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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 06:04

Dans la prison de Brest règne une infection qui met à une cruelle épreuve la charité; la plus courageuse. A Auray, l'air qu'on respire est d'une infection insupportable et très dangereuse, les criminels s'évadent, ou bien ils seroient exposés à périr dans ce lieu de corruption. A Ploërmel, écrit eu I782 le sénéchal Tuault, « la puanteur, la maladie et la mort sont enracinées dans le réduit trop étroit de la prison. Tout accusé ou débiteur qui y entre est à peu près sur d'être sous quinze jours attaqué de la fièvre maligne, qui en a fait périr plusieurs, entre autres toute la famille du concierge, père de celui-ci. Elle y règne depuis cinq ou six ans. Ses germes sont collés aux murs, aux planchers. C'est un lieu où l'on ne respire que des miasmes malins et pestilentiels. Le chirurgien, le curé, les gardes-malades, tout ce qui approchoit des prisonniers dans le fort de la crise a eu la fièvre maligne, hors le greffier et moi, sur lesquels, sans avoir agi vivement, elle tait peut être l'effet d'un poison lent. » Cependant, quand il se rendait à la chambre criminelle pour interroger les accusés, il portait avec lui du vinaigre des quatre voleurs, afin de conjurer le mauvais air. Il évite de condamner personne à la prison pour dédit de police, parce que ce serait condamner les coupables à la maladie. La plupart des prisons sont à chaque instant décimées par d'effroyables épidémies. En 1768, une maladie contagieuse se déclare dans la prison de Rennes, en quelques jours elle enlève trente prisonniers; beaucoup d autres sont réduits à la dernière extrémité. En I786 survient une autre épidémie tout aussi meurtrière. En 1787 s élève dans la prison de Lorient une épidémie encore plus grave. Cette prison, quoique construite au XVIIe siècle, forme un bâtiment long, étroit, mal aéré. On y a entassé îles prisonniers pour dettes, des filles de joie, des criminels, des contrebandiers, même des nègres échappés, qu'un navire doit reconduire aux Antilles. Le plus fort contingent est celui des contrebandiers, arrêtés pour avoir vendu du tabac en fraude. Ils étaient emprisonnés sur la réquisition des fermiers généraux, qui les laissaient sans secours, sans linge, sans vêlements de rechange. L'épidémie enleva rapidement le tiers des détenus, atteignit le reste et se répandit dans les maisons voisines. Sur les instances de l'intendant Bertrand de Molleville, on assainit la prison, on transporta les malades à l'hôpital; on leur improvisa une infirmerie, on élargit les contrebandiers qui n'avaient pas encore été- traduits devant les tribunaux. On arrêta ainsi les progrès du fléau. En général les prisons sont si vieilles, si délabrées, qu'elles n'offrent aucune solidité. Sans cesse, les prisonniers percent les murs et prennent la fuite. A Rennes, les murs, du haut en bas, ne valent rien, la chaux et le sable n'ayant plus de liaison par l'humidité qui y règne, ce qui occasionne de fréquents effondrements de la part des prisonniers, qui n'ont besoin pour cela que de leur couteau et d'un morceau de bois qu'ils cassent de leur lit. A Lesneven, la prison n'est bâtie qu'en simple mortier; les murs sont faibles, vieux et pourris en partie. Les prisonniers trouvent toujours moyen de les percer en quelque endroit. La prison de Morlaix est tellement délabrée en 1785, qu'il n'est plus possible de la réparer. A Hédé, la prison s'écroule de fond en comble en comble en 1755. A Saint-Brieuc, il faut chaque jour réparer les murs, qui chaque jour se lézardent. Un simple morceau de bois est le seul instrument nécessaire pour faire en peu de temps, dans la partie la plus solide des murs, des dégâts considérables. A Quimperlé, la porte d'entrée de la prison est si pourrie par le bas, que les clous ne pourroient soutenir les planches qu'on y mettroit. A Morlaix, la chapelle est dans un état si lamentable, qu'il devient impossible d'y célébrer la messe . Une des tours de la prison menace ruine et ne vaut plus la peine d'être réparée. A Carhaix, en 1764, la prison est tellement délabrée, que le sénéchal est obligé de la faire réparer d'urgence et à ses frais. A Autrain, en 1769, une partie des murs s écroule brusquement sur une maison voisin, le reste se lézarde et prend une inclinaison menaçante. En 1777, I'intendant écrit à M. de Beaumont, directeur général des Domaines : «Par le compte que je me suis fait rendre de l'état des prisons royales dans cette province, je vois que presque toutes sont dans le plus grand délabrement. Aussi M. le garde des sceaux verra par l'état des crimes que je suis sur le point de lui envoyer, que presque tous les prisonniers s'évadent, parce que les prisons, établies pour la plupart dans de vieux bâtiments, sont en trop mauvais état pour les contenir. Il y en a plusieurs qui ne sont pas même susceptibles de réparation et qu'il faudroit reconstruire. » Les prisons seigneuriales ne valent pas mieux que les prisons royales. Celle de Lorient, où survint I'épidémie dont nous avons parlé, est une prison seigneuriale appartenant au prince de Guémené.

 

 

Porte de l'ancienne prison de Lamballe

(éditions Le Flohic)

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Published by poudouvre
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