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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 11:55

Les vagabonds qui circulent ainsi dans les villes et surtout dans les campagnes,ne sont pas tous Bretons ni même Français. Parmi eux se trouvent des étrangers de toute race, de toute profession : prêtres défroqués, moines de contrebande, marchands forain, charlatans qui, entre autres denrées, débitent des billes des loteries émises à Amsterdam. Les mendiants et vagabonds, quand ils sont arrêtés par la police, ne font que paraître dans les prisons. Après interrogatoire sommaire, ils sont transférés dans les dépôts de mendicité. Les prisonniers militaires sont de deux sortes : les filles de joie, qui souvent accompagnent la troupe, et les soldats indisciplinés ou déserteurs. La débauche et la prostitution font deux fléaux très répandus au XVIIIe siècle. Elles ont pour cause la misère, qui démoralise les classes inférieures de la société. Malgré la surveillance exercée sur les filles-mères, malgré la permission illimitée accordée aux prévôts des hôpitaux de descendre chez les matrones et chirurgiens, même chez les filles soupçonnées de grossesse, le nombre annuel des infanticides est quelque chose d'effrayant. En 1713, en nettoyant un égout de Rennes, on y trouve quatre-vingts cadavres d'enfants nouveau-nés. En 1733, deux enfants sont tués et un troisième exposé en un mois. Indépendamment des malheureuses qui vivent de prostitution dans les villes, il n'est pas rare d'en voir d'autres abandonner leur famille, pour courir à la suite des troupes de comédiens ou des régiments. En 1745,dix d'entre elles sont arrêtées a la suite du bataillon de milice de Fontenay-le-Comte, en garnison à Brest. La plus jeune a dix-huit ans, la plus âgée vingt-cinq. Parmi elles sont deux soeurs qui ont abandonné leurs maris; les autres sont des filles de paysans. Dans les places fortes, les gouverneurs et les officiers supérieurs, dans l'intérêt de la santé de leurs soldats, ont soin de surveiller toutes ces beautés vagabondes. Ils cherchent à les effrayer en les faisant battre de verges, en les exposant nues sur un cheval de bois dans la cour des casernes, en les retenant plusieurs mois en prison. Une ordonnance royale en date du 1er mai 1763, interdit à leur égard les punitions corporelles. En vertu de cette ordonnance, toute femme débauchée surprise dans un corps-de-garde, dans une caserne ou dans la chambre d'un soldat logé chez l'habitant, doit être immédiatement arrêtée par les soins de l'officier de service, qui avertit aussitôt le commandant de la place. Si la femme arrêtée est domiciliée dans la ville, le commandant la livre an juge de police. Si c'est une femme étrangère à la localité et sans aveu, de la place la fera mettre au cachot pendant trois mois, au pain et à l'eau, aux dépends de Sa Majesté, pour être ensuite enfermée le reste de ses jours dans une maison de force la plus voisine. Tel est le sort des filles de joie. Quant aux soldats recrutés dans la lie de la société, ils sont naturellement grossiers, querelleurs et turbulent. Il faut une discipline de fer pour les maintenir dans le devoir. Si la discipline se relâche, ils se livrent à tons les excès. A Ancenis, en 1749, les dragons du régiment de la Reine imaginent d'empêcher la perception de l'octroi, pour avoir le vin à meilleur marché. En 1753, les troupes casernées à Oudon et à Ancenis pratiquent ouvertement la contrebande du tabac, du sel et de toutes les marchandises, avec la connivence de leurs officiers, qui profitent de la fraude et partagent leurs bénéfices. En 1738, les soldats du Royal-Vaisseaux font le métier de faux saulniers entre Mayenne et Fougères. En 1760, les soldats du régiment irlandais de Berkeley, avant de quitter Bain pour se rendre à Rennes, envahissent les maisons, pillent les coffres et les armoires, vident les barriques de cidre et s'enivrent en masse aux dépens des habitants. A Dinan, en 1753, est caserne du régiment de dragons presque tous jeunes et débauchés. La nuit, leur passe-temps est d'aller faire du tapage dans les faubourgs. Ils arrêtent une jeune fille qui sort avec une lanterne pour aller au-devant de son père; elle est saisie, bâillonnée, portée sur les remparts,où les bandits, après l'avoir outragée, la laissent meurtrie et à demi-morte sur un tas de fumier. A Lamballe, en 1772, deux soldats en congé passent leurs nuits à courir les rues, à frapper aux portes, à décrocher les enseignes. Quand l'exempt de la maréchaussée essaie de les calmer, ils lui répondent qu'ils se f..... de lui. Les soldats en semestre sont ordinairement dérangés. Au moyen de leurs sabres et épées dont ils sont toujours munis, ils menacent et intimident le peuple et font du tapage impunément. Les miliciens sont aussi turbulents que les soldats de l'armée régulière. Eux aussi bravent les magistrats et se livrent aux plus violents excès, tantôt en corps, tantôt isolés, prétendant apparemment que leur état de miliciens leur doit donner plus de licence qu'aux autres et les mettre couvert de toute recherche. 

 

 

La porte-prison de Vannes

 

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Published by poudouvre
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