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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 09:49

 

 

De saint Guénolé jusqu'à ton oreille

Est-il arrivé l'oracle divin ?

A-t-elle entendu la voix qui conseille

A Gralon de fuir l'amour et le vin ?

 

« -Ne vous livrez point, dit-elle, aux folies ;

Ne vous livrez point, dit-elle, à l'amour :

Après les plaisirs, les folles orgies,

Les deuils, les douleurs viennent à leur tour.

 

» Du poisson, dans l'eau qui vit et se croise,

Qui mange la chair, lui-même est mangé;

Et, celui qui boit le vin, la cervoise,

Plus tard boira l'eau comme un enragé. »

 

« -Moi, je vais dormir, mes joyeux convives,

Dit le roi Gralon, en se soulevant !

Restez et buvez ! De ballades vives

Chantez les refrains, chantez-les souvent.

 

» Demain vous irez dormir à l'aurore,

Quand le jour viendra, dit le roi Gralon ;

Céans demeurez jusqu'au jour encore,

Et faites ce qui vous semblera bon. »

 

Quoique temps après, tout bas à l'oreille

De l'enfant du roi, l'amoureux glissait :

« Ma douce Dahut, pendant qu'il sommeille,

Va prendre la clef, comble mon souhait. »

 

Si bas, qu'on pouvait à peine l'entendre,

Elle répondit : « Selon ton désir,

Je vais l'enlever, tacher de la prendre,

Et le puits alors tu pourras ouvrir... »

 

Or, quiconque eut vu le roi sur sa couche,

Eût été rempli d'admiration ;

A de doux pensers souriait sa bouche,

Sans doute, il avait quelque vision.

 

Ses longs cheveux blancs, royale auréole,

Autour de son front rayonnaient encor ;

Ses lèvres semblaient dire une parole ;

A son cou pendait une chaîne d'or.

 

Quiconque se fût, aux aguets encore,

Trouvé dans ces lieux, eût vu, doucement,

Et, pour que son pas devint moins sonore,

Dahut, les pieds nus, marcher prudemment.

 

Elle s'approcha du vieux roi, son père ;

Elle se baissa, se mit à genoux ;

Puis, elle enleva, d'une main légère,

La chaîne, et revint à son rendez-vous.

 

Mais on entendit bientôt dans la plaine :

Gralon, loin d'ici fuis, fuis ! seigneur roi !...

A cheval!... la mer a rompu sa chaîne,

La ville est sous l'eau... Gralon, lève-toi !...

 

« — Maudite, sois-tu ! vivante ou bien morte,

Ingrate Dahut, toi qui me trahis,

Qui pendant la nuit, lis ouvrir la porte,

La porte du puits de ma ville d'Ys»

 

As-tu vu passer, ce soir dans la brume,

As-tu vu passer, dis-moi, forestier,

Haletant, fumant, tout couvert d'écume,

Du vieux roi Gralon le noir destrier ? »

 

« -Non ; je n'ai pas vu passer comme une ombre

Le noir destrier du vieux roi Gralon,

Mais j'ai reconnu, pendant la nuit sombre,

Le galop fougueux de son étalon. »

 

« -Pêcheur, as-tu vu, sur les bords de l'onde,

Au coup de midi, la fille des mers

Peigner ses cheveux, l'enfant rose et blonde,

Et baigner ses pieds dans les flots amers ? »

 

« -J'ai vu qu'elle errait le soir sur la rive;

J'ai même entendu ses chants sur les flots ;

Comme l'Océan, sa voix est plaintive,

La nuit, on dirait des pleurs, des sanglots. »

 

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Published by poudouvre
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