, s'il consentait à abandonner la cause de Robert : le seigneur de Fougères, séduit par ces offres, eut la lâcheté de sacrifier son parent et son ami, et l'obligea à quitter, avec sa famille, l'asile qu'il lui avait d'abord généreusement procuré. Cette coupable condescendance cimenta une étroite amitié entre Conan et Henri, qui devint dès lors un des conseillers les plus intimes du duc. Cependant, le seigneur de Fougères n'avait pas trouvé dans la satisfaction de ses désirs ambitieux le bonheur qu'il avait espéré, et il avait tourné vers le ciel tous ses voeux et ses espérances. L'exemple de son père, mort religieux à Savigny, était comme un aiguillon puissant qui le poussait à l'imiter et portait toutes ses pensées vers le cloître; mais Olive de Penthièvre, sa femme, ne négligeait aucun des moyens qui étaient en son pouvoir pour l'en détourner: les prières, les caresses et les larmes, étaient tour à tour mises en jeu pour ébranler la résolution de Henri. Enfin, cette dame, lasse de combattre et craignant de résister à une volonté si fortement arrêtée, céda à ses instances. Henri se démit alors de la seigneurie de Fougères, en faveur de son fils Raoul (1150); puis, après avoir réglé toutes ses affaires, il se retira à l'abbaye de Savigny, où il prit l'habit religieux. Son entrée dans le cloître fut, comme on n'en doute pas, l'occasion de magnifiques largesses qu'il fit à l'abbaye. A tous les dons qu'il lui avait déjà faits, il ajouta celui d'un moulin, d'un étang, d'une prairie, situés dans la ville de Fougères, de la mouture de tout un quartier de la ville, de la vigne qui en était voisine, de l'église du Loroux, déjà donnée par son père, mais dont il confirma la donation, et enfin celui de la forêt des Loges, avec toutes ses dépendances, sauf le quartier dit des Eperviers. Du reste, Henri ne jouit pas long-temps du repos qu'il s'était promis à l'ombre du sanctuaire; il mourut l'année suivante et fut inhumé dans le cloître de son abbaye, qui devint dès lors le lieu ordinaire de la sépulture des seigneurs de Fougères ). Raoul II prit part à la guerre civile qui éclata, en 1154, entro Conan, fils d'Alain, comte de Richemont, et Eudon, comto de Porhoët, au sujet de la possession du duché de Bretagne. Il fut du petit nombre des seigneurs qui suivirent les drapeaux d'Eudon, et servit ce prince avec beaucoup de zèle, dans le cours de la première campagne. Il combattit même pour lui à la bataille qui plaça un instant la couronne ducale sur sa tête, et força son rival d'aller chercher un asile et des secours à la cour du roi d'Angleterre. Mais l'année suivante, lorsque Conan reparut en Bretagne à la tête d'une armée anglaise, on le vit tout à coup, sans qu'on puisse se rendre compte des motifs qui déterminèrent sa conduite, embrasser le parti contraire et le servir avec la même ardeur qu'il avait montrée l'année précédente à le combattre. Dès le début de la campagne, il reçut l'armée anglaise dans sa ville de Fougères, assista dans ses rangs aux sièges de Hédé et de Montmuran, et marcha ensuite avec elle contre la ville de Rennes, dont la garnison capitula après un combat opiniâtre. Peu de temps après, ayant rencontré Eudon qui battait la campagne pour rallier les débris de son armée et lever de nouvelles troupes, il l'attaqua et le fit prisonnier. Des services aussi signalés, une capture aussi importante, valurent à Raoul toutes les bonnes grâces de Conan, qui le nomma grand-forestier do Bretagne, et attacha de grands avantages à cette charge, qu'il rendit héréditaire dans sa famille. Cependant, ni les faveurs de son souverain, ni les dignités dont il était revêtu, ne pouvaient faire oublier à Raoul les obligations qu'il avait à Eudon et l'amitié dont ce prince l'avait honoré aux jours de sa bonne fortune. Sensiblement touché des disgrâces de son ancien seigneur, et étouffant dans son coeur la crainte que pouvait lui inspirer le ressentiment de Conan, il lui rendit la liberté et lui procura les moyens de passer à la cour de Louis VII, qui occupait alors le trône de France. Vers le même temps, Jean de DoI, son beau-père, lui laissa en mourant la garde de sa jeune fille Iseult et de ses terres (1162). Raoul, craignant que Conan ne voulût se venger sur sa pupille de la haine que lui avait toujours portée son père, prit toutes les mesures que la prudence pouvait lui suggérer pour défendre ses domaines, dans le cas où Conan tenterait de s'en emparer. Il fit fortifier les châteaux de Dol et de Combourg, pourvut à leurs approvisionnements, et y établit de bonnes garnisons; puis, cédant aux pressantes sollicitations d'Eudon, qui n'avait cessé, dans sa retraite, de travaillera se créer de nouveaux partisans, il abandonna tout à coup le parti de Conan, repassa sous les drapeaux de Porhoet, et, étant entré sur les terres du duc, il y exerça de grands ravages (1164). Conan, menacé de nouveau, eut recours à son ancien protecteur. Richard du Hommet, connétable du roi en Normandie, reçut l'ordre de pénétrer en Bretagne; et, ayant réuni ses troupes à celles de Conan, il s'empara de Dol et do Combourg. Raoul ne se laissa point abattre par cet échec : trop faible pour tenir seul tête à un ennemi bien supérieur en forces, il songea à se créer des alliances qui le missent en mesure de recommencer les hostilités, et il manoeuvra avec tant d'adresse qu'il entraîna sous sa bannière un grand nombre de seigneurs bretons et manceaux, qui formèrent avec lui une alliance offensive et défensive (1165). Henri II, instruit du danger auquel allait être exposé son allié, se hâta de passer lui-même sur le continent, et se mit en devoir de tirer une vengeance éclatante de Raoul, qu'il regardait, à juste titre, comme l'âme du complot. L'armée anglaise souffrit beaucoup, avant d'arriver à Fougères; car Raoul, dans la prévision d'une guerre, avait fait couper tous les blés et les fourrages à plusieurs lieues à la ronde ; il avait fait rompre les chemins qui aboutissaient à sa ville ; il les avait remplis d'épines, de pieux et de chausses-trappes, et avait multiplié autant que possible les obstacles, pour entraver la marche des ennemis. Outre cela, la garnison, informée de leur approche, s'était mise en campagne et les harcelait sans cesse, jusqu'au moment où ils arrivèrent devant la ville et la sommèrent de se rendre. On était alors vers la mi-juin. La place, qui était abondamment pourvue de provisions et de munitions de toute espèce, ne voulut point entendre à une pareille sommation et les Anglais se disposèrent à en faire le siège. Ils éprouvèrent d'abord quelques échecs et virent, à plusieurs reprises, leurs travaux détruits par les assiégés, qui faisaient de fréquentes sorties dans lesquelles l'avantage leur restait quelquefois; mais enfin la fortune de l'Angleterre l'emporta : la ville, prise d'assaut, fut livrée au pillage et rasée par ordre de Henri (1166). Raoul, qui avait été assez heureux pour échapper au vainqueur, profita de son éloignement pour réparer les désastres de la guerre et relever les murs de son château.  Sur ces entrefaites fut conclu le traité de Montmirail (1169), qui rendit la paix à la Bretagne; mais sur la fin de l'année 1173, une rupture avant éclaté entre le roi d'Angleterre et ses fils, le monarque soupçonneux, dans la crainte que les seigneurs bretons ne s'attachassent à son fils Geoffroy, qui avait épousé l'héritière de Bretagne, et ne profitassent de cette occasion pour se soustraire à son obéissance, leur envoya l'ordre de se rendre auprès de sa personne. Le seigneur de Fougères fut du petit nombre de ceux qui refusèrent d'obéir : regardant cet ordre comme l'expression d'un sentiment de faiblesse de la part du roi, il se hâta de mettre la dernière main aux fortifications de sa ville, et aussitôt qu'elles furent achevées, il se déclara ouvertement contre lui. Son exemple trouva des imitateurs dans Harsculphe de Saint-Hilaire, Hugues, comte de Chester, Eudon, comte de Porhoët, et Guillaume Patri, qui réunirent leurs troupes aux siennes. Henri ne put contenir le ressentiment qu'excita en lui la nouvelle de cette défection. Il confia le soin de sa vengeance, dont le poids devait principalement retomber sur Raoul, à une troupe de routiers ou de Brabançons, qu'il envoya en Bretagne avec ordre de ne rien épargner sur leur passage. Ces mercenaires entrèrent sur les terres de Fougères, et, trop fidèles exécuteurs des ordres qui leur avaient été donnés, ils y mirent tout à feu et à sang. La grandeur du péril ne fit qu'exalter le courage de Raoul et de ses alliés. Le seigneur de Fougères, qui d'abord s'était tenu renfermé derrière ses murailles, et qui, par son inaction, avait inspiré une fausse confiance aux ennemis, profita habilement de cette disposition pour les attaquer. Il fondit tout-à-coup sur eux, surprit leurs bataillons en désordre et les força de se disperser, après leur avoir fait éprouver des pertes considérables. Puis, pour exercer de justes représailles des dégâts qu'ils avaient commis sur ses terres, il alla brûler les châteaux de Saint-James et du Teilleul. Henri, outré décolère, se mit en devoir de couper la retraite au seigneur de Fougères et songea à s'emparer de sa ville avant qu'il y fût rentré; mais Raoul,soupçonnant ses desseins, hâta son retour, et le roi se garda bien de se trouver sur son passage. Il se consola néanmoins de cet échec, par la richesse et la grandeur du butin qu'il emporta de son expédition. Raoul, dans la prévision d'une guerre, avait fait construire dans sa forêt un souterrain assez vaste pour contenir son mobilier le plus précieux et celui de ses vassaux. Il avait en outre donné l'ordre à ceux-ci de conduire dans le bois tous leurs bestiaux et leurs meubles, afin de les soustraire au pillage, dans le cas où l'ennemi viendrait une seconde fois à se rendre maître de la ville. Informés de l'approche de l'armée anglaise, les habitants de Fougères s'étaient mis en devoir de se conformer à cet ordre et déjà le convoi allait atteindre la forêt, lorsqu'il fut surpris par une troupe d'Anglais qui le pilla et se retira chargée de butin. Pendant que l'ennemi emportait ses richesses et ne paraissait occupé que du soin de les mettre en sûreté, Raoul ne restait pas inactif; il prenait le chemin de Combourg et de là se rendait à Dol. Arrivé devant ces deux places, il y pratiquait des intelligences, employait l'argent et les promesses pour gagnerles garnisons et finissaitpar arborer sa bannière sur ces murailles, à la place du drapeau de l'Angleterre ; mais c'était là le dernier terme des prospérités de Raoul, le dernier gage que devait lui donner la fortune à la veille de lo trahir. Henri, informé delà défection des garnisons de Dol et de Combourg, et craignant que leur exemple ne trouvât des imitateurs, envoya une seconde fois les Brabançons en Bretagne, pour contenir dans le devoir les populations qui pourraient être tentées de s'en écarter et y. ramener celles qui s'en étaient déjà éloignées. Raoul et ses alliés n'hésitèrent pas à marcher contre eux. Les deux armées se rencontrèrent le 20 août à une petite distance de Combourg et le combat s'engagea aussitôt; mais les Bretons ne purent soutenir le choc impétueux de leurs adversaires. Plus de 1500 des leurs restèrent sur la place et seize chevaliers, tombés entre les mains des Anglais, furent ensuite conduits à Pontorson. Raoul et le comte de Chester ne durent qu'à la vitesse de leurs chevaux d'échapper au sort de leurs compagnons; ils gagnèrent en toute hâte la tour de Dol, où ils s'enfermèrent avec quarante chevaliers qui étaient parvenus à se sauver avec eux. Il y furent bientôt investis par les Brabançons qui les avaient suivis de près. L'arrivée de Henri qui, à la première nouvelle de la victoire de Combourg, s'était empressé de venir en personne pour en recueillir les fruits, fit pousser les opérations du siège avec une ardeur incroyable. Au bout de quelques jours, la tour, battue par les machines anglaises, menaçait d'ensevelir les assiégés sous ses ruines. Ceux-ci durent donc renoncer à la défendre et en conséquence ils capitulèrent le 26 août Roger de Houveden nous a conservé les noms des chevaliers qui furent faits prisonniers, tant à la bataille de Combourg qu'à la prise de Dol. Parmi les premiers, on remarque Harsculphe do Saint-Hilaire et Raoul de Sens. Parmi les seconds, Raoul de Fougères, Guillaume et Juhcl, ses fils; Lcones de Poilley, Philippe de Landcvy, Hamelin d'Esné (peut-être d'Ernée), Guillaume de Goron, Juhel de Mayenne, Guillaume de Saint-Brice, Guillaume d'Orange, Guillaume du Châtellier, Robert le Bouteiller, Sowal de Bâzouges, Henri et Philippe de Saint-Hilaire, Robert de Bâzouges, Pbilippe de Louvigné, Henri des Gastincs, Henri de Saint-Élienne, Roger des Loges, etc. . Ils furent les uns et les autres conduits dans diverses forteresses, où ils demeurèrent renfermés jusqu'à la paix. Le seigneur de Fougères ayant obtenu sa liberté en laissant au roi ses deux fils pour otages, revint dans ses terres, où il se montra plus que jamais l'ennemi irréconciliable des Anglais. Accompagné de quelques amis aussi ardents et aussi intrépides que lui, il passa une année toute entière dans les bois, dont il ne sortait que pour faire des incursions sur les terres du parti contraire. Durant tout ce temps, il ne cessa de harceler les troupes anglaises et de leur faire autant de mal qu'il était en son pouvoir, sans qu'elles pussent jamais user de représailles envers lui ; car il leur échappait toujours par sa prodigieuse activité. Enfin la paix conclue entre Henri et ses enfants vint mettro un terme à sa vie errante et lui permit de rentrer dans sa ville (1173). Les grandes qualités de Raoul avaient été bien appréciées par Geoffroy, lors même qu'il était son ennemi. Aussi lorsque ce prince eut été reconnu duc de Bretagne, ne négligea-t-il aucun des moyens qui pouvaient lui attacher le seigneur de Fougères. Non content de lui restituer tous ses domaines et de rendre la liberté à ses fils, il lui accorda toute sa confiance et lui en donna le plus éclatant témoignage, en lui conférant la première dignité du duché, avec le titre et les fonctions de sénéchal de Bretagne. Raoul assista en 1185 à la célèbre assemblée connue sous le nom d'Assise au comte Geoffroy, dans laquelle furent réglées les successions des barons et des chevaliers. Geoffroy étant mort l'année suivante, il se montra un des plus zélés défenseurs des droits de la duchesse Constance contre les prétentions des rois Henri et Richard, qui réclamèrent successivement la garde des Etats et de la personne du jeune Arthur pendant sa minorité, et ce fut en partie à ses généreux efforts que cette princesse fut redevable de la conservation de ses droits de souveraine et de mère. Cette affaire terminée, Raoul se mit en devoir de réaliser un projet qu'il méditait depuis long-temps. Dès l'année 1163, il s'était croisé avec ses frères Frangal et Guillaume; mais il est plus que probable que la guerre qui s'alluma presqu'immédiatement après ne lui permit pas de donnersuite à cette démarche, et depuis vingt-cinq ans il n'avait pas trouvé l'occasion d'accomplir son voeu. Il profita donc du rétablissement de la paix pour prendre part à la croisade qui se préparait contre les infidèles et il partit avec Richard, roi d'Angleterre, André de Vitré et Juhel de Mayenne. Il assista au siège de Saint-Jean-d'Acre et ne revint en Bretagne que vers l'année 1193. Il renonça dès lors aux affaires publiques et se retira dans le château que Raoul 1er avait fait construire auprès de l'abbaye de Savigny. Ce fut dans cette retraitequ'il expira le 15 juin 1194. Son corps fut déposé dans le cloî- tre régulier de l'abbaye, devant le chapitre. A l'époque de la destruction de l'abbaye de Savigny, le tombeau de Raoul fut acheté par M. le comte de la Riboisière, qui l'a placé dans le parc de son château de Montorin, où on le voit encore aujourd'hui. Guillaume, fils aîné de Raoul, était mort depuis sept ans, lorsque ce seigneur lui-même descendit dans la tombe. La terre de Fougères passa en conséquence à un enfant du nom de Geoffroy, que Guillaume avait eu d'Agathe du Hommct, son épouse, et dont la garde fut confiée à Guillaume l'Angevin, son grand-oncle., Guillaume fut du nombre des seigneurs bretons qui, à la nouvelle de l'attentat commis par ordre de Richard, sur la personne de la duchesse Constance, se rendirent à Saint-Malo-de-Raignon et là, après avoir renouvelé leur serment de fidélité au jeune Arthur, arrêtèrent d'aller porter leurs plaintes au roi de France de la perfidie de son vassal (1196). Quand ensuite, pour toute réponse, Richard eut fait avancer ses troupes en Bretagne, Guillaume marcha contre elles à la tête des gens d'armes de la baronie de Fougères et contribua à la défaite qu'elles éprouvèrent près de Carhaix. Cinq ans plus tard (1203), Guillaume vit les terres de son neveu menacées d'une nouvelle invasion anglaise. Jcan-sans-Terre, après l'assassinat du jeune Arthur, étant entré en Bretagne à la tête d'une nombreuse armée, s'empara de Dol et ravagea les environs de Fougères, sans éprouver de résistance. Il aurait sans doute attaqué la ville elle-même, si le roi de France, qui faisait la guerre à ses sujets du continent, ne l'eût contraint de voler à leur secours. Guillaume, profitant de sa retraite se rendit à Vannes, où les États de la province venaient de se réunir et délibéraient sur les moyens de venger le meurtre d'Arthur L'année suivante (1204), Guillaume maria son neveu à Mahault ou Mathilde, fille d'Eudon, comte de Porhoët, alliance qui, faisant passer une partie des biens de cette riche maison dans celle de Fougères, rendit celle-ci une des plus puissantes de la Bretagne. Guillaume, en mariant son neveu, se réserva la jouissance du tiers de la terre de Fougères et le droit de disposer à perpétuité, soit en aumônes, soit à titre de gratification à ses serviteurs, d'une valeur de 100 livres, monnaie d'Anjou; mais après son mariage Guillaume refusa de ratifier les engagements qui avaiont été pris en son nom par Eudon, son beau-père, Geoffroy de Chateaubriand et Guillaume de la Guerche. Quatre années se passèrent en contestations ,après lesquelles Geoffroy consentit à laisser à son oncle la jouissance du Coglais et un revenu de 100 livres à prendre sur Marcillé et sur les terres les plus voisines de ce fief ou du Coglais. Mais Geoffroy ne tarda pas à regretter sa générosité envers son oncle, et il ne cessa de le troubler dans la possession de son apanage : alors l'un et l'autre consentirent à regarder comme non avenu le premier acte passé entre eux, et au lieu de Marcillé, Geoffroy proposa à son oncle, qui les accepta , 20 livres en fonds de terre sur les fiefs de Louvigné, avec le droit de prendre dans la foret tout le bois de chauffage ou de construction qui lui serait nécessaire; et pour que cet arrangement fût définitif, les deux parties le soumirent à l'approbation du roi de France, Philippe-Auguste, qui le revêtit de sa sanction ...Le seigneur de Fougères et son oncle prirent une part active à la guerre que Philippe-Auguste entreprit contre le roi d'Angleterre, pour le punir du meurtre du jeune Arthur, et combattirent dans les rangs de l'armée française, aux sièges de Loches et de Chinon (1205). Ce fut le dernier acte important de la vie de ces deux seigneurs, qui moururent l'un et l'autre dans le courant de l'année 1212. Ils furent inhumés dans le cloître de l'abbaye de Savigny (ci-dessous)

 

 

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Published by poudouvre
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