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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 06:32

 

Caractères de la période qui s'étend du XIVe siècle à l'année 1669. Si nous divisons en deux parties notre étude des relations des métiers rennais avec les pouvoirs ducaux et royaux, et si nous fixons comme limite à la première partie de cette étude l'année 1669, c'est qu'en cette même année 1669 parurent les édits et les règlements de Colbert qui furent les premiers symptômes caractéristiques d'un changement dans la conduite de la royauté à l'égard des marchands et des artisans de Rennes. A partir de cette date seulement, la tutelle royale fut vraiment tracassière et gênante pour les métiers rennais ; jusque-là le fisc royal avait été peu exigeant ; aucun règlement de fabrication n'était émané de Paris, et des ducs de Bretagne il ne nous en reste qu'un. Aucun métier n'avait été soumis à une organisation élaborée auprès du roi et imposée au même métier dans tout le royaume, ainsi que le furent plus tard l'orfèvrerie, la librairie et l'imprimerie, la draperie, la teinturerie, la chirurgie et la coiffure. Si l'on fait abstraction de la Constitution de Vannes, édictée en 1424 par le duc de Bretagne Jean V, constitution qui n'a d'ailleurs de valeur que pour le XVe siècle, nous n'avons aucun édit, aucune déclaration, aucune ordonnance, aucune lettre patente émanant soit des ducs de Bretagne, soit des rois de France, promulgué avant 1669 et concernant en quelque chose les marchands et les artisans rennais, qui n'ait pour objet soit l'approbation ou la confirmation de statuts ou de privilèges, soit l'interdiction de former des confréries et des congrégations, soit, au contraire, l'obligation pour les métiers de se constituer en jurandes, soit enfin la création de lettres de maîtrise. Pour les métiers rennais, la période qui s'étend de la fm du XIVe siècle à l'année 1669 est, et c'est là son caractère essentiel, une période d'organisation ; ce caractère domine alors tous les rapports de ces métiers avec les pouvoirs ducaux et royaux. C'est à cette époque que tous les métiers qui, à Rennes, s'organisèrent jamais en jurandes, rédigèrent et firent approuver et confirmer leurs statuts. Il n'y eut d'exception que pour les vitriers qui n'eurent point de statuts avant 1702 pour les marchands dont le corps fut réorganisé en 1674 et 1735, et pour les orfèvres qui reçurent de nouveaux règlements en 1777.

 

 

Confréries et Communautés.

 

 

De même que la vie municipale, la vie corporative fut au Moyen-Age fort peu active en Bretagne, à Rennes en particulier. Les marchands et les artisans rennais avaient bien éprouvé de bonne heure le besoin de s'unir. Nous savons qu'au XIVe siècle ils avaient formé un certain nombre de « frairies » ou confréries. Un document de 1340 cité par M. de la Bigne-Villeneuve dans un mémoire inédit présenté à un congrès des Sociétés archéologiques de Bretagne, tenu à Brest en 1852, document relatif à la fondation de l'hôpital Sainte-Anne, nous apprend que cet hôpital eut parmi ses fondateurs les prévôts et les élus de plusieurs « frairies » de métiers. Sont mentionnées :

1° La confrérie de « Notre-Dame de Meaoust (de l'Assomption) tenue par les boulangers ; »

2° Celle de « Sainte-Anne tenue par les lissiers en fil ; »

3° Celle de « Saint-Barthélémy tenue par les baudroiers ; »

4° Celle de « Notre-Dame de Septembre (de la Nativité) tenue par les foulons et drapiers ; »

5° Celle de « Saint-Martin tenue par les boursiers ; »

6° Celle de « Saint-Philippe et Saint-James tenue par les merciers (marchands) ; »

7° Celle de « Saint-Eloi tenue par les selliers et mintiers » (ouvriers en menu fer) ;

8° Celle de Saint-Michel tenue par les parcheminiers ; »

9° Celle du « Saint-Sacrement tenue par les bouchers ; »

10° Celle de « Notre-Dame des Avents (de la Conception) tenue par les cordonniers . »

 

II n'est pas impossible que d'autres confréries de métier que celles énumérées ci-dessus, aient alors existé à Rennes ; ce qui paraît certain, c'est que les métiers qui participèrent à la fondation de l'hôpital Sainte-Anne étaient les plus florissants d'alors. Ces confréries ressemblent-elles aux associations d'artisans et de marchands nommées aussi confréries au XVe et au XVIe siècles, et communautés dans les actes du XVIe et du XVIIe. Ces associations sont toutes réglementées par des statuts approuvés par les ducs de Bretagne ou les rois de France, statuts qui diffèrent fort peu du XVe au XVIIe siècle, si bien qu'entre les confréries du XVe siècle et les communautés du XVIe et du XVIIe il n'y a qu'une différence de titres. Des confréries de 1340, au contraire, trois au moins, celles des boursiers, des bouchers et des boulangers n'en possèdent pas. Les boursiers, en effet, n'eurent pas de statuts avant 1395, les boulangers avant 1454 et les bouchers avant 1482 ou 1493. D'autre part, nous n'avons trouvé aucune trace de ceux qu'auraient pu obtenir les tissiers en fils, les parcheminiers et les baudroiers. N'est-il donc point permis de penser que pour certaines corporations l'organisation en confréries libres précéda celle en communautés en jurande et qu'il est même des métiers qui ne constituèrent jamais que des confréries libres ? Quelles différences maintenant peuvent permettre de distinguer la confrérie libre de la communauté en jurande ? Il ne faut pas que le nom de confrérie employé au XVe et au XVIe siècles pour désigner une association identique à ce que fut la communauté en jurande, fasse illusion. La plupart des statuts des communautés, aussi bien quand elles portent ce titre que lorsqu'on les appelle confréries, contiennent deux catégories de prescriptions, les unes relatives à l'admission des nouveaux maîtres, à l'exercice des métiers, aux monopoles des corporations, les autres concernant la participation des maîtres à certains exercices religieux, les services funèbres à célébrer lors de la mort d'un membre de la corporation ou de quelqu'un de sa maison et parfois les secours à attribuer aux veuves et aux orphelins de maîtres. Au XVIIIe siècle, on désignait sous le nom de dépenses de confréries, tous les frais qu'entraînait l'exécution de cette dernière catégorie de règlements. N'indiquait-elle pas, dans la communauté en jurande, une survivance de l'ancienne confrérie libre ? Celle-ci n'était vraisemblablement qu'une association pieuse et charitable. Quand le commerce et l'industrie se développèrent, marchands et artisans rennais jugèrent utile de se réserver des monopoles, de restreindre la concurrence, de réglementer la fabrication ; c'est alors qu'ils soumirent à l'approbation de leurs ducs des statuts imités de ceux qu'avaient déjà adoptés depuis longtemps les corporations de Paris et des grandes villes industrielles et commerçantes. Ainsi, nous semble-t-il, la communauté en jurande se superposa à la confrérie libre dont elle conserva d'ailleurs longtemps le nom. La plupart des corporations formèrent donc à la fois une communauté et une confrérie, composées des mêmes maîtres, administrées par les mêmes officiers, possédant la même caisse et les mêmes statuts, mal distinguées l'une de l'autre par le public et leurs membres eux-mêmes. 

 

 

 

 

Communauté des Scelliers et Carpliers de la ville de Rennes

 

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Published by poudouvre
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