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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 14:11

 

II ne faut pas conclure de ce que l'état de 1767 porte des métiers non inscrits sur l'état de 1755, et réciproquement, que ces métiers n'étaient pas exercés à Rennes soit en 1755, soit en 1767. Celà ne semble possible que pour certains métiers tels que l'ébénisterie et l'imagerie. Mais il paraît bien évident qu'il y eut à Rennes, et en 1755 et en 1767, des marchands de vin, des cabaretiers, des portefaix, des bourreliers, des ferblantiers, bien que chacun de ces métiers ne soit porté que sur l'un ou l'autre des états. Ils furent omis, soit à dessein, soit par inadvertance, à l'une ou l'autre date, et cela nous porte à croire que peut-être les renseignements que nous avons sur le nombre et l'état de fortune des maîtres ne sont pas d'une rigoureuse exactitude. Il est probable cependant que les chiffres que nous possédons se rapprochent assez de la réalité ; et nous pouvons, de l'examen des états de 1755, 1767 et 1776, tirer au moins les conclusions suivantes : En 1755, la ville de Rennes possédait un corps de marchands et vingt-quatre métiers organisés en communautés jurées. Or dans neuf seulement de ces vingt-quatre métiers, les maîtres jouissaient d'une certaine aisance ; dans cinq autres, la plus grande partie des maîtres étaient dans la la gêne ou dans misère ; dans les dix derniers métiers enfin, aucun maître qui ne vécût avec peine du fruit de son travail, ou ne fût dans la misère. Les quelques métiers jurés dont les maîtres possédaient en général une certaine aisance étaient de diverses sortes. Les métiers qui se rapportent à l'alimentation sont signalés comme faisant largement vivre ceux qui les exerçaient. Il en fut ainsi un peu dans tous les temps; les bouchers, les boulangers, les traiteurs sont presque toujours sûrs de l'écoulement de leurs produits et connaissent moins que tout autre les mortes-saisons. Les métiers dont l'exercice exige des connaissances spéciales ou l'apport d'un certain capital et parfois les deux ensemble, tels que ceux de libraire, d'imprimeur, d'orfèvre, de chirurgien, d'apothicaire, sont encore de ceux qui assuraient quelque fortune à leurs maîtres. Il faut ajouter, pour ce qui concerne les orfèvres et les imprimeurs, que leur nombre étant limité par des édits royaux, la concurrence était parmi eux singulièrement restreinte. L'aisance des ciriers s'explique par le petit nombre des maîtres de cette corporation et la nature de leur clientèle recrutée parmi les personnes assez riches pour faire usage de bougie ; ajoutez que les ciriers avaient à fournir le « luminaire » des églises, des chapelles et des confréries de toute sorte. Quant aux corroyeurs et aux gantiers, leur prospérité ne peut avoir d'autre source que la prospérité même de leur industrie. Mais cette prospérité ne fut pas de longue durée : en 1776 le nombre des maîtres qui travaillent à leur compte a beaucoup décru dans ces deux corporations. Dans les métiers libres, le sort des artisans est moins brillant encore que dans les autres. De cinquante-cinq métiers, on n'en comptait que cinq dont tous les membres fussent aisés,ou parvinssent à vivre de leur travail. Dans quatorze autres métiers, quelques maîtres seulement jouissaient d'une certaine aisance et la majeure partie était dans la gêne. Les artisans des trente et un derniers métiers enfin végétaient dans un état voisin de la misère. Il ne paraît pas que cette situation se soit améliorée de 1755 à 1767 et à 1776. Beaucoup de métiers, les gantiers, les tailleurs, les teinturiers, les corroyeurs, les selliers, les menuisiers, les serruriers, les potiers d'étain, les marechaux-ferrants, les maçons, les terrassiers, les charretiers, les cloutiers, les taillandiers, les sassiers, les tourneurs, les talonniers et socquiers, les charcutiers, les sculpteurs, voient le nombre de leurs maîtres diminuer dans une assez forte proportion que l'on peut estimer à un quart en moyenne. Ce nombre ne s'accroît, soit d'un tiers, soit de la moitié, que chez les boulangers, les couteliers, les ciriers, les orfèvres, les charpentiers, les savetiers, les blanchisseuses et les tonneliers. Dans tous les autres métiers il reste à peu près stationnaire. libres nous aurions pu compter celle d'hôtelier et d'aubergiste. Nous savons, par des lettres patentes, leur octroyant des privilèges, qu'en 1578 et en 1588 il n'y avait et ne devait y avoir à Rennes que vingt-quatre hôtelleries, lesquelles étaient franches de tout impôt mis ou à mettre sur les boissons qu'on y vendait. En 1767, les hôtelleries et auberges étaient au nombre de trente-sept. Les plus fréquentées étaient celles du Puits-Maugé, de la Crozille, du Pélican, de la Croix d'Or, de la Grand Maison, du Duc de Bretagne, de la Tour d'argent, de l' Hôtel Fleurigaut, de l'Image Saint-Joseph, de la Descente de Normandie, des Trois Avocats, du Mouton blanc, du Puits Drillon, de la Grille, de l'Ecu, de la Corne de Cerf, de l'Hôtel d'Artois, de l'Image Saint-Michel.

 

 

 

 

Communauté des Apothicaires de la ville de Rennes 

 

 

 

Communauté des Gantiers et Blaconniers de la ville de Rennes

 

 

Topographie des métiers.

 

 

Les artisans des diverses corporations rennaises ne furent pas toujours dispersés au hasard dans les quartiers de la ville. Au Moyen-Age, en effet, tous ceux qui exerçaient la même profession avaient l'habitude de se grouper dans une même rue ou dans un même quartier. Il en fut à Rennes comme ailleurs, et la ville eut ses rues de la Cordonnerie, de la Haute et de la Basse-Baudrairie, de la Parcheminerie, sa rue aux Foulons, qui tirèrent leurs noms des métiers qu'on y exerçait. A mesure que la ville s'étendait, cette distribution topographique des métiers devenait de plus en plus difficile à conserver. En 1545, les gantiers, les boursiers et blanconniers, qui en 1516 habitaient pour le plus grand nombre dans les rues de la Parcheminerie et de la Baudrairie et dans le faubourg Lévêque, se trouvent déjà dispersés dans les quartiers les plus divers. Seuls les bouchers furent jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, cantonnés aux environs de la rue du Champ-Dolent ; du moins ils y conservèrent leurs abattoirs. En 1790 ils étaient encore chargés du nettoyage de cette rue. Le quartier avait d'ailleurs reçu ce nom parce qu'il retentissait souvent des beuglements et des cris de bêtes qu'on y abattait.

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Published by poudouvre
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