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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 18:24

 

 

La victoire de Saint-Cast eut un immense retentissement en Bretagne, et, selon l'expression de M. Ropartz, le récit de ces événements « a été transmis à la postérité avec la pompe surhumaine de l'épopée! ». Nous possédons beaucoup de narrations pittoresques de la descente de Saint-Briaç, mais il n'en existe encore aucune relation historique exacte. Les versions des chroniqueurs contemporains, et les études des écrivains qui relatèrent ces faits de guerre sont très souvent contradictoires. Mais, il est un point sur lequel l'accord unanime ne pouvait laisser planer aucun doute : la trahison du Guildo. La résistance de Rioust des Villes-Audrains n'aurait été brisée, qu'après qu'un traître : Julien Grumellon, de la paroisse de Saint-Lormel, eût révélé à Bligh le faible effectif des défenseurs du cours d'eau, et n'eût indiqué aux colonnes anglaises les gués de l'Arguenon. De nombreux auteurs nous donnent des détails circonstanciés sur ce fait historique. « L'après-midi, écrit M. Rioust des Villes-Audrains les ennemis firent partir un de leurs espions, habitant du pays, qui ayant pris un grand détour, vint de notre côté, vit le peu de monde que nous étions, et par le même détour alla en rendre compte au général Bligh. » Le récit du recteur de Saint-Gast est formel à cet égard : « Le samedi les Anglais corrompirent par argent un Né Grumellon de la paroisse de Saint-Lormel, qui, après avoir examiné et rapporté aux ennemis la petite poignée de monde qui s'opposait à leur passage les conduisit à Sainte-Brigitte... » « Ce traître, avance l'abbé Manet, était un Né Grumellon, de la paroisse de Saint-Lormel, qui s'était laissé gagner par argent et qui leur indiqua en sus les points les plus faciles de passage... » « Rioust des Villes-Audrains, écrit M. J. Geslin de Bourgogne, tint l'armée anglaise en échec jusqu'au moment où un traître de Saint-Lormel, Grumellon, dirigea les colonnes anglaises à travers les grèves de Quatre- Vaux pour tourner le Guildo... » M. Bertrand Robidoufait les suppositions suivantes : « Mais un traître d'une paroisse voisine gagné par argent, par peur plutôt, révéla le petit nombre des défenseurs du pays. Le traître s'appelait Grumellon, il était de Saint-Lormel... » M. Sigismond Ropart attribue un autre mobile à ce crime : « II avait 43 ans quand il vendit son pays. Il n'avait pas l'excuse du besoin... Julien fut donc poussé par l'ambition la plus honteuse, ou par la crainte; à moins qu'il n'ait voulu venger le sang de son père sur les paroisses de la rive gauche de l'Arguenon. » M. Arthur de la Borderie, lui-même, n'hésite pas à certifier l'authenticité de ce fait, avec la haute autorité qui se dégage de toutes ses œuvres : « Les Anglais, on le sait, écrit-il, n'osèrent franchir le gué du Guildo, le 9 septembre au soir, qu'après avoir été informés par un traître du petit nombre des volontaires qui, par leur vaillante résistance avaient pendant 24 heures arrêté la marche des envahisseurs. « Les relations donnent à ce traître, qui était du Guildo même, le nom de Grumellon... » Gomment douter de la réalité de ce fait après une telle série de témoignages accablants? Mais, l'histoire est une science exacte, et celui qui s'y adonne ne doit pas se laisser impressionner par l'unanimité des jugements antérieurs. Notre incrédulité contemporaine exige des références; les récits historiques créent la présomption dans nos esprits; les textes authentiques seuls déterminent la conviction. Or, une étude approfondie des lieux et des faits nous a amené à douter de la réalité de la trahison du Guildo. Bligh ne voulait pas la bataille. Or, chaque étape de son armée vers l'Ouest le rapprochait de ce point fatal où il allait venir se heurter en aveugle à la masse principale des troupes du duc d'Aiguillon. Le 10 septembre il n'avait même pas encore la notion confuse du danger vers lequel il courait. Il' ignorait tout de la marche et des projets de son adversaire : les historiens anglais l'avouent, et le désarroi manifeste dans lequel se réunit le conseil de guerre anglais le même jour au Pont-Brûlé en Matignon le démontre. Bligh eût connu tous ces faits, si le service d'espionnage avait été organisé dans son armée. Il utilisa à coup sûr comme guides des paysans terrifiés par la menace de la potence, mais l'incohérence de tous les actes du commandement anglais, jusqu'aux dernières heures de cette campagne, semble démontrer qu'il manqua d'espions et ne sut jamais -rien de ce qui se passait à quelques lieues du camp. L'étude de M. Ropartz sur « Le traître de Saint-Lormel » contribua surtout à faire naître le doute dans notre esprit. « Les vieillards ont connu Grumellon, écrit-il W : dans les dernières années du XVIIe siècle, vers 1780, il habitait, au Guildo, vis-à-vis du couvent des Carmes, une petite maison d'où il pouvait voir le théâtre même de sa trahison. C'était un homme grand, maigre, marchant droit avec une sorte de tournure militaire. Il vivait seul et personne ne le hantait. Souvent les enfants le poursuivaient, en lui criant : « Va donc montrer le passage aux Anglais! » « II semble ensuite avoir disparu du Guildo, et l'on perd sa trace. » Ainsi donc, Grumellon échappa au châtiment de son forfait. et le traître put narguer pendant de longues années le mépris de ses concitoyens. Ce fait invraisemblable épaississait encore à nos yeux le mystère dont était entourée la trahison du Guildo. Ce point d'histoire n'en était que plus intéressant à éclaiFcir. Nous avons été assez heureux pour pouvoir reconstituer intégralement d'après les Archives départementales d'Ille-et-Vilaine (Série B, Présidial de Rennes) les dossiers de procédures de haute trahison au profit des Anglais instruites en Bretagne de 1758 à 1760. Nous nous efforcerons de retracer à l'aide de ces documents inédits toute l'affaire de trahison du Guildo.

 

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Published by poudouvre
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