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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 15:11

Dans la matinée du mardi 26 mars, MM. de Pontcallec, de Montlouis, du Couëdic et de Talhouët furent appelés l'un après l'autre devant elle, et ces quatre gentilshommes entendirent à genoux l'arrêt qui, en les déclarant atteints et convaincus du crime de haute trahison, les condamnait à être décapités avant la fin du jour. Nullement préparés à ce terrible dénouement, que la clémence habituelle du régent rendait en effet peu vraisemblable, et contre lequel trois d'entre eux avaient cru se prémunir par la sincérité de leurs aveux, leur attitude révéla les impressions dominantes chez chacun d'eux. M. de Pontcallec exhala sa surprise par une explosion de fureur, en se rattachant toutefois à l'espérance d'un sursis, MM. du Couëdic et de Talhouët, rejetant cette illusion, comprirent que leur dernière heure était venue et s'élevèrent sans effort, par la puissance de leur foi, à la courageuse acceptation du sacrifice; M. de Montlouis prit ses dispositions avec une calme et mâle simplicité. Le même arrêt prononça la peine de mort contre seize accusés fugitifs, et déclara que la sentence définitive serait rendue contre les dix-sept autres détenus après plus ample informé. Avertie de ce qui se préparait par un vaste déploiement de forces militaires, la population nantaise insulta par ses cris les commissaires qui allaient faire couler le plus vieux sang de l'Armorique. La noblesse quitta la ville; le peuple suivit jusqu'au lieu du supplice, en faisant éclater sa profonde douleur, des hommes protégés aux yeux de la Bretagne par la sainteté dune cause qu'ils compromirent gravement sans doute, mais qu'ils avaient d'abord espéré servir. De nuit, à la lueur des flambeaux, au milieu d'une cité en deuil et en prières, les condamnés franchirent d'un pas ferme le chemin de Ia prison à l'échafaud; leurs têtes tombèrent, non sans peine sous la main d'exécuteurs ou novices ou tremblants, et leur vie, jusqu'alors obscure, fut tout à coup transfigurée par leur mort.

 

 

Le marquis de Pontcallec s'appelait, de ses nom et prénoms, Clément-Chrysogone de Guer, d'une famille ancienne, établie depuis longtemps dans les évêchés de Vannes et de Quimper. Il était fils et héritier principal de Charles-René de Guer, marquis de Pontcallec, et de Bonne-Louise Le Voyer, dame de Trégomar et de la Haie-Painel ; il était fort jeune, âgé seulement de vingt-deux ans, suivant un chant populaire composé à sa mémoire ; et d'après une généalogie manuscrite conservée à la Bibliothèque Impériale , mais qui n'indique pas explicitement l'année de sa naissance, toujours ne pouvait-il être plus vieux que trente ans. Il était entreprenant volontiers jusqu'à l'audace, mais par son âge même mal pourvu de sagesse, de réflexion, d'esprit de suite. Ses biens étaient grands : la terre du Pontcallec, sans parler des autres, érigée en marquisat depuis 1657, s'étendait sur une douzaine de paroisses ; le château s'élevait en celle de Berné, six lieues au nord d'Hennebont, protégé à l'est par un grand étang d'une lieue de longueur, et au sud par une forêt, qui prend à la porte du château et descend ensuite vers le midi pendant plus de deux lieues, le long de la rivière de Scorff.

 

Membres connus de l'Association Patriotique Bretonne : -diocèse de Vannes, marquis de Pontcallec, le comte de Rohan-Pouldu, MM. de Talhouët de Boisorhant, Le Gouvello de Kerantré, Coué de Salarun, Le Moyne de Talhouët, de Montlouis, de Lantivy du Crosco, de Lantillac, de Kervasy, du Bouetiez , de Keraly, etc. -diocèse de Nantes, MM. de Talhouët de Bonamour, de Trevelec du Bourgneuf, de Rosconan, La Boissière de Kerpedron, d'Andigné, de Soursac, de Kerpoisson,de la Morandais, de Derval, Tournemine sieur de Camzillon, de Sécillon, de Chomart, Guilloré, Kerpondarmes, etc. -évêché de Saint-Malo : MM. de Lambilly, Hervieux de Mellac, de la Houssaye, Labbé de Villegley, de Saint-Gilles, de Saint-Pern, du Lattay, Marnière, Péan de Pontfilly, Grout du Moustier, Huchet de la Bédoyère, de la Landelle, de Pontual, Grignart de Champsavoy, de Lorgeril, etc. Nous devons aussi mentionner MM. du Groësquer, du Bouexic Becdelièvre, Boisbaudry de Trans, de la Roirie, de Saint-Brice, dans l'évêché de Rennes; -MM. de la Berraye, Le Mintier des Granges, de Lescouët, de Boisgelin, de la Rivière Corlai et de la Rivière Saint-Germain, Visdeloup de Saint-Quéreuc -évêché de Saint-Brieuc; -de Kerdaniel, de Kerberec, de Goasfroment (Le Gonidec), en Tréguer -de Kersulguen, de Keranguen, Le Bihan de Pennelé, Keroignant de Trezel, en Léon ; -en Cornouaille, le marquis de la Roche-Kernezne, les frères de Leslay, Le Doulec de Kerourgan, et ce brave du Couédic, qui devait, avec Talhouët Le Moyne, Montlouis et le marquis de Pontcallec, porter à la fin sa tête sur l'échafaud du Bouffai et payer pour tous les autres. -Même parmi le petit nombre de noms venus à nous, je ne donne ici, je le répète, que les principaux, presque tous noms de gentilshommes; mais on trouvera en outre, dans la liste générale, des prêtres et des religieux, des bourgeois, des paysans, des marins : car, en Bretagne, le patriotisme et le dévouement n'ont jamais été le privilége exclusif d'une classe -ni même d'un sexe...

 

Auteurs MM. Arthur de la Borderie & de Carné

 

 

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Published by poudouvre
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