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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 14:25

 

 

La cathédrale, dédiée à saint Étienne, s'élève sur l'emplacement de la  chapelle du monastère de Saint-Brieuc, convertie en église épiscopale au  IX e siècle. Sa reconstruction fut entreprise au XIIIe siècle par l'évêque saint Guillaume Pinchon, avec des matériaux dont une partie paraît avoir appartenu au siècle précédent. Elle fut continuée par ses successeurs, au XIVe, XVe et XVIe siècles, et terminée au XVIIIe siècle. Cet édifice, tel qu'il existe aujourd'hui, forme une croix latine d'une longueur totale de 73 mètres, prise du portail au chevet, et d'une largeur de 41 mètres 44 centimètres, aux transepts. La longueur de la nef est de 35 mètres 75 centimètres, et sa largeur moyenne de 6 mètres, 84 centimètres. L'ensemble du vaisseau, dont la plus grande élévation sous clef de voûte est de 19 mètres, peut se diviser ainsi : une nef principale, deux bas côtés, les croisillons , le choeur et son pet son pourtour, les chapelles et les tours. Elle a été bâtie sur une sorte de marécage, et nous croyons que plusieurs de ses parties reposent sur pilotis. Ceci explique pourquoi on n'a pas découvert jusqu'ici de traces de cryptes. Le sol, à diverses époques, a été élevé, en vue sans doute d'échapper à l'action de l'eau que l'on trouve, en certains endroits , à une profondeur de 35 centimètres seulement. Le corps de saint Brieuc avait été anciennement déposé à Saint-Serges d'Angers pour y être à l'abri des profanations des Normands. Lorsque le calme fut revenu, les Briochins redemandèrent les précieux restes de leur patron; mais les moines de Saint-Serges ne pouvaient se résoudre à les rendre, à cause des miracles opérés par ces reliques et des aumônes que .'affluence des fidèles qui venaient les visiter répandaient dans leur couvent.

 

 

Ils ne restituèrent à son église la châsse de saint Brieuc qu'après un procès qui se termina vers l'année 1210. Quelques années après, saint Guillaume Pinchon, originaire de Saint-Alban, fut élevé au trône épiscopal de Saint-Brieuc. C'était un saint prêtre qui, comme Joseph, avait donné des preuves de sa sagesse. Depuis le retour des reliques du saint patron, il était question de rebâtir la cathédrale, et les travaux étaient même déjà commencés; le nouvel évêque s'empressa de continuer l'oeuvre de ses prédécesseurs, à laquelle Guillaume le Borgne, sénéchal de Goëllo, contribua pour une somme de 100 livres, ainsi qu'on le voit par son testament daté de 1215. La mort surprit l'évêque au milieu de ses travaux en 1234 ; il fut néanmoins inhumé dans la cathédrale, bien qu'elle fût loin d'être terminée. Ce serviteur de Dieu avait dit que mort ou vif il achèverait son oeuvre.  Cette parole parut d'abord singulière ; mais elle ne tarda pas à recevoir  une explication frappante par sa réalisation merveilleuse. En effet, les  nombreux miracles opérés à son tombeau déterminèrent le pape Innocent IV à faire inscrire Guillaume au catalogue des saints, en l'an 1247, et les riches aumônes des nombreux pèlerins attirés par ces miracles permirent à Philippe, son successeur, de terminer cette vaste construction. L'enquête pour la canonisation de saint Guillaume témoigne du grand nombre d'aveugles qu'il illumina, de sourds, de muets, de boiteux, de paralytiques et de fébricitants guéris par ses mérites, de démoniaques délivrés, et même de morts ressuscités. On s'étonnera moins, d'après ce qui précède, de la guérison d'une pauvre femme qui, affligée d'un cancer au sein, se l'était coupé au milieu des affreuses douleurs qu'elle ressentait; puis, s'étant recommandée affectueusement à saint Guillaume, « tout à l'instant, regardant à son costé, trouva sa mamelle remise, plus belle qu'elle n'estoit auparavant.» Nous ne prétendons pas distinguer dans la cathédrale ce qui fut fait par saint Guillaume de ce qui est dû à Philippe; nous ne pouvons signaler que les parties qui portent le cachet de la transition opérée au XIIIe siècle, entre le roman et le style ogival. Ces parties sont : les colonnes et les chapiteaux du carré central et du pourtour du choeur; les transepts; le gable occidental et la tour Brieuc, qui fut, au XIVe siècle, le donjon de la cathédrale, nous la feraient croire plus moderne. A Geoffroy'de Rohan appartiendraient plus vraisemblablement les fenêtres du choeur du côté de l'évangile , la voûte à l'intersection du transept où se voient ses armes, et la cuve baptismale aujourd'hui placée dans un enfeu à gauche du porche du Martray. Les fenêtres du choeur du côté de l'épître et une petite fenêtre au transept sud, furent vitrées l'an 1399 par Guillaume Anger, évêque de Saint -Brieuc, mort en 1404. Les chapelles du pourtour du choeur sont de dates différentes. Du côté de l'évangile, on trouve la chapelle d'Avaugour ou Notre-Dame-de-la-Blanche, fondée en 1329 par Blanche d'Avaugour, soeur de Jean, évêque de Saint-Brieuc. Quoique la chapelle ait été remaniée au XIVe.   Les chapelles du pourtour et les chape entre deux contre-forts et s'avançant plus ou moins au dehors de l'église, elles renferment chacune un ou plusieurs enfeux destinés à recevoir les corps des fondateurs et de leurs familles. Les tombes primitive! en ont été arrachées ou déplacées. On y remarque maintenant :

 

1° La tombe de saint Guillaume avec sa statue, qui porte tous les  caractères de la seconde moitié du XVe siècle. Elle est toujours ornée d'un ex-voto qu'y dépose la piété des fidèles

 

 

 

 

2e La tombe, avec statue, de Mgr André le Porc de la Porte, mort en 1632 et inhumé aux Ursulines, d'où ses restes ont été transportés, en  1833, dans l'enfeu de la famille de Boisgeslin;

 

3e La tombe en marbre noir, sans épitaphe, de l'évêque constitutionnel  Jacob, mort en 1801 et enterré à gauche, à l'entrée du choeur, sous l'arcade où reposait l'évêque Thépault du Breignou, mort en 1766;

 

4e La tombe de Mgr Caffarelli, mort en 1815 et inhumé derrière le choeur,  dans l'enfeu d'un de ses prédécesseurs, Denis de la Barde, mort en  1675;

 

 

 

5e La statue tumulaire de Mgr Le Groing de la Romagère, mort en 1841  et inhumé dans le transept méridional ;

 

 

 

6e Enfin le tombeau du dernier évêque , Mgr le Mée, décédé en 1858,  prélat auquel la cathédrale devait d'importantes restaurations, et le diocèse plusieurs fondations considérables, comme le couvent des soeurs du Saint-Esprit et le séminaire, reconstruits par ses soins.

 

 

 

 

Nous ne pouvons passer sous silence le buffet d'orgues de 1540, un des  plus curieux morceaux de sculpture en bois qui orne la cathédrale. Il est couvert d'arabesques dans le style de la Renaissance, au milieu desquelles se jouent des enfants nus et des oiseaux d'une grande délicatesse de détails. Dans chaque panneau se détachent plusieurs médaillons, portant des têtes d'hommes et de femmes en costumes du règne de François Ier. Le plafond à caissons est décoré de stalactiques fouillées avec un goût et un soin merveilleux. 

 

 

 

 

Le XVIIe siècle n'a rien laissé après lui dans la cathédrale, et le XVIIIe siècle en a reconstruit la nef, qui menaçait ruine. De 1705 à 1730, un pieux évêque, natif d'Auvergne, Louis Fretat de Boissieux, ancien lieutenant des vaisseaux du roi, fit démolir la grande nef, en conservant néanmoins la partie inférieure des murs et des piliers qui présentait une grande solidité. Les collatéraux restèrent en partie debout et la nouvelle nef conserva, comme l'ancienne, sept travées de chaque côté ; mais elle fut reconstruite dans le style du XVIIIe siècle, c'est-à-dire avec des voûtes à plein cintre surbaissé, des entrecolonnements semi-circulaires, des colonnes à chapiteaux d'ordre toscan et des moulures plates aussi régulières qu'insignifiantes. Toute la dépense de cette vaste entreprise fut couverte par la générosité du comte de Toulouse, gouverneur de Bretagne et premier chanoine de Saint-Brieuc, à cause de son duché de Penthièvre, et surtout par les libéralités de l'évêque lui-même, qui s'imposa les plus dures privations pour augmenter encore ses dons. Ce travail bien exécuté est irréprochable dans son genre ; mais il perd beaucoup à la comparaison des ogives élancées, des galeries du choeur et des combles; l'art matérialiste du XVIIIe siècle, n'est dépassé en laideur, dans la basilique de Saint-Brieuc, que par la façade informe et sans caractère de cette église, à l'ouest.

 

 

Les fragments de vitraux dans la cathédrale sont trop incomplets pour être décrits, et nous regrettons qu'on n'ait pas employé à les conserver les sommes dépensées pour les tableaux qui couvrent les murs sans les orner. Il convient cependant de signaler à l'attention des amateurs une Nativité de Jouvenet et deux tapisseries des Gobelins provenant du château de Saint-Germain. L'une, la scène du Centurion, n'a pas moins de 5 mètres sur 4; l'autre est un saint Germain ou un saint Guillaume, dont l'attitude n'est pas très-heureuse. Il est à croire que M. -Mérimée, inspecteur des monuments historiques, n'a traversé Saint-Brieuc que de nuit; autrement nous ne saurions expliquer le laconisme des lignes qu'il consacre à l'inspection de la cathédrale, dans son Voyage dans l'Ouest : « Je ne connais à Saint-Brieuc aucun monument qui mérite d'être décrit. La cathédrale, restaurée nouvellement , est très-médiocre ; au XVe siècle, lorsque le gothique manque de richesse, il ne lui reste aucun mérite. » Cette allégation manque de justesse en ce qui concerne la cathédrale, qui renferme, comme nous l'avons fait voir, de riches parties du XIVe et du XVe siècle.

 

Merci aux Archives départementales des Côtes d'Armor

 

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Published by poudouvre
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