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16 avril 2016 6 16 /04 /avril /2016 04:18

 

 

Château du Guildo

 

 

Les circonstances dans lesquelles Grumellon fut pris par les Anglais et les conditions de son existence pendant sa captivité présentent bien des caractères étranges. Il n'eût tenu qu'à lui d'éviter cette fâcheuse aventure, si l'on en croit un témoin. Louis Peyri dépose en effet que : « Le jeudi 7e du mois de septembre, chemin faisant de chez lui pour se rendre à Dinard, arrivant au village du Sabre, paroisse de Lancieux, il vit les soldats anglais qui s'avançaient vers ledit village. ... Gomme il fuyait il vit le Né Grumellon de la paroisse de Saint-Lormel qui était sur le fossé d'un champ voisin de l'auberge du Sabre, qui avait un fouet à la main, auquel il dit qu'il fallait s'enfuir parceque les Anglais approchaient, et ledit Grumellon lui répondit que les Anglais n'auraient peut-être pas fait autant de mal qu'on croyait, et le déposant resta au village du Sabre pendant environ une heure, pendant lequel temps ledit Grumellon resta toujours sur ledit fossé...» Grumellon raconta ainsi qu'il suit son arrestation par une patrouille anglaise. Vers midi dit-il « il mit sa jument à paître dans le clos du Né Hellausois situé à une portée de fusil de l'auberge du Sabre en la paroisse de Lancieux et environ les 2 à 3 heures après-midi ayant ouï dire que les Anglais paraissaient en un endroit nommé La Digue il quitta le cabaret et courut vers la hauteur d'où il aperçut plusieurs Anglais qui étaient dans un clos appartenant à la sœur du répondant et faisaient chemin vers la susdite hauteur où plusieurs habitants du canton s'étaient rendus; aussitôt il prit la fuite, se rendit à l'auberge de Lancieux où ayant pris ses bottes il courut dans le clos où il avait mis sa jument à paître, et comme il était à la sangler 5 ou 6 soldats anglais montés sur des chevaux vinrent à lui, le saisirent au collet, le jetèrent par terre dans le chemin qui est voisin dudit clos et à force d'épaules jetèrent aussi ladite jument dans ledit chemin, et dans le moment arrivèrent des piétons anglais armés de fusils qui l'entourèrent, ayant la baïonette au bout du fusil et le forcèrent de marcher au milieu d'eux vers Ploubalay, et l'un desdits piétons monta sur sa jument... » Trois témoins cités au procès le rencontrèrent pendant sa captivité. Yves Ménot, cabaretier à Ploubalay, fut saisi de frayeur le jeudi 7 septembre en voyant son cabaret envahi par les Anglais : « qui se servaient eux-mêmes se rendant maîtres de tout ce qui était dans son auberge; le déposant fut surpris dans cet intervalle de voir le Né Grumellon-Villorien, assis à la porte du déposant et qui ne lui parut pas être gêné ni gardé par les Anglais, mais dit en ces termes au déposant « Je ne suis pas cause de tout cela »; et d'un ton triste dit en ces termes : « Ils m'ont pris et amené » et pour lors ledit Grumellon avait son chapeau rabattu sans le déposant savoir si c'était pour se parer de la pluie ou autrement... » La même scène se reproduisit le lendemain 8 septembre : « Sur le soir les soldats anglais se retirant vers le Guildo un desdits soldats anglais ou officier parlant audit Grumellon qui était à la porte du déposant dit (en ces termes) marche, marche; et dans le moment Grumellon alla avec eux sans le déposant savoir où. » Le R. P. Fortunat rencontra fortuitement, le 9 septembre, à 9 heures du matin, dans la dépense du couvent : « un particulier qu'il ne connaissait pas et qui était vêtu d'une veste de drap fleuri à fond rouge, lequel était assis sur du foin qui avait servi à coucher dans cette même dépense les officiers anglais; lui ayant demandé ce qu'il faisait là ou s'il était domestique de quelque officier anglais? il lui répondit que non et que les Anglais l'avaient pris malgré lui à Lancieux pour leur montrer le chemin. » Le témoin « lui fit une remontrance en quelques paroles et lui persuada d'être bon citoyen et de ne donner aux Anglais connaissance du canton... » Bernard de Courville était allé le même jour, entre 9 et 10 heures, au couvent « il y vit ledit Grumellon qui était dans ladite dépense à vergeter une redingote bleue... et le déposant ne s'aperçut pas que ledit Grumellon fût gêné par les Anglais dans le couvent des Carmes, mais qu'il allait çà et là dans le couvent sans gardes, quoique pour lors 2 habitants du canton prisonniers fussent gardés par un soldat anglais. » Ce témoin rétracta la fin de sa déposition lors de la confrontation du 12 janvier 1759. Ces dépositions semblent avoir impressionné les magistrats instructeurs d'une façon défavorable à l'accusé. Ils le pressèrent de questions et la forme même dans laquelle elles sont posées est une manifestation de la conviction des juges.-Interrogé si étant saisi par les soldats anglais il ne leur indiqua pas le chemin le plus court et le plus commode pour se rendre à Ploubalay, et s'il n'y eût pas de l'affectation de la part desdits Anglais de le faire escorter par des fusiliers? -Dit que lorsque les , Anglais L'arrêtèrent, le Né Gilles Chenu et Jacqu'es Quintin du village du Sabre étaient arrêtés par lesdits Anglais, et ledit Chenu était présent lorsque le répondant fut arrêté, et conteste au surplus les faits de l'interrogation. » -Interrogé si étant avec lesdits Anglais au bourg de Ploubalay il ne conseilla pas aux Anglais de piller tout ce qui était en l'auberge d'Yves Menot et d'en tirer contribution? -Dit qu'en arrivant à Ploubalay sous l'escorte des soldats qui l'avaient arrêté et qui l'avaient excédé à coups de crosse de leurs fusils pour le faire avancer vers Ploubalay, il vit un grand nombre d'autres soldats anglais parmi lesquels il y avait plusieurs habitants du canton que lesdits soldats anglais gardaient prisonniers, du nombre desquels était le Sr de Villeneuve Malapel avocat qui demeure à Bourseul, le Né René Lemasson du village de la Ville Colin en Lancieux et le Né Demeslé, matelot, de la même paroisse de Lancieux, que les Anglais maltraitèrent et excédèrent de coups, et le N Bézard du bourg de Saint-Lunaire; le répondant ayant été mené dans le cimetière de Poubalay où étaient lesdits habitants, il y fut gardé avec eux par les soldats anglais environ pendant un quart d'heure, puis 2 soldats anglais lui jetèrent sur le col une corde aux bouts de laquelle il y avait 2 flacons ou bouteilles de fer blanc et lui pesèrent sur la tête et sur le col de façon qu'ils l'abattirent par terre, puis laissé se relever le firent passer du cimetière dans le cabaret où ils firent remplir les deux bouteilles ou flacons de cidre, ensuite ils le firent repasser dans le cimetière en criant sur le répondant : Garde-côte! Garde-côte! et lesdites bouteilles ayant été vidées ils firent au répondant prendre le chemin du Guildo, chemin faisant ils voulurent pour éviter une marre passer par un sentier par lequel le susdit Bézard passait, mais dans le moment le piéton qui montait la jument du répondant lui porta sur l'épaule gauche et sur le col 5 coups d'un gros bâton et l'obligea de passer au travers de la marre, et s'étant mis à crier, un soldat qui était vêtu en bleu lui dit que s'il ne se taisait pas il allait le faire pendre au premier arbre, il fut donc obligé de continuer le chemin jusqu'au Guildo au travers de toutes les marres, escorté qu'il était de piétons et de cavaliers, étant rendu au Guildo, ils le forcèrent par menaces et excès de prendre le chemin du GUildo à SaintLunaire et se rendirent au presbytère de Saint-Lunaire où il fut gardé dans la cuisine par 2 fusiliers, et le lendemain matin qui était jour de vendredi, environ vers les 9 heures du matin* lesdits soldats anglais le ramenèrent au Guildo où ils le mirent dans un château qui est abandonné où il passa la nuit avec plusieurs soldats anglais qui le gardaient, et le lendemain jour de samedi, environ 8 ou 9 heures du matin, ces soldats le menèrent au couvent des Carmes où l'un desdits soldats lui donna à manger, étant le répondant épuisé à ne pouvoir se soutenir n'ayant bu ni mangé depuis qu'il avait été arrêté. »

-Interrogé si depuis qu'il fut arrêté ainsi qu'il l'a dit ci devant jusqu'à ce qu'il fut conduit au couvent des Carmes du Guildo il ne conduisit pas les soldats et officiers anglais en différentes maisons de la paroisse de Créhen et de Tré- gron où ils exercèrent des pillages et des brigandages ? -Conteste tous les faits de l'interrogation.

-Interrogé M si pendant qu'il fut dans le couvent des Carmes du Guildo il fut toujours gardé comme prisonnier par les Anglais et s'il fut gêné avec des cordes ou autrement?

-Grumellon répond qu'il fut simplement gardé à vue, et qu'il fut même autorisé à aller sous escorte acheter du tabac chez le Né Tinguy. -Interrogé s'il ne décrotta pas une redingote dans la dépense du couvent, et comme 'il l'époussetait on ne lui demanda pas ce qu'il faisait là, et si dans le moment un officier anglais ne dit pas que l'interrogé était un homme de Saint-Lormel qui leur servait de guide et si ce même officier ne lui dit pas d'aller battre la redingote ou le justaucorps dehors, et en ces termes : « Trouve toi tantôt pour nous conduire, sans quoi tu ne seras pas payé. »?

-Convient qu'étant dans une petite allée avec le Sr de la Renardière un soldat qui avait un grand bonnet sur la tête le voyant à rien faire et debout à la porte d'une chambre dans laquelle il y avait du foin, et à laquelle était pendue une redingote dont les extrémités étaient crottées lui dit de frotter entre ses mains lesdites extrémités, ce qu'il fit et conteste le surplus des faits de l'interrogation. » La confrontation entre l'accusé et les quatre témoins précités n'apporta aucun nouvel élément de conviction aux juges. Chacune des parties maintint le texte intégral de ses réponses, à l'exception du jeune de Gourville dont nous avons signalé plus haut l'importante rétractation. Mais les soupçons étaient ancrés à tel point dans l'esprit des magistrats chargés des deux premières phases de l'instruction, qu'ils manifestaient hautement leur sentiment à la fin des interrogatoires militaires : « Lui remontré qu'il déguise la vérité en ses réponses et qu'il sera appris qu'il a servi de guide et d'espion aux Anglais avant et depuis leur débarquement à Gancale et à Saint-Briac, sommé de nous déclarer les sommes qu'il en a reçues et de reconnaître et déclarer la vérité. « Conteste au tout les faits de la remontrance et dit avoir déclaré la vérité et n'avoir reçu aucun denier des Anglais. »

 

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Published by poudouvre
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