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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 20:52

 

du-Guesclin se transporta au plus vite en Auvergne, où l’armée française achevait son mouvement de concentration sous la direction du maréchal de Sancerre, d’Olivier de Clisson et des deux Mauny. Le connétable pouvait disposer de quinze mille hommes. Au lieu de marcher en Guienne par la route du Périgord, Bertrand passa en Velay, franchit les montagnes qui séparent cette province du Gévaudan, et commença les hostilités le 15 mai 1380. Le désir de justifier la confiance des habitants de ce pays, de les affranchir de l’espèce d’esclavage auquel on les tenait asservis, lui rendit une partie de sa première ardeur : il se rappelait que, vingt-cinq ans auparavant, dans une occasion semblable, la Normandie était venue implorer son assistance. Les Anglais, de leur côté, ne s’imaginaient point que Duguesclin voulût pénétrer au milieu des affreuses gorges du Gévaudan; ils perdirent leur assurance quand les échos de ces montagnes répétèrent ce formidable nom. Ces partisans ne manquaient point de courage; mais, craignant de lutter contre la fortune d’un général que le sort trahissait rarement, ils s’empressèrent de rappeler les détachements disséminés par les campagnes, et se renfermèrent dans Châteauneuf de Randon, forteresse bâtie au pied des montagnes de Mende, non loin des sources du Lot et de l’Allier leurs bandes se réunirent derrière les hautes murailles de ce boulevard, qui passait pour inexpugnable. Duguesclin ne réglait point sa conduite d’après les opinions du vulgaire: il n’hésita pas former le siège de Châteauneuf de Randon, annonçant hautement l'intention de ne point abandonner la province avant d’avoir conquis la forteresse. Plusieurs assauts échouèrent complètement : Bertrand n’en parut point. Le sire de Roos, gouverneur de la place, guerrier brave et expérimenté, s’était mesuré plusieurs fois avec le rude Breton ; il sut si bien ménager ses ressources que le siège durait depuis un mois et les Français n’avaient point gagné un pouce de terrain. Mais le sire de Roos, perdant quantité de monde en soutenant des attaques répétées, courait un danger imminent ; il envoya demander des secours au sénéchal d’Aquitaine ce dernier, instruit de la reprise des hostilités en Gévaudan se rapprocha d’Agen. Le connétable, irrité de l’opiniâtre résistance des Anglais multiplia ses tentatives en conduisant lui-même les soldats la brèche Mes amis, leur disait-il avec la verve de ses premiers ans, Dieu le veut, nous aurons ces gars, et si le soleil pénètre dans Randon nous entrerons aussi. L’armée, d’abord inquiète sur la santé de son général, poussa des cris de joie en le voyant déployer une vigueur surprenante; mais son allégresse fut de courte durée la fatigue ne tarda pas d’accabler le connétable un affaissement effrayant suivit de près ces courts instants de bien-être. Le lendemain, se déclara une maladie que l’on jugea mortelle dès son début ; on cacha néanmoins au connétable son véritable état. Il n’éprouvait que le regret de se voir arrêté dans son expédition tenant extrêmement conquérir Châteauneuf de Randon, défendu par un guerrier dont il estimait le caractère. Le maréchal de Sancerre, Olivier de Clisson, ses lieutenants, le rassurèrent en lui promettant de redoubler d’efforts contre les assiégés. En effet, ils firent les dispositions d’un assaut décisif; la ville fut cernée de différents côtés l’armée française s’avança de front et sur trois lignes vers la muraille. Olivier de Mauny conduisait la gauche, le maréchal de Sancerre la droite, et Clisson le centre; le dernier dirigeait les machines de guerre, les catapultes, les crocs, les engins. La première ligne se composait d’archers armés à la légère, portant chacun une échelle. Les trompettes réunies donnèrent le signal; leur son éclatant fit tressaillir l’âme martiale de Duguesclin: il sortit de sa tente armé de pied en cap, au mépris des prières de ses écuyers, et voulut guider les combattants. Sa présence inattendue doubla l’ardeur des Français les cris de Duguesclin! Duguesclin! se firent entendre sur les différents points. Les Anglais déployaient une valeur surprenante. Le sire de Roos, constamment en haleine, se portait l’endroit où le danger paraissait le plus pressant; il amortissait les coups des béliers, brisait les crocs au mo ment où ces machines s’attachaient aux créneaux. Mais son activité ne put maîtriser la fougue des assiégeants une portion du rempart, s’étant écroulée sous les coups répétés des catapultes, offrit une large ouveture; les assiégés la fermèrent très-promptement. Les plus braves chevaliers français avaient succombé en voulant forcer cette barrière; d’autres trouvèrent la mort en plantant leurs bannières sur les bastions; de leur côté, les Anglais venaient d’éprouver une perte énorme la nuit sépara les deux partis. Du guesclin décida qu’on donnerait un autre assaut le lendemain; il fit au préalable sommer le gouverneur en lui renvoyant ses blessés et en offrant des conditions très-honorables. Le sire de Roos avait pu juger de l’étendue du dommage; ses troupes paraissaient hors d’état de soutenir une seconde lutte; les murailles, fortement ébranlées, menaçaient de céder au moindre choc la place courait risque d’être en levée de vive force. Il assembla un conseil de guerre, et proposa de subir une capitulation conditionnelle c’est-à-dire de rendre Châteauneuf si, une époque déterminée, le Sénéchal d’Aquitaine n’avait point paru accompagné d’un corps d’armée. Sa proposition fut unanimement approuvée; il s’agissait de la faire agréer au connétable, qui pouvait évidemment entrer en possession de la ville le jour suivant sans dé ployer de grands efforts. Bertrand, préférant les voies de la conciliation, accorda au gouverneur une se maine entière de répit. Les termes de la suspension d’armes portaient que si le 12 juillet personne ne s’était présenté pour contraindre les Français lever le siège, le sire de Roos remettrait le lendemain la place au connétable Bertrand Duguesclin. Cette convention étant ratifiée, les hostilités cessèrent, et le général français permit aux Anglais de sortir pour ramasser des vivres, et leur en fournit lui-même: il invita le gouverneur, ainsi que ses officiers, venir prendre le clairet et les épices dans son quartier. Cependant les fatigues du siège avaient empiré l’état de Duguesclin; les symptômes les plus alarmants se manifestèrent: on ne put cacher plus longtemps au connétable son danger. Il en reçut la nouvelle avec un calme intrépide on l’avait vu pendant quarante ans affronter sans crainte la mort dans les combats, on le vit aussi regarder sans effroi l’approche d’un trépas infaillible; il se prépara en véritable chrétien ce terrible passage. Après avoir rempli ses devoirs de religion, il s’entretint avec les chevaliers, la plupart ses élèves, et les exhorta rester fidèles au roi de France; il leur parla aussi des devoirs du guerrier Souvenez-vous que les gens d’église, les femmes les enfants, le pauvre peuple ne sont point vos ennemis, et que vous portez les armes pour les défendre, et non pour les opprimer. Je vous l’ai toujours recommandé; je vous le répète encore, en vous disant un éternel adieu. C’est ainsi que le héros breton consacrait ses derniers accents plaider la cause de l’humanité. Duguesclin ne put adresser cette allocution ses officiers sans éprouver une douloureuse fatigue; il s’assoupit un moment, et puis demanda son épée de connétable. La vue de cette arme qu’il avait portée sans reproche, parut ranimer ses esprits; il la prit dans ses mains défaillantes et s’inclina devant la croix qui en surmontait le pommeau ,baisa ce signe révéré, en faisant découvrir sa tête blanchie par les ans et par de glorieux travaux; il remit ensuite l’épée à Olivier de Clisson, en lui disant : Vous direz au roi que je suis bien marri que je ne lui ai fait plus longtemps services. Si Dieu m’en avoit donné le temps, j’avois bon espoir de vuider son royaume de ses ennemis d’Angleterre; il a bons serviteurs qui s’employeront à cet effet, et vous, messire Olivier, pour le premier je vous prie de reprendre l’épée qu’il me commit quand il me bailla l’état de connétable. Je lui recommande ma femme et mon frère. Adieu je n’en puis plus. Ayant prononcé ces mots, Bertrand laissa tomber sa tête sur la poitrine de l’inconsolable Sancerre; il la souleva quelques instants après pour jeter un dernier regard sur ses compagnons d’armes, prosternés religieusement autour du lit funèbre. Ses yeux se fermèrent pour toujours, et sa belle âme s’envola vers le ciel On n’entendit bientôt plus dans le camp que sanglots et gémissements chaque soldat croyait avoir perdu son père; tous rappelaient sa bonté, sa bienfaisance, et nullement sa valeur, car les vertus touchent bien plus les hommes que le courage. Les étrangers se plurent aussi lui payer un juste tribut d’admiration. Le sire de Roos était convenu de livrer la place au connétable Duguesclin le 13 juillet, si personne ne s’était présenté la veille pour faire lever le siège : les traités s’exécutaient alors à la lettre, et ne souffraient aucune interprétation indirecte. La mort du connétable pouvait, d’après les lois en vigueur, dispenser le général anglais de tenir sa parole; d’ailleurs, il lui était facile de profiter de la consternation des troupes. Il annonça du haut des remparts, au maréchal de Sancerre, que lui et les siens allaient venir rendre à Duguesclin les clefs de Châteauneuf. En effet, il sortit de la place au soleil couchant, escorté de sa garnison, pour exécuter une capitulation dont les fastes de la guerre ne fournissaient point d’exemple. Il descendit l’éminence qui le séparait des lignes du blocus, traversa le camp au milieu d’une haie formée d’archers et d’habitants de ces lieux agrestes, accou rus des montagnes pour joindre leurs regrets ceux de l’armée. En voyant l’air morne des soldats des deux nations, on aurait cru que les Anglais et les Français ne faisaient qu’un même peuple naguère ; le prince Noir avait reçu en deçà du détroit un semblable témoignage d’admiration. Que doit-on penser d’un siècle où les hommes savaient s’estimer ainsi? Le gouverneur, parvenu la tente du connétable, fut reçu par le maréchal de Sancerre, qui se tenait à cheval devant le front des divisions rangées en bataille: la bannière de Duguesclin, plantée sur un tertre, était roulée en signe de deuil, l’aspect du corps de Bertrand, gisant sur un lit de parade, environné des marques distinctives de sa charge le sire de Roos s’inclina profondément, et déposa les clefs de Châteauneuf sur les pieds du défunt en disant d’une voix émue : Messire Duguesclin, c’est à vous que je remets les clefs de la place dont j’étais gouverneur; en même temps il tomba genoux devant le corps, et, par un mouvement spontané, tous les assistants l’imitèrent. Dans ce moment la plaine, les hauteurs voisines, le camp entier, offrirent le spectacle de personnes de tout âge, de tout rang, de tout pays, prosternées devant les dépouilles mortelles d’un grand homme : les derniers rayons d’un beau jour vinrent éclairer cette scène attendrissante Le surlendemain les gens de la maison de Duguesclin commencèrent àembaumer son corps, ils envoyérent les entrailles au Puy pour être déposées Notre Dame, auprès de l’armure consacrée récemment par le héros. En attendant que les réparations faites la primatiale fussent terminées on plaça les entrailles dans l’église des Jacobins, fondée par la maison de Polignac. Les écuyers bretons pour se conformer aux dernières volontés de leur maître, se mirent en devoir de le transporter Dinan, où il voulait être enterré,dans l’église des Dominicains, auprès de sa première femme, Tiphaine Raguenel. Bertrand affectionna toujours Dinan, qu’il appelait son lieu de prédilectio: sa famille possédait un hôtel, que lui-même habita longtemps Le château de Bellièvre, que Tiphaine lui apporta en dot, s’élevait non loin de cette ville. Son parrain, Bertrand de Saint-Pern, résidait également à Dinan Les bacheliers et les écuyers dont se composa sa première compagnie, qu’il appelait ses gars et qui le suivirent plus de vingt ans au milieu des combats, sortirent tous de Dinan ou des villages environnants. Les écuyers du connétable, menant le convoi funèbre, se mirent en route vers la fin de juillet ; ils traversèrent une partie de la France, et passaient par le Mans pour entrer en Bretagne, lorsque les officiers du roi les arrêtèrent en leur ordonnant, de la part de Charles V, de conduire ces restes précieux à l’abbaye de Saint-Denis : le monarque désirait que le héros breton reposât dans la sépulture royale. Charles V, ne voulant point priver entièrement la ville de Dinan d’un dépôt qu’elle réclamait instamment, lui envoya, dans une boîte de plomb, le coeur de Duguesclin. L’enthousiasme avec lequel les habi tants et tout le duché reçurent la dépouille la plus noble de leur illustre compatriote, atteste que Bertrand n’emporta point dans la tombe la haine des Bretons, comme quelques écrivains l’ont pensé en effet, son pays, jaloux de venger sa mémoire des attaques de quelques obscurs détracteurs, lui élevé des statues. Rennes, Nantes, Dinan, saint-Brieux, en ont décoré leurs places publiques. D’après les intentions de Duguesclin, on plaça son cœur dans l’église des Dominicains de Dinan, auprès de Tiphaine Raguenel, et sous une pierre tumulaire de marbre noir, sur laquelle on incrusta en lettres d’or l’inscription suivante Cy gist le cueur de Messire Bertrand Duguesclin, connestable de France, qui trespassa le XIII julet l’an IIIc XXXXxx (1380), et dont le corps respose avecques ceux des rois.à Sainct-Denis en France  

 

 

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Published by poudouvre
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