Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 05:47

1. Plancoët.

 

 

 

En 1220, Marguerite, dame de Plancoët, donnait à l'abbaye de Saint-Aubin les dîmes d'Hénanbihen que son mari Gui de l'Argentaie avait précédemment engagées au monastère : la charte était scellée par Gui. Quelle était cette dame ? Nous avons déjà vu Rolland de Dinan, en 1207, faire, en faveur de Saint-Sulpice de Rennes, une donation qui prouvait qu'il était sire de Plancoët : une charte non datée, mais antérieure, apprend qu'Olivier, sire de Dinan, père de Rolland, donnait à Saint-Aubin la moitié des dîmes d'Hénanbihen. Ne doit-on pas en conclure que Marguerite était soeur ou fille de Rolland, mais que certainement elle était l'une ou l'autre ? Je crois qu'elle était fille de Rolland, et que ce fut ce dernier, premier sire de Dinan-Montafillant, qui forma en sa faveur la châtellenie de Plancoët (Je vais maintenant faire une enumération un peu monotone peut-être, mais indispensable, de faits mentionnés pour la plupart dans des titres qui n'ont pas encore été publiés. C'est là le seul moyen de mettre un peu d'ordre dans la suite des sires de Plancoët. Nous ne reviendrons pas sur la charte de 1220, par laquelle Marguerite de Dinan, femme de Guy de l'Argentaie (voir Largentaye en Plancoët), donnait à Saint-Aubin les dîmes d'Hénanbihen ; nous rappellerons aussi pour mémoire, qu'un acte de 1227 mentionne à Plancoët la présence de saint Guillaume, évêque de Saint-Brieuc, le jeudi après la Saint-Martin d'été. En 1230, Marguerite confirmait à Saint-Aubin la donation faite 10 ans auparavant, ainsi que tout ce que l'abbaye possédait dans ses domaines. (voir l'abbaye de Saint Aubin des Bois en Plédéliac) J'ai retrouvé sept chartes de l'année 1231 relatives à Marguerite, dame de Plancoët ; elle avait alors pour époux Juhel de Montfort : la plus importante est celle du vendredi après l'Epiphanie, par laquelle cette dame donnait encore une dîme d'Hénanbihen pour doter une chapellenie à l'autel de la Sainte-Trinité de l'église abbatiale de Saint-Aubin ; cette fondation fut ratifiée le vendredi après les octaves de l'Epiphanie, par saint Guillaume; en 1232, Juhel de Monfort confirmait les libéralités de sa femme, et comme il n'avait pas de scel , il se servait de celui de son père Raoul de Montfort. En 1233 , la veille de la Saint-Martin d'hiver , Marguerite de Plancoët était au château de Montafillant  (voir Le château de Montafilan), avec saint Guillaume, et empruntait 20 livres 12 sous à l'abbaye de Saint-Aubin ; la veille de Saint-Benoît, l'évêque de Saint-Brieuc était à Hénanbihen avec Juhel de Montfort et Allain. abbé de Saint-Jacut, et scellait la charte que Juhel donnait pour renoncer aux prétentions qu'il avait élevées sur les dîmes de celte paroisse ; deux ans plus tard, Marguerite de Plancoët ratifiait l'aumône des dîmes de Languenan, faite à Saint-Aubin par Alain Goyon, chevalier. Marguerite de Plancoët mourut vers 1237 ou 1238 : je crois devoir m'arrêter quelques instants sur des chartes de cette dame données en 1237: je ne ferai que mentionner celle par laquelle elle fait un nouvel emprunt de 40 livres à l'abbé de Saint- Aubin, en promettant de les rendre sur sa terre et ses revenus de Plancoët. Mon ami et confrère M. A. de La Borderie, en faisant de mes premiers « Mélanges » un compte-rendu dont je m'empresse de le remercier, émet l'observation suivante: « Je crois encore bien moins que les seigneurs bretons aient eu le droit, au XIIIe siècle, de disposer de la personne, de la famille et des biens, soit de leurs bourgeois, comme le dit M. de Barthélemy, soit même de leurs tenanciers ruraux, puisque tout porte à croire au contraire que, passé le Xe siècle et à part une exception fort restreinte, il n'y a pas eu de serfs en Bretagne.» Un acte de Marguerite de Plancoët me semble favorable à mon opinion ; en voici la traduction : «A tous les fidèles du Christ auxquels ces lettres parviendront, Marguerite dame de Plancoët salut dans le Seigneur; sachez que nous avons donné et concédé, libres et quittes de toute redevance et droit, à l'abbaye de Saint-Aubin, Guillaume Bordon, notre homme, ainsi que ses héritiers : nous les donnons en pure et perpétuelle aumône, et ne conservons, nous et les nôtres, aucun droit, ne nous réservant que la rétribution éternelle. En témoignage de quoi nous avons scellé ces lettres de notre sceau, l'an de grâce 1237.». En présence de cet acte je crois ne pas trop m'avancer en disant qu'au XIIIe siècle, le seigneur pouvait, dans certains cas disposer de la personne, de la famille et des biens de son vassal. Voici maintenant la traduction du testament de la dame de Plancoët; on remarquera qu'elle n'y fait mention ni de son époux, ni de sa famille : « L'an du Seigneur 1237, le mercredi après la Nativité de N.-S., moi Marguerite, dame de Plancoët, j'ai fait ce testament : d'abord je veux que 60 livres soient prises sur ma terre et mes revenus pour acquitter mes dettes ; dans ces dettes se trouvent 40 livres que l'abbé et les moines de Saint-Aubin, de l'ordre de Citeaux, m'ont prêtées; le reste sera distribué par mes aumôniers. Je veux en outre que l'on prélève 100 livres sur madite terre et mesdits revenus, savoir 50 livres pour le couvent des religieuses de Mortain : le surplus sera distribué pour le salut de mon âme par mes aumôniers. Je donne enfin aux religieuses de Mortain, en pure et perpétuelle aumône, 100 sous de rente annuelle, au jour de la Nativité de N.-S. à percevoir sur mes moulins de Plancoët. Je désigne pour mes exécuteurs testamentaires mon vénérable Père l'évêque de Saint-Brieuc et l'abbé de Saint-Aubin qui, à ma demande, ont mis leurs sceaux à ces lettres pour témoignage de ce qui précède. Marguerite eut un fils de son premier mariage, nommé Gui de l'Argentaie, et deux de son second époux, Geoffroy et Olivier de Montfort: en 1250, ces trois personnages étaient en procès pour des torts réciproques qu'ils se reprochaient : ces querelles cessèrent par un compromis passé devant l'official de la cour de Saint-Brieuc. Nous reviendrons ultérieurement sur ce qui concerne particulièrement les seigneurs de l'Argentaie ; pour le moment, je ne m'occuperai que de la châtellenie de Plancoët qui échut après la mort de Marguerite, à Geoffroy de Montfort. A cet égard nous devons cependant faire une observation, c'est que le motif de la discussion élevée entre les sires de Montfort et Gui de l'Argentaie, provenait évidemment de ce que ce dernier s'était emparé de Plancoët. Le cartulaire de Saint-Aubin contient des actes de 1247, de 1250 et de 1251 dans lesquels Gui s'intitule seigneur de Plancoët: dans l'une de ces chartes figure Geoffroy Tournemine comme pleige de Gui de l'Argentaie, et je suis trèsporté à penser que, vers cette époque, les trois fils de Marguerite de Plancoët en vinrent aux mains : le testament de Geoffroy Tournemine, fait en 1284, contient cette mention : pro domibus succensis apud Plancoit similiter fiât emenda, similiter et de aliis rebus perditisin guerra. Je pense que cette réparation fait allusion à ce qui se passa entre les trois seigneurs de Plancoët, alors que Geoffroy Tournemine soutenait Gui de l'Argcntaie. En 1269, Geoffroy de Montfort, alors seigneur de Plancoët, se refusait à exécuter le testament de sa mère, et Eudes, archidiacre de Penthièvre, ordonnait aux prêtres de Hénanbihen, de Plancoët et de Quintenic, de l'excommunier s'il ne se rendait pas aux exhortations qui devaient lui être faites préalablement. J'ignore quelle issue eut cette affaire, mais il y a lieu de croire, qu'à la suite d'arrangements, les Montfort avaient recouvré les dîmes d'Hénanbihen données par leurs ancêtres : en 1277, en effet, les deux frères les engageaient à Saint-Aubin pour une somme de 37 livres qui leur avait été fournie. Je n'ai pas retrouvé encore de titres qui donnassent de renseignements précis sur les sires de Plancoët, de 1277 à 1346. Seulement un passage du tome 39 (p. 221) de l'immense collection des Blancs-Manteaux, mentionne en 1319 un Geoffroy de Montfort, seigneur de Plancoët, fils de Raoul de Montfort. En 1346, Pierre de Montfort, sire de Plancoët, avait fait «plusieurs énormes griefs et excez » aux religieux de Saint-Jacut : accompagné de quelques autres gentilshommes ils avaient « passé par-dessus les murs, emporté les biens desdits religieux, emmené les deux palefrois de l'abbé, battu et féru son palefreur. » Le roi Philippe VI, par lettres du 29 juin, ordonnait au bailli de Cotentin de réprimer cette infraction à la sauvegarde royale dont jouissait le monastère. Pierre de Montfort, en 1362, donna à son filleul, Pierre Tournemine, 100 livres de rentes sur la terre de Montbran : sa fille unique, Jeanne, épousa en secondes noces Pierre Du Guesclin, seigneur du Plessis-Bertrand : celui-ci eut un fils nommé également Pierre, qui de Julienne de Saint-Denoual eut une fille nommée Tiphaine Du Guesclin, qui épousa 1° Jean de Beaumanoir ; 2° Pierre Tournemine, sire de La Hunaudaye, filleul de Pierre de Montfort et assassin de son premier époux.

Partager cet article

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article

commentaires