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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 15:08

 

Entre les deux branches de la maison ducale de Bretagne, le traité conclu en 1410 par le duc Jean V, avec les Penthièvre marqua le début d'une période pacifique qui dura dix ans pendant lesquels le souvenir des querelles anciennes parut même complètement enseveli sous les nombreux témoignages d'une amitié sincère et mutuelle. Ainsi, de 1412 à 1417. Charles Bretagne-Penthièvre, troisième fils de Marguerite de Clisson et de Jean comte de Penthièvre, figure dans la maison du duc, non seulement comme « mareschal de la chevallerie (ou cavalerie) ducale, » mais même comme « chambellan spécial et privé» chargé de la garde de la personne de Jean V, avec pension de 500 livres, environ 20.000 francs valeur actuelle.

 

 

Jean comte de Penthièvre

(fils de Charles de Blois et de Jeanne de Penthièvre)

 

 

 

 

Marguerite de Clisson, comtesse de Penthièvre

(fille du connétable Olivier V de Clisson et de Catherine de Laval)

 

En 1417, les deux premiers témoins au contrat de mariage d'Isabeau, fille de Jean V, avec le duc d'Anjou, furent après Richard, frère du duc, Olivier comte de Penthièvre et son frère Charles, que le duc se plait à nommer « ses très-chers cousins». En 1418, quand Jean V va faire en France un voyage politique, dans lequel il se proposait de travailler « pour le bien de la paix et union générale du royaume, » le premier qu'il appelle à l'accompagner dans ce voyage, à le seconder dans cette mission importante, c'est le comte de Penthièvre avec pension mensuelle de 120 livres, plus de 4000 francs d'aujourd'hui. Margot de Clisson avait quatre fils Olivier, l'aîné, comte de Penthièvre Jean qui eut la seigneurie de Laigle en Normandie Charles sire d'Avaugour dont nous avons parlé tout à l'heure, Guillaume le plus jeune, que l'on comptait donner à l'église, et que le duc Jean V, en 1419, s'engagea à faire nommer évêque de Vannes ou de Saint-Brieuc à la première vacance de l'un de ces deux sièges, Jean V avait donc tout à fait changé de politique et de sentiments à l'égard des Penthièvre. Dans les premières années de son règne il avait pris à tâche de les molester, de les harceler de vexations iniques. Aujourd'hui il se plaisait à les combler de faveurs. Charmés d'un tel changement, les Penthièvre y répondaient par des marques d'affection et des protestations de dévouement bientôt même entre eux et Jean V cette affection devint de l'intimité. Les jeunes princes, fils de Marguerite de Clisson, se tenaient souvent à la cour ducale ou dans la ville où elle résidait souvent ils mangeaient chez le duc et le duc chez eux. Enfin, preuve suprême d'amitié cordiale au moyen âge, plus d'une fois il arriva à Olivier et à Charles de Penthièvre de coucher avec Jean V dans le même lit. Il n'y a pas de raison de suspecter la sincérité des princes de Penthièvre dans leur affection expansiveà l'égard de Jean V. Ils n'avaient pas connu la lutte si violente de Jean IV contre leur aieul le connétable de Clisson lors des querelles des premières années de Jean V ils étaient encore fort jeunes. Tout cela pour eux c'était « de l'histoire ancienne. » Le présent, qu'ils trouvaient fort bon, dont ils jouissaient sans arrière-pensée, c'était l'amitié du duc, les faveurs, les plaisirs. la haute influence qu'elle leur donnait toutes choses dont ils appréciaient fort bien la douceur et ne désiraient que la continuation. Ils avaient donc, on doit le croire, renoncé de bon coeur à l'héritage de haine et de rancune, triste legs d'une guerre civile presque séculaire. Quelqu'un pourtant veillait anxieusement sur cet héritage, s'épuisant à raviver de son souffle ces tisons presque éteints. C'était la femme au coeur violent, impitoyable, qui jadis avait demandé à son père la mort de Jean V enfant, « cette hautaine et superbe mère Marguerite de Clisson, » comme l'appelle si bien notre vieil historien d'Argentré qui dénonce en elle, très justement, « l'amorce du feu » dont la flamme va de nouveau, tout à l'heure, désoler la Bretagne. « Cette mère, dit-il en sa langue pittoresque, cette mère estoit pour ses fils une continuelle allumette, les tenant en coeur, leur reprochant qu'ils ne ressembloient en rien à leur père ni ayeul qui estoient morts en la querelle qu'ils avoient (eux, ses fils) faute de valeur que s'ils eussent été ce qu'ils dévoient estre, ils eussent eu quelque semence des trespassez généreuse comme eux, pour se mettre en devoir de reprendre leurs terres et recouvrer ce qui injustement leur estoit osté (c'est-à-dire, le duché de Bretagne) que voyant tout brouillé par le royaume, c'estoit l'endroit où se trouveroit l'occasion de faire quelque bonne partie qu'ils montrassent donc s'ils avoient rien au coeur ni au sang de la grandeur de leur race. » Elle ajoutait sans doute à tort ou à raison que la paix de 1410, point de départ des nouvelles et amicales relations entre ses fils et le duc, avait été aux Penthièvre plus nuisible qu'utile, en leur enlevant la seigneurie de Moncontour remplacée par une simple compensation pécuniaire. Comment ces jeunes princes, élevés sous l'aile et sous la crainte de cette mère à la volonté hautaine, tenace, implacable et sans scrupule, comment auraient-ils pu réagir contre le courant dans lequel cette volonté les poussait ou plutôt les jetait de haute lutte, au nom de la mémoire sacrée de leurs aïeux, Clisson et Charles de Blois? Margot n'avait point troublé ses fils dans leurs liaisons amicales avec Jean V, parce qu'elle était sûre de les rappeler à elle à l'heure marquée et de faire d'eux ce qu'elle voudrait peut-être même songeait-elle déjà à tirer de cette belle amitié quelque profit pour l'exécution de ses plans de vengeance Attaquer Jean V à force ouverte, comme Charles de Blois avait combattu contre Jean de Montfort, et Clisson contre Jean IV, il n'y fallait pas songer. Le duc maintenant était trop fort, le pays trop uni en soi et trop uni à son prince, surtout par le désir passionné de garder le bienfait de la paix à peine si l'apanage de Penthièvre lui-même eût donné quelque soutien à la guerre civile. Il fallait donc user de ruse, « coudre (comme dit encore d'Argentré) la peau du regnard à celle du lion, et guetter l'occasion. L'occasion vint, sur la fin de l'an 1419, sous la forme du très vif mécontentement éprouvé par le dauphin régent du royaume (le futur Charles VII), auquel le duc de Bretagne, après lui avoir promis le concours de ses forces, avait fini par retirer cette promesse. Les Penthièvre avaient à la cour du dauphin des amis dévoués, entre autres, le président Louvet et le bâtard d'Orléans, qui prévinrent Margot de Clisson de l'irritation du prince contre Jean V et du parti qu'en pourrait tirer Margot. Celle-ci ne se le fit pas dire deux fois, s'offrit au prince pour le venger du duc de Bretagne, lui exposa son plan et le fit approuver par le dauphin, qui lui promit son appui. Elle n'eut plus qu'à exposer et imposer ce plan à ses fils et à leur tracer leur rôle, particulièrement aux deux qui devaient y prendre la principale part,Olivier l'aîné,comte de Penthièvre, et le troisième Charles, sire d'Avaugour, les deux justement auxquels le duc avait fait le plus de faveurs. S'ils eurent des scrupules, ils ne tinrent pas devant les ordres de leur mère, et bientôt l'exécution commença.

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Published by poudouvre
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