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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 19:39

 

 

 

La longue étendue des côtes de France a été, à toutes les époques de notre histoire, exposée aux deux modes d'attaque par mer : les bombardements et les descentes. Les grandes descentes ont été rares depuis la fin de la guerre de Cent ans; et leurs succès furent plus rares encore, lorsqu'elles eurent pour but des opérations régulières sur un territoire étendu et peuplé. Elles ont été plus fréquentes et plus heureuses, lorsqu'elles se sont proposé l'occupation de territoires bornés ou de positions particulières telles que les presqu'îles et les îles. Il ne convenait plus au XVIIIe siècle d'exagérer les dangers des invasions maritimes parties d'Outre-Manche. Notre incontestable supériorité militaire sur l'Angleterre lui interdisait de tenter la conquête d'un établissement permanent sur nos côtes, ou de s'emparer, sur le territoire français, de quelque place forte lui assurant la domination du pays et de la mer. Mais la suprématie maritime de la Grande-Bretagne lui facilitait le débarquement d'un corps expéditionnaire destiné à opérer près des côtes, à lever des contributions, à piller les villes ouvertes, à tenter une attaque brusquée contre les arsenaux maritimes, à ruiner les principaux ports d'armement. Les descentes de Synclair à Lorient en 1746, de Marlborough à Cancale en juin 1758, de Bligh à Cherbourg et à Saint-Briac aux mois de juillet et de septembre de la même année, sont les derniers exemples des incursions anglaises sur notre sol national. Aucune ville bretonne n'a plus souffert que Saint-Malo de nos guerres incessantes avec nos voisins d'Outre-Manche : sa liberté, sa fortune, son existence même furent souvent menacées. Aucune ville française ne leur fit plus de mal. Les exploits des corsaires malouins : les Bouvet, les Dangeron, les Magon, exaspéraient le gouvernement anglais au milieu du XVIIIe siècle, et ruinaient le commerce maritime de nos rivaux. Pitt décida, en 1758, de tenter un effort immense contre le vieux port breton, et de le réduire par une attaque combinée de l'armée et de la flotte britanniques. Mais la cité corsaire, couverte sur son front de mer par les fortifications érigées par Vauban, protégée sur son front de terre par la splendide ceinture de ses nouveaux remparts, apparut au duc de Marlborough comme une forteresse inexpugnable. Le général anglais rembarqua, le 12 juin 1758, à Cancale, les 13,000 hommes dont le commodore Howe avait assuré le débarquement, le 4 juin précédent. C'était un échec. Le pillage systématique des paroisses des évêchés de Dol et de Saint-Malo, la destruction d'une partie de la flotte malouine, les 3.363.223 livres de dégâts effectués dans le pays, ne couvraient pas les frais immenses de l'armement anglais. Marlborough céda le commandement au général Bligh, et celui-ci dirigea immédiatement contre Cherbourg une expédition dont le succès dépassa les prévisions les plus optimistes du cabinet de Londres. Bligh, grisé par ce facile succès, entreprit d'effectuer contre Saint-Malo l'attaque devant laquelle son prédécesseur avait reculé. Il cherchait la gloire; cette néfaste campagne devait briser sa fortune et le couvrir d'infamie. Le but avoué de la nouvelle expédition anglaise était l'attaque de Saint-Malo et l'achèvement de la ruine de son port. Mais, par suite de circonstances inexplicables, le débarquement du corps expéditionnaire s'effectua le 4 septembre 1758 dans l'anse de la Fosse, près de Saint-Briac. L'infranchissable fossé de l'embouchure de la Rance séparait l'armée anglaise de son objectif principal. Bligh s'efforça en vain pendant les deux journées suivantes de réparer les conséquences de cette grossière erreur initiale. Il lui fut impossible d'élaborer un nouveau plan de campagne contre la cité corsaire. Se rembarquer immédiatement eût été avouer l'avortement de ses conceptions stratégiques; il voulut sauver la face, donner le change à l'opinion publique anglaise et il laissa ses troupes dévaster librement le pays. Mais les dangers de la navigation côtière dans cette région et la mauvaise tenue des fonds dans les parages du Décollé obligèrent le commodore Howe à conduire sa flotte à l'excellent mouillage de la baie de Saint-Gast. L'impérieuse nécessité de maintenir toujours la liaison du corps expéditionnaire, avec la flotte obligea Bligh à effectuer sur terre un mouvement parallèle. L'armée leva le 8 septembre le camp de Saint-Briac et marcha sur Matignon par Ploubalay, Trégron, et le gué de l'Arguenon, situé près du couvent des Carmes du Guildo. Le Guildo (guedum dolosum) est un petit port, formé par la rivière de l'Arguenon, près du lieu où son estuaire s'élargit entre la presqu'île de Saint-Jacut, à l'Est, et le village de Notre-Dame du Guildo, à l'Ouest. Le passage du cours d'eau s'effectuait au XVIIIe siècle en bateau et très rarement à gué. Il eût été très imprudent à une personne inexpérimentée dé tenter sans guide le passage de la rivière à marée basse. L'Arguenon forme dans cette partie de son cours plusieurs fosses, sortes de souilles profondes, séparées les unes des autres par des seuils, dont chaque marée modifie l'orientation et l'emplacement. Le passage du Guildo s'effectuait en 1758, non pas en face des maisons des deux rives, comme il s'est fait postérieurement, mais plus en amont de la rivière, près d'un rocher dont la masse surplombe la fosse du Chaland. Charles Lebret et sa fille Rosé, femme de Pierre Perée,  exploitaient à cette époque le privilège du passage, moyennant une redevance aux carmes du Guildo. Aussi les habitants du pays avaient-ils progressivement renoncé à braver les dangers du passage à gué, et les riverains ne possédaient que des notions très imprécises sur les déplacements journaliers des seuils de la rivière. Ajoutons, enfin, que la rive Ouest, couverte de constructions et de levées de terre boisées, domine la rive Est, et que sa l'orme concave permet de battre le gué du Chaland par des feux croisés. Le passage de vive force de l'Arguenon .exigeait, dans ces conditions, de la décision et du coup d'œil de la part des chefs; beaucoup de courage chez les soldats. Cent paysans mal armés, rangés sous les ordres d'un chef improvisé, M. Rioust des Villes-Audrains, tinrent pendant trente heures l'armée anglaise en échec devant ce passage les 8 et 9 septembre 1758. Rioust ne se retira, le 9 septembre, à 5 heures du soir, que sous la menace d'une manœuvre enveloppante d'une colonne Anglaise passée au gué de Quatre-Vaux. Le reste de l'armée franchit ensuite le gué du Chaland. Bligh campa le même soir à Saint- Jahuguel et entra le lendemain à Matignon. Mais le retard imposé à la marche des troupes anglaises, par l'opiniâtre résistance des défenseurs du Guildo, avait permis au duc d'Aiguillon de concentrer l'armée de Bretagne à Pluduno-Saint-Pôtan. Les deux adversaires étaient au contact; une bataille était imminente. Bligh n'osa pas tenter la fortune des armes. Il se replia sur la baie, de Saint-Cast. Mais nos bataillons gagnèrent son armée de vitesse, la rejoignirent sur la plage et infligèrent à l'arrière-garde anglaise une sanglante défaite, le 11 septembre 1758. Telle est la brève histoire de cette campagne de sept jours  

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Published by poudouvre
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