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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 19:41

Originaire de Caulnes près Saint-Malo, vers 1482, il entra jeune à l'âge de 18 ans, chez les Dominicains à Dinan et, peu après sa profession, fut envoyé pour ses études de théologie à Paris. Il y conquit la licence en théologie le 6 février 1528 : le septième sur 26 dont 16 séculiers, et le premier des réguliers. Le 19 juin, il fut promu docteur en théologie. Dès lors, il semble avoir été en vedette dans l'Université, car, dès 1529, nous le voyons au titre d'inquisiteur, faire enquête sur l'orthodoxie d'Inigo de Loyola, le futur fondateur de la Compagnie de Jésus. C'est sans doute cette activité précoce qui lui vaut l'ironie de Rabelais dans son Pantagruel. En 1534, c'est Ory qui, avec le P. Liévin, fut chargé d'examiner le commentaire de Sadolet sur l'Epître aux Romains de saint Paul. Il était alors prieur du couvent saint Jacques de Paris et, peut-être à cause de ses occupations, il semble avoir été remplacé par son confrère Valentin Liévin au début de l'année 1535 pour un second examen des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola. C'est en 1535 qu'il fut nommé Inquisiteur général du royaume. Le cardinal de Tournon, dans une lettre au cardinal de Paris, Jean du Bellay, datée de Chaumont-en-Bassigny 22 septembre 1535 mentionnait comme candidat à ce poste : « nostre maistre Bynet qui est icy, et suys seur que la meilleure opinion que Nostre Saint-Pere peult avoir de luy doibt estre procédee du bon témoignage que vous en avez porté; et puisqu'il plaist a Sa Sainteté et que vous trouvez bon qu'il ayt ceste charge d'inquisiteur de la foy, je suis content qu'il l'accepte. » Ce Gilles Binet, que le cardinal de Bellay recommande à Tournon, est lui aussi un Dominicain, mais, pour la fonction d'Inquisiteur général, il est encore trop jeune, « car il s'en fault deux ou troys ans qu'il n'ayt les quarante completz, comme il dit estre requis a cest office ». Telle est sans doute la raison pour laquelle Mathieu Ory lui est préféré, ainsi qu'il apparaît par le diplôme royal, daté de Lyon 30 mai 1536, qui est conservé aux Archives nationales de Paris. Le cardinal de Tournon, en 1536, recommande au chancelier Antoine Du Bourg « le présent porteur, frère Mathieu Ory, inquisiteur général du royaume, dont on conteste, à tort, l'office ». Engilbert Clausse, conseiller au Châtelet, lui est officiellement adjoint en qualité de procureur général près l'Inquisition. Nous possédons assez peu de détails sur son activité à cette époque. On le voit engager des poursuites contre le prédicateur Jean Michel à Bourges. Peut-être est-ce pour obtenir une confirmation papale de ses pouvoirs qu'il se trouve à Rome vers le 18 novembre 1538 ; il peut ainsi apporter son témoignage personnel en faveur de l'orthodoxie d'Ignace de Loyola. Le 15 juillet 1539, un Bref de Paul III l'investit officiellement de ses fonctions et, peu de temps après à Paris, des lettres royales lui ordonnent de communiquer le procès de Dolet à des juges séculiers (23 juillet 1540). Il accompagne habituellement le cardinal de Tournon et il a sous ses ordres six inquisiteurs subordonnés qui parcourent pour lui les provinces. En 1542, la Congrégation générale de son Ordre lui reconnaît son titre d'Inquisiteur; il examine et approuve le Bréviaire du Cardinal Quinones. Durant les années 1543 et 1544, il est très occupé des affaires de Dolet qui, dans son Second Enfer, s'en plaint amèrement au cardinal de Tournon : qu'aulcun plein de sens frénétique Contre vertu ayant toujours la picque Vous ont remply (en mentant) les oreilles De plusieurs cas et de grandes merveilles Touchant mon faict. C'est au cours même du procès d'Etienne Dolet que Mathieu Ory soumet à la Faculté de théologie de Paris son Alexipharmacon et qu'après en avoir reçu l'autorisation il le fait publier par le libraire Jean André avec un Privilège royal pour quatre ans (daté du 24 juin 1544). II y a, déclare Ory, trois espèces d'hérésie, suivant qu'elle s'oppose à la raison naturelle, à la Sainte Ecriture, aux dogmes de l'Eglise sacrosainte. « Prima. . . vocatur caecitas mentis, sive ebrietas in scripturis sacris... In hanc lapsi sunt athaei, et plures ex Lutheranis, qui per tot dévia in inventionibus suis ambulantes dixerunt, atque scripserunt innumera, quae nulla gens quantumcumque legum, aut morum fuerit expers, umquam probaverit, aut probare possit, utque superioribus, sive in his quae sunt religionis, et divini cultus non sit parendum, aut quod locus ad religionis cultum non sit habendus, et similia, quae gentes semper in suis ritibus serventui. »

 

 

La carrière de Mathieu Ory, dans la suite, n'est qu'une suite d'applications de la doctrine exprimée dans l'Alewipharmacon. Ainsi, le dimanche 28 juin 1545, on le voit interdire soixante-cinq ouvrages pernicieux. Le roi Henri II le confirme le 18 novembre 1547 dans ses fonctions d'inquisiteur général du royaume, puis de nouveau en 1549 et 1550, et deux ans plus tard (17 mai 1552) le Pape Jules III. A Lyon, il se trouve avec le cardinal de Tournon quand cinq étudiants huguenots, revenant de Suisse, y sont arrêtés (16 mai 1552) et jetés en prison. Ils ne sortiront de captivité, malgré les instances des protestants de Berne, que pour être condamnés au bûcher (16 mars 1553). Entre temps, il accompagne Tournon à Rome et, durant le trajet de retour, il déconseille à ce dernier de passer par Genève où il aurait rencontré Calvin. L'affaire du Christianismi restitutio de Michel Servet l'occupe au mois d'avril 1553. Le 4 de ce mois, au château de Roussillon, il participe à la réunion où est condamné l'ouvrage; les deux jours suivants, il interroge lui-même Servet. Celui-ci s'enfuit le 7 à Genève où l'attend le bûcher préparé par Calvin tandis que le 17 juin, à Vienne, Ory préside l'autodafé de Servet. Une autre grave négociation l'attire en Italie durant l'année 1554. Depuis de nombreuses années, la duchesse Renée de France, fille de François Ier et mariée au duc de Ferrare, donnait lieu à de nombreuses plaintes de son mari pour son attachement au calvinisme. Le 18 mars 1554, le duc, après avoir banni de ses Etats toute personne suspecte de favoriser la Réforme, demande au Roi de France un convertisseur habile et énergique pour convaincre sa femme. C'est Mathieu Ory qui lui est envoyé par le roi Henri II; il quitte la France au début de juin et, à Ferrare, il se retrouve avec un jésuite français nommé Claude Pelletier. La duchesse, tenue sous stricte surveillance par son mari, reçoit Ory à plusieurs reprises et même lui laisse espérer qu'elle assistera, au début du mois d'août, à sa messe. « II rédige un traité sur le très saint sacrement pour elle et le traduit en langue vulgaire, mais il demande à Pelletier de l'expliquer et commenter oralement à la Duchesse, parce que certains points rédigés dans la manière scolastique avaient besoin d'explication ». Pour la fête de l'Assomption (15 août), le duc et ses deux filles communient de la main d'Ory, mais la duchesse ne se rend pas encore. Ce sera seulement le 2 septembre, que celle-ci finit par assister à sa messe et Mathieu Ory repart en croyant l'affaire conclue. En réalité, la duchesse ne se confessera et ne communiera que quelques jours plus tard, après de nouvelles instances du P. Pelletier. Plus que jamais, le P. Ory est bien en cours auprès du roi Henri II. Il semble aussi avoir renoué plus intimement ses relations avec la Compagnie de Jésus, car, le 26 janvier 1555, le secrétaire de la Compagnie de Jésus écrit de Rome au P. Pelletier que Frère Ory a fait savoir de France « à Frère Gabriel, de son ordre, pénitencier, notre ami, en lui disant de s'informer de nos affaires, parce qu'on avait parlé devant le Roi de deux questions ». Le 6 septembre de la même année, à Saint Germain en Laye, le roi Henri II signe l'ordre de doubler la pension de trois cents livres, accordées à Mathieu Ory, docteur en théologie et inquisiteur général de la foi, à raison de ses services, et pour subvenir aux dépenses faites par lui dans l'exercice de ses fonctions. Ory meurt, moins de deux ans plus tard, le 12 juin 1557, laissant le souvenir d'un champion intrépide de l'orthodoxie. Le roi Henri II, par l'édit de Compiègne (24 juillet 1557), va enchérir sur lui en prescrivant d'appliquer uniformément la peine de mort aux hérétiques convaincus. Ce qui nous paraît le plus significatif chez ce partisan convaincu de la tradition ecclésiastique, est sa très profonde estime pour l'étude des langues, c'est-à-dire du grec et de l'hébreu. Trop souvent, l'on interpréterait dans un sens absolument restrictif l'appréciation d'un compagnon d'Ignace de Loyola sur ses contemporains à Paris : Qui graecizabant, lutheranizabant ». Pas plus qu'Ory, Loyola ne déconseilla aux siens les acquisitions positives de l'humanisme, mais en se gardant du travers de tous ceux « qui voluerunt suo sensu, et humano spiritu, res fidei nostrae tractare, et literas sacras, non in spiritu, sed litera légère, et suum sensum, non Christum in scripturis quaerere». On ne saurait exagérer l'importance de cette conciliation, tant prônée par Ory dans son Alexipharmacon, pour l'avenir du catholicisme.

 

Henri Bernard-Maître. 

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Published by poudouvre
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