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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 20:59

 

 

Le diocèse de Cornouaille, disparu en 1790, était, avec ceux de Nantes et de Vannes, un des plus étendus de la Bretagne. Il offrait une configuration bizarre, dont personne jusqu'à présent n'a réussi à rendre raison, faisant vers l'intérieur du pays une saillie prononcée, au nord de Pontivy, jusqu'aux abords de Loudéac. Il s'appelait en latin diocesis corisopitensis, ce qui ne signifiait pas du tout « de Quimper », mais ne signifiait pas non plus « de Cornouaille ». Il présentait encore d'autres particularités dignes de remarque. Ne pourrions-nous pas, considérant d'une même vue ces particularités diverses, les expliquer dans une certaine mesure? C'est ce qu'il vaut la peine de tenter. Peut-être la question si controversée de l'origine du diocèse s'en trouvera-t-elle éclaircie. Il a été démontré que le mot Corisopitum, employé de nos jours pour désigner Quimper en latin, n'est qu'une innovation de basse époque. Au moyen âge, des clercs en veine de pédan-tisme, quand ils ne voulaient pas se borner à transporter tout simplement le mot breton Kemper dans leur latin, le traduisaient; ils mettaient Confluentia (le Confluent). Le radical Corisopit est fourni par l'adjectif Corisopitensis, qui apparait au IXe siècle à propos de l'évêque Félix et qui se rapporte à un territoire, non à une ville. Ainsi, plus tard, on se servit en français, pour l'évêque et l'évêché, de l'expression « de Cornouaille » préférablement à « de Quimper ». Tel est le fait dont il faut partir. Un autre fait important ne semble pas avoir retenu l'attention des érudits. C'est que Corentin, tenu pour le premier évêque de la région, n'appartenait pas à la première génération des saints bretons; il n'était pas un immigré. La tradition, toujours portée cependant à vieillir ses héros, le fait naitre en Bretagne-Armorique. Il n'a pas été formé dans une des grandes écoles monastiques du pays de Galles, comme Paul-Aurélien, Tugdual, Brieuc, Malo et Samson. S'il a peut-être mené un instant la vie d'un moine avant de parvenir à l'épiscopat, du moins personne ne fait de lui un abbé-évêque. Par là il se distingue radicalement des grands saints de la Domnonée. Sans être moins breton qu'eux, il a dans ses allures quelque chose de moins celtique, de plus régulièrement romain. Là-dessus deux réflexions viennent à l'esprit : Si le diocèse de Cornouaille portait un nom latin sans rapport avec le nom de la ville chef-lieu et ¦ autant qu'on en peut juger - avec la toponymie bretonne, ne serait-ce pas parce qu'il était la continuation d'une organisation antérieure aux émigrations, c'est-à-dire d'un diocèse gallo-romain, désigné par un nom d'origine gauloise, et dont le chef-lieu ne se trouvait pas là où fut dans la suite celui du diocèse breton?Si Corentin ne ressemble pas aux évêques de la Domnonée, ne serait-ce pas parce qu'il exerçait son autorité dans un pays le sien où, immédiatement avant lui, il y avait eu des évêques, où, en conséquence, les usages romains se trouvaient déjà fixés? Il n'aurait fait ainsi qne s'asseoir sur une chaire établie par d'autres, qu'il avait connus, dont il ne reniait pas l'héritage. La forme Corisopitum exactement Coriosopitum – se trouve, en tant que génitif pluriel, dans l'expression civitas Coriosopitum, figurant sur les plus anciens manuscrits, dont un du VIe siècle, de la Notice des provinces et cités de la Gaule. On n'a pas le droit d'écarter cette leçon sous le prétexte qu'elle usurpe la place de Coriosolitum et que la cité des Coriosolites subsistait lors de l'établissement de la Notice. Qui nous dit en effet que des scribes n'ont pas pu commettre une bévue, soit qu'ils aient confondu en une seule deux cités portant deux noms faciles à confondre, soit qu'ils aient substitué par erreur au nom de la civitas Coriosolitum celui d'un simple pagus Coriosopitum de la cité des Osismes ? Les scribes, voire les rédacteurs, de la Notice des Dignités, contemporaine de celle des provinces, en ont fait bien d'autres. Et il faut encore considérer ceci. Au XVe siècle une coutume certainement très ancienne voulait que, lorsqu'un nouveau prélat allait prendre possession du siège de saint Corentin, il passâtune nuit au monastère de Locmaria. C'est de là qu'il partait le lendemain matin pour faire son entrée solennelle dans sa ville épiscopale, sise au confluent de l'Odet et du Stéïr, la ville bretonne, Kemper-Corentin. Or Locmaria, où il a été découvert des restes romains, et qu'une charte du XIe siècle appelle civitas Aquilonia, devait être, s'il existait des évêques dans le pays avant les Bretons, le lieu de leur résidence. Il y a apparence que la vieille coutume exprimait une réalité historique, que les évêques gallo-romains avaient eu quelque temps leur chaire à Aquilonia- Locmaria, que leurs successeurs bretons s'installèrent en amont, à Quimper, et que le transfert fut l'uvre de Corentin. Peu à peu, on le voit, une explication générale se précise, hypothétique à beaucoup d'égards, cohérente néanmoins. Elle peut s'énoncer comme suit : La cité des Osismes (ou Osismiens), correspondant grosso modo à un Finistère agrandi, s'étendait sur une vaste surface. Comme celles des Namnètes, des Redons, des Vénètes et des Coriosolites, elle avait au début du Ve siècle un évêque. Ce dernier, qui avait probablement résidé d'abord dans l'antique Vorgium (notre Carhaix), était déjà passé à Aquilonia, dans le pays des Coriosopites, quand les Bretons se présentèrent. Dans le nord, sur le littoral de la Manche, l'autorité des abbés-évêques Paul-Aurélien et Tugdual réduisit à rien le champ d'action du pouvoir ecclésiastique gallo-romain. De ce côté les Bretons organisèrent les choses entièrement à leur guise. Dans le sud-ouest, au contraire, les pouvoirs antérieurs subsistèrent tels quels jusqu'à l'accession de Corentin. Même après lui l'évêché garda son caractère. Les diocèses de Léon et de Tréguier, installés dans la partie nord des anciens Osismes, ne se constituèrent définitivement, avec des limites précises, qu'au IXe siècle, au temps de Nominoé. A la même époque se constitua aussi celui de Saint-Brieuc, sur un territoire qui avait appartenu à la cité des Corio-solites; mais il ne s'étendit pas jusqu'aux limites que cette cité avait eues vers le sud. Brieuc et ses successeurs jusqu'à 848 n'ayant pas, semble-t-il, été des évêques, la région très peu peuplée qui, en plein Argoat, aurait dû relever d'eux, avait été de fait abandonnée à l'apostolat de saint Corentin. D'autre part, lorsque les Bretons du Bro-Weroch, qui durent à l'origine relever de l'évêché des Coriosopites, avaient pu enfin installer un prélat breton à Vannes, ils avaient laissé hors de son diocèse la région d'entre Pontivy et Loudéac parce qu'il ne s'y trouvait aucun des leurs ; les évêques de Cornouaille la conservèrent sous leur juridiction.

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Published by poudouvre
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