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10 août 2015 1 10 /08 /août /2015 05:30

Le Château.

 

 

Nous avons très-peu de documents sur le château de Fougeray, toutefois, si l'on ne trouve pas de preuve de son existence avant le XIVe siècle, il n'en est pas moins probable qu'il remonte a une plus haute antiquité. La plebs ou paroisse de Fulkeriac était au IXe siècle une condita, c'est-à-dire, selon M. de Courson, qu'elle devait sa naissance à un magasin d'approvisionnements établi par les Romains sur les bords de leur voie de Blain a Rennes. Cette position de Fougeray, son importance sous les rois bretons, sa renaissance au XIe siècle sous le gouvernement des Le Boeuf, puînés des puissants barons de Châteaubriant, tout porte à croire qu'il existait dans cette petite ville une forteresse a une époque très-reculée. Le fait d'armes le plus important qui se soit accompli au château de Fougeray est aussi celui qui nous donne la première preuve écrite de son existence. C'était en 1354. Jean de Rieux, l'un des plus zélés partisans de Charles de Blois, en était alors le seigneur; Fougeray lui fut enlevé, et une garnison anglaise y fut placée sous le commandement de Bembro. Bertrand du Guesclin, qui combattait sous le même drapeau que le seigneur de Fougeray, parvint a reprendre cette forteresse par une ruse de guerre racontée par tous les historiens bretons, en particulier par dom Lobineau, Hay du Chastelet et Bertrand d'Argentré. Déguisé en bûcheron et accompagné de quelques soldats, le héros breton s'introduisit dans la place en l'absence de Bembro, s'en empara en combat tant vaillamment, et défit le capitaine à son retour à Fougeray. On trouve dans les auteurs que je viens de nommer ce glorieux fait d'armes raconté avec d'intéressants détails; voici le récit de Bertrand d'Argentré (Hist. de Bret., édit. De 1582) : « Il advint que du Guesclin descouvrit que le château de Foulgeré, bonne place pour lors, estoit mal gardé : car ayant prins un varlet sorty du châsteau en la forest de Teillay, il sceut que messire Robert Bembro, anglois capitaine du châsteau, estoit party d'iceluy pour battre la route de l'armée de Charles de Blois et qu'il estoit aux champs et n'avoit laissé au chasteau pas les meilleurs des siens. Sçachant ces nouvelles, du Guesclin monta à cheval avec ses compaignons, et a l'issue de la forest les fait mettre à pied et accoustrer de biaux de toille à chascun une hache en la main en forme de bucherons et les faict charger chascun un faix de fagots et de huches sur le col, laissant la moitié de sa compagnie en embusche dedans le bois au plus prés qu'il peut du chasteau, pour attendre le signal qui leur seroit donné à l'ouverture de la porte. Ceux qui étoient chargés sortirent de la forest et s'en vont devers le chasteau le col ployé soubs le faix avec leurs haches et quelques courtes dagues cachées soubs leurs habits. Venus à la porte ils huchèrent au portier s'il falloit point de bois au seigneur qui estoit céans, qui respondit qu'ouy. On ouvre les portes a cest adveu, ils entrèrent trois ou quatre et entre iceux ledit Bertrand lequel commença à jetter son faix au devant de ladite porte pour l'empescher de fermer, et ses compagnons de mesme, conséquemment les autres, qui suivoient le dit du Guesclin, donnant le signal a leurs gens. Et quant a lui commença à charger le portier qu'il tua, et ceux qui étoient avec luy crioient Guesclin. A ce bruit accoururent tous les soldais du chasteau et commencèrent d'une et d'autre part à se charger a bon escient et combattre. Où du Guesclin fut tellement blessé, que le sang lui couvroit la veue et le visage; mais pour cela il ne recula, et se combatirent ceux de la maison fort vaillamment et en fut tué plusieurs : mais finalement furent deffaicts et la place gagnée, bien munie de vivres et armes. Bembro capitaine qui estoit absent, ayant faict une course, et chargé par gens de cheval de Charles de Blois qui le descouvrirent, délibéroit se retirer en sa place, mais il fut averry par le chemin qu'elle avoit été surprise; chose qui l'estonna tant qu'il commença à tourner bride pour se sauver en quelque place de son party : mais il fut suivy par du Guesclin, ayant recouvert quelques gens de cheval, qui se trouvèrent à son aide, lequel ledit du Guesclin attrapa par le chemin et le contraignit de tourner visage et faire teste : venant aux mains fut deffaict Bembro et demeura mort sur le lieu, Ce fut le premier exploit de marque de messire Bertrand du Guesclin et qui luy donna reputation d'homme de guerre. » Le souvenir de ce glorieux fait d'armes est resté très-populaire dans le pays de Fougeray. Nous avons dit qu'au XVIe siècle Fougeray appartenait aux seigneurs de la Roche-Giffart, ardents protestants. Le duc de Mercoeur convoitait cette place, et son parti parvint à s'en emparer; mais les huguenots, furieux de cette perte, épiaient l'occasion de reprendre ce château. Dès 1594, un de leurs chefs, La Tremblaye, essaya, mais en vain, « de jouer quelque tour aux ligueurs de Fougeray, » l'année suivante ils furent plus heureux. Le capitaine huguenot Saint-Luc, accompagné de Louis de la Chapelle, seigneur de la Roche.Giffart et de Fougeray, parut sous les murs de cette place; mais ce dernier ne rentra point dans son château, il fut tué sous les murs d'un coup d'arquebuse que lui porta l'un des assiégés. Toute fois la forteresse succomba, les ligueurs en furent chassés et Saint-Luc y entra victorieux. Au mois de décembre de cette même année 1595, fut conclue une trève entre les ligueurs et les royaux, au château de Fougeray. « Les présidents de la Grée et de Marigny, de Molac et de Kergroadès s'étant rendus a Fougeray, qui pour lors était en neutralité, le 14 décembre 1595, pour conférer avec les députés du duc de Mercoeur, vinrent à bout d'une trève pour les mois de janvier, février, mars et avril. » (Hist. de la Ligue en Bretagne.) Cette trève fut heureusement suivie de la nouvelle officielle de la conversion d'Henri IV. Après la pacification , les États de Bretagne demandèrent a ce roi la démolition de plusieurs places fortes de la province; leur demande fut naturellement agréée, et c'est alors que furent détruites les fortifications de Derval et du Fretay. Tout porte a croire que le château de Fougeray partagea le sort des deux forteresses voisines; démantelé à son tour, il ne se releva plus de ses ruines. La charge de capitaine du château de Fougeray était importante au moyeji âge; en 1476, Jean de Châteaugiron, dit de Derval, seigneur de Fougeray, donna la capitainerie de cette place forte à son fils naturel Georges de Derval, seigneur de la Lanceulle. Cette charge existait encore en 1653, quoiqu'à cette époque le château fut complètement démantelé, car il est dit, dans l'aveu de cette année-là , que « le cens du devoir de guêt sert pour payer le capitaine dudit château, le concierge et les officiers d'iceluy. » Le droit de guet ayant été aboli en 1670, peut-être la capitainerie du château cessa-t-elle d'exister en même temps. L'aveu de 1541 décrit trop brièvement le château de Fougeray : « Le château, place et forteresse de Foulgeré ô ses tours, maisons, clostures de fortes murailles, douves et fossés, étang, chaussées, moulin à eau, coulombier et refuge à pigeon, garennes et refuge à connyns, deux journaux et demy de terre ou environ ô toutes leurs appartenances, le tout en un joignant sise près et adjacent de la ville dudit Foulgeré. » L'aveu de 1653 entre dans beaucoup plus de détails : « Le château, place et forteresse de Foulgeré où il paraît encore des tours, guérittes, machecoullis et clostures de fortes murailles, fauces braies, douves et fossés au joignant lequel est le donjon séparé d'iceluy par un large fossé revestu; auquel donjon il y a plusieurs logements et terrasses et une grande tour couverte d'ardoises, avec une autre qui la joint où est la vue et monstrée d'icelle, dans laquelle il y a uu grand nombre de chambres et cabinets, et marques de ponts dormants pour la communication avecq le donjon, corps de gardes, terrasses, et esprons qui sont autour d'icelle, entre lesquels terrasses et esprons il y a deux petites tours qui servent de corps de garde, et un pout-levis par lequel on entre dans ledit donjon et a l'un des coings de ladittc terrasse une autre plus grosse tour que les deux précédentes qui sert de logement au concierge du chasjeau et au-dessus, jusqu'à la couverture de ladite tour une fuge et refuge à pigeons. Joignant ladite principale entrée du donjon est un estang, l'eau duquel se communique dans les fossés qui sont autour dudit donjon et terrasse avec la chaussée et retenue d'eau et au dessous d'icelle un moulin a eau appelé le moulin du château. Au dessous de ladite chaussée et moulin, un petit pré au joignant duquel sont les grands jardins dudit château avec ses hayes et fossés, et à l'un des costés d'iceluy des mottes élevées a garennes, et contient, le tout ensemble, le nombre de trois journaux de terre ou environ, vieilles douves et fossés, entre lesquels grands jardins, garennes et le chasteau, il y a une grande place où il y paraist encore des vestiges de fortifications, laquelle place contient, avec un jeu de longue paulme qui est a l'un des costés d'icelle, trois à quatre journaux de terre ou environ, en laquelle se vend, les jours des marchés et foires qui tiennent en ladite ville de Foulgeré, des boeufs, vaches, porcs et autres sortes de bestail, marchandises et denrées ; les jardins d'allentour en partie séparent ladite issue. » De nos jours, la grosse tour du donjon de Fougeray reste seule debout a peu près intacte; mais on retrouve encore des vestiges de la tour du concierge que surmontait naguère une fuie à pigeons; on aperçoit aussi dans la cour les fondations d'une troisième tour. Quant a l'étang qui avoisinait le donjon, il a été desséché en partie et converti en un charmant jardin anglais. Le donjon de Fougeray a conservé quelque chose de son aspect primitif; il est couronné de créneaux gothiques, et les poutres de ses ponts-Ievis ont laissé sur la muraille trace de leur ancienne position ; des écussons indéchiffrables, et qui semblent appartenir au XIIIe siècle, sont placés à une grande hauteur; peu de sculpture à l'extérieur du reste, des colonnettes ornent seules l'entrée principale. Les escaliers, bien conservés, conduisent aux différents étages, où se trouvent d'assez belles salles ornées de cheminées et de quelques jolies portes qui ne remontent guère qu'aux XVe et XVIe siècles. Malheureusement ces salles ont beaucoup souffert des ravages du temps et ont été bien des fois remaniées; la garde nationale, établie dans cette tour sous le gouvernement de Juillet, y a laissé des traces de son séjour, d'un pittoresque fort douteux. Malgré cela, la tour de Fougeray est sans contredit le monument le plus imposant du canton. Le château moderne qui l'avoisine fut construit, au XVIIIe siècle, par M. Loquet de Granville, seigneur de Fougeray. Ce dernier fit raser tout ce qui restait encore de l'antique forteresse, sauf le donjon et la tour du concierge; il fit ensuite niveler l'emplacement des fortifications, où il plaça sa cour d'entrée et ses écuries; puis il transporta le champ de foire, dont parle l'aveu précédent, dans la ville, et construisit son château dans cette vieille place d'armes, entre les fortifications et les jardins. Ce nouveau château n'offre de remarquable que les ruines et le beau parc qui l'entourent.

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Published by poudouvre
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