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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 15:45

 

 

François II de Bretagne

 

Une couronne mise en gage.

 

Cette couronne, c'était, hélas ! celle de Bretagne. Notre dernier souverain breton, François II, ce prince en qui l'amour des voluptés énerva si tristement de grandes qualités et de généreux instincts, ce pauvre duc, accablé sur la fin de son règne par des désastres dont sa faiblesse avait préparé la venue, se vit réduit dans la dernière année de sa vie (1488) à mettre en gage jusqu'à sa couronne ducale, pour pouvoir payer les troupes qui défendaient cette couronne contre l'ambition du roi de France. En conséquence, le trésorier de l'épargne, qui avait la garde des joyaux du Duc, livra le cercle ducal, avec quelques autres bijoux, au trésorier-général de Bretagne, par les mains de qui devait être fait l'engagement ; un commis du trésorier-général donna en retour, au trésorier de l'épargne, un reçu où se trouve décrite la couronne de Bretagne. Cette pièce nous a été conservée dans le premier livre des Mandements de la Chambre des Comptes, fol. 327, et elle est ainsi conçue :

 

« Allain Martin, commis de Pierre Becdelievre tresorier et receveur generai de-Bretaigne, confesse avoir eu et receu de Gilles Thomas tresorier de l'espargne du Duc mon souverain seigneur les bagues garnyes de pierrerie cy apres « Savoir, une couronne d'or en laquelle y a 8. grandes assietes et 8. fleurons dont les ungs plus grans que les autres, garnyes lesdites assietes de 4. grandes esmeraudes, 4 grans balaiz, 88. perles grosses, et à l'entour entre lesdites assietes y a 8. balaiz. Lesdiz florons garniz de 20. grosbalaiz, 20. grosses esmeraudes, et oultre sont lesdiz Borons garnyz de 8. dyamans pointuz neuffz ; lesdiz florons en oultre garniz de 76. perles de compte ; pesante ladite couronne 8. marcs 3 gros et demy, or et pierrerie. Item ung cueur d'or auquel y a ung gros dyament en faezon de cueur plat dessus et dessoubz à plusseurs faces, estant ledit cueur assiis en ung clou d'or à plusseurs croissans ; ledit cueur assiis en une fleur esmaillée de blanc en façon d'armaerie ; pesant ledit dyament et pierrerie 7. gros 1. denier d'or. Item une seye d'or, garnye de 3. gros dyamans en leurs assietes, dont l'un à fest rabatu et les deux autres en escuezon ; et ou mylieu d'iceulx dyamans ung grosruhy en son assiette, et au long de ladite seye 7. petites tablettes de dyamans, et au dessoubz, 4. grosses perles de compte pendans. Item une grosse perle toute ronde à ung petit pertuys, achattée de feu Jehan de Beaune ou mois de juillet l'an mil IIIIc LXXV, pesante (3) caraz. Quelles bagues ainsi garnies ledit tresorier de l'espargne m'a baillées et livrées, de l'expres commandement et ordonnance de mondit seigneur et en vertu de son mandement signé et scellé, daté du XVme jour de janvier derrenier, et dont je le quicte. Et lesdiles bagues ay engagées pour la somme de 14000 livres monnoye , pour icelle somme employer à soulde de ses gens d'armes, savoir, la couronne pour la somme de 5250 livres à Jehan Baud, selon la relacion rendue audit tresorier de l'espargne, et lesdiz cueur de dyament, seye, et la perle pour la somme de 8750 livres, es mains de Jehan Boudet conseiller et conterolleur des finances de Monseigneur le duc d'Orléans selon sa relacion semblablement rendue audit tresorier de l'espargne. Et ce (je) certiffie estre vroy, lesmoign mon signe manuel cy mis. A Nantes le XVIIIme jour de febvrier, l'an mil IIIIc IIIIx et sept. Ainsi signé : A. Martin. »

 

J'ajouterai quelques observations. Dans cette pièce, le mot bagues est employé au sens général que nous donnons aujourd'hui à celui de bijoux ou de joyaux. Assiette doit s'entendre en général de toute partie d'un joyau disposée pour recevoir ou asseoir des pierres précieuses. La couronne dont il s'agit n'était point fermée ; c'était seulement un cercle garni de finirons, au nombre de huit. Chaque portion de la bande du cercle comprise entre deux fleurons est appelée ici assiette, parce qu'elle était effectivement disposée pour asseoir des perles et des pierres d'une grande dimension. Il y avait donc huit assiettes comme huit fleurons. Quant aux deux autres joyaux décrits après la couronne (le coeur et la scie), leur nom en indique suffisamment la forme générale ; mais préciser la place de chacune des pièces dont ils se composaient est peut-être plus difficile et je ne l'essaie pas. La somme d'argent prêtée au duc sur le gage de la couronne et des joyaux ci-dessus est indiquée ici (on l'apprend d'un autre acte) non en livres tournois, qui étaient la monnaie de compte la plus habituelle , mais en livres parisis, plus fortes d'un cinquième; si bien que 20 sous parisis valaient 24 sous tournois, et 5 livres parisis 6 livres tournois. En monnaie tournois, la somme de l'emprunt est donc de 16,800 livres, dont 6,300 livres sur la couronne et 10,500 sur les autres joyaux. En tenant compte de la double différence de la valeur intrinsèque et du pouvoir de l'argent, la livre de cette époque vaut 30 à 40 francs de nos jours. M. Leber, dans son Essai sur l'appréciation de la fortune privée au moyen âge, ne l'estime qu'à 30 juste; mais cette estimation semble un peu faible. En 1527 la couronne de Bretagne était encore entre les mains des héritiers de Jean Baud, à qui l'on n'avait payé que 2,400 livres tournois sur les 6,300. François Ier, cette année-là, la fit dégager et donna aux créanciers une obligation en règle pour ce qui restait dû. Peut-être songeait-il déjà à faire couronner son fils aîné comme duc de Bretagne, cérémonie qui n'eut lieu cependant que cinq ans après.

 

 

Arthur de La Borderie

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Published by poudouvre
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