Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 11:22

 

 

C'est à un certain Derrien (voir le premier comté de Penthièvre, page n° 4 ), que l'on attribue l'aménagement d'un vaste château-fort à présent disparu et qui donna son nom à cette localité de la Roche-Derrien, petite bourgade d'une superficie de 183 hectares. Des sources variées donne pour filiation à ce personnage le fait d'être fils d'Henri et neveu du duc Alain III. Mais en réalité, Alain III, fils de Geoffroi Ier et de Havoise de Normandie n'avait qu'un seul frère : Eudon, à l'origine de la première dynastie de la Maison de Penthièvre, ainsi qu'uns sœur prénommée Adèle, et qui fut la première abbesse de Saint-Georges de Rennes. L'autre source considère le dit Derrien comme bastardus de ce fameux Eudon de Penthièvre. Et c'est sans nul doute à cette dernière hypothèse qu'il vaut mieux se rallier. Sous le pontificat de Martin, évêque de Tréguier en 1067, le dit Derrien reçut en partage la seigneurie de la Roche-Jaudy et c'est vraisemblablement vers 1078-1079 qu'il procéda à l'aménagement de cette défense sise au sud-ouest de la ville de la Roche-Derrien sur l'endroit qu'occupe à présent le quartier du Calvaire.

 

 

En guise de château-fort il faut y voir dans un premier temps une défense castrale. C'est au cours du douzième siècle que fut aménagé ce château-fort. Il reposait sur des substructions gallo-romaines qui en soutenait les fondations. Gaultier du Mottay apporte cette précision : l'aire de ces substructions offre un appareil en maçonnerie parfaitement identique à celui de Trégastel. On y a recueilli plusieurs médailles de la famille Antonine qui furent déposées chez monsieur Guillerm, un temps propriétaire de l'endroit. Mais aussi des monnaies de Posthume et de Marius (petits bronze), trouvées dans un jardin voisin. D'autres traces antiques furent découvertes au nord de la ville de la Roche-Derrien : au Bouret. Enfin entre la Roche-Derrien et le Pont de Tréguier plusieurs parcellaires situés sur la rive droite de la rivière portent le nom de Parc ar Chastel et recèlaient également des substructions et débris gallo-romains ainsi que des urnes cinéraires. Manifestement l'ancienne place-forte reposait sur un poste de guet romain. Des ruines sous le calvaire du château-fort détruit sur ordre du duc Jean IV en 1394 ne consistant que dans deux pans de murs et un caveau souterrain dans lequel on a trouvé des boulets en pierre et des débris de poterie et des fers à chevaux datés du XIVe siècle.

 

 

Boulet en pierre

(édition Le Flohic)

 

En 1872, en creusant une carrière au centre de la ville des monnaies bretonnes de Jean IV à Jean V ont été découvertes, associées à des monnaies de Philippe Le Hardi, duc de Bourgogne, Louis de Masle, duc de Flandre, Charles II, duc de Lorraine. Pierre Le Baud chroniqueur dont nous avons emprunté le récit sur la libération de la Bretagne du joug normand évoque aussi cette forteresse de la Roche-Derrien :  La forteresse este dans l'ombre et se détache en contre-jour dans le soleil levant, entourée de murailles crénelées et de douves, dressant cinq hautes tours circulaires et, au centre, un donjon carré couvert d'une toiture pointue. La ville et sa forteresse sont perchées sur un escarpement. En contrebas, une rivière miroite au soleil ". Outre cette défense, vers 1160, la petite cité émergente fut pourvue d'un prieuré dédicacé à Sainte-Croix, et la dotation mentionne quatre moulins à vent dont un à la Roche-Derrien, ainsi que d'un port fournissant du sel. Port qui sera un jour délaissé au profit de celui de Tréguier.

 

Derrien seigneur de la Roche fut le père de Robert, titré de Quemper vivant en 1190. Lequel Robert était père de Eudon de la Roche -ci après. Un temps, c'est le représentant de la branche aînée de Penthièvre : Henri, comte de Treguier et de Guingamp, qu'il transmit à son fils cadet Conan, le titre de seigneur de la Roche-Derrien. Henri comte de Tréguier et de Guingamp, fils de Etienne et petit-fils de Eudon, épousa, l'an 1151 Mathilde, fille du comte de Vendôme ; quant à son fils Conan, titré seigneur de la Roche-Derrien, il épousa Aliénor, et laissa un fils et une fille. (P. Anselme , t. III.) : Alain, vivant en 1237 et Plaisou, héritière de la Roche-Derrien, elle apporta cette seigneurie à son mari : Olivier de Clisson. Eudon de La Roche-Derrien, arrière-petit-fils de Eudon de Bretagne et petit-fils de Derrien qui donna son nom la ville de la Roche, portait en 1203 deux léopards l'un sur l'autre. Ces armes rappellent celles de Normandie, et on n'ignore pas la part active que le fils et le petit-fils d'Eudon prirent la conquête de l'Angleterre par les princes normands. J'ai vu l'abbaye de Bégard une pierre tumulaire qui pourrait bien avoir été sur sa sépulture. Près d'une grande croix très-ornée, on lit inc. iacet. evdo. de. evpe. Son sceau portait sigillum. eudonis. de. rupe. Eudes de la Roche-Derrien engagea toute la terre qu'il possédait dans la Basse-Bretagne au vicomte de Rohan pour les 600 livres que celui-ci lui avait prêtées avant son départ pour la croisade en 1218, qu'il remit entre ses mains le château de la Roche, à la condition de le faire garder; et que de plus il stipula entre autres conventions, que s'il venait à mourir pendant son voyage, ainsi que son neveu, l'un des frères du vicomte de Rohan épouserait la fille d'Eudes, qui n'était pas encore mariée. On ne saurait expliquer pourquoi Robert, fils aîné de Derrien, premier seigneur de la Roche, prit le surnom de Quemper, qu'on trouve souvent écrit dans les titres Kaemper et Kemper, qu'en acceptant comme parfaitement exacte la tradition qui le dit avoir été apanagé de la vicomté et châtellenie de Quemper-Guezenec, près Pontrieux, évêché de Treguier, qui avait appartenu à son ancêtre Guezenec, l'un des fils de Benedic, comte de Cornouailles. C'est à notre avis la seule opinion qu'on puisse avoir en l'absence de documents écrits. Cette châtellenie, regardée comme le berceau de la famille, depuis qu'elle a pris le nom de Quemper, est passée successivement aux maisons de la Roche-Jagu, aux Péan et aux d'Acigné Grandbois. Le Marquis de Magny (Livre d'or de la Noblesse). La châtellenie de La Roche-Derrien consiste en cette seule ville, deux villages de Pommerit-Jaudy, Pen Bizien et Kervaudu, et Kersalliou, haute justice de Pommerit-Jaudy qui est la seule juridiction dans sa mouvance -Yannick Botrel Les justices seigneuriales de l'évêché de Tréguier .

 

Cette ville du moins rappelle encore d'illustres souvenirs; elle appartînt Du Guesclin et fut l'origine de la fortune de ce héros, issu comme on le sait d'une famille peu opulente. Charles de Blois lui donna la seigneurie de la Roche-Derrien pour récompenser ses signalés services et il se plut l'habiter souvent.

 

Prise de la Roche-Derrien.

 

Le comte de Nortampthon prend Carhaix et vient placer le siège devant Guingamp ; mais, voyant qu'il ne peut s'en rendre maître, il en brûle les faubourgs et va assiéger la Roche-Derrien. Les habitants de cette ville furent très-surpris de se voir assiégés, au mois de Décembre. Ils ne perdirent pas courage, et soutinrent avec beaucoup de vigueur le premier et le second assaut, qui dura deux jours entiers. Le danger qu'ils coururent pendant l'incendie d'une de leurs portes, put seul les forcer à capituler. Le comte, satisfait de la bravoure de la garnison et de celui qui la commandait, leur permit de sortir de la place avec armes et bagages. Mais la garnison qu'il y plaça commit toutes sortes de dégâts à Tréguier et dans les environs.

 

Prise de Lannion.

 

Richard (Toussaint), commandant de la garnison laissée à la Roche-Derrien par les Anglais, après plusieurs tentatives sur Lannion, finit par gagner deux soldats de la garnison de cette ville, qui lui ouvrirent une fausse porte, un dimanche, à la pointe du jour. Les Anglais entrent aussitôt tumultueusement, pillent et tuent un grand nombre d'habitants. Le chevalier Geoffroy de Pontblanc, s'étant réveillé, descend précipitamment dans la rue, et là, armé d'une lance et d'une épée à deux mains, il repousse les Anglais et se défend long-temps seul contre ceux qui se présentent ; mais enfin, accablé par le nombre, il tombe et est achevé par les Anglais, qui se ruent dessus, et, pour signaler leur barbarie, lui arrachent les dents. Bon nombre d'autres chevaliers furent tués, d'autres faits prisonniers, d'autres enfin s'enfuirent avec les habitants. Pendant ce temps, les habitants de la Roche-Derrien étant allés avertir en toute hâte la garnison de Guingamp, que les Anglais étaient occupés à piller Lannion, Tournemine, qui commandait dans Guingamp, se mit aussitôt en campagne pour prévenir leur retour. Mais les Anglais, informés de ce qui se passait, traversèrent précipitamment la rivière le Jaudy, au lieu dit le Gué, au Provost, et se postèrent en embuscade entre Tournemine et la Roche-Derrien. Un vif combat s'engagea bientôt entre les deux garnisons , qui perdirent chacune beaucoup de monde ; mais le champ de bataille resta encore aux Anglais, qui traitèrent ensuite durement les habitants de la Roche-Derrien, pour les punir de leur manque de fidélité envers le jeune comte de Montfort et ses alliés.

 

 

Bataille de la Roche-Derrien.

 

An 1347. Charles de Blois, fatigué des engagements sans résultat provoqués par lui depuis un an, veut tenter un coup décisif. Il rassemble ses troupes et va assiéger la Roche-Derrien. Son armée était d'environ 1,200 cavaliers et 12,000 hommes de pied. Thomas d'Ageworte, ayant appris vers Carhaix que la Roche-Derrien était assiégée, se porte vers ce point avec environ 9,000 hommes, traverse des bois et sentiers détournés et arrive à Bégard vers la fin du crépuscule. Il y fait prendre dans l'abbaye, alors déserte, quelques heures de repos à ses troupes, et, après leur avoir donné le mot d'ordre et recommandé de tuer tous ceux qui n'y répondraient pas, il se met en marche vers minuit, passe la rivière Le Jaudy au pont Aziou, et arrive par le grand chemin au quartier de Charles de Blois, qui était entre le moulin et la maladrerie. La nuit étant très-obscure, les sires de Derval et de Beaumanoir, Robert Arrel et autres chevaliers qui étaient de garde ne s'aperçurent pas de l'approche des Anglais. Ce furent les valets de la maladrerie qui, ayant entendu le bruit de plusieurs piétons, jetèrent l'alarme. Le guet courut et engagea l'action avec tant de succès, que Thomas d'Ageworte fut fait prisonnier dans cette première attaque ; mais il fut bientôt repris par les siens. Charles de Blois étant accouru, anima ses soldats par son exemple et fit encore prisonnier le même Ageworte. Le vicomte de Rohan, le sire de Laval et plusieurs autres seigneurs se battaient de leur côté , au flambeau , avec un courage digne de la victoire. Les Anglais ayant perdu une seconde fois leur commandant, envoyèrent demander du secours au capitaine de la Roche-Derrien. Cet officier sortit aussitôt à la tête de 500 hommes armés de haches, perça la ligne de bataille de Charles de Blois, rendit la liberté à Ageworte et fit un horrible carnage de tous côtés. Charles, attaqué par-devant et par-derrière, environné d'un monceau d'illustres morts, et ne pouvant être secouru de la moitié de ses troupes, qu'il avait placée de l'autre côte de la rivière, battit en retraite jusqu'à la montagne de Mezeaux. Là, adossé contre un moulin à vent , il se défendit encore quelque temps; mais enfin, percé de dix-huit plaies, et ayant perdu une partie de son sang, il fut contraint de se rendre à Robert Duchatel, chevalier breton, qui le conduisit à la Roche-Derrien. Les Français, privés de leur chef, se débandèrent aussitôt et prirent la fuite. Cette mémorable bataille se donna le 18 Juin 1347. Les principaux seigneurs qui périrent dans cette nuit furent les sires de Laval, de Montfort, de Châleaubriant, de Derval, de Rouge, de Quintin, de Rais, de Rieux , de Machecou , de Rostrenen, de Loudéac, de la Roche et de la Jaille, Guillaume Quintin, Geoffroy Tournemine et Thiebaud de Boibouexel, avec plus de quatre mille hommes d'armes.

 

...... L'an mil trois cents

Quarante-sept furent dolents,

En Juin le vingtième jour,

Car ils eurent trop peu d'honnour,

A la Roche-Derrien en Tréguier,

Où mourut maint bon chevalier,

Maint vassal et maint bon baron,

Et maint escuyer de renom.

Furent morts, pris et déconfitz,

Les uns armés, autres ez litz.

Ce fut la nuit à ta chandelle ;

La bataille y fut moult belle ;

Car, contre chaque (à mon avis),

Des gentz Jehan , se trouvaient six

Des gentz de Charle , armés très-bien ,

Tous fins et ne manquant de rien.

Là moururent dans la bataille

Chevaliers de moult belle taille ,

Gens d'état et de noble affaire

Qui ne se purent en retraire.

Mais comme je ne pourrais

Tous les citer , ni ne saurais ,

Je nommerai les principaux

Qui là souffrirent tant de maux ,

Que morts, ils churent en la place

De coups de hache ou de masse :

Premier, le sire de Laval,

Rohan , Montfort , Rogé , Derval ,

Le sire de Chateaubriand ,

Là moururent en un moment.

Moult fut grande l'occision

Et maint un conduits en prison.... »

Roman des Banneret.

 

L'action terminée, Thomas d'Ageworte entra dans la Roche-Derrien, où il trouva Charles de Blois étendu sur un lit de plume. Il voulut l'obliger à se rendre à lui ; mais, n'en pouvant venir à bout, il ordonna à quatre archers de tirer sur lui. Cet ordre inhumain ne fut pas exécuté, et Charles de Blois fut transporté à Vannes, d'où, un an plus tard, il fut envoyé en Angleterre, laissant à la comtesse de Penthièvre, son épouse, le soin de ses affaires, comme l'avait fait le comte de Montfort lui même en partant pour l'Angleterre, quelques années auparavant. Reprise de la Roclie-Derrien, Depuis la fatale journée de la défaite des Français, les Anglais exercèrent toutes sortes de cruautés sur les habitants du pays ; ils les massacrèrent en partie et n'en laissèrent vivants que le nombre nécessaire pour la culture du sol. Les nobles des environs s'en plaignirent à Philippe de Valois, qui leur envoya pour tout secours quelques troupes sous les ordres du sire de Craon et d'Antoine Doria. Ce renfort leur paraissant insuffisant, ils armèrent les gens du pays et se portèrent sur la Roche-Derrien vers le mois d'Août. La place fut attaquée et défendue pendant deux jours avec beaucoup de courage. Les Anglais voyant qu'ils ne pouvaient soutenir longtemps d'aussi rudes assauts, cherchèrent à temporiser. Mais le sire de Craon, qui craignait que Thomas d'Ageworte ne vînt au secours de la place, promit cinquante écus à celui qui monterait le premier à la brèche ; et la ville fut prise en un instant. On passa au fil de l'épée tout ce qui s'y trouvait, femmes, enfants et vieillards. Deux cent cinquante Anglais qui s'étaient réfugiés dans le château, et qui, après s'être rendus, avaient pu être conduits sous escorte à Chàteauneuf, de Quintin, y furent massacrés par les bouchers, les charpentiers et autres artisans, qui voulaient venger sur eux la mort de tant d'amis. Le duc de Bretagne Jean V s'empara en 1409 de plusieurs place du Penthièvre dont celle de la Roche-Derrien. Mais le 8 août 1410, il consentit à restituer à Marguerite de Clisson l'endroit. Toutefois, la tentative de renversement de ce duc Jean V incita ce dernier à s'emparer une nouvelle fois de cette place-forte, laquelle fut définitivement annexée au domaine ducal le 16 février 1425.  

 

 

Margot de Clisson

 

Partager cet article

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article

commentaires