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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 21:16

Si nos proto-martyrs d'Armorique avaient souffert à Rome au lieu de confesser leur foi à Nantes, nous aurions pu posséder d'eux une relique plus précieuse que toutes les autres les deux fioles remplies de leur sang, les linges trempés dans ce sang généreux, mais rien n'indique que quand ils consommèrent leur sacrifice il y eut là des fidèles pour donner aux témoins du' Christ ce témoignage de leur vénération. Ne le regrettons pas outre mesure les fidèles Nantais, après 1600 ans, vénèrent ce sang-là dans le sol qui en a été saturé ils gardent soigneusement les traditions des ancêtres sur les différents lieux où les deux jeunes gens ont vécu, ont souffert, sont morts, et où leur sépulcre est devenu glorieux si nous nous y reportons nous établirons leur demeure « sur le coteau même de Saint-Donatien,entre deux voies romaines partant toutes deux de l'emplacement de la place Saint-Pierre où se dressait la borne milliaire. Derrière la maison, de grands bois reliaient l'Erdre à la rivière du Seil. Près de l'église paroissiale on montre encore une maison qui porte le nom de Maison des Enfants Nantais. A l'un de ses angles on a pratiqué une petite grotte où se trouvent les statues de S. Donatien et de S. Rogatien. « Au carrefour Casserie existe un autre édifice auquel on donne la même dénomination, d'après les uns, parce qu'il a été bâti près du lieu de l'interrogatoire et du jugement des Martyrs d'après les autres, parce qu'il était la maison de ville du gouverneur de Nantes et de ses enfants, tandis que la maison du côteau de Saint-Donatien aurait été la villa de la famille.» (M. l'abbé F. Jarnoux.) Le tribunal devant lequel comparurent les deux frères se trouvait aux portes du Bouffay, l'ancien château gallo-romain. C'est là qu'ils furent étendus et torturés sur le chevalet, et c'est de là que défigurés, meurtris et sanglants, ils partirent pour le lieu du supplice aux environs de leur propre demeure. Nous avons lu dans le texte d'Albert Le Grand « On voit deux Croix de bois, plantées de l'autre costé du pavé (par rapport à un monastère voisin, placé sous leur invocation), où l'on dit que les Saint s'agenouillèrent pour recevoir le coup de la mort. » Et en effet, le lieu désigné par le Proeses représentant de la puissance impériale, ne put être atteint. Les forces des adolescents étaient tellement épuisées que les bourreaux durent exécuter la sentence avant d'y être parvenus. « On s'arrête dans l'endroit où deux croix jumelles, ombragées de deux ormes, indiquent aux fidèles nantais que les deux frères ont été immolés là, non loin de la demeure paternelle qui avait abrité leur heureuse jeunesse, moins heureuse cependant que leur mort prématurée. » (L'abbé Jarnoux). Dans mes premiers voyages de Nantes j'ai vu avec une émotion profonde les humbles croix de bois et la simple inscription disant leur raison d'être en ce lieu en 1897 je les ai trouvées remplacées par deux belles croix de ce granit bleu que nous appelons en Bretagne la pierre de Kersanton, et dans l'intervalle qui les sépare j'ai contemplé la gracieuse effigie des deux adolescents. Quant au lieu où furent déposés les corps des deux martyrs, Albert Le Grand nous a déjà dit comment « les Chrestiens leur édifièrent un beau Sepulchre » j'en parlerai à mon tour quand j'en viendrai à l'oratoire, aux églises et à la basilique qui se sont succédé au-dessus de ce glorieux tombeau, ce qui doit nous occuper en ce moment ce sont les restes sacrés des deux vaillants athlètes.

 

 

Restèrent-ils en entier dans leur tombe jusqu'en 1145 ? –C'est possible toujours est-il qu'ils ne subirent pas l'émigration comme les corps des autres grands saints de Bretagne, et ils échappèrent toutefois aux profanations des Normands il est donc assez naturel d'admettre qu'ils furent exhumés et soigneusement cachés pendant qu'il y eut à craindre le retour des pirates, puis inhumés de nouveau quand la Bretagne eut cessé de craindre le retour des Hommes du Nord qui, entre autres profanations commises dans la ville de Nantes, avaient détruit le tombeau et livré aux flammes l'église des martyrs. A la date que j'indiquais tout à l'heure, 1145, Itérius, évêque de Nantes, résolut de retirer les reliques des Enfants Nantais de la crypte où elles avaient (probablement) repris leur place, et de les transporter à la cathédrale Saint-Pierre pour qu'elles fussent plus à la portée de la vénération des-peuples. Cette translation fut présidée par le cardinal Albéric, évêque d'Ostie, assisté de Hugues archevêque de Rouen, de plusieurs autres évêques, et d'une foule immense de clergé et de fidèles. Un ancien manuscrit parle ainsi de cette solennité dont l'anniversaire continue de se célébrer le 9 octobre Anno autem MCXLV, Iterius, tune existens Nannetis episcopus, ad majorem sanctorum Martyrum venerationem, sacras eorum reliquias humo levare et in majorem seu cathedralem ecclesiam transferre ; ut qui civitatis Principes erant, xn Principis Apostolorum ecclesiâ colerentur. Qvod magno apparatu, XVII kalendas novembris perfectum est ab Alberto, Ostiensi episcopo; adstante Hugone, Rothomagensi archlepiscopo, cum plunbus aliis proesulibus, nec non nannetesi clero et universopopulo. Cette pièce manuscrite est conservée à la bibliothèque Sainte-Geneviève. Trois siècles après, les restes des deux Martyrs devaient paraître de nouveau à la lumière. Le récit de la relation de cette seconde translation, non moins solennelle que la première, a été écrit par un dignitaire de l'église de Nantes comme l'indique le titre même de sa relation.

 

Aperturce et Ostensionis

 

Capsarum Reriliquiarumque

 

S.S. Christi Martyrum

 

Donatiani et Rogatiani

 

Quoe, Anno Dni M.CCCC.L.VI sunt factoe

 

Relatio

 

Per Magistrum Johannem Méat

 

Venerabilis Capituli Nannetensts Scrïbam

 

Composita.

 

 

 

Ce bon Jehan Méat, scribe ou secrétaire du Chapitre de Nantes, manifeste dans son récit un patriotisme local très ardent, une vive dévotion pour les saints dont il raconte le triomphe, mais il est trop verbeux pour que je puisse donner la traduction complète de son oeuvre, et à plus forte raison son texte latin; en voici donc un résumé. Au-dessus du maitre-autel de l'église cathédrale de Nantes était, de temps immémorial, une châsse très précieuse toute couverte d'or, d'argent, de pierreries et d'un grand nombre d'images, le tout d'un merveilleux travail on l'appelait « la châsse des saints Donatien et Rogatien » mais sans savoir comment, par qui, à quelle époque elle avait été placée là. Près de la base on lisait ces deux vers Conlinet hic tumulus fratrum sacra corpora quorum Obtineat populus meritis hic regna polorum. Sur le couvercle, à la partie antérieure Sanctus Donatianus. Sur l'autre face Sanctus Rogatianus.C'était un usage très ancien dans cette église, que le célébrant après avoir encensé le Corps du Christ allait derrière l'autel pour encenser également le cercueil des deux saints. « Or il arriva que l'an du Seigneur 1456. la seconde année du pontificat de notre très-saint Père en Jésus-Christ Calixte III, élu Pape par la Providence divine; Guillaume de Malestroit étant alors, par la grâce de Dieu, évêque de Nantes; Charles VII, roi des Francs, en même temps que Pierre était l'illustrissime Duc des Bretons; il arriva, dis-je, (c'est Jehan Méat qui parle) que Guillaume de Launay, homme jouissant de grands biens et fort riche, poussé par sa piété, eut la pensée de faire restaurer, à ses frais, l'autel majeur de l'église de Nantes. Mais cela ne put se faire sans qu'on déplaçât la susdite châsse. Le bruit de ce déplacement étant parvenu aux oreilles du peuple et du clergé, le susdit Révérend Père évêque de Nantes en conféra avec son Chapitre, «ainsi qu'avec plusieurs citoyens respectables, et l'on avisa qu'il était à propos d'ouvrir cette châsse, non pour en retirer des reliques, mais pour refaire ce qui pourrait être endommagé et pour exposer les reliques elles-mêmes à la vénération des fidèles et leur procurer plus d'honneur. Il fut donc résolu par le susdit Révérend Père et par son Chapitre, que le lundi après la Nativité du Christ, vingt-septième du mois de décembre, jour férié à la gloire de Dieu et en l'honneur de saint Jean, apôtre et évangéliste, on procéderait à loisir à l'ouverture de ladite châsse. saint Jean, apôtre et évangéliste, on procéderait à loisir à l'ouverture de ladite châsse. » Les préparatifs commencèrent immédiatement une estrade fut dressée entre la nef et le choeur pour recevoir au milieu la châsse, d'un côté le clergé, de l'autre la noblesse et les personnages marquants de la ville. Un fâcheux contre-temps se produisit l'évêque tomba gravement malade; pour présider la translation il délégua Denis de la Loherie, évêque de Laodicée, de l'Ordre des Frères-Mineurs, et résidant à Nantes. Ici il faut encore citer, car ce qui suit est vraiment admirable « Le jour étant donc venu, voilà que, dès le point du jour, ladite châsse est portée solennellement par des chanoines et des prêtres, accompagnés de flambeaux et de cierges allumés, sur la susdite estrade, laquelle était recouverte de très beaux tapis. Après quoi on commença les Matines et le Service accoutumé; ce qui étant achevé vers neuf heures avant midi, on sonne la grosse cloche pour convoquer le peuple. Les citoyens et les habitants de tout sexe, de tout âge et de toute condition accourent, des environs et des localités éloignées on afflue. Les processions des paroisses se pressent en masse. Toute la population est désireuse de voir les merveilles que le Très-Haut va opérer pour les saints. Arrivent les religieux de tous les ordres arrive aussi le Chapitre de l'église collégiale de Sainte-Marie de Nantes, avec la croix, les cierges, les chapes de soie en grande pompe et honneur. Arrive le seigneur évêque de Laodicée lui-même, entouré d'un grand nombre de religieux de son ordre. Sont également présents plusieurs professeurs ès saintes lettres et les gradués dans l'une et l'autre facultés. L'église est remplie d'une multitude innombrable. Au dehors les uns montent sur les toits, les autres s'étendent des deux côtés de la place, en cercle; ceux-ci regardent par les fenêtres de l'église, ceux-là par toutes les ouvertures possibles. Mais pendant que tout se dispose ainsi, la procession de ladite église cathédrale arrive, présidée par le susdit évêque de Laodicée, Messieurs du chapitre, tous les officiers du choeur, avec la croix, les chandeliers, les chapes de soie et tous les ornements accoutumés. On encense la châsse sur tous les côtés. L'évêque et tous les officiers du choeur fléchissent les genoux et supplient Dieu, source de tout bien, de daigner bénir une si auguste cérémonie. » II est dix heures. Le susdit Révérend Père entonne l'Hymne Veni Creator Spiritus. Les uns pleurent de joie, les autres sont saisis d'une componction telle qu'ils voudraient fléchir les genoux, mais ils ne le peuvent, à cause de la foule. On lève les mains vers le ciel. Le silence le plus profond se fait. Les cloches retentissent dans toutes les églises de la ville et des faubourgs. Le dit évêque s'approche de la châsse avec crainte, révérence et tremblement; il appelle des ouvriers habiles et leur demande par où l'ouverture de la châsse pourra se faire plus commodément. Ceux-ci regardent de tous côtés et n'aperçoivent aucune jonction, parce que, ainsi que nous l'avons dit, elle était toute couverte et ornée d'or, d'argent et de pierreries. ils arrêtent qu'ils l'ouvriront par l'extrémité qui occupait la seconde place sur l'autel. » Un orfèvre enlève les plaques d'argent et le bois apparaît. Un charpentier habile s'approche, demande la bénédiction de l'évêque et fait une ouverture par laquelle un enfant de douze ans eût pu entrer. Alors apparaissent à l'intérieur deux reliquaires d'une éclatante blancheur et presque semblables. Sur le plus voisin était écrit Saint Rogatien, et sur l'autre Saint Donatien.L'évêque avance les mains et les bras, et aidé de Guillerme Duchaflault, archidiacre de Nantes faisant office de diacre, il retire le premier reliquaire sur lequel il était écrit saint Rogatien. Les acclamations s'élèvent et « montent jusqu'aux astres. » De toutes parts retentit le cri de « Noël Noël» Lorsqu'on essaya de retirer le second reliquaire, qui était à l'autre extrémité de la grande châsse, on se servit d'abord d'un chandelier d'argent qui se trouva trop court. On employa ensuite le bâton pastoral pour le remuer et l'approcher, mais en vain. Enfin on élève un enfant de choeur de l'âge de douze ans, ou environ, revêtu de la dalmatique et de l'habit de choeur et on l'introduit dans la grande châsse. L'enfant attire le reliquaire jusqu'à l'ouverture,puis on le retire lui-même de la châsse. » Les cris de Noël Noël reprennent avec la même force et le même enthousiasme. Les reliquaires placés l'un près de l'autre sont ouverts facilement, car les couvercles sont à coulisse on commence par celui de saint Donatien et l'on trouve d'abord un linge très blanc recouvrant une enveloppe de soie couleur de pourpre, et enfin un grand nombre d'ossements, mais un seul os de jambe. L'évêque fait l'ostension de ces reliques et la piété populaire continue à se manifester avec une intensité croissante. Dans le reliquaire de saint Rogatien, les saints ossements se trouvaient dans un sac de cuir cousu avec des fils de Nantes, j'ai vu de mes yeux tout ce que je viens de dire, et je l'ai rédigé dans la présente forme; c'est pourquoi j'ai signé en témoignage de la vérité des présentes.  

 

 

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Published by poudouvre
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