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7 novembre 2015 6 07 /11 /novembre /2015 12:04

La ville de Vannes aurait donc eu encore, en 1701,  une population d'environ 14.000 habitants malgré les pertes sensibles qu'elle  avait subies à la suite du départ du Parlement rappelé à Rennes en 1689. Ce départ dut entraîner l'exode de plusieurs milliers de personnes attachées par leurs fonctions, leur service, qu leurs intérêts, à cette haute Cour qui se composait d'une centaine de membres : Présidents, Conseillers ou Gens du roi. Il suffit en effet de rappeler que, lors de son arrivée, en 1675, il fallut, pour loger l'afflux de population qui se produisit à ce moment, créer plusieurs quartiers nouveaux, construire ou réédifier de nombreuses maisons. Ce fut pour notre ville le temps de sa plus grande prospérité et la date de son élargissement. Pour nous rendre compte des variations survenues pendant cette période dans le chiffre de la population, nous avons fait le relevé des naissances enregistrées dans les quatre paroisses à trois époques différentes : l'une (1666-1675) qui précéda immédiatement l'arrivée du Parlement, l'autre (1678-1687), coïncidant avec sa présence dans nos murs; la dernière enfin (1698-1707) postérieure à son départ de Vannes. Nous avons trouvé que dans la décade 1666-1675 le nombre des baptêmes avait été de 3.825; dans celle de 1678-1687 (c'est-à-dire durant le séjour du Parlement) ce nombre s'éleva à 6.257 pour retomber à 4.688 dans la décade 1698-1707. Le nombre moyen annuel des naissances aurait donc été de 382 pendant la première période, de 626 pendant la deuxième, et de 469 pendant la troisième. Si l'on admet la justesse approximative de notre évaluation qui porte à 14.000 habitants la population en 1701, ce dernier chiffre de 469 correspondrait à une naissance par an pour 30 habitants. Appliquant ce taux moyen aux deux autres périodes envisagées, le calcul nous donne,, pour celle antérieure à l'arrivée du Parlement, une population de 11.460 habitants qui aurait été portée à 18.780 pendant son séjour. Son départ aurait donc enlevé à notre ville de quatre à cinq mille habitants. Mais, comme il est d'ailleurs naturel, les immigrés de 1675 y auraient laissé un résidu assez important, puisque le nombre des habitants aurait passé en 25 ans de 11.460 à 14.000. C'est un gain de plus de 20%. Nous avons cherché comment était groupée cette population de 14.000 habitants, et nous avons constaté que en nombres ronds -4.000 résidaient dans la ville close, 8.000 dans les faubourgs hors les murs, et 2.000 dans la banlieue rurale appelée alors : « Saint-Patern-les-Champs ». L'étude de notre rôle conduit encore à des observations d'un grand intérêt au sujet de la composition des diverses classes sociales. Toutes les professions y sont notées très exactement pour l'application du tarif afférent à chaque catégorie. Nous en ferons plus loin une analyse détaillée, et nous donnerons en appendice un tableau numérique complet des professions et des métiers exercés à Vannes à cette époque. Mais nous pouvons indiquer tout de suite, dans ses traits généraux, la répartition de la population entre les différentes classes. Le clergé, tant séculier que régulier, comptait 362 têtes, en y comprenant les communautés de femmes. Il y avait, comme il, a été dit déjà, soixante familles nobles. La haute bourgeoisie, comprenant tous les titulaires de charges de justice ou de finance, ainsi que les veuves d'officiers et les bourgeois vivant de leurs rentes, était représentée par 291 personnes. La bourgeoisie marchande comptait 50 marchands en gros (draps, soie, vins, etc.); et, sans doute, marchaient de pair avec eux certains autres représentants de l'industrie et du commerce, ou de professions dites aujourd'hui libérales (médecins, chirurgiens, architectes, imprimeurs, libraires, etc.). Le petit commerce et les gens de métier maîtres ou compagnons formaient un effectif de 973. Nous trouvons encore 618 journaliers., Le nombre des domestiques, y compris ceux du clergé et de la noblesse, s'élevait à 863. Enfin les fermiers, métayers, laboureurs, etc., imposés sous la rubrique : Saint-Patern-les-Champs, étaient au nombre de 311. Nous rappelons encore pour mémoire les mendiants et les écoliers dont les chiffres ont été mentionnés plus haut. Si nous entrons maintenant dans l'examen détaillé des professions, nous constatons que les juges et magistrats du Présidial et des diverses juridictions particulières (Eaux et Forêts, Amirauté, Regaires, Largouët) étaient au nombre de 24.

 

 

Communauté des Procureurs du Présidial de Vannes

 

 

 

Corps de la Maîtrise des Eaux et Forets de Vannes

 

 

Il y avait 12 avocats, 34 procureurs, 8 notaires, 17 commis aux différents greffes, 32 huissiers ou sergents royaux, 48 financiers ou fermiers de droits du roi (y compris leurs commis). Nous avons dit déjà que les bourgeois vivant de leurs rentes étaient au nombre de 119, et que l'on comptait 50 négociants en gros ayant boutiques ouvertes. Le nombre des marchands de menues denrées ou d'objets divers était de 77. Il y avait 2 médecins, 10 chirurgiens, 6 apothicaires, 8 perruquiers,

 

 

 

Communauté des barbiers et perruquiers de la Ville de Vannes

 

 

5 imprimeurs ou libraires, 9 maîtres d'écoles et 18 personnes tenant pensionnaires (ces pensions logeaient les écoliers suivant les cours du collège des Jésuites : la plupart des écoliers étaient de jeunes paysans se destinant à la prêtrise et auxquels leurs parents de la campagne apportaient chaque semaine les aliments, pain, lard, beurre, etc., que la maîtresse de pension apprêtait pour leurs repas). On trouve encore 1 maître d'armes, 1 paulmier, 1 maître d'académie, 1 maître de billard, 3 maîtres de danse, 3 peintres, 10 musiciens ou violons. Signalons aussi 4, «orpheuvres ou horlogeurs »,

 

 

Communauté des Orfèvres de Vannes

 

 

et 13 loueurs de chevaux. Dans le commerce de l'alimentation, on comptait 48 cabaretiers, traiteurs, cafetiers, cuisiniers, rôtisseurs ou pâtissiers; 49 bouchers ou garçons bouchers; 21 lardiers; 6 meuniers; 8 fourniers; 47 boulangers. Pour le vêtement et la literie, il y avait 95 cordonniers, 64 tailleurs,

 

 

 

Communauté des Boulangers et "Paticiers" de Vannes

 

 

Communauté des Maîtres Tailleurs de Vannes

 

 

7 matelassiers. Pour le bâtiment : 13 charpentiers, 28 menuisiers, 16 tourneurs, 39 architectes, maçons ou tailleurs de pierre, 18 terrasseurs, 18 couvreurs, 5 vitriers. Parmi les métiers divers, on relève 3 pintiers (potiers d'étain), 3 fourbisseurs, 6 selliers et charrons, 19 maréchaux, 4 armuriers, 14 cloutiers, 11 serruriers, 6 couteliers,

 

 

Communauté des Poilliers, Potiers d'étain et couteliers de Vannes

 

9 chaudronniers, 5 lanterniers, 7 grossiers (taillandiers), 2 esproniers. Dans toutes les professions que nous venons d'énumérer, petits marchands ou maîtres-ouvriers travaillaient généralement seuls, et assez rarement avec le concours d'un compagnon. C'étaient pour la plupart de très petits métiers, dont beaucoup ont disparu depuis l'introduction des machines qui produisent aujourd'hui, en masse et à bas prix, la plupart des objets que l'ouvrier devait autrefois fabriquer de ses mains à l'aide de quelques outils assez primitifs. Mais les industries suivantes, qui durent également se transformer avec le progrès du machinisme, employaient un assez grand nombre de journaliers. Ces industries étaient la tannerie et le tissage des draps et des toiles qui paraissent avoir eu, à l'époque, une certaine importance dans notre ville. Les tanneurs, corroyeurs et blanconiers imposés à la capitation étaient au nombre de 20,

 

 

Communauté des Corroyeurs drapiers sergers teinturiers de Vannes

 

et notre rôle enregistre 24 sargiers, 5 drapiers, 26 texiers en lange, 10 escardeurs et flleurs de laine, 42 texiers en toile. Nous aurons épuisé la nomenclature des professions mentionnées dans ce rôle quand nous aurons noté les 41 jardiniers, les 10 archers et les 2 bedeaux qui y figurent. Nous avons encore, cependant, à analyser la population rurale dont les imposés, au nombre de 311, habitaient les villages ou les fermes isolées de la banlieue de Vannes. Ces fermes et ces villages existent tous encore aujourd'hui, et sont connus sous les mêmes noms qu'ils portaient au XVIIe siècle. Ils étaient groupés alors en subdivisions, appelées pairies, dont les noms nous sont familiers : Le Rohic Bohalgo, Harcal, Gonleau, Cliscouet, Trussac, Bernusse, Le Teninio, Le Bondon, etc. Les cultivateurs comprenaient 3 fermiers, 16 tenuyers, 225 métayers, 16 jardiniers. Quatre-vingt journaliers sont aussi imposés nominativement, ainsi que 3 texiers, 6 meuniers, 3 charretiers, 2 maréchaux, 1 charpentier, 2 tailleurs, 1 matelot et 9 autres personnes parmi lesquelles plusieurs porte-chaises. Enfin, on ne comptait pas moins de 44 boulangers habitant la banlieue. Le seul village de Bohalgo en renfermait 25, et nous savons qu'un emplacement spécial leur était réservé aux halles de Vannes pour la vente de leur pain. Ce n'est pas sans quelque surprise que l'on constate le grand nombre de ces boulangers : 57 dans la ville et 44 dans la banlieue. Beaucoup d'habitants, cependant, pétrissaient et fabriquaient eux-mêmes leur pain, qu'il portaient ensuite à cuire dans l'un ou l'autre des fours banaux existant alors. Il y avait en effet à Vannes les fours à ban du duc ou du roi, ceux de l'évoque, ceux des seigneuries de Kaër et de Boismourault, tous jadis en possession d'un monopole dans l'étendue de leurs juridictions respectives. La seule explication que l'on puisse donner de ce grand nombre de boulangers, c'est que la population ouvrière, vivant au jour le jour» était trop pauvre pour acheter de la farine à l'avance et préparer elle-même son pain qu'elle prenait, au fur et à mesure de ses besoins immédiats, chez le boulanger qui lui faisait sans doute aussi crédit à l'occasion. Il a paru intéressant de rechercher encore comment étaient groupées dans les divers quartiers de la ville les principales professions dont nous venons de faire rénumération. Les tanneurs, les drapiers et les tisserands habitaient en majorité les rues qui rayonnent de la place Gabello, c'est à-dire les quartiers de Boismourault, du Champ-Gauchard, de l'étang au duc et de Groutel. Les bouchers et les lardiers avaient presque tous quitté la rue de la Vieille-Boucherie et s'étaient établis dans le quartier de Bourg-Maria (aujourd'hui de l'Abattoir), principalement dans les rues Saint-Martin et du Puits. Sur les deux rives du port résidaient les gros marchands ou. négociants. Autour du Grand-Marché, et aussi dans la rue Saint-Nicolas, la Grand'rue, les carrefours du Lion-d'or et de la porte Sainct-Patern; c'est-à-dire hors les murs, se trouvaient la plupart des magasins de détail, tant pour l'alimentation que pour les étoffes, l'habillement ou les objets de ménage. On ne trouvait qu'un très petit nombre de ces boutiques dans la ville close occupée en grande partie par les classes supérieures ou bourgeoises. Les demeures appuyées aux remparts, et qui toutes possédaient des jardins, étaient habitées par les nobles, les ecclésiastiques prébendes, ou par de riches bourgeois. Il en était de même dans les petites rues étroites de la cité où le commerce et les métiers n'étaient que faiblement représentés. Ainsi dans les deux plus grandes artères de la ville, la Lice et la rue Saint-Vincent, on ne trouve : dans la première, que 10 commerçants ou artisans sur 41 imposés; dans la seconde, que 7 sur 50 imposés. Le Carouër Main-Lièvre seul fait exception à cette prépondérance de l'élément bourgeois. Le fait s'explique par la situation de cette place; le voisinage de la cathédrale, du présidial et des halles devait en faire un centre de commerce très achalandé.

 

Extrait de La population de la ville de Vannes au début et à la fin du  XVIIIe siècle par E. Martin


 

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Published by poudouvre
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