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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 18:24

Jean V devant Margot de Clisson.

 

 

On avait emmené le duc à Palluau, non pour l'y laisser mais pour créer une fausse piste, dans le cas où quelque tentative fût faite de Bretagne pour le retrouver. Margot de Clisson n'entendait point renoncer au plaisir de savourer sa vengeance en humiliant devant elle le chef de la race qui avait humilié la sienne, en triomphant de lui insolemment. Déjà elle avait fait main basse sur la vaisselle ducale, dépouille opime du vaincu. Maintenant elle voulait voir à ses genoux, dans son inexpugnable palais de Chàteauceaux le vaincu lui-même. Le duc ne fut à Palluau que quatre ou cinq jours. Le comte de Penthièvre l'en tira ainsi que son frère Richard, le 19 février, pour les mener à sa mère, et ils étaient à Châteauceaux le lendemain, jour du mardi gras, 20 février 1420. Ce fut pour Jean V de toute façon un triste carnaval en ce jour de liesse et de festins il eut « pour tout disner un peu de jambon de porc froid » dû à la charité du chapelain du prieuré de Châteauceaux, chez qui Olivier de Blois avait consigné son prisonnier, pendant qu'il allait lui-même au château prévenir sa mère de prendre les précautions indispensables pour loger un tel gibier. Lui Olivier le duc nous le dit dans sa relation, pendant que Jean V était réduit à sa petite tranche de jambon, il se goberge a tout à loisir chez sa mère, puis revint enfin le ventre plein, reprendre ses prisonniers et les introduire dans la forteresse où il les logea en une grosse et sombre tour sans laisser se montrer sur leur passage un seul des habitants de ce grand château qu'ils auraient pu croire désert. Mais le soir ils eurent à qui parler. Olivier avait promis au duc de lui faire voir à Châteauceaux « de belles damoiselles ». Il fut dans sa prison visité par Margot de Clisson suivie de sa bru, femme de Charles de Penthièvre sire d'Avaugour, et d'une autre damoiselle » dont on ne dit pas le nom. Dès que Jean V vit Margot, il s'adressa à elle d'une voix suppliante, « lui remontrant qu'il étoit son pauvre parent né de germain la priant et requérant de vouloir lui sauver la vie » ou de daigner tout au moins lui dire si ses jours étaient vraiment en danger. D'un ton ironique, indifférent, Margot répondit qu'elle n'en savait rien. Puis se mit à lui reprocher durement tous les torts que lui et son père avaient faits à ses enfants, déclarant que l'heure de la réparation était venue et qu il fallait s'y soumettre. Le duc s'avoua humblement prêt à réparer tout ce qu'on voudrait, pouvu qu'on lui garantit la vie. La comtesse sortit sans lui répondre. Le lendemain, jour des Cendres, elle revint plus superbe, plus orgueilleuse encore que la veille, déclarant nettement cette fois que la réparation qu'il lui fallait, c'était purement et simplement pour son fils et pour sa race le duché de Bretagne. Le duc lui répondit qu'il n'avait cure de terre ni de duché, pourvu qu'il eût la vie sauve, priant en grâce Marguerite de la lui assurer. Elle qui se délectait à !e voir dans ces craintes, dans ces aftres, dans ces humiliations, affirma que la chose ne dépendait pas d'elle mais de monseigneur le régent (c'est-à-dire le dauphin) dont ses fils s'étaient bornés en cette allaire à exécuter les ordres et dont ils avaient, pour se couvrir, belles et bonnes lettres. Puis, d'un ton de prédicateur, elle se mit à exhorter Jean V à la patience, vu que bien d'autres princes avant lui avaient eu à souffrir de grands revers de fortune, qu'au reste c'était la volonté du Seigneur, comme le dit ce verset du psautier Deposuit potentes de sede. Sur quoi le bon duc pour la dixième fois lui répétoit quil ne lui challoit de déposition de seigneurie (qu'il ne s'inquiétait nullement d'être privé du trône) « pourvu qu'il fut assuré de sa vie. » Margot, pour toute réponse lui annonça qu'il ne la reverrait point, qu'elle allait quitter le château dans la crainte qu'on essayât de l'assiéger. Cependant elle resta à Châteauceaux; mais satisfaite d'avoir humilié, fait ramper Je duc devant elle fixée maintenant sur ce qu'elle pourrait tirer de lui par la crainte de la mort sachant tout ce qu'elle voulait apprendre et jugeant ennuyeuses embarrassantes de nouvelles entrevues avec ce prince, elle avait inventé e subterfuge pour s'y soustraire. De siège à ce moment elle n'en craignait point et croyait Châteauceaux inexpugnable. Au contraire, elle commençait hardiment la guerre contre la Bretagne, lançant de la frontière poitevine sur le comté Nantais l'un de ses fils, Jean sire de Laigle, bon capitaine, qui avec quelques bandes aguerries enlevait, dans la marche pictavo-bretonne, le château de la Garnache au vicomte de Rohan, celui de la Motte-Achard au baron de Retz et harcelait de ses courses et de ses pilleries tous les environs de la ville de Nantes. Margot triomphait.

 

 

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Published by poudouvre
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