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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 19:21

VII ) Antoine-Joseph des Laurents était vicaire-général de Mgr de la Bastie, lorsqu'il fut appelé à lui succéder en 1767. Ce prélat, dpnt on loue beaucoup la piété et la charité, résolut de donner un peu d'élan àses vassaux en faisant cultiver une partie des immenses landes de Beignon dépendant de sa baronnie du même nom. Il afféagea donc sur ses landes qui ne contenaient pas moins de deux mille quatre cents journaux, sans compter les bois qui s'y trouvaient mêlés, diverses quantités de terrains montant tout ensemble à environ cinq cent cinquante journaux et avoisinant le moulin de Lanvieil et la chapelle de Sainte-Reine.

 

 

Le moulin de Lanvieil en Beignon apparait ici souligné de rouge

 

Les afféagistes étaient les sieurs Hochet ; Le Breton de Ranzégat ; Jousselin de Verrières ; de Fermont etc., toutefois les afféagements faits aux sieurs de Ranzégat, Jousselin et de Fermont avaient seuls de l'importance. Mgr des Laurents avait afféagé cent journaux à M. de Ranzégat, mais ce dernier n'en n'avait enclos et défriché qu'environ quatre-vingt ; l'afféagement de MM. Jousselin et de Fermont était de quatre-cents journaux, dont ils n'eurent le temps d'enclore que la moitié ; des autres terrains afféagés à divers particuliers, il n'y eut que quatre journaux enclos ; ainsi l'évêque de Saint-Malo n'avait réussi à faire défricher que deux-cent quatre-vingt quatre journaux, quand tout à coup la tempête se déchaîna contre lui. Les habitants de Beignon avaient des droits d'usage dans les landes et communs, aussi bien que dans le bois de leur paroisse qui dépendait de la baronnie épiscopale ; ils prétendirent dun côté que Mgr des Laurents leur faisait tort en afféageant une partie de ces landes, et, de l'autre, que les bois de Ténédos et du Feil leur appatenaient en toute propriété ; ils réclammèrent donc en justice contre leur seigneur et évêque, et ils obtinrent de la juridiction royale de Ploërmel un arrêt du 9 mai 1774, condamnant Mgr des Laurents. Cette sentence déclarait nuls les afféagements faits par l'évêque de Saint-Malo, et défendait à ce prélat d'en consentir auun autre avant un tringe en règle, dans lequel ne pourraient être compris les bois du Feil et de Ténédos ; elle ordonnait que les talus et autres ouvrages faits ou commencés pour la clôture de ces afféagements, seraient démolis sous deux mois, faute de quoi elle permettrait au général de la paroisse de Saint-Pierre de Beignon, d'en faire  la démolition aux frais de l'évêque et des afféagistes, et elle condamnait Mgr des Laurents à payer 500 livres de dommages et intérêts au général de la paroisse. On comprend la position difficile où se trouvèrent l'évêque et ses afféagistes : ces derniers avaient non seulement enclos des terres, mais ils avaient construit des maisons d'habitation, créés des prairies, ensemencés des champs : tous ces travaux devaient disparaître. Pour les dédommager, en quelque chose, l'évêque de Saint-Malo afferma à prix réduit sa baronnie de Beignon, en 1767 à Pierre-Paul Le Breton de Lanzégat, et, en 1775, à René-François Jousselin, sr de Verrières, et à Charles de Fermon, et il essaya de les soustraire aux tristes conséquences de la sentence portée contre lui. Mais ce fut en vain, l'arrêt de Ploërmel fut confirmé le 23 juillet 1785 par le Parlement de Bretagne qui renvoya les partis dans la juridiction de Ploërmel pour y faire régler les indemnités prétendues par les afféagistes. Sur ces entrefaites Mgr des Laurents mourut subitement en rentrant à Saint-Malo d'un voyage qu'il venait de faire à Paris. Son successeur, Gabriel Courtois de Pressigny, fut sacré évêque  de Saint-Malo le 15 janvier 1786 et continua de défendre contre les paroissiens de Beignon les droits de son évêché ; il obtint du parlement de Bretagne un arrêt un peu moins dur que la précédente  sentence ; par cet arrêt  de 1786, le parlement condamne encore, il est vrai, les afféagements faits dans les landes de Beignon, mais il adjugeait en toute propriété un tiers de ces communs à l'évêque de Saint-Malo, de sorte qu'après le partage fait, il devait rester encore aux afféagistes une étendue de terrain plus considérable que celle dont ils avaient été dépossédés. Toutefois le partage n'eut point lieu, la conduite des paroissiens de Beignon qui avaient exécutés eux-mêmes la sentence de Ploërmel rasant les constructions, détruisant les cultures des afféagistes  et rendant à l'état de landes incultes et sauvages les teres qu'à grand peine et grands frais on avait cultivées, révolta probablement Mgr de Pressigny, qui ne voulut pas demander le triage. La Révolution vint alors à éclater, et les habitants de Beignon furent réompenser comme ils le méritaient : devenus possesseurs des bois du Feil et de Ténédos, malgré les justes réclamations de l'évêque de Saint-Malo, ils les avaient vendus 32,000 livres, dit M. Marteville, et avait placé cette somme sur l'Etat ; la tourmente révolutionnaire leur fit perdre cette valeur, qui maintenant représenterait près du triple. 

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Published by poudouvre
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