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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 11:53

Gui de Laval prit possession, de la baronnie de Retz, aussitôt après la mort de Jeanne Chabot. Il eut deux enfants de sa femme Marie de Craon-la-Suze, Gilles de Laval, et René, qui, après la mort de son frère aîné et de la fille de celui-ci, hérita de la seigneurie de Retz. Gui de Laval mourut jeune en 1416; sa veuve se remaria, à Charles d'Estouteville, seigneur de Villebon, et mourut sans laisser d'enfants de ce second hymen. Gilles de Laval, l'un des plus riches et des plus puissants seigneurs du XVe siècle, a laissé, sous le nom de Barbe-Bleue, dans le pays de Retz, et même bien au delà, un prestige de terreur que quatre siècles n'ont pas suffi pour effacer. Cette vie si pleine d'affreux mystères s'ouvre par une naissance dont la date est environnée de ténèbres. Les écrivains qui nous ont précédé ont voulu prendre pour base de leurs supputations le mémoire que les héritiers de Gilles de Laval firent rédiger douze ou quinze ans après sa mort, et dans lequel il est dit que Gilles était âgé de vingt ans au moment de la mort de son père ; or, comme tous les documents fixent cette mort à l'an 1416, il résulte de là que Gilles serait né eu 1396, et la biographie de Michaud, où l'article Gilles de Retz a été traité avec étendue, n'a pas hésité à adopter cette époque. Cependant une telle date est impossible, car elle est en contradiction manifeste avec celle du mariage de Gui de Laval et de Marie de Craon, qui n'eut lieu qu'en 1404. Nous venons de voir que ce mariage se fit à la suite d'un procès et après divers actes d'institution d'hérédité ou de transaction, de 1400, 1401, 1402, tous si précis et si conséquentsl'un à l'égard de l'autre qu'il est impossible de les déplacer. Gilles de Laval n'a donc pu naître avant l'an 1404. De là cette alternative inévitable : ou Gui de Laval est décédé postérieurement à l'année 1416, ou Gilles de Laval, son fils, n'avait que douze ans et non pas vingt, quand il perdit son père. Cette fixation de date a des conséquences assez graves, car si nous admettons comme deux faits établis que Gilles est né, au plus tôt, en 1404, et que son père est mort en 1416, nous allons le trouver bien jeune à diverses époques importantes de sa vie.

 

 

A douze ans, il entre en possession d'une grande fortune sousla tutelle de son aïeul maternel, Jean de Craon, dont, assure-t-on, il n'écouta guère les conseils. La même année 1416, il y eut un traité de mariage entre lui et Jeanne Painel, fille et principale héritière de Foulque Painel, seigneur de Hambuie et de Briquebec ; ce traité n'était vraisemblablement qu'une fiançaille d'enfants comme on en faisait alors. Mais le mariage n'eut pas lieu , Jeanne Painel étant morte avant la célébration. Gilles de Laval redevenu libre, épousa, par contrat du dernier novembre 1420, alors qu'il n'avait que quinze ans, Catherine de Thouars, fille de Miles de Thouars II, seigneur de Pouzauges, Tiffauges, etc., et de Béatrix de Montejean. En 1425, il accompagna à Saumur le duc de Bretagne, Jean V, qui s'était rendu dans cette ville pour y prêter hommage au roi de France. Bientôt après il passa au service de Charles VII, et prit une part glorieuse dansla lutte de ce monarque contre les Anglais. Il emporta d'assaut le château du Lude, en 1427 ; prit encore aux Anglais les châteaux de Malicorne et de Rennefort, dans le Maine. En 1429, il se signala à la levée du siège d'Orléans, et à la prise de Jargeau. Il assista la même année au sacre du roi à Reims ; et Charles VII pour récompenser la puissante assistance et les brillants services du sire de Retz, lui conféra la dignité de maréchal de France, qui à cette époque ne se donnait qu'à quatre seigneurs puissants, à quatre guerriers illustres du royaume. Gilles de Laval n'avait alors que vingt-quatre ans, et là toutefois se termina la période honorable de sa vie : le reste ne fut plus qu'un tissu de crimes, ou plutôt qu'un long accès de folie. Rentré dans ses foyers, il se livra à un luxe effréné et bizarre, à des prodigalités extravagantes qui finirent par compromettre sa fortune. Celle-ci pourtant était immense, et il est curieux de faire le dénombrement des domaines dont elle se composait. Il reçut d'abord de la succession de son père la baronnie de Retz, renfermant plusieurs châtellenies et seigneuries comme Machecoul, Pornic, Prigny , Vue, St-Étienne-de-Malemort : cette baronnie conférait le titre de doyen des barons du duché de Bretagne. Il tenait encore du chef paternel les terres de Chemillé et de Blazon (Blaison près les Ponts-de-Cé); celles de Fontaine-Milon et de Gratte-Cuisse en Anjou ; la Motte-Achart et la Maurièreen Poitou ; Ambrièreset St-Aubin-de-Fosse-Louvain, dans le Maine, et plusieurs terres en Bretagne et autres lieux. Catherine de Thouars lui apporta en mariage les terres de Pouzauges, de Tiffauges, Lombert, Grez-sur-Maine, Château-Morand , Savenay, Confolens et Chabanois ; ces deux dernières situées en Limousin, étaient entrées dans la maison de Thouars parle mariagedeMilesI,rdeThouars, seigneur de Pouzauges, avec Jeanne, fille d'Eschivat, seigneur deChabanois, Confolens, etc., vers 1350. Enfin, par la mort d'Amaury de Craon, frère de sa mère, tué à la bataille d'Azincourt, en 1415, Gilles de Lavalse trouva unique héritier de toute la fortune de son aïeul Jean de Craon. Celui-ci mourut en 1432, et lui laissala terre de la Suze, dans le Maine, avec l'hôtel de la Suze, à Nantes, et les seigneuries d'Ingrandes et de Champtocé, du Loroux-Rotereau, de Sénehé et de la Voulte (sans doute le château de la Voûte, près Montoire en Vendomois), de la Bénaste, de Bourgneuf, de l'île de Bouin ; ces trois deniers domaines qui sont compris dans le pays de Retz, avaient été portés, comme nous l'avons vu plus haut, dans la famille de Craon-la-Suze, par le mariage de Catherine de Machecoul, dame de la Rénaste, etc., avec Pierre de Craon. La fortune de Gilles de Retz' est évaluée, dans le mémoire de ses héritiers, à un revenu de trente mille livres en vrai domaine (non pas trois cent mille livres, comme le dit la biographie de Michaud , l'auteur ayant pris le change sur un zéro ), sans les autres profits qu'il tirait de ses sujets. Il recevait, en outre, pour son office de maréchal de France, des gages et pensions du roi, avec des dons gratuits -, ce qui pouvait élever sou revenu total à quarante ou cinquante mille livres. Il avait en outre recueilli, tant de ses héritages divers que de son mariage, un mobilier évalué à cent mille écus d'or. De tels chiffres représentaient en ce temps là des valeurs immenses. Une fortune qui aujourd'hui serait composée des mêmes domaines, serait plus grande peut-être qu'aucune de France; mais au XVe siècle, les terres étaient peu habitées , peu cultivées, les bois et autres fruits, n'avaient pas de débouchés, les domaines fonciers ne rapportaient en conséquence pas la vingtième partie de leur revenu actuel. Enfin la fortune de Gilles de Laval, seigneur de Retz, était colossale, et sa composition sert à nous prouver que le sol de la France était alors partagé entre un nombre très-limité de familles. Gilles de Retz commença, dit-on, à dilapider sa fortune dès le temps de sa minorité, et en dépit de la tutelle de Jean de Craon. Quand il fut revenu du service, il monta sa maison avec un luxe de prince, mais avec des bizarreries et un désordre plus destructeurs que le luxe. Il eut une garde de deux cents hommes à cheval, magnifiquement vêtus et équipés, entretenus à ses frais, sorte de dépense que les plus grands princes de son temps osaient à peine se permettre. Il tenait une table ouverte, où les convives étaient traités en mets recherchés, en vins fins, le tout servi dans des vases et une vaisselle de grand prix. Il avait des veneurs, des chevaux, des chiens, des faucons,toujours disposes pour la chasse. Ilfaisait faire jeux, farces, morisques (danses moresques), jouer mystères à l'Ascension et à la Pentecôte, sur de hauts échafauds sous lesquels étaient Hippocras et autres forts vins comme dans une cave. On cite parmis ses fantaisies les plus extraordinaires, sa chapelle, composée de vingt-cinq à trente personnes, chapelains , musiciens, enfants de choeur, qui formaient, avec les serviteurs, une suite de plus de cinquante individus l'accompagnant à cheval dans ses voyages, et vivant partout à ses dépens. Cette chapelle était enrichie d'un grand nombre d'ornements en drap d'or et de soie, en encensoirs, candélabres, croix, plats, burettes et calices de grande valeur. Il avait plusieurs buffets d'orgues, dont un surtout le suivait dans tous ses changements de résidence, porté par six hommes. Il attribuait à ses chapelains les titres d'évêque, d'archidiacre, de chantre, de doyen, comme dans une cathédrale. Il envoya plusieurs fois vers le pape pour obtenir qu'ils fussent mitres comme des prélats ou comme les chanoines de Lyon. Il les entretenait de grands habits d'écarlate et de robes traînantes à fines pannes et fourrures, chapeau de coeur de fin gris, doublé de menu voir. Mais tout ce service, dit le mémoire, n'était que vanité sans dévotion ni bon ordre. Sa prodigalité était plus insensée encore que son faste n'était ambitieux. S'il lui prenait fantaisie d'engager quelque clerc à son service, il lui donnait, outre ses gages, des terres pour lui et ses parents, comme il fit pour un nommé Rossignol, de La Rochelle, enfant de choeur à Poitiers, auquel il abandonna la terre de la Rivière, près Machecoul, valant plus de deux cents livres de rente, plus trois cents écus à ses père et mère. Il faisait, en toute circonstance, des dons excessifs et des marchés de dupe dont le détail semble prouver qu'il ne jouissait pas de la plénitude de son esprit. Ceux qui avaient le gouvernement de sa maison vivaient en grands seigneurs, tandis qu'il manquait de tout et qu'il ne trouvait quelquefois chez lui, aux heures des repas, ni à boire ni à manger. Quand ilséjournaitdans certaines villes comme Nantes, Angers, Orléans, il faisait les plus folles dépenses, empruntant de qui voulait lui prêter, engageant ses bagues et joyaux pour moins qu'ils ne valaient et les rachetant fort cher. Il achetait une aune de drap d'or soixante ou quatre vingts écus, quand elle n'en valait que vingt-cinq; une paire d'orfraies, quatre cents écus, quoiqu'elle n'en valût pas cent ; enfin il était prodigue notoire, n'ayant ni sens, ni entendement, comme en effet il était souvent altéré de sens; quelquefois il partait au plus matin, s'en allant tout seul par les rues ; et quand on lui remontrait que ce n'était pas bien, il répondait plus en manière de fol et d'insensé qu'autrement. Il vendait et engageait ses terres , donnait des blancs seings et procurations de vendre sans y attacher la moindre attention. Déjà il avait vendu au duc de Bretagne les seigneuries d'Ingrandes et de Champtocé ; il avait successivement aliéné à divers particuliers la presque totalité de ses domaines, car on estime que depuis 1432 , époque où il hérita de Jean de Craon , jusqu'à sa mort, il vendit de ses terres pour deux cent mille écus. Sa famille alarmée adressa une supplique au roi pour obtenir un terme à ce désordre. Le roi Charles VII, dû- ment informé du mauvais gouvernement du sire de Retz, lui fit, en son grand conseil, interdiction et défense de vendre ni aliéner ses terres et seigneuries. Le parlement de Paris enregistra ces lettres et défenses, qui furent publiées, à son de trompe, es villes d'Orléans, Tours, Pouzauges, Champtocé, etc., et, par autres lettres, le roi abolit, cassa et annula tous les contrats de vente et aliénations faites par Gilles de Retz. De telles mesures pouvaient bien arrêter la dispersion de son patrimoine, mais non ses extravagances. Il redemanda aux sciences occultes les trésors qui s'échappaient de ses mains prodigues. S'étant mis en tête, dit le mémoire, de parvenir à grande et excessive chevance, il s'entremit de faire alquemie, cuidant trouver la pierre de philosophe ; il envoya en Allemagne et autres pays lointains pour chercher des maîtres de cet art, et fit venir de Palerme un certain M. Anth, en quoi il fit de moult outrageuses dépenses qui ne lui firent aucun profit. » Un autre Italien, nommé François Prélati, et un médecin du Poitou, appelé Corillau, l'entretinrent dans ses funestes illusions, affectèrent de se livrer avec lui à la recherche de la pierre philosophale et des moyens d'évoquer le diable. Gilles de Retz , d'un côté, continuait,dans sa chapelle et au milieu de son clergé, de vaquer à ses habitudes de dévotion superstitieuse, tandis que de l'autre il se livrait aux pratiques les plus impies, à la dépravation la plus criminelle, à de sanglantes orgies, enfin à des meurtres multipliés, dans le but de se rendre propice le génie du mal. Il faisait enlever partout, dans les villes et les campagnes, des jeunes garçons, des jeunes filles, qu'il immolait dansles souterrains de ses châteaux, pour tracer avec leur sang des caractères magiques, et pour faire avec leur coeur ou d'autres parties de leur corps des charmes diaboliques, qui devaient faire apparaître le démon, et permettre de lier conversation avec lui. Ses gens attiraient dans les châteaux, par des friandises ou par quelques promesses, ces innocentes victimes que l'on ne voyait plus sortir; ou bien des émissaires, parcourant les campagnes et les rues des villes, enveloppaient d'un grand sac, à la faveur de la solitude ou des ténèbres, les individus qui leur étaient indiqués, ou ceux qui leur semblaient avoir les conditions requises de fraîcheur et de beauté pour l'affreux sacrifice auquel ils étaient dé- voués. Ces sinistres disparitionsont laissé tant de terreur après elles, que le peuple de Nantes et de Retz en conserve encore l'impression, et qu'il n'a cessé de croire aux empocheurs, qui, dans son idée, rivalisent avec les loups garous et les sorciers. Enfin les crimes de Gilles de Retz comblèrent tellement la mesure, que la justice dut intervenir, quels que fussent le rang et la puissance du coupable. Il fit, peu de temps avant son arrestation , ses pâques à Machecoul, moyens d'évoquer le diable. Gilles de Retz , d'un côté, continuait,dans sa chapelle et au milieu de son clergé, de vaquer à ses habitudes de dévotion superstitieuse, tandis que de l'autre il se livrait aux pratiques les plus impies, à la dépravation la plus criminelle, à de sanglantes orgies, enfin à des meurtres multipliés, dans le but de se rendre propice le génie du mal. Il faisait enlever partout, dans les villes et les campagnes, des jeunes garçons, des jeunes filles, qu'il immolait dans les souterrains de ses châteaux, pour tracer avec leur sang des caractères magiques, et pour faire avec leur coeur ou d'autres parties de leur corps des charmes diaboliques, qui devaient faire apparaître le démon, et permettre de lier conversation avec lui. Ses gens attiraient dans les châteaux, par des friandises ou par quelques promesses, ces innocentes victimes que l'on ne voyait plus sortir; ou bien des émissaires, parcourant les campagnes et les rues des villes, enveloppaient d'un grand sac, à la faveur de la solitude ou des ténèbres, les individus qui leur étaient indiqués, ou ceux qui leur semblaient avoir les conditions requises de fraîcheur et de beauté pour l'affreux sacrifice auquel ils étaient dé- voués. Ces sinistres disparitionsont laissé tant de terreur après elles, que le peuple de Nantes et de Retz en conserve encore l'impression, et qu'il n'a cessé de croire aux empocheurs, qui, dans son idée, rivalisent avec les loups garous et les sorciers. Enfin les crimes de Gilles de Retz comblèrent tellement la mesure, que la justice dut intervenir, quels que fussent le rang et la puissance du coupable. Il fit, peu de temps avant son arrestation, ses pâques à Machecoul, sire de Retz se couvrait de gloire dans les armées du roi de France. Malgré les précautions qu'il avait prises pour faire disparaître les traces de ses meurtres, soit en enfouissant les cadavres, soit en lesbrûlant pour en disperserles cendresau vent, on trouva quarante-six corps à Champtocé et quatre-vingts à Machecoul. Une barbarie accompagnée d'actes aussi insensés eût" fait hésiter la justice de nos jours, et il est vraisemblable qu'un tel accusé serait conduit aux Petites-Maisons plutôt qu'à l'échafaud; mais en ce temps-là prévalait une autre jurisprudence : Gilles de Laval fut condamné, pour crimes d'hérésie, de sortilège, de félonie et de meurtres, à être brûlé vif. Les approches de la mort ne l'intimidèrent pas, et, gardant jusqu'au bout ses pensées de dévotion vaniteuse, il demanda et obtint d'être conduit processionnellement par l'évêque de Nantes au lieu du supplice. Le duc de Bretagne,par considération pour la famille et pour les anciens servicesdu maréchal, permit que le coupable fût étranglé sur le bûcher avant qu'on y mit le feu. Le corps, à peine noirci par les flammes, fut retiré et remis à ses parents, qui lui firent donner la sépulture dans l'église des Carmes. L'exécution eut lieu le 25 octobre 1440, sur la prairie de Biesse ou de la Madeleine, dans un lieu maintenant traversé parla rue quidébouche du pontde laBelle-Croix. La Relie-Croix, aujourd'hui brisée et enlevée, se reconnaît encore, surle bord de la rue, au fût qui la supporta; c'était une élégante construction aux colonnettes ogivales, aux dentelures délicates, monument d'expiation élevé à la lugubre fin du maréchal par la piété de sa fille Marie. La renomméede Gilles de Laval, maréchal de Retz, vit encore dans la mémoire du peuple, mais elle s'y est infixée avec des images d'horreur et d'effroi ; c'est un cauchemar populaire qui ne représente que meurtres, que taches de sang indélébiles, qu'empocheurs rôdant dans l'ombre. La tradition ne le connaîtque sousle nom de Barbe-Bleue. Sans doute il est le type de cruauté sur lequel Perraud a modelé son célèbre conte ; seulement Perraud a jugé plus convenable de prêter à son héros les crimes de Henri VIII, roi d'Angleterre, que ceux du sire de Retz. En effet, Gilles de Laval n'eut jamais qu'une femme, Catherine de Thouars, qu'il n'a pas fait mourir et qui lui survécut plus de vingt ans. Après le supplice de Gilles de Laval, que devinrent ses immenses domaines et la baronie de Retz ? Les auteurs nous laissent à ce sujet des données contradictoires. Il nous semble toutefois qu'en observant de près les faits, nous leur avons trouvé une marche conséquente et à peu près certaine. Dégageons d'abord la dot de Catherine de Thouars; cette dame n'avait eu de son mariage avec Gilles de Laval qu'une seule fille, dont nous parlerons bientôt: devenue veuve par le supplice du maréchal, elle se remaria à Jean de Vendôme, vidame de Chartres, et porta à son second mari son riche patrimoine, composé des terres de Pouzauges, Tiffauges, Chabanois, Confolens, Savenay. Elle eut deux enfants de ce nouveau mariage; et comme elle survécut à sa première fille, Marie de Laval, morte sans postérité, ses biens passèrent aux enfants du second lit et restèrent définitivement dans la famille des vidâmes de Chartres. Marie de Laval, qui pouvait être âgée de dix-huit ans, hérita-t-elle des biens de son père? D'Argentré l'affirme sans hésiter, et prétend que, lors de son mariage avec le sire de Coëtivy, elle stipula, pour condition,que son mari prendrait le nom, les armes et le cri de Retz ; que, si des acquêts avaient lieu pendant le mariage, il n'en prendrait que le tiers ; et quelques autres conditions qui, depuis, semblèrent tellement dures à Coëtivy, qu'il en appela à une assemblée de famille pour tàcher de les faire modifier, demandant l'autorisation de porter ses armes écartelées de celles de Retz, et dans le cas où il n'aurait pas d'enfants, que les héritiers de Retz récompensassent les siens dans une juste proportion de la plus-value; mais qu'il ne put rien obtenir. « Ceci, dit d'Argentré, se passait en l'an 1443, et en sont les lettres aux Chartres. » Voilà une assertion bien précise, bien détaillée ; mais comment la concilier avec une ordonnance du roi Charles Vit, rendue cette même année 1443, le 22 avril, et publiée dansle recueil de dom Morice ? Par cette ordonnance , le roi donne à Prégent, sire de Coëtivy , amiral de France, « toutes les terres, seigneuries, châteaux, châtellenies, cens, rentes, revenus, possessions, biens meubles et héritages quelconques qui furent et appartinrent à feu Gilles, en son vivant seigneur de Relz, maréchal de France, quelque part que les choses soient assises et situées. Comment qu'elles soient dites, nommées et appelées , soit par amende, condamnation, droit ou titre de confiscation, tant pour les cas, crimes, délits et désobéissances commis envers nous et notre royale Majesté par ledit feu sire de Retz, lui vivant, comme pour les cas et délits pour lesquels, puis trois ans en çà, il a été exécuté ou autrement, en quelque manière qu'il nous puisse ou doive appartenir. » Cet acte semble impliquer , en même temps, confiscation d'une part, donation de l'autre. Il n'y est nullement question de Marie de Laval, héritière naturelle de Gilles de Retz. Était-elle, dès lors , mariée à l'amiral de Coëtivy, ou ne l'a-t-elle été que depuis ? Le mariage ne fut-il qu'une transaction sur cette confiscation? Mais alors Marie n'était pas en position d'imposer des conditions bien dures à son mari, et telles que celles mentionnées par d'Argentré. Cette ordonnance a-t-elle été rendue à la sollicitation de Coëtivy pour avoir raison des prétentions et des refus de la famille; mais elle est presque du commencement de l'année où eurent lieu les actes mentionnés par d'Argentré, et en ce temps-là rien ne se faisait que très-lentement en matière de chancellerie. Cette anomalie historique me parait très-peu-conciliable. Pareil procédé fut employé,du reste, quelques mois après, au sujet des terres de Chantocé et d'Ingrandes, que Gilles de Retz avait vendues au duc de Rretagne , et dont ce prince s'était emparé de concert avec le duc d'Anjou, roi de Sicile, malgré l'annulation prononcée par édit royal de toutes les ventes faites par le sire de Retz. Charles VII, parlettres datées de Chinon le 28 août 1443, confisqua ces deux terres sur le duc de Bretagne, non point à cause de l'indue possession, mais sous pré- texte que le duc de Bretagne entretenait des intelligences avec les Anglais, et il les remit également à l'amiral de Coëtivy, pour lui et pour ses hoirs. Enfin, que l'héritage de Retz ait appartenu aux époux de Coëtivy par héritage de Marie de Laval ou par donation faite à Coëtivy, peu importe; mais il est certain qu'il passa aux héritiers de la femme, non à ceux du mari.

 

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Published by poudouvre
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