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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 18:03

 

 

 

Ruines du château de Rieux

(cliché édition Le Flohic)

 

Rieux étoit une ville considérable autrefois, & par ses fortifications, & par l’avantage de sa situation, avec un château très-ſort qui dominoit sur la Vilaine. ll n’y a plus. qu’un des fauxbourgs qui porte le nom de ville : la charrue pisse main tenant sur les anciens murs. Il y avoit un pont de bois sur la riviere, qui apparemment se rompoit pour le passage des navires. On tient que des frégates de trente pieces de canons pouvoient monter jusqu’à Rieux, qui avoit un autre ſauxbourg au bout du pont, dans la Paroisse de Fégréac ; ſauxbourg dont on apperçoit encore des vestiges & du tuilage des maisons. Dom Maurice a donné une Géographie ancienne ou l’on voit que Rieux portoit un autre nom dans des temps plus reculés; nom plutôt celtique que latin, & que je ne me rappelle pas.

 

 

Jean IV de Rieux

 

Ce qui est certain, c’est que cette ville portoit son nom actuel dès le huitieme siecle. Je n’en parlerai ici que d’après des historiens dignes de foi, les titres originaux, 8: les cartulaires. En 1490, la Reine Anne, pour se.venger, selon toutes les apparences, du Maréchal de Rieux, ordonna de démolir les châteaux d’Elven, de Rochefort , d’Ancenis, & de Rieux, qui appartenoient à ce Seigneur, auquel elle accorda pour indemnité une somme de cent mille écus : il ne paroît pourtant pas que ces ordres aient été exécutés quant au château de Rieux, qui ne ſut commencé à démolir que du temps de la Ligue.

 

 

Sous le ministere du Cardinal de Richelieu, on commanda dix-sept Paroisses pour le faire sauter, mais tout cela n’aboutir qu’à faire tomber quelques pans de murailles dans les fossés, Où ils ſont encore, & à faire pencher le donjon, qui est resté dans la même attitude, sans qu’il s’en détache une seule piece. Il y avoit autrefois un port ou bassin sous le château, mais ce n’est, depuis bien du temps, que marécages & prairies. Une Vieille chronique imprimée, qu on lit à Redon, dit que le bateau que l’on conserve précieusement dans l’Eglise de Saint-Sauveur, se présenta, poussé par la marée, dans ce port, il y a environ dix siecles n’ayant pour nautonnier, que le Cruciſix, plus que de grandeur naturelle, & couvert d’une feuille d’argent, qui occupe le retable du maître-autel, mais que des lavandieres le repousserent avec leur battoir , & qu’ainsi renvoyé il monta jusqu’à Redon. Où les Religieux le reçurent : il avoit donné sa malédiction au port de Rieux; & dès-lors de pieux Anachoretes, qui ne meurent point & qui sont toujours mineurs sans l’être jamais, ont si bien tiré Parti de ce prétendu miracle, qu’ils ont attiré à Redon tous les navires & le commerce, & que le port de Rieux est devenu désert; -en quoi ils ont été bien secondés par la négligence des Seigneurs de Rieux, beaucoup plus occupés alors de guerre & du Gouvernement féodal que du bien-être de leurs vassaux.

 

Alain Rebré ou le Grand, fils de Pasquíten, Comte de Vannes, fut d’abord, à la mort de son pere, Comte de Vannes autrement Broherec, & Seigneur de Rieux, l’une des principales forteresses de ce Comté. Il fut élu Duc de Bretagne, par toute la nation après la mort de Judicaël, en 879 : son séjour ordinaire étoit le château de Rieux, qu’il avoit fait rebâtir vers l’an 870, & dans lequel il venoit se délasser de ses expéditions militaires. L’ancien cartulaire de l’Abbaye de Redon dit, que, le fils aîné de ce Prince étant à l’extrêmité, le pere se rendit, avec toute ſa Cour, à Saint-Sauveur, pour y faire sa priere devant le grand Crucifix dont je viens de parler ; que, pendant qu’il en étoit occupé, toutes les cloches de l’Abbaye ſe prirent à sonner d’elles-mêmes & que, s’en retournant à Rieux, il trouva des gens qui venoient lui annoncer la parfaite guérison de ce cher fils. Sa démarche peut être vraie, elle est même naturelle mais on desireroit sçavoir quels bras invisibles pouvoient être soupçonnés d’avoir mis les cloches en branle. J’ai ra porté cette anecdote d’une autre maniere, & avec des circonstances différentes à l’article Allaire. Les historiens ne s’accordent pas sur ce prétendu prodige. Alain chassa les Normands qui infectoient tout le pays, où ils s’étoient rendus redoutables par leurs cruautés, & les repoussa si vivement que, tant qu’il vécut, on n’en vit plus reparoître : il mourut l’an 907, & on s’apperçut bientôt que ce Prince n’étoit plus. Les Normands reparurent en si grand nombre & avec tant de fureur, qu’ils resterent les maîtres, avec d’autant plus de facilité , que de tous les Princes voisins, occupés eux-mêmes à s’en défendre, aucun ne put donner secours. La famille d’Alain ſur obligée, comme les autres, de céder au torrent des Barbares , de passer la mer, & de se réfugier dans la Grande-Bretagne ; elle y resta pendant tout le temps de ces désolations, qui durerent bien des années, & repassa enfin: mais nous ne voyons pas qu’aucun des fils d’Alain ait occupé le Trône du pere. Raoul I, l’un d’eux & peut-être l’aîné de tous, ſut Comte de Vannes & Seigneur de Rieux; Terre qui fit ensuite tout le patrimoine de sa famille. Il prenoit le titre de Prince, & le premier qui prit le nom de Rieux fut son fils, Raoul II, qui paroît, avec Alain, son fils, dans une charte de l’Abbaye de Redon, de 1021 : il avoit un autre fils, nommé Raoul, comme lui, qui paroît dans les actes de ce temps. Dom Lobineau & Dom Maurice après lui, font remarquer que, dès le dixieme siecle, les Seigneurs de Rieux paroissoient avec éclat a la Cour des Ducs, & qu’ils en tenaient une considérable chez eux. Guethenoc de Rieux comparut, en 1112, avec plusieurs Chevaliers de sa suite, feré cum omnibus suis militibus, à la donation que le Duc Conan lI fit à l’Abbaye de Redon , pour l’entretien d’Alain Fergent, son pere, qui s’y étoit retiré. Les Seigneurs de Rieux ont un droit de coutume sur les marchandises, bateaux, & barques qui montent & descendent la riviere de Vilaine. L’acquit de ces droits se faisoit anciennement vis-à-vis le château de Rieux, Où le bureau étoit établi; il se fait présentement à Redon, pour la commodité des marchands. Autrefois , vis-à-vis ce château, étoit un pont, auquel aboutissoit un chemin pavé qu’on apperçoit encore par intervalle : il conduisoit de Fégréac à Rieux. Il ne reste plus que des débris du pont, qui subsistoit encore l’an 1543. Les marchandises voiturées par terre, payoient, en passant dessus, un devoir ou coutume, dont les deniers étoient employés à son entretien. Quelques-uns prétendent que l’origine de ce droit est de 1281, & que les Seigneurs de Rieux ne se chargerent des réparations à faire à ce passage, que moyennant certaines redevances, qui leur furent accordées par le Duc Jean I. On trouve, dans les archives du château de Nantes, un acte du lundi d’après la Conversion de Saint Paul, qui dit que Geoffroi de Rieux avoit été en procès avec le Duc, à l’occasion du pont de Rieux, que Geoffroi ne vouloit point entretenir & qu’il avoit remis au Duc. Par le même acte il le rend à Guillaume, fils de Geoffroi, qui promet de s’oblige, sur tous ses biens, de le tenir en bon état; mais cette piece ne parle point des droits exigibles pour ce passage. Quoi qu’il en soit, en 1543 , ce pont ayant été détruit , on y substitua un bac, qui est encore affermé au profit des Seigneurs de Rieux. Le passage d’Auqueferre, sur la riviere d’Oust, dans le territoire de Rieux, fait partie de cette Seigneurie. Anciennement il avoit été afféagé aux habitans du village de son nom, sous l’obligation d’y entretenir des bateaux, & de payer au Sire de Rieux une rente annuelle de quatre deniers; rente dont ils rendirent des aveux aux années 1407 & 1504. Ce passage fut ainsi possédé par les habitants jusqu’à l’année 1542, qu’ils l’abandonnerent : il retourna donc à la disposition du Seigneur de Rieux, qui le donna, aux mêmes conditions, au Sieur du Plessis Limeur, qui en rendit incontinent aveu à la Seigneurie. Ses descendants le possederent jusqu’en 1670, que, la maison du Plessis ayant été vendue judiciairement, le Seigneur de Rieux retira le tout par droit de fief. En 1672, on proposa de construire un pont dans cet endroit: la pierre étoit déja taillée & les matériaux tous préparés pour l’exécution de l’entreprise, lorsque l’on sentit que cet établissement nuiroit à la navigation, & le projet fut abandonné. Ce passage est encore affermé à un particulier, qui, en conséquence de sa ferme, est obligé à une redevance dont l’acquit se fait .d’une maniere bizarre. La nuit de Noël, ce passager est obligé de se trouver à la Messe de minuit, dans l’Eglise de Saint-Sauveur de Redon, & il se place à l’entrée du choeur. Entre les deux élévations, les Diacres lui crient à haute voix, par trois fois : Passager d’Auquefèrre, payez le droit que vous devez au Seigneur. Le fermier obéit , & met sur l’autel quelques pieces de monnoie. Cette cérémonie, aussi ridicule qu’indécente, feroit croire que les Moines de Redon seroient les Seigneurs de ce passage. J’ai demandé à ce sujet des instructions que je n’ai pu obtenir. Roland de Rieux avoit amené des Religieux Trinitaires de la Terre-Sainte ſur la fin du douzieme siecle; ils furent entretenus dans le château, où ils firent l’Office pendant plus d’un siecle, & jusqu’en 1345. On voit même que, vers la fin du treizieme siecle, Anne de Rieux, fille de cette maison, morte en 1318, le 19 Avril, leur avoit déja donné des rentes & une Chapelle garnie, Capella munita. Le 16 Janvier 1345, Jean de Rieux, premier du nom, fonda & fit bâtir à, ses frais auprès de son château, l’Eglise & le Couvent de ces Religieux, & dota leur Monastere de terres, prairies, rentes, fournitures de poisson & bois, pour la subsistance de neuf Religieux, à la charge d’acquitter les prieres portées dans l’acte de fondation, de tenir de lui & de ses successeurs tous ces-biens, & de ne poursuivre, en premiere instance, ses vassaux, que par sa Cour. Sa seconde fondation, qui est un supplément à la premiere, fut faire par Jean de Rieux, fils du précédent, le 26 juin 1416: ce Seigneur ajouta de nombreux revenus aux anciens, aux mêmes conditions, & les Religieux se soumirent à lui obéir comme les vassaux sont remis de ſaire à l’égard de leur Seigneur, & même ils s’obligerent à lui présenter, chaque année, une paire de gants blancs, & à l’appeller aux assemblées pour l’élection des Ministres; assemblées dans lesquelles son suffrage vaudroit deux voix. Les Seigneurs de Rieux ont toujours joui de ce droit. Il y avoit jadis un ancien Prieuré de Bénédictins, au bout du ſauxbourg de Rieux: ce Prieuré n’existe plus (que pour le produit, l’Eglise ayant été abandonnée à la Paroisse. La Terre de Rieux a titre de Comté, & releve du Roi : elle s’étend dans les dioceses de Vannes & de Nantes; quinze Paroisses, la plupart très-grandes, en relevent, & cinq rivieres navigables la traversent. La Justice s’y rendoit dans trois Sieges, qui sont ; Rieux, Peillac , & Fégréac : ce dernier vient d'être réuni à celui de Rieux. Lobineau dit que Peillac portoit titre de Comté dès le dixieme siecle: ce qui le persuaderoit encore, c’est que deux Terres, qui en étoient dérivées très-anciennement par inféodations, ont toujours porté titre de Vicomté, & qu’elles le portent encore. J’ai fait quelques voyages dans ce pays, mais peu de séjour; je n’y ai rien remarqué plus ancien que le château de Rieux, si ce n’est le grand chemin qui doit être de construction romaine; il ressemble parfaitement aux autres ouvrages qui nous restent de ces conquérants. Je ne l’ai vu que dans la forêt de Rieux, & ne l’ai suivi qu’une demi-lieue de chemin n’ayant point eu d’occasion de le suivre, ni en avant, ni en arriere. On dit qu’'il partoit de Nantes, passoit le pont de Rieux, & aboutissoit à Vannes. Le vulgaire, pour qui tous ouvrages sont égaux, veut que ce soit la Reine Anne qui ait fait contruire celui-ci, pour voyager d’une de ces villes à l’autre, sans penser combien cette contruction étoit au dessus des forces d’une Souveraine de Bretagne. D’ailleurs, dans quel temps cette Princesse aurait-elle fait exécuter cette construction ? Auroit-ce été pendant une minorité orageuse, & troublée sans cesse par mille traverses & par des armées étrangeres ! car c’est l’unique temps qu’elle ait habité la province. Une autre raison contre cette idée, c’est que les annales & les archives de la nation auroient conservé le souvenir d’une consruction de cette nature, & il ne se trouve aucun monument qui en fasse mention. Avouons donc que c’est une erreur d’attribuer à la Reine Anne ces ouvrages, & les autres de la même espece qui se trouvent dans la province. Sur les bords dela Vilaine, du côté opposé & pour ainsi dire en face de la ville, est une butte de terre très-élevée; ouvrage des hommes plutôt que de la nature. On ne sçait à quel usage elle étoit destinée, mais il est à croire qu’elle est d’une grande antiquité. Les ténebres qui couvrent l’origine de la ville de Rieux, qui peut-être étoit une ville considérable des Celtes, rendent inutiles toutes les conjectures que l’on pourroit faire sur cette montagne. J’aurois desiré joindre ici la généalogie de la maison de Rieux, qui n’a point encore été imprimée exactement; mais, comme mes connoissances sur cette famille n’étoient point assez étendues, j’aurois craint de joindre des inexactitudes à celles qui se trouvent dans les historiens qui nous ont précédé : je me bornerai à dire qu’elle a l’avantage de tirer une origine de la maison souveraine de Bretagne; elle réunit la gloire d’être alliée à l’illustre maison de Bourbon, & d’avoir produit des Maréchaux de France &de Bretagne. Certainement il est peu de familles, dans l’Europe, qui puissent lui disputer pour l’ancienneté. Ses armes sont : contre-écartelé de Bretagne, sur le tout de gueules à deux faces d’or qui est Harcourt ; &, pour devise, a toute heure, Rieux. Outre la haute-Juſtice du Seigneur, on connoît encore dans le territoire de Rieux celles de Commenant, haute-Justice, à M. de la Bedoyere; de la Jouardais - Beaulieu, moyenne-Justice, & des Allaires, moyenne-Justice, à M. de la Houssais; & de la Tabariais, moyenne-Justice, à M. de Folval. En 1530, on voyoit dans cette Paroisse les maisons nobles des Grais, au Sieur de Carmenan : de Launay & de la Bourrelais, à Marie de la Bourrelais; (cette maison s’appelle aujourd’hui la Bousselais, & appartient à M.. de Forge : ) la Lande appartenoit au Sieur de Helfau; Guengo, au Sieur de Guengo; Limeur, au Sieur de Limeur; la Ricardais, à François de Chambalan; la Villeneuve, au Sieur du Plessis -Saint-Dolai ; la Terre, à Jean Gaberit; & Rohedas, à N.... de la Pommeraye.

 

 

Extrait du Dictionnaire Historique & Géographique de la Province de Bretagne par Jean Ogée 1780

 

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Published by poudouvre
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commentaires

Florent 26/08/2015 21:59

Bonsoir,

Je suis à la recherche de gravures ou dessins du château de Rieux datant d'avant sa démolition, auriez vous une idée ?

poudouvre 31/08/2015 15:00

Pour ma part je n'ai rien trouver sur cet endroit mais je penses que vu la notoriété de l'encdroit, des gravures doivent exister.