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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 12:02

Constructions de Jean II.

 

 

J'ai dit que Jean II de Coëtmen fût autorisé à appliquer pendant trois ans, à partir du 1er janvier 1474, le produit de l'impôt du billot dans la châtellenie de Tonquédec à la fortification de la place. Il faut lui attribuer le corps de logis qui ferme, du côté de l'ouest, le château de Rolland III et une partie de l'enceinte avancée destinée à en renforcer l'entrée, mais qui ne fut terminée qu'au siècle suivant.

 

 

Front ouest.

 

Orienté du nord au midi, formant courtine, composé d'un corps de logis N M de plan rectangulaire et d'une tour en fer à cheval 0 au sud, sur un front total de 47 mètres, le bâtiment de Jean II est remarquable par une construction homogène qui tranche nettement avec celles qui l'ont précédée. L'architecte a baissé le commandement, augmenté l'épaisseur des murs du côté vulnérable (4 m 10 dans la tour), percé les étages inférieurs pour des armes à feu, au-dessous de la crête du fossé, ménagé dans les parties hautes de larges perspectives sur la vallée et même sur le plateau, remplacé les mâchicoulis par un simple cordon mouluré en profil de talon, revêtu enfin ce véritable palais d'un appareil plus grand et mieux dressé sur des lits de mortier moins épais. La hauteur des assises varie de 0 m 28 à 0 m 45 et la longueur de certaines pierres atteint 1m 40 et même 1 m 72. Tous les caractères de la seconde moitié du XVe siècle, consécutifs aux premiers perfectionnements de l'artillerie, sont là réunis. Les marques de tâcherons sont rares. L'empattement de la base est très faible. La tour du midi, au même niveau, et probablement sous le même comble que le bâtiment d'habitation, fait corps avec lui et forme, sur le front sud de l'ancien château, un saillant prononcé qui lui permettait de battre le fossé en avant de l'entrée. Elle mesure 14 mètres de diamètre et relie ses 220 degrés de circonférence avec la porte de Rolland III par 6 m 90 de mur droit et un pan coupé en retour d'équerre homogène avec la tour et collé sur la porte. Une poterne P, sans pont-levis, amortie par un linteau sur corbelets, s'y ouvre à quelques mètres au-dessus d'un fossé aujourd'hui comblé. Son seuil est à plus de 2 mètres au-dessus du niveau de l'esplanade. Un escalier droit de six marches profondes, couvert par des dalles placées en travers sur des corniches profilées en quart de rond et formant trois ressauts successifs, y conduit. Au-dessus de la poterne et sous une fenêtre à linteau, une canonnière carrée surmontée d'une courte mire contribue avec celles de la tour du midi à en défendre l'accès. En laissant l'escalier à droite on trouve, sur un petit palier J, deux portes dont l'une, à gauche, mène à la salle, rectangulaire 0 de la tour du midi par un couloir U légèrement descendant et qu'une étroite fenêtre m éclaire. A droite, dans l'embrasure de cette fenêtre, on a creusé obliquement une longue galerie pour la mousqueterie, sans doute contemporaine des refaçons que j'ai déjà signalées plusieurs fois clans le front nord-est ella porte d'entrée. Sous le plancher delà salle 0 se trouve un sous-sol O éclairé par trois embrasures de canonnières. L'une q fait face à l'est et commande les abords de l'entrée, l'autre p est orientée au sud ; la troisième, à l'ouest, r, est coudée et conduit au moineau, petit ouvrage extérieur et bas, en partie ruiné, qui faisait l'unique flanquemenf du front ouest, d'ailleurs bien défendu par l'escarpement de la vallée. La tour du midi fait de ce côté une saillie trop faible pour y contribuer. Il ne reste que doux pans du revêtement extérieur de l'ouvrage et l'amorce de son toit, formé par un coude des assises mêmes du palais, chaque assise taillée en appentis et faisant larmier sur l'assise immédiatement inférieure. La canonnière du moineau qui, suivant la règle en pareil cas, atteignait l'assaillant par la droite, affecte une forme particulière qui, si je ne me trompe, n'a pas encore été signalée (r) : une ouverture carrée, au-dessous d'une longue rainure verticale entaillée dans sa partie supérieure, comme l'étaient les anciennes archères cruciformes pour le tir de l'arbalète, encore employée au XVIe siècle concurremment avec l'arquebuse.Les canonnières des deux autres embrasures p et q sont de ce type, mais de dimensions un peu moindres.

 

 

Les embrasures p et q sont voûtées en berceau plein cintre, l'embrasure q en berceau légèrement brisé. La salle 0 du rez-de-chaussée, également barlongue et non voûtée, mesure 6 mètres sur 8 m 25. Chauffée au nord par une profonde cheminée, elle s'éclaire à l'est et à l'ouest par deux baies rectangulaires (1 m 70 X 0 m 5O) à meneau transversal, au fond d'énormes embrasures voûtées en berceau surbaissé ; dans leur allège est ménagée une canonnière carrée surmontée d'une courte mire sans entaille, w. Une porte à linteau échancré en accolade, ouverte dans la paroi nord de l'embrasure sur la vallée, conduit par un couloir droit aux latrines prises avec leur fosse dans l'épaisseur du mur. Une baie rectangulaire, s'ouvrant au-dessus du moineau, éclairait ce couloir.

 

 

Enfin, au premier étage,une salle semblable,mais chauffée au midi par une cheminée à linteau sur consoles et hotte sur arc de décharge, s'éclaire de la même façon à l'est et à l'ouest. Les fenêtres à meneaux transversaux sont beaucoup plus larges, au fond d'embrasures pareilles garnies de bancs sur les deux flancs et de niches au sud. L'allège du côté du plateau est seule percée d'une canonnière.Une petite porte en accolade conduit aux latrines éclairées sur la vallée par une autre canonnière à longue mire. Telle est la tour du midi. Le corps de logis MN rectangulaire, dont le revers fait l'une des quatre faces de l'esplanade B plus élevée que la basse-cour A, n'a-que deux étages. Celui qui correspondait au sous-sol O de la tour du midi est plein. Celui qui, par le palier T, communique avec la salle O, de plain-pied avec la poterne et au niveau du sol de la basse-cour, est lui-même un sous-sol M N par rapport à l'esplanade. Il comprend une première salle N non voûtée, éclairée par une fenêtre basse, barlongue et grillée au fond d'une embrasure profonde (3 m 05), dont l'ébrasement pénètre une voûte en berceau plein cintre. Elle communique avec une grande cave ou magasin M par un couloir s voûté en berceau surbaissé et une porte en arc brisé qui pouvait se barricader à l'aide d'un madrier dont les mortaises carrées sont conservées dans les parois ruinées du couloir. Le levé du plan et l'examen des collages semblent indiquer une refaçon qui se placerait avant l'achèvement de la construction. La première embrasure a du magasin actuel, dont la partie ébrasée reproduit l'embrasure l de la cave non voûtée N, aurait seule appartenu au plan primitif. Le désir de voûter la nouvelle cave nécessita un collage sur la courtine, extrêmement visible dans l'embrasure a augmentée ainsi de 0 m 80 de partie droite; mais ce collage ne se retrouve pas dans la deuxième embrasure v, de plan tout différent (2 m 16 de partie droite), plus étroite (1 m 78 au lieu de 2 m 43), voûtée en berceau presque plein cintre el par conséquent postérieure à la première et contemporaine de la voûte. Celle-ci est un beau berceau surbaissé de plus de 5 mètres de portée. Les baies barlongues étaient grillées. Au delà du soupirail x qui permettait d'approvisionner l'esplanade, le parement qui sert de sommier à la voûte vient buter contre une saillie z du mur, appareillée comme le reste de la construction. Au nord, le mur de fond en blocage bute à son tour sur celte saillie et supporte la voûte qui s'interrompt au contraire sur la paroi du sud. Faut-il rattacher cette saillie au plan modifié par le voûtement, ou au château de Rolland III, ou aux fondations de bâtiments d'habitation plus récents ? C'est une question à résoudre. Un escalier coudé y, éclairé .sur la vallée, fait communiquer ce sous-sol avec l'étage supérieur (niveau de l'esplanade). On débouche ainsi dans la grande salle non voûtée M dont les trois larges baies (1 m 50 en moyenne), à linteau et meneau horizontal. dominent le ravin et ses pentes boisées. Un banc de pierre ceignait, sur leurs trois faces, les embrasures à berceau surbaissé, mais la voussure de celle du nord s'est écroulée. Une niche était ménagée dans la paroi de la seconde. Une cheminée, dont le linteau, monolithe et lisse, sur consoles, mesure plus de trois mètres et dont un arc de décharge supportait la hotte, occupe au sud le centre du mur de refend, à travers lequel la porte 1 conduisait à la pièce voisine N. Cette pièce, chauffée au sud, éclairée aussi à l'ouest par une baie pareille à celle de la grande salle, était le priée ou chambre à coucher, communiquant, selon l'usage, avec la grande salle et probablement avec la tour du midi. L'écroulement de l'angle sud-ouest ne permet pas de s'en assurer. Une porte en accolade et un couloir coudé conduisaient aux latrines, prises, ainsi que leur fosse, dans l'épaisseur du mur, éclairées par une archère et couvertes en dalles sur corniches en quart de rond. A l'extérieur, une gargouille écoulait au nord les eaux de l'esplanade. Enfin, la courtine se relie avec la tour nord-ouest L par un pan coupé très court, faisant, corps avec le retour d'équerre de la courtine et collé sur la tour. Au saillant de cet angle trois pierres d'attente indiquent un plan interrompu. De la façade intérieure de ce beau bâtiment il ne reste qu'une assise à fleur de terre, décorée d'un cordon mouluré en profil de doucine. L'entrée se trouvait à l'angle T du corps de logis adossé à la courtine nord. On y remarque une assise à trois pans, reste probable d'une tourelle d'escalier. Première enceinte. L'enceinte A que Jean II entreprit de construire n'est pas, à proprement parler, une basse-cour. Bien que son projet inachevé ait été continué au XVIe siècle sur un plan probablement différent, il semble que son faible écartement n'aurait pas permis d'y loger tout ce que renfermait une baille du XIIIe siècle. Ce n'est qu'un ouvrage avancé, destiné à fortifier, comme le dit le texte de 1473, l'ancien château qui conservait ses défenses vieillies. On a vu à quel point sa porte, notamment; était insuffisante. Le plan comportait la porte Y, face à l'est, en retour d'équerre sur une courtine (23 m 90) orientée est-ouest et flanquée de deux tours rondes V et X, dont l'une défendait aussi les abords de la porte au sud. Une seconde courtine, dont il n'existe qu'un tronçon, repartait de la porte vers le nord. Il est impossible de présumer du reste. Encore la la crète des fossés qui devaient les entourer. Elle a pour caractères généraux le grand appareil, semblable à celui du front ouest, la forte saillie des tours (220 degrés) encore fermées à la gorge, leur petit diamètre (7 m 50 environ) et la faible épaisseur des murs (courtines: 2m 20 à 2m30 ; tours : 1 m 80 à 2 m 40), d'où l'on peut induire un commandement très bas, la nature des canonnières (ouverture ronde sous une longue rainure verticale qui ne sont pas, comme on l'a dit à tort., d'anciennes archères bûchées après coup, un talus de maçonnerie peu incliné, enfin le plan particulier de la porte. Celle-ci peut être rattachée au type des portes percées dans une tour quadrangulaire, ouverte à la gorge et sans échauguettes, comme on peut y voir apparaître le tracé polygonal de la période moderne. Un pont-levis à deux bras, dont le tablier relevé s'encastrait dans un tableau ménagé dans la maçonnerie, une ouverture unique amortie par un arc brisé et fermée par une porte, une archère pratiquée dans la paroi à gauche en entrant, enfin une herse à 0 m 30 de l'autre extrémité du passage qui a 3 m 30 de longueur, telles étaient les défenses, assez rudimentaires, de cette.porte, en progrès toutefois, par sa herse, sur le reste du château. Des évidements pour deux madriers carrés sont ménagés dans les flancs à 0 m 45 au-dessus du seuil, mais à 2 m 08 et 2 m 80 en arrière des ressauts de la porte. Autre singularité, ces trous n'ont que quelques centimètres de profondeur, au lieu dé la longueur de la barre, comme cela est d'usage pour l'un des côtés. La voûte actuelle en berceau brisé date du XVIe siècle. De part el d'autre de l'entrée, deux casemates, 5 et 6, à linteau, du type trou rond et longue fente. Sur le flanc de l'une d'elles, 6, on a pratiqué au siècle suivant une longue meurtrière grossièrement bûchée pour battre du feu de la mousqueterie l'angle mort qui, de ce côté, s'étendait à tout le fossé. Enfin deux autres casemates, 4 et 7, montrent, au fond d'une embrasure à cinq pans voûtée, la première en berceau surbaissé, la seconde en berceau plein cintre, une petite baie carrée d'environ 0 m 55 de côté, encadrée par un large cavet et qui fut peut-être fermée par une dalle mince percée d'un trou avec ou sans mire. Chacune des tours comporte deux canonnières semblables à celles de la porte. Le plan des embrasures seul diffère.Une cinquième, 3, traverse la courtine qui les relie. La salle de la tour du gardien, V, est hexagone, celle de la tour X pentagone. Une ancienne inscription, signalée par Freminville comme réemployée au revers de la porte, aurait été selon M. l'abbé Daniel, recteur de Tonquédec en 1842, enlevée vers cette époque par le propriétaire du château. 

 

Constructions de Charles Gouyon.

 

Première enceinte.

 

L'enceinte de Jean II fût achevée par Charles Gouyon de La Moussaye à une date comprise entre 1577 et 1582. Cette dernière campagne, dont la construction en blocage donne l'apparence d'un travail hâtif, présente en effet certains caractères de ce temps, embrasures de canon à double ébrasement, lignes de feu haute et basse enfilant les fossés. Toutefois, les talus, quand ils existent, n'empattent que le pied des murailles et n'affectent pas encore le revêtement tout entier. L'artillerie tire à travers les remparts non terrassés et incapables de résister à un bombardement sérieux. D'ailleurs, il s'agissait de repousser les bandes mal armées de la Ligue. Du côté de l'ouest, on éleva une courtine et une petite tour Z ouverte à la gorge, collée sur la tour du midi O, et dont les deux étages de feu balayaient le front ouest d'une part et le fossé de la nouvelle courtine de l'autre. Celle-ci, dont le collage sur la tour du gardien V est très net à l'extérieur, était fortement empattée et munie de latrines dans l'angle, avec couloir coudé percé d'une meurtrière. Les courtines, les tours et la porte de Jean II furent couronnées de l'étage qui leur manquait. La courtine qui montait vers le nord fut continuée jusqu'à la hauteur de la tour d'angle de l'est à laquelle elle fût rejointe par un retour d'équerre. Deux batteries superposées, chacune de deux embrasures, y furent ménagées pour prendre d'enfilade le fossé du nord-est. La courtine, au contraire, n'est qu'une ligne haute de feu à six embrasures desservie, comme la batterie supérieure du pan coupé, par une coursive en encorbellement. Sous la batterie basse qui fait face au nord, une porte aujourd'hui bouchée s'ouvrait sur le fossé. Courtines voisines du donjon. Le donjon, isolé jusqu'ici, fut relié aux tours du nord K et du nord-ouest L par deux courtines basses empattées, en blocage, grossièrement percées, la première de une, la seconde de deux embrasures plongeantes. Ainsi fut formée cette petite cour triangulaire dans laquelle certains archéologues avaient cru voir une troisième enceinte. Refaçons diverses. Je crois qu'il faut dater de la même époque les longues embrasures pour tir plongeant qui furent percées, à quelques mètres au-dessus des talus, dans les angles formés par la courtine du nord-est et ses tours de flanquement, K, dans la tour du nord pour battre le fossé du donjon, dans les fours de la porte de la deuxième enceinte, dans l'angle, de part et d'autre de l'entrée. Une meurtrière de mousquet n dans le flanc de la tour du midi, une autre dans la casemate 6, également signalées comme refaçons tardives au cours de celte élude, rappellent celles du bastion de la porte de Laon, à Coucy.

 

 Le château de Tonquedec -notices archéologiques

 

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Published by poudouvre
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