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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 08:58

 

 

VI ) Vincent des Maretz, successeur de Mre du Guémadeuc, acheva l'oeuvre de ce dernier évêque au manoir de Saint-Malo de Beignon. Ses armoiries : D'azur au dextrochère d'argent tenant trois fleurs de lys de même, apparaissent, en effet, sur les belles voûtes qui faisaient communiquer le châteaau avec l'église paroissiale ; les frises, les guirlandes et autres décorations de ce riche travail de sculpture, sont de même style que les ornements des boiseries de la grande salle de réception. Je crois donc qu'il faut attribuer à Mgr des Maretz tous les panneaux sculptés quii font la principale curiosité du château actuel de Beignon. Son successeur, Mgr Jean-Joseph de Fogasse de la Bastie, fit aussi sculpter les belles stalles de l'église paroissiale de Saint-Malo de Beignon, et l'on y voit encore son écusson : De gueules au chef d'argent chargé de trois rose au champ. Mais ce prélat termina une affaire bien plus importante, relativement à la forêt de Brécilien  ou de Paimpont. Nous avons dit précédemment qu'en 1260, Guillaume de Lohéac avait confiméles évêques de Saint-Malo dans la possession des droits d'usage que leur avait concédé dans la forêt de Brécilien le seigneur de toute cette région. Ce droit, consistait, comme nous l'apprend la charte de 1467, à prendre des bois pour la construction du manoir de Saint-Malo de Beignon,  et du bois de chauffage pour cette demeure et pour le four-à-ban épiscopal. En 1412, Mgr de la Motte, puis en 1575 Mgr Thomé,  avaient  eu quelques difficultés à ce sujet, avec le seigneur de Montfort, propriétaire de Brécilien, mais au XVIIe siècle, un grave et long différend surgit tout à coup entre les évêques de Saint-Malo et les possesseurs de la forêt. Voici à quelle occasion : Le duc de Trémoille, seigneur de Montfort, ayant dessein de vendre sa forêt de Brécilien, obtint du roi des lettres patentes en 1627 et 1633, en vertu desquelles M. de Tarnouarn de Couvran, conseiller au parlement de Bretagne, fut commis par arrêt de ce parlement de régler le triage à chacun des usagers, c'est à dire à l'évêque de Saint-Malo, aux abbés de Paimpont et de Montfort, à la prieure de Telhouët, aux prieurs de Montfort, etc., qui tous avaient droit dans la forêt. Par sentence du 1er septembre 1634, il régla le droit d'usage de l'évêque de Saint-Malo à 110 charretées de bois de chauffage pour son château de Saint-Malo de Beignon, et pour son four-à-ban, et à six charretées à bois de mérain pour les bâtiments et entretien d'iceux.

 

Mgr de Harlay, alors évêque de Saint-Malo résolu de se pourvoir contre cette sentence, qu'il jugea préjudiciable au droits de son évêché. Il en fut détourné par le duc de Trémoille, qui lui fit agrémenter sa proposition, d'augmenter de 20 journaux  le terrain de la forêt  désigné pour fournir annuellement les 110 charretées de bois de chauffage et les 6 charretées de bois à mérain. L'évêque accepta cette transaction, qui fut signée le 10 juin 1636. Mais une autre  difficulté se présenta, les 20 journaux d'augmentation devaient être mesure de forêt ; comme le procès-verbal d'arpentage et désignation du 18 mars 1637 ne suivit que la mesure ordinaire, plus faible d'un tiers que la mesure ordinaire, le procureur dudit évêque protesta de nullité, prétendant qu'il fallait 30 journaux, mesure ordinaire, pour en faire 20, mesure de forêt. Mgr de Harlay en resta là, mais sous l'épiscopat de son successeur, Mgr de Neufville, le duc de Trémoille vendit sa forêt  de Brécilien à une société de plusieurs seigneurs voisins; aussitôt l'évêque de Saint-Malo fit opposition à ce contrat de vente, le disant opposé à ses intérêts, et, le 27 juin 1653, il la fit signifier aux acquéreurs, avec protestation, qu'il userait à l'avenir de son droit d'usage, non sur le pied de la sentence de 1634, mais selon l'usance et les titres qu"il possédait. Les nouveaux propriétaires de Brécilien promirent alors au prélat de le satisfaire, sans cependant prendre d'engagement formel. Mgr de Neufville et son successeur, Mgr de Villemontée (portrait ci-dessous), purent jouir en paix de leur droit d'usage.

 

 

Lorsque Mgr du Guémadeuc  fit reconstruire une partie du château de Beignon, et réclama les quatre cents pieds  de chêne dont nous avons précédemment parlé, la querelle redevint plus vive que jamais ; aussi ce prélat eut-il fermé les yeux, en 1702, sans avoir pu achever ses nouvelles constructions, que les propriétaires de la forêt envoyèrent deux à trois hommes, bûcherons, et gens de la forge de Paimpont, qui, dans l'espace deux jours abattirent presque tout le haut bois du canton voisin de Trégouët, désigné dans la sentence de 1634 ; quoique le canton voisin fût le gage de la satisfaction toujours promise aux évêques, eut égard à l'insuffisance du canton de Trégouët. Mgr des Maretz et Mgr de la Bastie continuèrent donc le procès engagés contre les propriétaires de Brecilien, et l'affaire ne se termina qu'en 1759. A cette époque, on convint donc de s'en remettre  à des arbitres qui furent Pierre Le Lorrin, avocat au parlement de Paris, et René de la Rousselière du Châtelet,  avocat au parlement de Rennes ; les parties intérressées étaient, d'un côté, Jean-Joseph de Fogaces de la Bastie, évêque de Saint-Malo et baron de Beignon ; de l'autre côté, Jacques de Farcy, sgr de Cuillé, Charles d'Andigné, sgr de la Châsse, Suzanne de Farcy, ctesse du Rumain, Jean-Baptiste de Farcy, sgr de Mué, Théodore de Ravenel, sgr du Bois-Teilleul, Jean d'Andigné, sgr du Plessix-Bardoul, et autres associés, propriétaires de la châtellenie de Brecilien.

 

 

Il fût arrêté que les propriétaires de la forêt délivreraient, sans frais, pour chacun an, audit seigneur évêque et à ses successeurs à perpétuité, propriétaires  des châteaux et baronnie de Beignon,  le nombre de cinquante cordes de bois toutes buchées et  dressées, mesure de ladite forêt, et huit charretées de bois d'oeuvre ou à mérain, chaque charretées composée de vingt cinq pieds cube, en une ou plusieurs pièces ayant au moins chaque pièce 12 pieds  de longueur, fors que de deux ans en deux ans, ils en fourniraient une au moins de 25 pieds de longueur, lequel bois sera livré par les lesdits seigneurs propriétaires tout équarri et cubé comme bois marchand en chantier.  Le 11 septembre 1759, Mgr Fogasses de la Bastie accepta cettesentence d'arbitrage et le procès prit fin. Ces droits d'usage suscitèrent beaucoup de chicane ces deux derniers siècles ; ils remontaient au moyen-âge, et depuis les choses avaient bien changé : les forêts avaient perdus de leur étendue, les usagers avaient quelquefois outrepassés leur droit, les grands seigneurs avaient quitté la province et demeuraient à la cour ; mais surtout l'esprit de foi et de piété, de toutes les donations faites jadis au clergé, allaient s'affaiblir de plus en plus. L'esprit révolutionnaire apparaissait, au contraire, aussi bien dans les campagnes que dans les villes; on en eût une preuve dans le procès qu'intentèrent les habitants de Beignon au successeur de Mgr de la Bastie.   

 

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Published by poudouvre
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