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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 16:33

 

 

Calvaire proche le cimetière de La Poterie

 

La Poterie (Côtes-du-Nord), près Lamballe : Ce centre potier en activité jusqu'au premier tiers du présent siècle a la réputation de remonter au très haut Moyen-Age, mais on n'a pas cité jusqu'ici de textes mentionnant le nom de la localité (ancienne trêve de Maroué) ni cette activité artisanale antérieure au XIVe siècle, à part l'existence dans une charte de 1084, relative à la fondation de St-Martin de Lamballe, un droit à Noël sur 24 ciphos et scutellas choisis parmi ceux à vendre (Geslin de Bourgogne et de Barthélémy 1864). Les terres utilisées provenaient de l'altération du massif de gabbro dit de Trégomar, se présentant sous une forme rouge sur la vaste lande du Moulin des Houssas, parsemée de trous d'extraction, et sous une forme blanche, exploitée par galeries souterraines au Bois-Rimo, et par trous au « Ca du Pré-Neuf », plus près du bourg. L'altération de la roche-mère donne d'abord une arène, où se développe d'abord de la mont morillonite, qui forme la grande masse des produits argileux, mais qui dans un stade plus avancé d'évolution cède la place à de la kaolinite, avec des traces d'illite. Lors de l'arénisation, les grains de pyroxenes (augite plus souvent) s'ouralitisent en hornblende et en trémolite. Le massif de gabbro présente d'ailleurs plusieurs variétés pétrographiques locales. Un tel contexte très distinctif ne se retrouve pas dans la région immédiate (et les autres massifs de gabbro du Nord et de l'Ouest de la Bretagne sont petits et se présentent autrement, sans une telle altération). Nous disposons des abondants ramassages de déchets de cuisson, recueillis par les prospecteurs du Centre régional archéologique d'Alet, sur les landes des environs. Les landes de La Baudronnière en Saint-Aaron ont donné des tessons, plus érodés et altérés qu'ailleurs, qui paraissent caractéristiques des fabrications bas-médiévales, d'un brun-rougeâtre. Des abondants ramassages, sur les landes des Houssas et du Bois-Rimo, sur les terres de La Bretonnière en La Poterie, en particulier, sont vraisemblablement post-médiévaux. La couleur de la pâte est variable selon les tessons, allant du gris au beige rougeâtre. Du point de vue macroscopique, aucun élément ne permet vraiment de caractériser ce type de poterie, si ce n'est la présence occasionnelle de petits nodules ferrifères visibles en section. Par contre, l'étude en lames minces est beaucoup plus révélatrice. Les minéraux qui constituent l'essentiel du dégraissant sont : - une amphibole incolore du groupe actinote-trémolite en cristaux allongés à tendance aciculaire ; - une amphibole hornblende brune fortement pléochroïque ; - du plagioclase labrador ; - des minéraux opaques. Cette paragenèse minérale correspond très bien à celle du gabbro sous-jacent après altération, notamment des pyroxenes. Ces minéraux se retrouvent par diffractométrie de rayons X tant pour la poterie que pour des échantillons de l'argile d'altération non triée. Il y a donc là des éléments diagnostiques particulièrement caractéristiques, qui ne laissent aucun risque de confusion avec d'autres fabrications régionales. La présence dans ces mêmes céramiques de quartz, en plus ou moins grande quantité et souvent en grains à tendance arrondie, atteste l'addition d'un sable comme apport supplémentaire au dégraissant naturel. En effet, ce minéral est bien entendu inexistant dans une paragenèse gabbroïque. Les productions au moins les plus récentes ont été cuites à une température dépassant 1000 ou 1100°, comme en témoigne la présence nette de mullite, discernable par la diffractométrie. Au début du XIXe siècle ces poteries étaient exportées « dans un rayon de cinq à six myriamètres » (Ogee et Marteville 1853). Le volume des trous d'exploitation, disséminés sur une surface considérable de landes, donne une idée de l'importance de cette production au long des siècles. Nous en avons reconnu quelques tessons provenant de notre chantier de fouilles de l'île Lavret à côté de l'île de Bréhat (Côtes-duNord), ce qui montre une diffusion maritime jusque dans le Goëlo. Autres productions issues de l'altération de « roches vertes » : L'étude des poteries préhistoriques et protohistoriques armoricaines montre une certaine prédilection pour les terres issues de l'altération de roches phylliteuses et spécialement de roches basiques, plus favorables à une cuisson à faible température (500 à 700°), tout en offrant une bonne cohésion mécanique. Sous leurs formes spécifiques, les poteries onctueuses, d'une part, et celles de La Poterie-Lamballe, rentrent dans cette catégorie. Les régions du Nord de la Bretagne, surtout le Tré- gor et le Penthièvre, entre Morlaix et le Cap Fréhel, sont très riches en formations de « roches vertes », schistes amphiboliques et amphibolites, quelques petits massifs encore plus basiques, de multiples filons, et les granites eux-mêmes tendent souvent vers les grano-diorites et les diorites. Ces formations ont un reflet sur les céramiques médiévales de ces régions, et il est courant d'y trouver en lame mince au moins des fragments d'amphiboles, les feldspaths associés étant des plagioclases de composition correspondante à la paragenèse. Etant donné leur variabilité, et la variabilité des productions de La Poterie-Lamballe, il peut y avoir, surtout le long des axes routiers ou maritimes de circulation, des cas d'hésitation nécessitant une étude plus appprofondie dès que l'on disposera de séries mieux datées. A la limite de cette zone trégorroise, les potiers de La Poterie et de Keraez, en Pabu, près de Guingamp (Côtes-du-Nord), ont exercé leur activité à l'époque gallo-romaine (chiche I97i), puis ensuite au moins depuis le XVe siècle (salaûn 1954) jusqu'au début du présent siècle. Au XVe siècle, ils allaient extraire leur argile dans la paroisse de Kermoroc'h, sur la lande de Bezouet près du château du Poirier, il s'agissait de l'altération d'un gneiss migmatique à deux micas. Plus tard on extrayait à Kervenou en Pommerit-le-Vicomte une argile qui devait résulter de l'altération d'amphibolites et de gneiss dioritiques, mais on utilisa aussi des argiles venues de plus près de Pabu, provenant de l'altération d'un granite à deux micas. Bref des terres de composition très variée auront servi et les productions pourront avoir été très hétérogènes. A l'époque moderne on utilisait une argile jaune, provenant de la surface, et une argile blanche très fine et douce au toucher qui devait provenir du fond des puits à Kervenou, où la surface se présentait sous une forme plus grossière...

 

 

Ancien four à La Poterie

(édition Le-Flohic)

 

.Cependant, il y a des proximités étonnantes. A moins de 10 km au Nord du centre important de La Poterie-Lamballe, nous trouvons l'atelier haut-médiéval du Frèche-Clos en Planguenoual (Côtes-du-Nord), découvert par prospection (Langouet 1984), qui utilisait l'altération d'un granite à deux micas d'un petit massif très localisé. Et à moins de 10 km vers le sud nous trouvons l'atelier de La Poterie en Tramain, redécouvert par prospection, à production de type bas-médiévales, utilisant les terres résultant de l'altération de terrains cristallins assez hétérogènes des environs. La coexistence des ateliers de La Poterie-Lamballe et de La Poterie-Tramain est certaine, leur concurrence ou leur complémentarité pose problème. Céramiques passablement hétérogènes lorsqu'elles sont comparées aux productions plus luxueuses et fines, les poteries communes et grossières peuvent cependant apprendre beaucoup à qui sait les interroger avec les méthodes qui conviennent. Extrait de quelques productions céramiques médiévales de Bretagne : les incidences des caractéristiques minéralogiques par Pierre-Roland Giot, Guirec Querré 

 

 

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Published by poudouvre
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