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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 20:42

Nous ne remontons point, dans notre étude des anciens métiers de la ville de Rennes, plus haut que le XIVe siècle. Nous n'avons pu recueillir aucun document important, concernant les marchands et les artisans rennais, qui fût antérieur à l'année 1340. D'ailleurs, les métiers non jurés ont laissé fort peu de traces de leur histoire, et aucun métier ne fut, à Rennes, organisé en jurande et ne reçut de statuts avant la fin du XIVe siècle. Le plus ancien octroi de statuts dont nous ayons la date précise est celui qui fut fait en 1395 aux boursiers, gantiers et blanconniers de la ville et des faubourgs par le duc de Bretagne, Pierre II. Avant d'exposer le résultat de nos recherches sur les anciens métiers rennais, leur organisation, leur vie intérieure, leurs rapports avec les pouvoirs ducaux, royaux, municipaux, judiciaires, nous avons cru bon d'analyser brièvement les conditions de la vie industrielle et commerciale à Rennes au temps des derniers ducs de Bretagne et de la domination royale, d'indiquer comment la ville se développa, quelle en fut l'activité économique, quels métiers s'y exercèrent, d'exposer enfin quelle influence les événements politiques purent avoir sur la prospérité de ses marchands et de ses artisans. Extension de la ville de Rennes. Au milieu du XIVe siècle, à la veille de la guerre de Cent Ans, Rennes étendait déjà ses rues et ses faubourgs au delà de sa première enceinte. Celle-ci n'entourait en effet qu'un étroit quartier, une demi-douzaine de rues autour de l'église Saint-Pierre, laissant en dehors des murs le Champ-Jacquet, la Vilaine, les Lices. Les marchés se tenaient sur le Champ-Jacquet ; en outre, les marchands et les artisans, tant ceux de la ville que les forains, exposaient leurs marchandises en vente aux étaux de la cohue; ainsi nommait-on les halles. Dès 1286, on mentionne à Rennes l'existence d'une cohue. Elle se trouvait à l'intérieur des murs, à l'extrémité nord de la ville, à proximité du Champ-Jacquet. En 1421, Arthur de Richement conseilla à son frère, le duc Jean V, d'agrandir l'enceinte de sa capitale. Il devenait nécessaire de protéger le vaste et populeux quartier qui s'était développé à l'est de l'ancienne ville, jusqu'aux abords de l'abbaye de Saint-Georges. La nouvelle enceinte ne franchit pas encore la Vilaine. En 1443 enfin, le lieutenant du gouverneur, Henri de Villeblanche, donna aux murailles de Rennes une extension qu'elles ne devaient plus dépasser. Les fortifications englobèrent les quartiers de la rive gauche de la Vilaine. La troisième enceinte fut terminée au XVIe siècle seulement. Dès cette époque de nombreux faubourgs s'étendaient en dehors des murs : la rue Haute, la rue Basse, la rue Reverdyais sur les chemins de Dinan et d'Antrain, le faubourg Saint-Hélier sur le chemin de Chantepie, le faubourg de la Madelaine sur la route de Nantes, le faubourg Lévêque sur la route de Brest. Il ne semble pas que l'étendue de la ville de Rennes se soit fort accrue dans le cours des XVIIe et XVIIIe siècles. L'incendie de 1720 qui détruisit complètement les quartiers du centre eut l'importante conséquence de régulariser et d'assainir ces quartiers, mais ne provoqua pas une grande extension de la ville à l'extérieur. La population rennaise, que M. Henri Carré, dans ses Recherches sur l'Administration municipale de Rennes au temps de Henri IV, évalue à vingt-six mille habitants environ au début du XVIIe siècle, n'avait pas dépassé ce chiffre en 1789. Il est à présumer que cette population resta à peu près stationnaire pendant le XVIIe et le XVIIIe siècles.

 

 

 

Activité économique de la ville de Rennes. Cela ne doit d'ailleurs pas nous étonner. Jusqu'au XVIIe siècle, avant que ne s'affirment de sérieux progrès dans le commerce et l'industrie, avant que naisse la concurrence de véritables centres industriels, Rennes avait connu une activité économique assez considérable pour l'époque. Les industries de la tannerie, de la ceinturerie et de la baudrairie, de la cordonnerie, de la parcheminerie, de la teinturerie, y étaient florissantes; on y importait des draps de Normandie, de Flandre et d'Angleterre, des vins du Midi et d'Espagne, des chevaux d'Allemagne et de Flandre, des étoffes de luxe. Mais à partir du XVIIe siècle on voit les industries autrefois prospères décliner ; aucune corporation en jurande n'exerce la parcheminerie et la baudrairie ; les cordonniers sont nombreux mais misérables. Or, en 1340 les parcheminiers, les baudroiers et les cordonniers constituaient à Rennes trois des dix plus riches confréries de métier qui contribuèrent à la fondation de l'hôpital Sainte-Anne

 

 

La communauté de Mes  les Cordonniers de la ville de Rennes

 

 

 

La ville possédait bien un grand nombre de halles ou cohues et de marchés; elle avait sept grandes foires annuelles :

 

1° Le jour de la Saint-Etienne après Noël ;

 

2° Mi-Carême;

 

3° Saint-Georges;

 

4° Pentecôte;

 

5°Saint-Etienne Saint-Pierre

 

6° Saint-Melaine d'août;

 

7°Saint-Paul;

 

Mais marchés et foires servaient surtout à l'alimentation de la ville. Nulle industrie n'alimentait un commerce important d'exportation; les importations étaient réglées par la consommation locale. Rennes n'était plus que la ville exclusivement administrative qu'elle est restée depuis. Marchands et artisans n'y avaient d'autre objet que de satisfaire aux besoins d'une population de fonctionnaires, de magistrats et d'hommes de loi, auxquels s'ajoutaient les étrangers appelés dans la capitale de la province et au siège du Parlement par leurs affaires, leurs procès et les sessions des Etats. Aussi, faut-il voir combien les corporations de métiers tiennent à leur Parlement, avec quels transports de joie elles le reçoivent en 1769, au retour d'un exil de quatre ans, avec quelle insistance elles réclament en 1789 à la Constituante de leur conserver une cour souveraine

 

 

Une pareille ville n'était guère susceptible du développement que l'on constate seulement dans les centres de production intense et de commerce très actif. La grande industrie. Ce n'est pas qu'on n'ait essayé à diverses reprises d'implanter à Rennes la grande industrie. Mais toutes les tentatives avortèrent ou peu s'en faut. Dom Lobineau, dans son Histoire de Bretagne, raconte que le duc François II la paix ayant été confirmée l'an 1477 par le traité de Luxeuil et le serment d'Arras, établit à Rennes une manufacture considérable qui fut celle de la tapisserie, faisant venir pour cela des tapissiers d'Arras et les établissant dans la capitale de la province avec d'amples privilèges qu'il leur accorda le 17 de novembre. De ces tapisseries nous n'avons trouvé aucune trace. Il est probable qu'elles périclitèrent et disparurent rapidement. Les manufactures de faïenceries et de chapellerie établies au XVIIIe siècle, si elles réussirent à durer, ne furent jamais bien prospères. Manufactures de faïenceries. La manufacture de faïenceries du Pavé Saint-Laurent, la plus importante de toutes, fondée en 1748, n'avait en 1768 que 19 ouvriers; elle ne connut quelque prospérité qu'après 1778, quand elle fut aux mains de Jollivet et de son gendre Philippe Binet. Quant à la manufacture de faïenceries de la rue Hue, créée en 1749, ses propriétaires se débattirent au milieu des plus grandes difficultés pécuniaires, et toute fabrication y cessa en 1790. Manufacture de chapellerie. Le 4 août 1777, un certain Antheaume avait commencé à Rennes la fabrication en grand des chapeaux. Du 4 août au 27 octobre, il fabriquait 756 chapeaux communs, 149 chapeaux fins, employait pour 2.636 1. 15 s. de matières premières et payait 952 livres de salaires à ses ouvriers (soit environ 13 l. 5 s. par jour). Par un acte de cession passé le 5 février 1778 devant les notaires Richelot et Trochu, Antheaume remettait sa fabrique aux mains d'une compagnie d'actionnaires. Il continuait toutefois à la diriger. La manufacture de chapellerie eut « peu de succès ». Les actionnaires ne réalisèrent point de gros bénéfices, et Antheaume connut de pénibles embarras d'argent ; il se donnait pourtant beaucoup de peine afin de trouver des débouchés à ses marchandises : il confia de nombreuses pacotilles à des capitaines de navires marchands. Il demanda à Necker l'entreprise de la coiffure des troupes royales. Qu'advint-il de la manufacture après 1790. Le registre des délibérations des actionnaires est arrêté cette année-là, à la date du 27 mars. Sans doute, la manufacture disparut pendant la Révolution. Aucune grande industrie ne prospéra donc à Rennes. Toute la vie économique de la ville se concentra dans une population assez nombreuse de marchands, trafiquant prudemment des denrées qui pouvaient se débiter dans la ville et les environs, et de maîtres artisans de condition parfois aisée, plus souvent médiocre et même misérable, occupant chacun un très petit nombre de compagnons. 

 

 

La communauté de Mes Tâpissiers de la ville de Rennes

 

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Published by poudouvre
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