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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 12:49

Aux yeux des paysans d'autrefois, la propriété foncière conservait un  grand prestige. Un homme eut-il possédé la fortune de Rothschild, s'il ne possédait pas de terres était moins considéré que le propriétaire de trois ou quatre fermes de médiocres étendues. Etre « cuterrous », c'était avoir du bien au soleil. Dans l'ensemble, les paysans étaient respectueux avec le clergé dès lors où ceux ci ne sortaient pas de leur rôle spirituel. Pourtant nombre de proverbes étaient assez irrévérencieux avec les curés : « Gras comme un recteur » ; « Il est comme not' recteur, qui s'en va de tab'e quand il est saû : comme notre recteur qui quitte la table quand il est ivre » ; « I'n frappent point ès contre-hus de genêt : ils aiment mieux les riches que les pauvres » ; « un homme qui n'a que des ruses de prêt'e » ; « Paresseux comme un curé » ; « Le monde devienne t'i' fainéant, i's font tous prêt'e ». Les bonne soeurs appelées sœurs trottine sont souvent accusées de mettre le trouble dans les ménages. Les paysans disaient des religieuses qu'elles allaient dire la nuit leur chapelet dans les champs et si elles perdaient une pâtenôtre, le laboureur aurait beau travailler, il trouverait du chiendent dans son champ. Le recrutement des prêtres incitait les ambitions de beaucoup de commerçants et de gros paysans qui voyaient bien un de leur fils devenir prêtre. En général les parents des prêtres rentraient largement dans les dépenses qu'ils avaient faites pour les élever. En Haute Bretagne, pays essentiellement agricole, le paysan était le plus estimé, venaient ensuite les métiers exigeant force et adresse : charpentier, menuisier, maçon ou maréchal-ferrant. Ces derniers exerçaient souvent en même temps l'art de guérir les bêtes, et celui d'arracher les dents. Voici quelques proverbes sur les métiers pénibles ou méprisés :

 

 

Il y a treis métiérs d'fainiants

 

Les chassous, les pêchous, les oisillous

 

Le cheva' des peissonniers

 

Les médecins de campangne

 

Et les maltôtiers

 

Sont treis métiers d'bêtes 

 

Alleluia,

 

Marchez sur quatre bâtons :

 

les huissiers sont des fripons,

 

Et les avocats des liche-plats

 

Et les procureurs

 

Sont des voleurs.

 

 

 

Les métiers les mois prisés étaient ceux pratiqués assis et pour  lesquels aucune force corporelle n'était nécessaire, parmi ceux ci étaient inclus les tailleurs, les cordiers, et surtout les tisserands. Ces derniers se voyaient attribuer le sobriquet de « t'chu d'châ ». Le châ étant une espèce de bouillie d'avoine qu'on mettait sur la trame pour faire la toile. A Saint Donan on disait d'eux : « sans la colle, le tessier serait noble ». Les tisserands trouvaient difficilement à se marier avec des filles de fermiers, toutefois dans le Mené les tessiers épousaient journellement des filles de fermier. Le cordonnier était qualifié de « cu-cousu » ou « cu-collé » et étaient accusés d'être pires que les évêques. Au village de la Caisse d'Or en Maroué existait une corderie, les derniers y furent enterrés vers 1820 en un lieu à part nommé caquinerie. En 1854, le préjugé n'était pas complètement disparus. Au siècle précédent, ils étaient très vénérés, ainsi en 1716 un caqueux étant mort à Plurien, toute la noblesse assista à son enterrement et fut inhumé dans l'église, mais la population l'exhuma trois jours plus tard et porta sa dépouille au cimetière des cordiers. La justice intervint. Le pillotou ou marchand de pillots désignait le chiffonnier ambulant échangeant vaisselle ou mouchoirs contre des chiffons, des peaux de lapins. A leur sujet il se disait : « sauter comme un pillotou ». Quand ceux ci arrivaient dans un village ou dans l'aire d'une ferme, ils criaient « marchand d'pillous » ou encore : « la bourgeoise, av'ous des pillos ? ». C'est probablement en souvenir des sermons que les prêtres faisaient au sujet des cabaretiers qu'un proverbe disait d'eux : « L'enfer est pavé de crânes de cabaretiers ». Les meuniers n'avaient pas non plus très bonne réputation * (un moulin à Sévignac désigné Cachegrain) : « Meunier larron, voleur de blé c'est ton métier ». On rangeait également dans les métiers méprisés les « sanous de trées ou de pouërs » -les châtreux ; et surtout les « écorchous » autrement dit les équarrisseurs.

 

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Published by poudouvre
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