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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 13:01

 

 

 

Quoique privée aux deux tiers de sa vieille couronne murale, Guingamp n'en demeure pas moins aujourd'hui l'une des villes les plus intéressantes de Bretagne. En elle on salue la reine ou tout au moins la suzeraine de cette longue vallée, si verte, si fraiche et si plantureuse, que fécondent les eaux limpides du Trieu ; c'est dans ces eaux que Guingamp mire les débris encore puissants de son château et de ses gothiques remparts, au-dessus desquels se dressent fièrement les trois tours de son église, dignes de couronner une cathédrale quoiqu'elles n'abritent qu'une paroisse, et qui ont l'honneur d'annoncer à tout Breton, à tout chrétien, le sanctuaire vénéré de Notre-Dame de Bon-Secours, l'un des plus fameux pèlerinages de toute la Bretagne. Pendant que l'archéologue étudie avec amour cette que, tout auprès, l'artiste admire la gracieuse fontaine du au génie inventif du sculpteur Corlay, l'historien reconstruit par la pensée la vie passée de cette noble ville, si souvent et si intimement mêlée aux principaux événements de notre histoire bretonne : tâche bien aisée, il faut le dire, tâche agréable et fructueuse, quand on suit un guide aussi aimable, aussi consciencieux et aussi savant que M. Ropartz. En dépit des antiquaires qui voient les Romains partout, Guingamp, tout comme les trois quarts au moins de nos villes bretonnes, n'a rien de romain dans ses origines. On n'y a pas découvert une tuile romaine, on ne trouve nulle part son nom avant le XIe siècle : son origine est toute bretonne, toute féodale; et si les documents précis manquent pour en retracer l'histoire, la conjecture a ici un fondement tellement solide qu'elle peut passer pour incontestable. Sur la fin du Xe siècle, au sortir de la douloureuse période des invasions normandes, la royauté bretonne, rétablie par Alain Barbetorte et longuement disputée après sa mort entre les comtes de Nantes et de Rennes, se fixa définitivement (en 990) dans la famille des princes rennais, qui dès cette époque d'ailleurs, indépendamment de la dignité ducale, embrassaient sous leur suzeraineté directe les comtés de Rennes et de Vannes et l'antique royaume de Domnonée, c'est-à-dire, le territoire de six des neuf évèchés de Bretagne : Rennes, Vannes, Dol, Aleth, Saint-Brieuc et Tréguier. Les deux premiers ducs bretons de la maison de Rennes, Conan et Geoffroi Ier, et après celui-ci (mort en 1008) sa veuve Havoise régente de deux enfants (Alain III et Eudon), s'occupèrent activement de reconstituer l'organisation politique et militaire du pays, bouleversée de fond en comble par les invasions normandes. Aussi est-ce à cette époque que se place l'origine de toutes nos grandes seigneuries de Bretagne, surtout dans les évêchés de Rennes et de Vannes, de Dol et de Saint-Malo ; car il semble que les princes de la maison de Rennes hésitèrent davantage à démembrer, par des inféodations considérables, leurs domaines de Saint-Brieuc et de Tréguier. Pourtant, dans ce dernier diocèse ils taillèrent un vaste fief, fort de quarante à cinquante paroisses, compris entre les rivières de Trieu et de Douron, mais qui ne touchait la mer qu'aux deux points où ces deux rivières s'y jettent et se trouvait borné, au nord, par la seigneurie épiscopale de Tréguier et parla châtellenie ducale de Lannion laquelle, au contraire, tenait toute la côte comprise entre ces deux embouchures. A l'ouest de ce nouveau fief s'étendaient les seigneuries de Lanmeur et de Morlaix, alors partie intégrante du comté de Léon, peut-être par concession du comte de Rennes. Celui-ci investit du nouveau fief un des guerriers attachés à sa fortune, appelé Guégan ou Guigan, dont le premier soin fut d'élever, sur la rive droite du Trieu et la frontière orientale de son domaine, une de ces grandes buttes de terre connues sous le nom de mottes, et sur cette motte un château, qu'on appela de son nom Châtel-Guigan ou Guégan, absolument comme Josselin, fondé par Josselin, deuxième comte de Porhoët, fut longtemps nommé Châtel-Josselin. Dans ces deux noms le mot de Châtel a cesser d'être en usage, et il ne resta plus d'une part que Josselin, de l'autre Guigan ou Guingamp. Quant à cette dernière altération du nom primitif, elle n'a rien qui puisse surprendre, quand on sait que la seigneurie appelée originairement Quemenet-Guégan, c'est-à-dire Fief de Guégan, est depuis longtemps devenue Guemené-Guingamp. On peut reporter aux premières années du XIe siècle la création de la seigneurie de Guingamp, qui se trouva , peu de temps après, comprise dans l'apanage attribué par le duc Alain III à son frère Eudon, tige des comtes de Penthièvre. Ici, toutefois, pour éviter toute méprise, une explication est nécessaire. L'apanage primitivement constitué à Eudon, en 1032, comprenait, suivant Le Baud, tout le territoire de l'ancienne Domnonée, c'est-à-dire les évêchés de Dol, d'Aleth, de Saint-Brieuc et de Tréguier. Eudon n'en fut pas content et fit à son frère une guerre où il fui battu, terminée au bout de deux ans par un traité, dont le vaincu, naturellement, fit tous les frais, si bien qu'Eudon dut renoncer aux diocèses d'Aleth et de Dol , mais conserva en entier les deux autres, moins dans Tréguier les seigneuries de Morlaix et de Lanmeur rattachées au Léon, et dans Saint-Brieuc un petit nombre de paroisses comprises sous le comté de Porhoët. Cet apanage, encore fort vaste, se partageait en deux grandes divisions, le comté de Penthièvre et le comté de Tréguier. Le Penthièvre comprenait toute la partie du diocèse de Saint-Brieuc où se parle aujourd'hui et se parlait sans doute dès lors la langue française (la langue bretonne y fut parlée jusqu'au XIIe siècle), de l'Arguenon au Gouët; il était composé des châtellenies de Lamballe, de Jugon, de Moncontour, de Cesson, et tenait sous sa mouvance la seigneurie temporelle ou régaire de l'évêché de Saint-Brieuc. Lamballe semble avoir été, dès les temps les plus anciens, la capitale du Penthièvre.

 

 

Le comté de Tréguier comprenait toute la partie bretonnante du diocèse de Saint-Brieuc formant la seigneurie de Goëllo, et tout l'évêché de Tréguier jusqu'au Douron, c'est-à-dire moins le territoire de Morlaix et de Lanmeur ; il était composé, outre le Goëllo, des châtellenies de Lannion et de Minibriac, et tenait sous sa mouvance la châtellenie de Guingamp et le régaire épiscopal de Tréguier. Il est bon de remarquer que, dès les temps les plus anciens , nous voyons attribuer le titre de comté à ces grandes seigneuries de Guingamp, de Lannion, de Goëllo et de Lamballe. Sur la fin du XIe siècle, le comté de Guingamp entra dans le domaine immédiat des comtes de Tréguier par le mariage advenu d'Havoise, seule héritière de Guingamp, avec Etienne, l'un des fils et le deuxième successeur d'Eudon de Penthièvre; depuis lors Guingamp devint, à vrai dire, la capitale du comté de Tréguier ; car pour la ville de Tréguier, elle était à l'évêque. Mais on voit, par ce qui précède, que Guingamp n'a jamais fait partie du comté de Penthièvre ; encore moins en a-t-elle pu être la capitale, quoique plus d'un auteur lui donne ce titre. Ce qui est vrai, c'est qu'elle est entrée dans l'apanage primitif de la maison de Penthièvre, non comme partie du comté de Penthièvre, mais de celui de Tréguier. Ce qui est vrai encore , c'est que, au XVIe siècle, quand le roi de France Charles IX réunit en un seul fief les débris de l'apanage primitif d'Eudon restés en la possession des derniers représentants de ce prince, et érigea ce fief en pairie sous le nom de duché de Penthièvre, Guingamp devint le premier des quatre sièges de juridiction ou, ce qui revient au même, la capitale de ce nouveau duché. Mais le duché de Penthièvre de 1569 (c'est la date de l'érection) était tout autre chose que le comté de Penthièvre de 1034 : il se composait de quatre membres, savoir, le comté de Lamballe et celui de Guingamp, la châtellenie de Moncontour et celle de la Roche-Suhard. Deux de ces membres (Lamballe et Moncontour) appartenaient au Penthièvre primitif, et les deux autres au comté de Tréguier, car la Roche-Suhard (dont le chef-lieu se trouvait situé en la paroisse de Trémuson) n'était qu'un chétif débris du comté de Goëllo et, en comparaison de Guingamp, de Lamballe et de Moncontour, une très mince seigneurie. J'insiste sur tous ces détails de géographie féodale parce que, faute de s'en être- rendu compte, beaucoup d'auteurs sont tombés en des confusions regrettables ; on ne peut, d'ailleurs, s'en passer pour comprendre la succession des premiers comtes de Penthièvre et de Tréguier, et par conséquent la suite des seigneurs de Guingamp, dont il est indispensable de dire quelques mois. Eudon, frère d'Alain III, que nous appellerons Eudon de Penthièvre, mourut en 1079, laissant plusieurs fils, dont l'ainé, appelé Geoffroi (surnommé Boterel), posséda le comté de Penthièvre jusqu'en 1093, époque de sa mort. Le second Brient, assista Guillaume le Conquérant dans la conquête de l'Angleterre et reçut de lui le comté de Richemond, l'un des beaux fiefs de cette ile, qui après sa mort passa successivement à deux de ses frères, Alain le Roux et Alain le Noir, troisième et quatrième fils d'Eudon. Le cinquième, appelé Etienne, qui avait épousé Havoise, dame de Guingamp, hérita de ses quatre aînés morts sans enfants, et il réunit ainsi aux comtés de Penthièvre et de Tréguier, apanage de son père, ceux de Guingamp et de Richemond. A la mort du comte Etienne , survenue en 1137, cette grande succession se partagea entre trois fils : Geoffroi , l'ainé , qui eut le comté de Penthièvre ; Alain le Noir, celui de Richemond ; Henri, ceux do Tréguier et de Guingamp. Henri ne jouit pas paisiblement de son partage; car son frère Alain le Noir, ayant épousé la princesse Berthe, fille de Conan III duc de Bretagne, et héritière du duché, en eut un fils, lui-même duc sous le nom de Conan IV, qui, vers l'an 1160, attaqua son oncle Henri avec des forces supérieures, et le dépouilla non-seulement du comté de Guingamp mais de tout le comté de Tréguier, à la réserve de la seigneurie de Goëllo. A la mort de Conan IV, en 1171, Henri se remit en possession de ses domaines; mais quelques années après, Alain, son fils et son successeur, se vit de nouveau dépouillé et réduit au Goëllo par le duc Geoffroi II, époux de la duchesse Constance, fille et héritière de Conan IV. Depuis lors, le comté de Guingamp resta uni au domaine ducal de Bretagne, jusqu'au jour où le duc Jean III, sixième descendant de Conan IV, reconstitua, en 1317, l'antique apanage d'Eudon en faveur de son frère Gui, qui releva le titre de comte de Penthièvre et épousa Jeanne d'Avaugour, comtesse de Goéllo, dernière héritière des comtes Henri et Alain, dépouillés par Conan IV et par Tout le monde sait que Gui de Bretagne n'eut qu'une fille la célèbre Jeanne de Penthièvre, femme de Charles de Blois, qui fut à cause d'elle comte de Guingamp, et après lui ses fils et petit-fils, Jean et Olivier de Blois, jusqu'au jour où l'attentat de ce dernier contre le duc Jean V (13 février 1420) amena la confiscation do tout l'apanage. A la suite de cette mesure, le comté de Guingamp fut, en 1439, donné en partage à Pierre de Bretagne, deuxième fils de Jean V, qui en vint habiter le chef-lieu avec la pieuse et gracieuse princesse Françoise d'Amboise, sa femme. Quand ce prince monta sur le trône en 1450, Guingamp fut de nouveau réuni au domaine ducal, et n'en sorti qu'en 1536, lorsque le roi François Ier rendit à Jean de Brosses héritier de la maison de Blois, l'apanage fort amoindri de Jeanne de Penthièvre. Quoique amoindri, c'était encore un très-beau morceau, dont le prix se trouva bientôt rehaussé par le titre de duché-pairie, qu'on lui accorda, comme je l'ai dit, en 1569. Auprès de la Motte de Guingamp et sous sa protection, une petite ville ne tarda point à se former. Pour les hommes du moyen-âge, les besoins les plus pressants étaient les besoins religieux; il leur fallait des églises avant d'avoir des remparts. La chapelle seigneuriale du château de Guingamp, bâtie avec le château lui même, ne put donc manquer de s'ouvrir aux habitants de la ville dès qu'il y eut une ville, et elle fut nécessairement leur première église, sous le vocable de Notre-Dame. Bientôt on la trouva trop étroite, on voulut lui donner une succursale, et l'église de Saint-Sauveur s'éleva à une certaine distance du château, dans la direction de l'Ouest. Pour bien assurer le service de cette seconde église, on la remit, avec un certain revenu, aux moines bénédictins de l'abbaye de Saint Melaine de Rennes, dont elle fut d'abord un prieuré. Mais, en 1123, le comte Etienne ayant augmenté le bien de cette maison, la fit ériger en abbaye, et les moines de Saint-Melaine y consentirent, à la condition que l'abbé de ce nouveau monastère serait toujours nécessairement pris dans leur communauté. Etienne de Penthièvre fonda encore deux autres abbayes dans le comté de Guingamp, l'une à la porte de celte ville, sous le vocable de Sainte-Croix, qu'il donna aux chanoines réguliers de Saint-Augustin ; l'autre, distante de quatre lieues environ, où il mit des moines cisterciens, et qui prit le nom de Notre-Dame de Bégar. Cette dernière fondation est de l'an 1130, et l'on place ordinairement celle de Sainte-Croix dans la même année, quoiqu'il y ail quelque raison de la croire plus ancienne. La destinée de ces trois abbayes ne fut pas également heureuse. Bégar atteignit bientôt une prospérité qui lui permit d'envoyer des colonies sur plusieurs points de la Bretagne, et lui mérita le titre de Citeaux de l' Armorique. Sainte-Croix se vit, au début, entourée d'honneurs : c'est un prince encore enfant, Henri de Penthièvre, fils du comte Etienne, qui porta sur ses épaules la première pierre de ses fondations ; c'est un saint, saint Jean de la Grille, qui fut son premier abbé. Mais ces beaux commencements ne se soutinrent pas : Henri, devenu comte de Guingamp après la mort de son père, s'abandonna au libertinage et à toutes les mauvaises passions de la jeunesse; il parait que le second abbé de Sainte-Croix , appelé Moyse, se comporta en digne successeur d'un saint, et fit entendre à Henri de sévères réprimandes. Celui-ci se vengea en le chassant, lui et ses moines, de l'abbaye, où il installa effrontément une femme dont il avait fait sa favorite. Contre l'auteur d'un tel scandale, le pape Eugène III (1145-1153) lança ses censures, grâce auxquelles le comte Henri revint de ses égarements renvoya sa favorite et rétablit dans Sainte-Croix Moyse et ses moines. Cet orage passé, Sainte-Croix s'affermit et s'enrichit de nombreuses libéralités, consignées ei confirmées en 1190 dans une bulle pancarte du pape Clément III, publiée par D. Morice, et dont je regrette que M. Ropartz n'ait pas tenté le commentaire : tâche difficile, je l'avoue, mais non moins utile, et que nul n'est en état d'entreprendre avec de meilleures chances de succès. On y trouve quelques renseignements curieux concernant l'état de Guingamp à la fin du XIIe siècle. Ainsi, le château s'appelait dès lors la Motte ou la Motte au Comte (Mota Comitis) ; la ville avait déjà une porte ou plutôt, probablement, une barrière dite porte de Rennes). Or, ces noms ont continué jusqu'à notre siècle d'être donnés, celui-ci à la porte de ville la plus voisine du château, l'autre à un terrain vague, situé hors des murs, devant le château, et qu'on appelle aujourd'hui le Valli. On voit encore dans la bulle que ce lieu, où s'élevait la forteresse des comtes de Guingamp, était alors défendu du côté de l'Est par un ruisseau torrentueux qui tombait dans le Trieu; et qu'existait alors un moulin auprès du bourg de Sainte-Croix, un second vis-à-vis la Motte, et deux autres compris dans la ville même de Guingamp : ce qui ne-laisse pas de nous donner une idée assez considérable du développement pris dès lors par cette agglomération urbaine. Un monument encore debout aujourd'hui confirme cette idée : c'est l'église de Notre-Dame. Dans l'état où elle est maintenant, son portail occidental s'ouvre entre deux tours, dont l'une, celle du nord, remonte incontestablement, par tous les caractères de son style, aux premières années du XIIIe siècle ; de même, les quatre arcades intérieures formant le carré central de l'église, quoique encastrées dans des constructions plus récentes, offrent non moins évidemment tous les caractères du style roman de la dernière époque, c'est-à-dire de 1150 à 1200....  

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Published by poudouvre
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