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19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 07:24

 

 

L'église Notre-Dame de Bon-Secours existait dès le XIIe siècle, ainsi qu'on le voit par des chartes du duc Conan IV et de la duchesse Constance, et elle servit d'abord de chapelle seigneuriale aux premiers comtes de Penthièvre, qui bâtirent le château de la Motte; mais aucune des constructions actuelles ne remonte à une époque aussi reculée. Son plan est un carré long de 60 mètres, divisé en cinq nefs, terminé à l'ouest par deux tours carrées, échancré au nord-ouest par la célèbre chapelle de Notre-Dame de Bon-Secours, et couronné à l'est, dans la largeur de trois nefs seulement, par le choeur dont l'abside se dessine en pentagone. Le carré central, entre la nef principale et le choeur, supporte sur quatre piliers énormes, encadrés dans des constructions plus récentes, une flèche octogone en pierre, de 60 mètres d'élévation, munie de trois clochetons. Cette tour centrale, moins sa flèche, la tour du nord et la chapelle de Bon-Secours ou portail, ouvrant sur la rue, sont les parties les plus anciennes de l'édifice, et leur style accuse le XIIIe siècle.

 

 

Ce portail est le sanctuaire privilégié de la statue de Notre-Dame du Halgoët, devant laquelle fidèles et pèlerins viennent s'agenouiller et accomplir leurs voeux. Tout le côté nord de la nef, avec son triforium en quatre feuilles, accuse le XIVe siècle, et rappelle le choeur de Notre-Dame de Lamballe et celui de la cathédrale de Saint-Brieuc. Il existe des titres positifs établissant l'âge des autres parties du monument. Rolland Taillard, connétable de Guingamp, et un des témoins entendus dans l'enquête pour la canonisation de Charles de Blois, en 1371, nous apprend que ce prince fonda à Notre-Dame une chapelle dite du Trésor, dont il posa lui-même la première pierre. Cette chapelle nous semble celle dont la partie au midi, ouvrant sur l'ancien cimetière et sur le château, a conservé le nom de porte au Duché pignon le plus voisin de la porte au Duc fut relevé en 1670, parce qu'il était tout couleuvré, dit une délibération du temps, et on y perça deux mesquines fenêtres en plein cintre, en parfaite disparate avec les autres. Le chevet, où se voient deux rangs de galeries superposées, et les arcs-boutants intérieurs du pourtour, furent commencés en 1462, et étaient achevés en 1480, ainsi que l'apprennent des comptes de fabriqueurs, conservés aux archives de Notre-Dame. Le surplus de l'église, c'est-à-Sire la tour sud-ouest, le portail ouest et le côté sud de la grande nef, appartiennent au XVIe siècle.Les archives municipales et celles de Notre-Dame rapportent que, la veille de la fête de saint André, au mois de novembre 1535, la tour qui faisait pendant à la tour de l'Horloge s'écroula. Le 5 janvier 1537, fut posée la première pierre de la tour actuelle, dite tour Plate, réédifiée sur les ruines de l'autre dans le style de la Renaissance. C'est à la chute du clocher qu'est due l'anomalie des deux styles brusquement juxtaposés.

 

 

Si l'on entre dans l'église par le portail de l'ouest, on est frappé de leur dissemblance : l'ogive se montre avec toute sa poésie aux travées du nord ; la Renaissance avec tout son luxe aux travées du sud. Me Philippe Beaumaner et Me Jehan Hémery furent les maîtres de la nouvelle oeuvre ; mais, l'ouvrage à peine commencé, ils eurent pour successeurs, dès 1539, Jean Moal, puis Gilles le Nouëzec, de 1548 à 1566; enfin Jean le Cozic, remplacé en 1574 par Yves Auffret, auquel on doit les deux fenêtres à meneaux fleurdelisés de la chapelle sous la tour Plate, portant la date de 1581. La tour Plate, flanquée d'éperons gigantesques, avec ses pilastres grecs, ses niches luxueuses et ses mascarons grimaçants, porte à sa base, sur un long cartouche que déroule un élégant jouvenceau du temps de François Ier, la double inscription gothique que voici. Sur la face nord :

 

La vigille S. André, vers le soir,

là m cnq cents tràte et cnq

la gràde âme piteuse à voir

fut de ceste tour qui à terre vint.

 

Sur la façade ouest :

 

Au none, dit le cinquiesme jour l'an mil

cinq cents trâte-sait, la première pierre.…

 

 

Le reste va se perdre sous le toit d'une masure. Les canaux de la plate-forme, au lieu d'affecter les formes fantastiques des gargouilles, ont tous l'aspect de canong braqués.

 

 

Cette particularité sert encore de date. Le portail de l'ouest, encaissé entre ses deux tours, est digne d'une cathédrale. Il se compose de deux portes géminées, séparées par un trumeau que surmonte une niche élégante. D'innombrables guirlandes de fleurs et de génies entremêlés, présentent dans les voussures un inextricable fouillis d'ornements creusés dans le granit avec une verve et une délicatesse prodigieuses ; les statues des douze apôtres, placées dans des niches, sont remarquables d'attitude et d'expression. De chaque côté de ce tympan se voient un buste d'homme et un buste de femme, costumés à la mode du XVIe siècle. On croit qu'ils représentent Jean de Brosse et Anne de Pisseleux, sa compagne, auxquels, comme nous l'avons vu, le roi François Ier restitua le comté de Penthièvre en 1535 ; le milieu du fronton est timbré d'un écu, aujourd'hui martelé, supporté par deux hercules. Dans les travées sud de la nef, la Renaissance a dissimulé la masse de ses lourds piliers sous une profusion de féeriques ciselures : ici des dais vides de leurs statues, et des fleurs ; là, les quatre vertus cardinales, la Prudence, la Force, la Tempérance et la Justice, personnifiées dans de vivantes statuettes ; partout de riches écussons, mais dont les armoiries ont disparu. Sur les quatre gros piliers qui supportent la flèche, des mascarons grimaçants et sarcastiques, sortent à demi du fût des colonnes ; roi, évêque, chevalier, page, princesse couronnée, femme embéguinée, chien, lionceau, dragon, tout cela servait de consoles à des statues détruites. Le buffet d'orgues est orné de sculptures en chêne, exécutées en 1646. N'oublions pas non plus le fameux bourdon, véritable monument de l'art breton au XVIe siècle, dont l'airain sonore appelle les fidèles au pardon de Bon-Secours. Il porte pour inscription :

 

Fondeur Guymark.

L'an 1568 fute feit ceste cloche pour servir Dieu

et Notre-Dame de Guingamp;

Gérôme Gégou, gouverneur de ce chapelle,

le fit faire.

 

 

Le nombre des autels était autrefois très-considérable à Notre-Dame : chaque confrérie avait le sien; plusieurs seigneurs avaient aussi leurs chapelles et leurs enfeux. L'enfeu de Rolland Phélippes, sieur de Coëtgouréden, sénéchal de Charles de Blois, découvert avec sa statue, derrière des boiseries informes, dans le collatéral sud, a été restauré ayec goût, ainsi que l'enfeu et la statue de Pierre Morel, évêque de Tréguier en 1385, enterré à Notre-Dame de Guingamp en 1401. Les descendants de Rolland Gouicquet, défenseur de Guingamp en 1489, possédaient trois tombes dans la chapelle Saint-Étienne, et avaient d'autres prééminences dans la chapelle de Saint-Denis ou de la Trinité (côté de l'Évangile), concédées en 1507, « après mûre délibération , par la plus grande et saine partie des bourgeois, en considération des louables ouvrages et bienfaits de Rolland Gouicquet. »

 

 

 

Depuis quelques années, de grandes et intelligentes réparations ont été faites dans cette église. La forêt de boiseries, armoires ou buffets qui masquaient les fenêtres, les niches, les crédences et même les arcades, a été abattue. Des vitraux à sujets, offerts par les familles les plus notables de Guingamp, garnissent aujourd'hui les fenêtres et retracent, soit l'histoire des patrons des donateurs, soit celle du patron de la chapelle ou l'histoire du pèlerinage de Bon-Secours. Au sommet de la fenêtre absidale, on distingue les portraits du duc Pierre et de la duchesse Françoise d'Amboise, les bienfaiteurs de Guingamp au XVe siècle. Aux quatre couches de badigeon qui empâtaient les sculptures de l'église, on a substitué des fresques dans deux chapelles, en même temps qu'un lavage et un grattage général rendaient au granit des colonnes et des piliers sa couleur primitive. Les voûtes du choeur ont été peintes en bleu avec arabesques d'or ; des autels en pierre, en style du XVe siècle, ont remplacé les autels en bois avec ornements rocailles, à l'instar des boudoirs du temps de la Régence. Enfin le portail de Bon-Secours , entièrement remis à neuf, a retrouvé toutes les splendeurs de l'art catholique du XIIIe siècle. En persévérant dans cette voie, et en rasant les échoppés qui s'attachent encore comme une lèpre aux flancs extérieurs de cette belle église, la ville de Guingamp honorera l'art et s'honorera elle-même.

 

 

illustration dûe aux Archives départementales des Côtes d'Armor

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Published by poudouvre
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