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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 20:02

 

La terre ou baronnie de Fougères se composa, dès le principe, de tout le territoire compris dans le Vendelais, le Coglais, le Désert et les châtellenies d'Antrain et de Bâzouges Elle avait, comme on voit, une étendue beaucoup plus considérable quo l'arrondissement qui l'a remplacée, puisqu'à l'exception de quelques communes du canton de Saint-Aubin-du-Cormier, elle comprenait toutes celles qui font aujourd'hui partie de notre arrondissement, et, en outre, un grand nombre qui sont entrés dans la formation des arrondissements de Vitré et de Saint-Malo. La baronnie de Fougères étant une des plus anciennes et des plus considérables de la province, donnait à son possesseur le droit d'assister aux conseils du duc, comme membre de son Parlement. Il suffit de jeter un coup-d'oeil sur nos annales pour se convaincre de la vé- rité de.notre assertion. Du XIe au XIIIe siècle, nous rencontrons peu d'actes émanés de nos souverains dans lesquels le concours des seigneurs de Fougères ne soit clairement exprimé. Nous bornant à une seule citation, nous rappellerons YAssise du comte Geoffroy, dans laquelle Raoul II figure, en première ligne, comme témoin de cette célèbre constitution. Et remarquons-le ici en passant, cette circonstance n'est pas la seule dans laquelle le seigneur de Fougères, en concurrence avec les autres barons de la province, semble avoir eu sur eux cette prérogative d'honneur. Cependant nous croyons qu'il y aurait plus que de la témérité à avancer, avec l'auteur de l'article Fougères, dans le Dictionnaire d'Ogée, que cette terre conférait à son possesseur le litre de premier pair ou premier baron de Bretagne, et le droit de présider ta noblesse aux Etats de la province. Il est bien certain, d'abord, que les historiens antérieurs au XVe siècle ne nous ont laissé aucun renseignement sur lerang que les barons pouvaient tenir entre eux avant cette époque, et les documents que l'on invoquerait, à l'appui d'un système sur leur hiérarchie, ne sont ni assez nombreux, ni assez explicites, pour qu'on en puisse déduire aucune conséquence. L'auteur cite, il est vrai, une charte d'Alain-le-Long, qui donne la préséance au seigneur de Fougères; mais la saine critique a depuis long-temps fait justice de cette pièce, évidemment apocryphe. On rechercherait encore aussi inutilement ces prétendues ordonnances dont parle le même auteur, et qui, selon lui, établirent l'alternative entre le seigneur de Fougères et celui de Vitré. Un vers latin, fait exprès pour la circonstance, et produit par le duc de Rohan, à l'occasion de ses débats avec le seigneur de Vitré, dans une tirade qui devait consacrer l'ordre établi entre les barons :

 

Vitrus cum Filetro alternantur ambo;

 

 

Ce vers seul est le seul titre sur lequel on puisse fonder une prérogative qui n'est d'ailleurs confirmée par aucun témoignage. On doit porterie même jugement sur le droit de présider la noblesse, que le même auteur attribue au seigneur de Fougères. En effet, jusqu'au commencement du XIVe siècle, le Parlement de Bretagne, composé uniquement des neuf prélats et des neufs barons de la province, ne dut avoir d'autre président que le duc lui-même. Il en dut être ainsi jusqu'en 1309, que le duc, ayant appelé pour la première fois les députés des villes, donna sans doute plus d'extension à l'ordre de la noblesse et du clergé. Alors seulement chaque ordre, devenu trop nombreux pour se réunir dans le même local et ayant des intérêts particuliers et souvent opposés, dut se réunir séparément et avoir un président pour régler ses délibérations et maintenir l'ordre pendant les séances; mais l'honneur de présider la noblesse ne put être attaché à la baronnie de Fougères, qui venait d'être confisquée par le roi de France, et qui, par conséquent, ne relevait plus que d'une manière nominale du duc de Bretagne, puisqu'elle était au pouvoir d'un prince dont il était lui-même le vassal...Si nous fouillons dans les annales de Bretagne, dans ce magnifique trésor où la patience et l'érudition des bénédictins ont rassemblé tant de richesses, nous voyons quo notre ville fut d'abord désignée sous les noms de Fulgerium, Castrum-Felicense, Filgerioe ou Fulgerioe, puis sous ceux de Fougières, Foulgèrcs, et enfin Fougères, qui parait avoir prévalu seulement depuis la fin du XVIe siècle. Or, ce nom de Fougères est-il autre chose que la traduction française des noms latins qui servaient auparavant à désigner notre ville; et ces noms latins eux-mêmes, que sont-ils, s'ils ne sont pas des formes diverses du mot Fulgerium ou Fulgeria, employé dans la basse latinité pour désigner la plante à laquelle nous donnons le nom do fougère? Mais essayons, s'il est possible, de découvrir la raison d'une dénomination dont nous connaissons maintenant le véritable sens, et voyons si elle ne serait pas comme un anneau symbolique qui relierait la baronnie de Fougères au comté de Rennes. L'acte de fondation du prieuré de Saint-Sauveur-des-Landes ne permet pas de douter qu'à la fin du Xe siècle, le nom de Rhedonensis ne s'appliquât encore à tout le comté de Rennes : notre pays était donc, par conséquent, Rhedonensis, si je puis m'exprimer ainsi, avant d'être Fulgeriensis ou Felicensis. Si donc il existe un rapport entre ces deux dénominations, et que nous soyons assez heureux pour le découvrir, la difficulté qui nous arrête aura reçu une solution aussi complète que satisfaisante Recherchons donc quel est le véritable sens de ce mot Rhedonensis, mot évidemment celtique, préexistant à la conquête des Gaules par les Romains, et revêtu seulement d'une draperie latine, mais trop transparente pour ne pas laisser apercevoir son origine étrangère, Bien que des autorités imposantes aient pensé que ce mot venait de red, marche ou course précipitée, nous ne saurions nous ranger à leur opinion. Il n'est guère dans les usages d'un peuple encore voisin de l'état de nature, d'aller emprunter ses dénominations aux arts de la guerre ou d'une civilisation à laquelle il n'est pas initié : chez lui, l'expression locale est presque toujours topographique , et rappelle la situation des lieux, leurs accidents ou leurs productions.Nous aimons mieux croire, avec M. Michelet, que Rennes veut dire aussi fougère.

 

 

Ce nom de Rhedones, nom du premier peuple qui occupa notre territoire, est évidemment le Raden, Redenou Rhedyn des anciens Celtes. L'un et l'autre, soit qu'on écrive Redones ou Rhedones, nous présentent des éléments si semblables, des caractères si rapprochés, qu'ils paraissent être identiquement les mêmes, soit qu'on les parle, soit qu'on les écrive. Nous retrouvons en effet dans l'un et dans l'autre les mêmes consonnes, c'est-à-dire tout ce qu'il y a de vital et de permanent dans l'expression. Les voyelles, il est vrai, ont subi quelque altération; mais n'oublions pas que dans toutes les langues, ces lettres constituent ce que l'on peut appeler l'élément périssable de la langue : elles se corrompent par la prononciation, et finissent quelquefois par disparaître entièrement, tandis quo les consonnes survivent et persistent, comme le squelette, par rapport aux chairs qui le recouvrent...Le seigneur de Fougères fut comme le fils aîné de la vieille cité celtique, qui, en se séparant de sa mère et venant prendre rang dans la société féodale, ne voulut pas rejeter un nom consacré par le temps et par de glorieux souvenirs; mais pour se conformer aux exigences de la société dans laquelle il entrait, il le rajeunit en lui donnant la forme nouvelle que comportait le génie de sa langue Telle est,selon nous, l'opinion la plus probable que l'on puisse émettre sur l'origine et le véritable sens du nom de Fougères; et la preuve la plus convaincante que, dès le principe, on lui donnait le sens que nous lui attribuons aujourd'hui, c'est qu'au XIIe siècle, lorsque le seigneur de Fougères eut à se créer un écusson et une bannière, il n'alla pas chercher pour leur décoration d'autres attributs que ceux qu'exprimait le nom de sa ville et de sa baronie : Trois branches de fougère de sinople mises en pal sur un fond d'or, devinrent le signe distinctif de sa maison, et ces armes parlantes, après avoir été celles de sa famille, sont encore aujourd'hui celles de la ville de Fougères. 

 

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Published by poudouvre
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