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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 07:34

 

3) Le volcanisme dans le Bassin de Chateaulin. 

 

 Le  bassin  supérieur  de   l'Aulne   dans   la région  de  

 

Bolazec    occupe un  synclinorium de terrains dévoniens limité par failles, coincé entre les axes anticlinaux de la forêt de Beffou au Nord, où affleurent les terrains volcaniques briovériens et de Plourac'h-Callac, au Sud formé des phyllades de St-Lô. Les terrains du Coblencien sont envahis par des sills de dolérite qui ont transformé les schistes à leur contact. L'examen des photographies aériennes, dans ce pays de collines dérivant d'un plateau disséqué, révèle de nombreuses adaptations des cours d'eau à la structure volcanique. Evitant les sills qu'ils franchissent à l'occasion de failles ou de décrochements, les ruisseaux creusent les bandes schisteuses. Le versant de la rive Nord de l'Aulne, de Lohuec au pont de Bolazec sur près de 6 km, coïncide exactement avec un long sill orienté E.N.E.-W.S.W. Les hautes collines de Trovern (289 m), de Pengalet (259 m), de Coz-Castel (305 m) et de Landresmeur (307 m) sont aussi armées de sills. Elles prolongent les hauteurs volcaniques du Goariva et de la forêt de Beffou. Les terrains volcaniques briovériens et dévoniens sont ici en contact direct par faille. C'est encore un sill qui arme la colline de Lohuec. Plus au Sud, entre le village Quénéquen et le pont True! (Poul- an-fol -Moulin de Rospellen), de gros sills de dolérites s'incurvent passant de la direction W.S.W./E.N.E. à la direction N.W./S.E. On peut suivre le tracé de l'un d'entre eux sur les photographies aériennes. La végétation y donne en effet une trace sombre ; les versants et les ruisseaux épousent parfaitement la courbure du sill qui souligne la structure périclinale de la couverture dévonienne bordant l'anticlinal de Plourac'h-Callac. Entre le pont de Bolazec et le pont Truel, l'Aulne prend une direction méridienne, coupant et recoupant de nombreux sills. La vallée encaissée devient étroite et le profil longitudinal voit sa pente s'accentuer. Les gués et les rétrécissements locaux du cours sont causés par les traversées de sills. Redressés la plupart du temps dans une position verticale, ces sills sont formés par des roches basiques, verdâtres, grisâtres ou noires, dures, libérant par décomposition d'abondantes boules, souvent de formes ovoïdes et aplaties. Ces roches appartiennent à deux types principaux : dolérites albitisées, les plus nombreuses et dolérites à labrador et pyroxene. Une venue de spilite à pyroxene, noire, grenue, très dure, passant à un tuf, impose sur près de 4 km un tracé rectiligne à la vallée du ruisseau du Moulin de Rospellen. On a affaire à un volcanisme sous-marin se manifestant presque essentiellement sous forme de sills injectés à des profondeurs variables autour du haut fond brioverien de Plourac'h et annonçant la phase bretonne du plissement hercynien. Plus à l'Ouest, en piémont de l'Arrée, au Nord de Brasparts, d'autres sills de dolérite s'insèrent dans les formations schisteuses du Coblencien armant une partie des collines aux flancs raides qui culminent vers 160-180 m et qui constituent l'un des éléments principaux du paysage de la région. Les manifestations volcaniques de la phase bretonne ont affecté plus particulièrement la bordure interne occidentale de la fosse centrale armoricaine, au moment où elle se déprimait à nouveau, il y a 350-340 millions d'années (Dinantien) pour former le géosynclinal carbonifère. Il s'agit encore d'un volcanisme sous-marin, se manifestant au Nord par des coulées et brèches où dominent spilites et kératophyres, au Sud par des coulées et des sills. Une bande de terrains volcaniques s'étire au Nord de la région de Lopérec (Sud-Ouest de Brasparts) jusqu'à celle de Locmaria Berrien (Sud du Huelgoat). Les premières éruptions ont débuté avant et après le dépôt discordant sur les formations sédimentaires dévoniennes d'un puissant conglomérat provenant de l'érosion des premiers reliefs édifiés par la phase bretonne du plissement hercynien. On peut observer dans la carrière de Keroc'h au Nord de Plouyé des galets roulés de brèche volcanique voisinant avec des galets de granites, de quartz et des blocs de quartzite dans la masse de conglomérat, immédiatement bordée vers le Sud par une épaisse brèche volcanique à éléments de kératophyre et ciment de spilite. A proximité, près de Guerricau, la mise en place des coulées dans les sédiments meubles du fond sous marin a provoqué la formation de jaspes rouges à hématite, que l'on retrouve plus à l'Ouest, près de Lannédern, à la chapelle de Coat ar-Roc'h où ils sont mélangés à des jaspes noirs à magnetite. Les jaspes ferrugineux et les brèches à ciment de spilite sont des roches très dures. L'ensemble de cette formation volcano-sédimentaire redressée à la verticale se marque bien dans le relief. Venant du Sud après avoir parcouru les molles collines schisteuses du synclinorium dinantien culminant vers 140 m, on aborde la zone de piémont de l'Arrée par une ligne de collines généralement plus élevées (160 à 200 m) aux versant raides. Limite de géosynclinal, c'est la trace d'un vieux rivage breton, jalonné par les éruptions volcaniques. Les photographies aériennes révèlent très nettement le long affleurement des terrains volcaniques décrochés par failles, en avant de l'Arrée. Sur plus de 6 km, la crête d'interfluve de Lannédern armée par les jaspes s'étire en bloquant l'écoulement vers le Sud des eaux qui, arrivant de l'Arrée, suivent la pente d'une vieille surface d'aplanissement. Cette crête est longée par la vallée rectiligne N.E./S.W. du ruisseau du Grand Pont. Les filons de microgranite qui semblent avoir précédé ou suivi de peu les venues éruptives renforcent en bien des points les reliefs volcaniques qui leur sont associés. Le piémont de la Montagne Noire est aussi souligné par une bande de formations volcaniques interstratifiée dans des schistes situés à la limite des terrains dévoniens et dinantiens. On peut y reconnaître des roches de coulée bleu-vert, du type andésite, des tufs, des sills de dolérite, fournissant des boules et libérant du fer qui forment les débris de croûtes ferrugineuses qui ont recouvert d'anciennes surfaces d'aplanissement à l'époque tertiaire et dont les blocs parsèment actuellement les replats entre 180 et 200 m d'altitude. Entre St-Thois et Laz, la densité des affleurements de sills et coulées explique la massivité des hautes collines aux pentes raides, qui forment un piémont à la crête des roc'h au Sud (Menez Fennec 180 m) et dominent par un escarpement de 100 m de commandement la vallée de l'Aulne au Sud-Ouest de Châteauneuf-du-Faou. Vers l'Est, jusque dans la région de Motreff, les sills de dolérite plus rares ne se marquent guère dans le paysage.

 

III. - Le volcanisme breton

 

L'orogenèse cadomienne qui a affecté les ermations du Briovérien discordantes sur le socle pentévrien a amené la mise en place de roches volcaniques entre -800 et -600 millions d'années. Elles constituent, avec les roches sédimentaires qu'elles ont transformées à leur contact, des formations stratifiées, modifiées parfois par un métamorphisme épizonale en épidiorite ou amphibolite (Loquirec -Plestin les Grèves-Forêt de Beffou), interstratifiées dans les séries sédimentaires, plissées et faillées. L'étage d'Erquy, à la base du Briovérien, comprend une série volcanique basique, effusive et sous-marine provenant d'un magna spilitique. Entre le cap d'Erquy et la pointe du Verdelet se succèdent de bas en haut à travers les terrains des sills à texture grenue,, puis doléritique, ensuite des tufs formés dans les sédiments meubles près de la surface des hauts fonds marins, surmontés de coulées à pillows-lavas avec des hyaloclastites (pointe de la Heussaye près d'Erquy ou du Guilben près de Paimpol). Au contact des sills et coulées, les schistes et quartzites du Briovérien ont été transformés en adinoles. Cet ensemble volcano-sédimentaire s'étire en une longue bande de Loquirec (albitophyre-schistes tufacés) à Erquy, traversant de l'Ouest à l'Est le Trégor (porphyrites et andésites de Paimpol) et la baie de St-Brieuc. Il forme aussi l'anticlinal de Beffou et les anciennes coulées portent les sommets de Gros Pavé et de Goariva. Dans le Porzay, quelques coulées à pillow-lavas et sills doleritiques moins abondants représentent l'étage d'Erquy. L'extrémité Nord-Est du Trégor a été le siège d'un volcanisme à roches plus acides, dont les sills, dykes, tufs, brèches et coulées affleurent largement, incorporés pour une bonne part au socle cristallin cadomien remobilisé par l'orogenèse hercynienne. Ce sont des rhyolites ou porphyres pétro-siliceux et des trachytes souvent devenus des orthophyres avec des obsidiennes bulleuses. Des dolérites et roches microgrenues en sills nombreux affleurent sur la rive orientale de la baie de Morlaix (presqu'île de Barnenez). Elles ont le même âge (au moins 600 millions d'années) que les coulées à pillows-lavas de Penn-ar-vir dans le Porzay. Dans la partie occidentale du bassin de Châteaulin et en presqu'île de Crozon les roches volcaniques ont été mises en place au Caradoc pendant le cycle orogénique calédonien. C'est aussi un volcanisme sous-marin basique à spilites, de bordure de géosynclinal, où les tufs fossilifères et ferrugineux sont abondants. Les coupes fournies par les falaises des plages de la Palue et Lostmac'h ou celles de l'Aber montrent une organisation du complexe volcanique identique à celle d'Erquy, avec des sills de dolérites et roches micrc grenues en profondeur, des jaspes, des tufs, coulées à pillow-lavas et des hyaloclastites sur les hauts fonds de la mer ordovicienne. Certains tufs seraient formés (pointe de Raguenez) par des retombées d'éruptions aériennes. Le cycle orogénique hercynien a provoqué pendant toute sa durée la mise en place d'importantes venues volcaniques tant en Bretagne septentrionale que sur les bordures de la fosse centrale armoricaine. Les premières manifestations éraptives se sont produites lors de la phase bretonne par la mise en place de nombreux sills de dolérite issus d'un magna spilitique (bande de spilite du moulin de Rospellen) dans les schistes de Coblencien, en particulier autour du cours supérieur de l'Aulne (dolérites de Bolazec). Lors de la phase bretonne, les éruptions eurent pour siège la bordure méridionale du bassin de Châteaulin (piémont de la montagne noire) avec sills doléritiques, coulées et tufs, ainsi que sa bordure septentrionale (piémont de l'Arrée) avec d'abondants tufs andésitiques, des jaspes ferrugineux et des brèches à spilite et kératophyre. C'est encore un volcanisme sous-marin, prélittoral issu d'un magna spilitique. Cet aperçu historique montre la permanence, au cours de centaines de millions d'années et de trois cycles orogéniques, de manifestations éruptives identiques aboutissant à la mise en place de séries caractérisées par des épanchements de laves sous-marines à débit en oreillers ( « pillows-lavas ») intimement liées à des formations sédimentaires marines (tufs ou brèches hyaloclastiques). Les laves sont souvent des spilites. Sous les coulées basaltiques viennent toujours en profondeur les dolérites en sills. Ces formations volcaniques sont interstratifiées dans les formations sédimentaires, sauf les porphyres et orthophyres incorporés au socle cristallin du Trégor. Plissées par les mouvements tectoniques après leur mise en place, elles se présentent en bancs ou lits minces à fort pendage, ce qui exclut les ressauts successifs ou les corniches sur les versants et falaises. Généralement, ce sont des roches dures, résistantes, qui ont été nivelées par les surfaces d'aplanissement comme toutes les autres roches. Les affleurements rubanés au milieu de formations schisteuses plus tendres peuvent influencer le tracé du réseau hydrographique ou aligner les collines armées de sills. La grande densité des affleurements, généralement en rapport avec les coulées et les formations pyroclastiques, explique l'existence de longues crêtes d'interfluve. Bloquant l'érosion régressive, les roches volcaniques ont permis la conservation d'un palier de plateaux plus élevés en piémont de l'Arrée et de la Montagne Noire dans le bassin de Châteaulin. Portées en altitude par la tectonique, les roches des coulées peuvent donner une haute ligne de collines isolées aux formes de « Menez ». Affectées par une forte schistosité, elles forment un roc'h au sommet du Goariva. C'est l'érosion marine, très sélective, qui met le mieux en valeur les affleurements de roches volcaniques et l'organisation structurale des complexes sills-coulées, lorsqu'elle attaque les roches perpendiculairement au plan de stratification comme c'est le cas le plus général. La zone des coulées et brèches, plus épaisses et plus résistantes, donne les pointes les plus importantes (pointe de la Heussaye, pointe du Guilben, pointe de Lostmac'h) ; les sills ou dykes isolés dans les formations sédimentaires tendres ne donnent que peu de saillies, bien marquées lorsqu'elles sont formées de roches à texture grenue (pointe de Kerdra, pointe de Caroual). Les dykes et sills de dolérite sont souvent altérés au bord de la mer et donnent des formes en creux. Groupés, ils arment les roches encaissantes et forment des pointes larges et allongées (presqu'île de Barnenez). L'aspect tourmenté et déchiqueté des pointes les plus importantes est lié à l'érosion différentielle exercée par la mer. Des bancs parallèles de roches dures sont dégagés et avancent en muraille dans les flots. A la pointe de Lostmac'h, l'attaque par la houle se fait perpendiculairement au plan de stratification et deux coulées de lave, parallèles, avancent ensemble dans la mer, tandis qu'à la pointe de la Heussaye ce sont les brèches pyroclastiques et les adinoles qui saillent, obliquement à la direction générale de la presqu'île. A l'île de l'Aber, les dolérites sont attaqués par l'érosion marine et les petites pointes qui donnent une allure si tourmentée aux rivages de l'île sont formées pour la plupart par la roche encaissante : le grès de Kermeur. Les formations volcaniques jouent un rôle non négligeable dans le relief de la péninsule. Quoique mises en place pendant une très longue période géologique, elles présentent souvent une remarquable unité d'origine (magna spilitique) et de structure (coulées sous-marines et sills). Du fait de l'ancienneté des éruptions, il ne subsiste plus que des formations interstratifiées dégagées par l'érosion donnant sur le littoral des pointes et caps tourmentés et, dans l'intérieur des terres, de longues crêtes d'interfluves de hautes collines et des rétrécissements de vallées et de rias. Il ne s'agit pas véritablement de formes particulières révélées par l'érosion différentielle à partir de surfaces d'aplanissement,mais d'une action des bancs linéaires de roches volcaniquesqui guident le réseau hydrographique et le travail de l'érosion marineou arment les reliefs en jouant souvent le rôle d'une barrière à la progression de l'érosion régressive.

 

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Published by poudouvre
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