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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 15:20

 

A gauche, Tour de la Montbran,

à droite Chapelle N-D du Temple

 

Fief de Montbran. Au détour de l'un des nombreux circuits qui sont décrits par la route de Lamballe à Pléboulle, en approchant de ce dernier bourg, on voit sur la gauche une vieille construction polygonale qui s'élève au-dessus d'une vallée. Le voyageur qui parcourt cette partie du Penthièvre pour l'étudier, ne manque pas de regarder sur sa carte, puis de recourir à ses livres. La carte lui a appris que cette ruine était la tour de Montbran; que lui diront maintenant les livres ? Dans Ogée, (je ne parle que de la vieille édition) il lira: Le château de Pléboule, place jadis forte, appartient à M. de Montbran; il est actuellement en ruines. Bon, se dira le voyageur, voilà une famille dont je n'ai jamais entendu parler. Poursuivons : M. Marteville, dans sa nouvelle édition d'Ogée, aura peut-être éclairci ce que le vieil ingénieur avait dit d'une façon quelque peu vague; je lis: Il y a, au village de Montbran, une tour fort ancienne, que nous n'avons pas vue par nous-même, et qui est attribuée à des époques si diverses, que nous n'osons rien avancer à son égard. Tout ce que nous savons à ce sujet, c'est que cette tour est octogone, et que cette forme indiquerait qu'elle a été construite à la même époque que les tours d'Elven et d'Oudon, c'est-à-dire postérieurement aux croisades. Faisait-elle partie du château de Pléboulle, ancienne place forte qui appartenait à la famille de Montbrand ? A-t-elle été bâtie et occupée par les Templiers ? Ce sont autant de questions que, pour le moment, il nous est impossible de résoudre. Mais voici « les Côtes-du-Nord » de M. B. Jollivet, imprimées en 1855: nous y trouverons sans doute quelque chose de complet. « Le château de Pléboulle, dit M. Jollivet, aujourd'hui détruit, était, il y a plusieurs siècles, une place fortifiée. En 1471, il appartenait à Jean de la Ferrière. Un peu plus haut on lit que la tour de Montbran a appartenu aux Templiers  (voir Les Templiers, page n° 7). Avec des renseignements aussi précis, le voyageur ne manquera pas de rechercher le château de Pléboulle qui, par parenthèse, n'a jamais existé que dans l'imagination des auteurs qui en ont parlé, et qui se sont plus ou moins fidèlement copiés. Il pourra aussi feuilleter tous les armoriaux pour se rendre compte de l'histoire de la famille de Montbran, autre fiction d'écrivains trop légers: je le préviens à l'avance, que ses recherches seront sans résultat ; il ne trouvera même pas la filiation que M. Jollivet établit si naïvement entre M. Laferrière, l'éminent inspecteur-général des Ecoles de droit, et Jean de la Ferrière, qui possédait au XVe siècle un petit fief en Pléboulle ; l'analogie des noms ne suffit pas pour établir des relations de parenté, et l'historien sérieux évite facilement cet écueil. Je vais à mon tour essayer de faire connaître mon opinion per sonnelle sur les origines de Montbran. Si je voulais donner une explication étymologique du lieu lui même, je rappellerais le mot Brenning qui désignait les anciens chefs bretons, ou encore le mot Bran, nom d'un personnage qui paraît dans une charte inédite de Saint-Jacut, Ysaac filius Bran. Mais sans remonter aussi loin, je constaterai quelques jalons certains. Une charte de 1201, dont l'original existe aux archives des Côtes-du-Nord, est donnée parM., abbé de Saint-Aubin, pour constater que Guillaume Divias, et Jordan Rufus, ont confirmé à cette abbaye une terre qui avait été précédemment donnée par Eudes le Prévost : cet acte se termine ainsi : hec padio confirmata fuit anno ab incarnatione Domini M CC° primo in monasterio Sancte-Crucis de Monbran. J'ai compulsé avec le plus grand soin tous les anciens titres de Saint-Aubin, et j'ai reconnu qu'il n'y avait aucun texte qui pût donner lieu de penser que ce monastère de Sainte- Croix de Montbran ait jamais dépendu de Saint-Aubin : d'un autre côté, cette mention est la seule qui en révèle l'existence. Les rares souvenirs qui se rattachent à cet établissement religieux sont quelques lignes d'aveux des XVIe et XVIIe siècles, et une foire de Sainte-Croix sur laquelle je reviendrai plus bas. Ces aveux, ainsi que je l'ai déjà fait observer en m'occupant de Plancoët, indiquent, à Montbran, des ruines .d'édifices que l'on disait avoir appartenu aux Templiers. Notons en passant que l'on ne doit pas confondre ces ruines avec celles d'autres bâtiments, et d'une chapelle castrale réparés au commencement du XVe siècle par Charles de Dinan. Je lis en effet à cette date, dans un compte du receveur de ce prince. « Poié à Olivier Guéhéneuc, pour avoir couvert et réparé la cohue, salles et selliers de Monbran appartenant à monseigneur, XXII liv. XVIs. vin d. -Poié à Guillaume Garnier, cherpantier, Geoffroi Garnier, coupvreurs, à valoir sur les feurs et marchez pour faire réparer la grande salle, mesmeet chappelle du menoir de Montbran LXXXXVI liv. 13 s. 10 d. » Toutes ces constructions étaient en ruines un siècle après, ainsi que le témoigne l'aveu de 1509: « Aussi appartiennent audit sire plusieurs maisons, mazières audit lieu de Montbran, en oultre lesdits celiers qui sont choisies en ruyne et de nul revenu pour le présent, et joignant audit celier et à ladite pièce de terre où est ladite tour. » Dès 1362 , Pierre de Montfort, sire de Plancoët, était propriétaire de Montbran, puisqu'il en disposait en faveur de Pierre Tournemine : qu'était donc devenue l'abbaye de Sainte-Croix? A une faible distance de Montbran on trouve une chapelle placée sous le vocable de N.-D. du Temple : les quelques maisons qui l'entourent s'appellent également le Temple, et, encore aujourd'hui, on y célèbre la messe pendant la foire de Sainte-Croix de Montbran. Cette chapelle, qui jadis appartenait aux chevaliers de Malte, à cause du membre du Temple-de-Pléboulle, relevant de la commanderie de la Guerche, a une façade du XIVe siècle ; au-dessus du portail est un écusson qui n'a pas encore été expliqué: il porte les armes de Pierre du Guesclin, sire de Plancoët (voir la chapelle du Temple à Pleboulle). Au milieu du siècle dernier, le sire de Matignon s'en prétendait fondateur, à cause de la métairie noble du Bourg-Durant qui avait été achetée en 1618 par Thomas Gouyon deBeaucorps : peut être n'y avait-il tout au plus que des prééminences. En présence de ces faits, je propose les conclusions suivantes que je développerai plus tard dans un travail spécial sur les Templiers en Bretagne : Le monastère de Sainte-Croix de Montbran était un établissement de Templiers ; le village du Temple en dépendait : peut-être ce monastère est-il le même établissement que l'Hôpital de Pléboulle, mentionné dans une charte de Saint-Aubin au milieu du XIIIe siècle. Lors de l'abolition de l'ordre du Temple, les propriétés des chevaliers furent partagées entre les chevaliers de Saint-Jean qui eurent le village du Temple ainsi que la chapelle, et le sire de Plancoët qui fonda un château dont la tour de Montbran est au jourd'hui le seul débris : ce château fut établi sur l'ancien emplacement des Hospitaliers, puisque les ruines de leurs bâtiments existaient encore aux XVIe et XVIIe siècles. Passons maintenant à ce qui concerne ce vieux donjon. La tour de Montbran, telle qu'elle existe aujourd'hui, est à peu près dans le même état qu'au XVIIIe siècle, époque à laquelle on croyait y voir une construction romaine : je ne puis mieux tant que de rappeler ainsi ce qu'en dit l'illustre Montfaucon : « Cette tour, dont il ne reste que des masures, est bien moins considérable que les autres ; elle est encore, à ce qu'on m'écrit, beaucoup moins ancienne et assez mal bâtie. Mais comme il est important de faire connaître les différentes formes de ces octogones gaulois fort anciens dans leur origine, puisque nous en avons vu faits du temps de Caligula, mais dont quelques-uns ont été bâtis dans les siècles bien plus bas, nous avons jugé à propos de donner le plan seulement de celui-là, les pans des murs qui restent ne pouvant plus nous donner aucunes instructions sur la forme extérieure. Voici la description que m'en a envoyée le père prieur de Saint-Jagut : On l'appelle la tour de Montbran, nom d'un petit village dans le territoire duquel elle est bâtie, à 3/4 de lieue de Matignon, diocèse de Saint-Brieuc. Elle est bâtie sur une élévation, et sur le roc qui lui sert de fondement, au milieu d'une grande plate forme en terrasse faite exprès, d'environ 100 pieds de diamètre autour d'une espèce de dos d'Ane de simple terre gazonnée de deux pieds et demi ou trois pieds de hauteur en glacis et en talus par le dehors, et en façon de retranchement. La tour est construite à chaux et à sable, d'assez mauvaise pierre, telle qu'elle s'est trouvée sur les lieux, et au pied même de l'ouvrage ; c'est une espèce de caillou gris et brun, qui prend fort peu la chaux. Elle est octogone en dehors : les huit pans ne sont pas égaux : il y en a quatre qui ont 10 pieds et quelques pouces, et les quatre autres entre 12 et 13 pieds. Dans l'un des pans qui est du côté du midi , il y a une ouverture irrégulière de 8 à 9 pieds de hauteur et de 6 à 7 pieds de largeur, au bas de laquelle on voit encore des assises de pierre dure des deux côtés, qui sont les restes d'une porte de 3 pieds de largeur et dont on ne peut plus dire au juste la hauteur. Ce qui surprend un peu, c'est que cette porte est à 8 pieds de hauteur du terrain de dehors, mais an niveau du terrain en dedans, sans qu'il y paraisse aucune trace d'escalier ou de perron pour y monter : la tour étant sur le roc, il ne peut y avoir de porte plus basse que celle-là. Dans le même pan, deux pieds au-dessus de cette porte, il reste quelques assises de pierre de taille dure ; c'était une fenêtre qui avait au moins 4 pieds de haut ; on n'en peut pas dire la largeur, parce que ce pan est ruiné presque jusqu'à la porte, et qu'un des côtés de la fenêtre a sauté avec le reste : il y avait dans cette tour quelques autres petites fenêtres. La tour a encore 38 pieds de hauteur du côté du nord, où il reste quelques pans presque dans leur entier, et elle ne paraît pas avoir eu jamais davantage. Il y a encore un reste de parapet au haut de l'un de ces pans. Elle est unie et en droite ligne par dehors et du haut en bas ; les murs ont neuf pieds d'épaisseur du côté de la porte : à dix pieds plus haut l'épaisseur est réduite et diminuée de trois pieds et demi, et le dedans de la tour ou l'espace vide est agrandi d'autant ; il y a encore une autre réduction de deux pieds et demi, de sorte, qu'au haut de la tour le mur n'a qu'environ trois pieds d'épaisseur. La tour qui est octogone au dehors est ronde au dedans, et si peu spacieuse qu'elle n'a guère qne quinze à seize pieds de diamètre. Elle était divisée en deux étages avec deux planchers de bois à dix pieds de hauteur l'un de l'autre ; il ne paraît pas qu'il y ait jamais eu de voûte. » Je n'ajouterai que peu de chose à la description du prieur de de Saint-Jacut : je n'ai pas besoin de rappeler à mes lecteurs que la forteresse de Montbran n'a rien de romain ; ses débris sont trop peu caractérisés pour que je puisse fixer la date précise de sa fondation qui, en tout cas, n'est certainement pas antérieure à la seconde moitié du XIVe siècle. Je prends dans le minu du 3 juillet 1499, fait par François de Laval, à la mort de Françoise de Dinan, le résumé de ce qui composait la seigneurie de Montbran : je ne répéterai pas ce que j'ai déjà dit sur la tour. 21 tenues qui acquittaient des redevances au terme de Saint-Gilles : je remarque parmi elles celles de Robert Ferrière, chevalier, seigneur de la Motte, de Jean de Saint-Mirel, de Jean Goueon, et d'Etienne Bataille.

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Published by poudouvre
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