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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 08:34

 

Donjon.

 

 

Le donjon D, qui offre cette singularité de ne pas commander le côté vulnérable de la place, suffisamment défendu par la tour d'angle, élève à l'autre extrémité, en dehors de l'enceinte dont un fossé le sépare, sa masse cylindrique large de 13 m 60 hors-d'oeuvre, non compris le talus de maçonnerie qui empatle sa base, et haute de 21 mètres sous parapet. Un double pont-levis faisait, comme je l'ai déjà dit, communiquer, par l'intermédiaire d'une pile R, haute d'une dizaine de mètres, le sommet de la courtine, soit un étage au-dessus de l'esplanade, avec le second étage de la tour, cas particulièrement tardif de la persistance des traditions romanes. C'était le seul moyen d'accès du donjon qui n'avait, pas d'issue sur la campagne. Par cette poterne en arc brisé, surmontée d'une rainure verticale pour l'arbre unique de son pont-levis, fermé par un seul vantail et barricadé par un madrier dé section carrée, un passage voûté en berceau plein cintre f, et dont la largeur va en se rétrécissant de 1 m 35 à 1 m 28, conduit à la salle, hexagonale du second étage. Une porte amortie par un arc brisé, ouverte à droite dans sa paroi, donne directement sur l'escalier dont la vis, partant de fond et prise dans l'épaisseur du mur, desserties autres étages en montant ses 76 marches sans interruption jusqu'au comble. La cage est éclairée par quatre archères qui ne sont pas faites pour la défense, comme le prouvent leur angle peu ouvert et l'absence de plongée, malgré la hauteur au-dessus du sol. De l'archère inférieure on a fait, à l'époque moderne, une porte ouvrant dans le fossé. Le plancher de la salle basse repose sur un retrait de la paroi dont le tracé circulaire s'inscrit dans l'hexagone du rez-de-chaussée.C'est peut-être le témoin d'une salle ronde, souterraine, aujourd'hui comblée, comme cela s'est fait quelquefois des anciennes tours, lorsqu'il fallut compter avec l'artillerie. Pas plus que les autres étages, le rez-de-chaussée n'est voûté. Une porte g à linteau sur corbelets, au pied de l'escalier, une fenêtre au nord, i, s'ouvrent sur la salle à six pans, chauffée par une cheminée h sans saillie ni hotte, à manteau lisse en arc surbaissé. Une chaîne d'angle en pierre appareillée est noyée dans le blocage du pan qui sépare la cheminée de la fenêtre. Elle porte les marques de tâcherons particulières au donjon et ne dépasse pas les niveaux du seuil et de la clef de voûte de l'embrasure voisine. C'est donc le piédroit d'une embrasure semblable, soit repentir, soit témoin de constructions antérieures revêtues par le donjon actuel.

 

 

 

Un palier de l'escalier communique par une porte en arc brisé avec la salle du premier étage qui offre les mêmes dispositions, mais s'éclaire à l'ouest sur la vallée et est pourvue de latrines. Des colonnettes, dont les chapiteaux sont des corbeilles rondes et nues, elles bases prismatiques, avec tore et cavet réunis par un angle droit, décorent les jambages de la cheminée, placée au-dessus de la précédente, et supportent un manteau en plate-bande appareillée. La hotte repose sur un arc de décharge. Au second étage, deux fenêtres s'orientent est et ouest. La cheminée, sous un simple linteau, est plantée au sud-ouest, et un couloir coudé, débouchant dans le passage de la poterne en face de la porte de l'escalier, conduit aux latrines. Enfin, le troisième étage, desservi directement par l'escalier au moyen d'une porte à linteau sur corbelets, comporte une fenêtre à l'est, des latrines et une cheminée au sud-ouest. Toutes les fenêtres sont du même type, étroites, rectangulaires, au fond d'une large embrasure (1m 27 pour une baie de 0 m 44), profonde de toute l'épaisseur du mur (3m 60 à 3m 25), généralement garnie de bancs de pierre et voûtée en berceau surbaissé Les latrines sont groupées de façon à couvrir un secteur minimum du fossé et plantées, comme l'escalier, du côté le mieux protégé du donjon. De ses défenses, il ne reste que la ceinture de corbeaux de ses mâchicoulis ; ils se composent de quatre assises profilées en quart de rond, formant encorbellement sur les trois faces. M. E. Lefèvre-Pontalis a fait remarquer dans son cours combien ce type de corbeaux est fréquent en Bretagne et en a signalé de semblables à Bonaguil. On en trouve aussi dans divers châteaux du XVIe siècle, comme Chaumont et La Rochefoucauld. Il est probable qu'un étage en retrait el un double crénelage, comme à la tour d'angle, couronnaient le donjon. Front du nord-est. -Au moins en ce qui concerne les parements, tout le front du nord-est est du même parti que le donjon. Appareil, hauteur et pente du glacis sont rigoureusement semblables. C'est une construction homogène orientée du nord-ouest au sud-est. et composée d'une courtine flanquée d'une tour ronde à son extrémité nord K et d'une tour en hémicycle l au dernier tiers de sa longueur. On y adossa un corps de logis dont il ne reste que les soubassements et dont le pignon sud-ouest à double rampant s'est écroulé au commencement de l'année 1910. Elle est un peu plus basse que le donjon, mais, comme à La Ferté-Milon, les corbeaux de ses mâchicoulis, du même type que ceux du donjon, avec trois assises seulement, couronnent d'une ligne horizontale ininterrompue les tours et courtines qui ne se commandent pas  Au-dessus de sa base qui est pleine, un étage de plain-pied avec l'esplanade., et élevé d'une dizaine de mètres sur le fond du fossé, né comportait d'ouverture que dans les deux tours.

 

 

On y pratiqua par la suite, en divers points et notamment dans les angles, des canonnières à large ébrasement et forte plongée pour battre le pied du rempart. Un premier étage sur l'esplanade, que j'ai figuré dans le plan d'ensemble, s'ouvre largement sur le vallon. Dans la tour du nord il comporte, comme au rez-de-chaussée, d'ailleurs, une salle pentagonale K non voûtée, éclairée par une fenêtre étroite à linteau, du type du donjon, avec embrasure à berceau plein cintre, mais orientée obliquement par rapport à la courtine, de façon à découvrir le plateau et, sans doute, concourir à la défense. Bien que le revers de la tour soit abattu, on peut admettre que celte salle communiquait avec le corps de logis. 

 

Tour d'angle de l'est.

 

Pour commander les abords du château, on construisit une énorme tour d'angle E, plus haute que le donjon lui-même (22m 50 sous le chemin de ronde), de plan circulaire aussi, mais légèrement tronconique. Elle mesure 13m15' de diamètre au-dessus d'un empattement plus élevé, mais moins incliné que celui du donjon. Différence plus caractéristique encore, elle est pleine jusqu'à 10 mètres de hauteur environ au-dessus du fossé, et sa salle basse, qu'un pont-levis relie à l'esplanade, est au niveau du premier étage du donjon. Ce pont-levis, dont témoigne suffisamment la rainure verticale qui surmonte la poterne, retombait sur un fossé aujourd'hui comblé, mais dont un observateur du commencement du XIXe siècle, Freminville, nous apprend que sa contrescarpe, revêtue, dessinait un arc de cercle concentrique à sa tour et que les courtines H et Q, encore existantes, en fermaient les extrémités. Le parement interrompu de la tour bute sur le pan H qui la relie au front du nord-est et qui lui est donc antérieur, tandis que le pan Q, qui la relie à la porte fortifiée, est un simple collage postérieur. Ces deux courtines ont leurs revêtements arrachés. La poterne en arc brisé, semblable à celle du donjon, était fermée par un vantail dont on retrouve les traces de scellement, et à un mètre au-dessus du seuil, les trous carrés pour la manoeuvre de la barre transversale. Par cette porte on pénètre dans un passage voûté en berceau plein cintre qui conduit à la salle-basse et sur lequel s'ouvrent deux portes à linteau sur corbelets. Celle de gauche mène, par un couloir deux fois coudé; aux latrines, celle de droite, surmontée d'un arc de décharge, à la vis de 54 marches, ininterrompue, prise dans l'épaisseur du mur (3m 50), éclairée par trois archères, qui dessert les autres étages. Les trois salles à six pans, non voûtées, pourvues chacune de latrines et de cheminée, s'éclairent: celles du rez-de-chaussée, au sud; celle du premier étage, au sud et à l'est; celle du deuxième étage, à l'est et à l'ouest. Les baies qui s'ouvrent au sud sur le plateau sont du même type que celles du donjon. Elles étaient grillées. Celles de l'est et de l'ouest, plus largement percées, sont recoupées par un meneau cruciforme. Toutes ont de larges embrasures voûtées en berceau plein cintre ou surbaissé. Les latrines surplombent, à l'extérieur, l'angle formé par la courtine H. Les cheminées sont encadrées par un linteau en arc surbaissé, celle du rez-de-chaussée par une large et profonde voussure en plein cintre. Une ceinture de mâchicoulis, dont il ne reste que les corbeaux à quatre assises, pareils à ceux du donjon, couronne la tour. D'un étage en retraite, caractéristique de la fin de la période gothique, il nous est parvenu dé quoi reconnaître les baies qui s'ouvraient sur le chemin de ronde, les trous de la charpente qui l'abritait, et les ouvertures du crénelage supérieur. Malgré les caractères particuliers de cette tour, son appareil, le type de ses cheminées, de ses percements, de ses mâchicoulis, et même quelques marques de tâcherons se retrouvent dans le donjon.

 

Porte d'entrée.

 

Tout en se rattachant à la même campagne, les défenses de l'entrée sont postérieures à la tour d'angle de l'est. En effet, la rentrée du flanc droit de l'ouvrage a dû être commandée par un plan antérieur et surtout son parement s'interrompt devant la courtine Q qui, elle-même, bute sur la tour. Pour pénétrer dans la place, on franchissait un fossé sur l'un des deux ponts-levis abaissés de la porte charretière, à gauche, ou de la poterne, à droite, l'une et l'autre amorties par des arcs en tiers-point. Les tabliers, manoeuvres l'un par deux, l'autre par un bras oscillant dans leurs rainures verticales profondes d'un mètre, venaient, en se relevant, s'appliquer dans leurs encastrements en fermant la baie correspondante. Les supports des tourillons qui faisaient pivoter les bras sont intacts. Dans les passages voûtés en berceau surbaissé, et dont il semble que le sol montait de l'extérieur vers l'intérieur, il n'y a ni herse, ni assommoir, ni trous pour madriers de barricade. Des vantaux les fermaient sommairement. Deux tours en fer à cheval flanquent cette entrée. Une ceinture ininterrompue de mâchicoulis, répétant les consoles à trois assises du nord-est, la défend. Les sept annelets du blason de Coëtmen la surmontent. A gauche, en entrant sous la voûte principale, une petite porte à linteau s'ouvre sur un escalier à vis qui descend à deux petits cachots ménagés sous le passage. Une archère pratiquée dans l'angle, à travers le glacis, éclaire les dernières marches, mais les cachots sont aveugles. Ils sont commandés l'un par l'autre et recouverts par des dalles dont les extrémités portent sur des corniches grossièrement épannelées en biseau. Au même niveau les bases des tours empattées sont pleines. À l'étage au-dessus, celui du passage, la tour de l'ouest enveloppe la salle F du XIVe siècle et utilise son archère prolongée C, comme il a été dit plus haut. Celle-ci, haute de 1m 50, large de 0m15, débouche sur le flanc gauche, à 0m 05 de l'angle formé par le collage du bâtiment de Jean II de Coëtmen. Une archère presque semblable (1 m 20 X 0 m 15) traverse le flanc droit de la tour de l'est G, malheureusement comblée par les décombres. Le mur de refend qui sépare la porte charretière du guichet se termine par deux pans dont l'un est décoré d'une tête plate. Le revers de l'ouvrage, qui s'écroule, ne permet pas d'en restituer la disposition. Une porte en arc brisé, aujourd'hui à demi enfouie dans le sol, donnait sur l'esplanade. Aux deux étages supérieurs,.correspond, dans chaque tour, une salle quadrangulaire éclairée dans l'axe et au sud par une fenêtre grillée à linteau dont l'embrasure, voûtée en berceau plus ou moins surbaissé, est garnie d'un seul banc; fenêtre analogue à celles du donjon, des tours nord et nord-ouest et de la salle basse de la tour d'angle. Des salles du premier étage, et dans chaque angle, on perça, comme dans les tours du front nord-est, une canonnière ébrasée plongeant vers le talus de la porte. Au même étage, des latrines qui pouvaient servir de bretèche surplombent le pan coupé du flanc est, dont la rentrée fait, avec-la courtine Q, un angle très aigu.

 

Tour nord-ouest-

 

La tour du nord-ouest (diamètre 10m80) ressemble à sa voisine la tour du nord. Mêmes commandement, appareil, empattement, corbeaux de mâchicoulis et type de percements. Mais l'étage inférieur étant embrasures surbaissées éclairent au nord les salles à cinq pans. Le revers s'est écroulé.

 

Courtine du nord.

 

La courtine du nord, qui relie la tour du nord-ouest à la tour du nord, a été refaite. En effet, elle bute sur le parement de ces deux tours, emboîte les latrines de la tour du nord, et contraste d'ailleurs, par sa construction en blocage, avec l'appareil voisin. Toutefois, le profil et le niveau des corbeaux de mâchicoulis est le même. La refaçon est certaine, mais peut-être pas très tardive. La courtine qu'elle remplaça devait être un peu plus éloignée du donjon. En effet, la pile sur laquelle s'abaissaient le pont-levis du donjon et celui de la courtine n'est distante de celle-ci que de 1 m 40, portée qui ne correspond guère à un support de plus de 2 mètres d'épaisseur. Une baie en tiers-point, sous un dallage grossier, la traverse aujourd'hui, et du bâtiment d'habitation qui s'y adossait, il ne reste qu'un jambage de cheminée suspendu à son revers 

 

Extrait de  - Le château de Tonquedec : notices archéologiques 

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Published by poudouvre
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