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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 15:00

Comme le pays des Curiosolites, la partie méridionale de celui des Osismes avait d'abord été occupée par un certain nombre de petites colonies, mutuellement indépendantes, dont la principale, veine selon toute apparence de la ville de Corisopitum en Grande-Bretagne, s'installa au confluent de l'Odet et du Steir et y rétablit le nom de la cité insulaire d'où elle sortait un quart de lieue environ au-dessus de la ville gallo-romaine d'Aquilonia, dès-lors, ce semble, ruinée et abandonnée.

 

 

 

Il nous reste un document connu sous le nom peu exact de Catalogue des comtes de Cornouaille, qui est en réalité une nomenclature assez antique, mais informe et incomplète, des plus anciens chefs ayant régné sur tout ou partie du territoire cornouaillais. En tête de cette liste figurent trois princes : Riwelen Mur-Marc' hou (c'est-à-dire Riwelen le Grand Cavalier), Riwelen Marifhou ( Riwelen le Cavalier), et Congar. Ces trois noms, ainsi placés avant celui même de Grallon, reconnu unanimement pour le premier roi de Cornouaille, ne peuvent donc s'appliquer qu'à trois des chefs de ces petites colonies mutuellement indépendantes, par où commença sans aucun doute l'établissement des Bretons dans le sud du territoire osismien. Peut-être le second Riwelen était-il fils du premier ; et, comme la presqu'île de Crezon a longtemps porté au moyen âge le nom de terre de Rivelen, on peut croire par conjecture que c'était là le siège de leur colonie. Quoi qu'il en soit, D. Le Gallois pense que ces premiers Bretons établis vers l'angle sud-ouest de notre péninsule furent entraînés, en 469-470, dans l'expédition de Riothime, et rien n'est plus vraisemblable : car il paraît impossible que les seuls Bretons du pays de Vannes aient pu suffire dès-lors à fournir les douze mille hommes de l'armée de ce prince. Le désastre qui mit fin à cette entreprise dut donc frapper cruellement les premières colonies établies chez les Osismes, tout comme celles du pays de Vannes. Mais les ravages des Saxons dans l'île de Bretagne devenant de plus en plus terribles, ce vide fut bientôt plus que comblé. Vers l'an 480, une émigration considérable, bien plus nombreuse que les petites bandes ordinaires dont nous avons parlé, débarqua dans l'angle sud-ouest de notre péninsule, sous la conduite d'un prince insulaire appelé Gradlon ou Grallon, qui reçut plus tard de ses sujets, à cause de son exacte justice, le surnom de Iaun, c'est-à-dire la Loi ou la Règle, et de la postérité celui de Mur ou Grand, attaché maintenant encore à son nom. Toutes nos traditions les plus anciennes et nos plus vieux documents s'accordent à représenter Grallon comme le véritable fondateur du comté ou royaume de Cornouaille ; d'où l'on doit légitimement induire que c'est la grande émigration placée sous ses ordres qui donna à cette partie de notre presqu'île son nom breton de Kernau, en latin Cornubia, fort mal traduit en français par le mot de Cornouaille, mais reproduction exacte du nom des Corvavii ou Cornabii, l'un des principaux peuples de l'île de Bretagne, établi dès le IIe siècle de l'ère chrétienne, sur le haut cours de la Saverne, rive gauche, entre ce fleuve et la rivière d'Avon, dans le territoire actuel des comtés anglais de Worcester, Warwick, Stafford, Chester et Shropshire. C'est donc de cette tribu insulaire qu'était sorti le roi Grallon et son émigration.

 

 

Ce chef unit sous son sceptre tous les émigrés bretons et les indigènes armoricains installés dans le territoire qui forma, jusqu'en 1789, le diocèse de Quimper ; et il établit d'abord sa principale résidence au confluent de l'Odet et du Steir, dans cette naissante ville bretonne de Corisopit, dont on a parlé plus haut. Il eut bientôt l'occasion de se signaler avec éclat. Non contents d'envahir la Grande-Bretagne, les pirates saxons infestaient encore les côtes de la Gaule, spécialement notre péninsule. Il s'était même formé dans les îles de la Loire un nid de ces oiseaux de proie, que les Francs de Childéric et de Clovis eurent plus d'une fois à combattre, et qui insultèrent aussi les états de Grallon. Mais ils trouvèrent en celui-ci un rude adversaire, qui les attaqua sans crainte sur leur propre élément et leur infligea de cruelles défaites, dont un vieux poète historien parle ainsi : « Le roi Grallon gouvernait alors de son sceptre souverain, le pays des Cornubiens, situé vers l'occident. Un vaste royaume dont il avait accru les limites, lui était soumis. Le front ceint d'un diadème, paré des richesses enlevées aux pirates du Nord, il surpassait en puissance tous ses voisins, après les guerres cruelles où il avait accablé cette race ennemie. Il avait tranché la tête à cinq de leurs chefs, pris un pareil nombre de leurs vaisseaux, brillé et triomphé dans cent combats. Pour témoin de ses exploits il avait eu la Loire même ; car c'est sur les bords de ce fleuve que s'étaient livrées ces grandes batailles. » Il semble, au reste, que ces expéditions se firent de concert avec les Francs : selon une ancienne tradition relatée au cartulaire de Landevenec, le roi des Francs aurait même député une ambassade à Grallon, pour lui demander secours contre les païens, « parce que Dieu, nous dit-on, avait accordé au prince breton le pouvoir d'exterminer par le glaive les races infidèles. » On parle aussi des dons magnifiques que Grallon reçut des Francs en retour de son alliance et de ses services : non-seulement des sommes d'or et d'argent, mais des villes et des cités jusqu'au nombre de quatorze. Sans doute en tout cela il y a beaucoup de fable, ou tout au moins d'exagération. Pourtant deux faits sont certains : c'est, d'abord, que sous le règne de Clovis, et dans les dernières années du Ve siècle, la Loire fut infestée de pirates barbares et païens, qui même assiégèrent la ville de Nantes sous les ordres d'un chef du nom de Chillon : voilà donc les ennemis que Grallon eut à combattre. En second lieu, il est sûr qu'au temps du même Clovis un traité dut se conclure entre les Francs et les Bretons, pour régler les limites du territoire où ceux-ci pourraient se maintenir indépendants : la tradition des cités cédées à Grallon est sans doute un souvenir for altéré de cette convention primitive, dont le texte ne nous est pas, d'ailleurs, parvenu. Quoi qu'il en soit, il ne faut pas se peindre Grallon sous les traits de Fracan, Riwal et autres petits chefs à physionomie patriarcale dont on a parlé ailleurs. Grallon était un vrai roi, puissant, opulent, fastueux. Nous venons d'entendre vanter sa puissance. Bientôt nous le verrons, vêtu de soie et d'or, présider à des festins magnifiques dans de vastes palais, emplis de musique harmonieuse. Mais parmi tout ce luxe, et malgré l'eau du baptême versée sur son front, son coeur était demeuré farouche, impétueux, toujours prêt à suivre sans frein les premiers emportements de la passion. On en a une preuve curieuse dans l'histoire de ses relations avec saint Ronan... Grallon était donc d'abord un vrai roi barbare, violent et emporté, à la façon des premiers Mérovingiens. Mais Dieu, qui voulait en faire un instrument de ses desseins, avait déjà envoyé au pays de Cornouaille l'homme qui devait dompter cette fougue, adoucir ce coeur farouche, et exercer sur ce prince, pendant le reste de son règne, la plus heureuse influence. C'était Guennolé.

 

Extrait de "La Cornouaille au temps du roi Grallon" par Arthur  Le Moine de La Borderie.

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Published by poudouvre
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