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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 07:11

Châteauceaux était une belle seigneurie et une grande forteresse située en terre angevine sur la rive gauche de la Loire, mais ayant devant elle la Bretagne de l'autre côté du fleuve sur la rive droite, et sur la rive gauche la frontière bretonne à une lieue ou une lieue et demie vers l'ouest. Aussi malgré sa situation territoriale qui le donnait à l'Anjou, Châteauceaux était un lieu autant, sinon plus breton qu'angevin. Depuis le XIIIe siècle, il avait presque toujours appartenu à des princes bretons, et toujours il avait joué dans les guerres de Bretagne un rôle important. La situation du château, planté sur une haute roche, était très forte cette roche baignant son pied dans la Loire, le blocus semblait presque impossible les Penthièvre, depuis qu'ils l'avaient, s'étaient plu à augmenter les défenses de cette place ils la réputaient inexpugnable. Aussi la fière comtesse de Penthièvre, l'altière Margot de Clisson, quand elle entendit parler d'un siège, ne songea point à quitter ce château elle s'occupa seulement de compléter les approvisionnements,de renforcer la garnison et elle attendit ensuite, avec un grand calme, les assiégeants, bien sûre qu'au pis aller un mois ou deux d'efforts inutiles, d'attaques désastreuses, d'échecs honteux pour les assaillants ne manqueraient pas de l'endébarrasser Loin de songer à fuir, elle ne pensa qu'à se bien défendre c'est elle qui commandait dans la place, où elle n'avait avec elle que son quatrième fils, encore un enfant, appelé G ni lia il me à peine âgé de quinze ou seize ans et que, nous l'avons dit, on destinait à l'Église Ses trois autres fils, sortis de la place, tenaient la campagne, et leur mère comptait sur eux pour l'aider, par leurs attaques du dehors, à venir à bout del'armée bretonne. En somme ce fut un beau siège, bien attaque, bien défendu Le chef des Bretons était le comte de Porhoët verse dans les perfectionnements de l'art militaire, il emmena avec lui uni nombreuse et puissante artillerie : on ne voulut pas dégarnir Nantes toujours menacée par Jean de Penthièvre. Mais des villes de l'intérieur, notamment de Ploërmel et de Vannes, on tiia giand nombre de gros canons et de fortes bombardes Pour se rendre à Chàteauceaux on suivit la rive droite de la Loire parce quec était la terre bretonne. Arrivés devant le château, on établit sur la Loire un pont de bois large et solide, par où passa toute l'armée, toute l'artillerie, et qui eut pour premier résultat de couper la place sa communication si utile avec le fleuve, car ce pont rendait les assiégeants absolument maîtres du cours de la Loire à cette hauteur. Le comte de Porhoët, vit de suite les difficultés de son entreprise. entre autres la longueur forcée du siège et le danger très probable d'avoir à subir du dehors les attaques combinées de ces trois Penthièvre, Olivier, Jean et Charles, qui n'étaient sortis de Châteauceaux que pour le mieux secourir. Aussi, après avoir établi son camp tout autour de la place. son premier soin fut de le fortifier d'une façon formidable. On creusa à l'entour un profond fossé, dont la terre rejetée du côté du camp forma un retranchement couronné d'une enceinte continue faite de poteaux de bois, de robustes madriers, et qui valait une muraille de pierre. Cette enceinte avait trois portes protégées, tout comme celles des villes, par ces fortifications avancées qu'on appelait des boulevards* et des barrières. Ainsi ce camp élait une vaste forteresse, enveloppant toute la place assiégée, s'appuyant sur le pont de la Loire, et formant autour de Châteauceaux un blocus infranchissable Cela fait, les Bretons attaquèrent la place. « Ils levèrent (dit Le Baud) leurs engins (leurs machines de jet) devant le château, ils assortirent (ils mirent en batterie) leurs canons et leurs bombardes, dont ils abattirent les couvertures et les pavillons des tours et battirent les murs. « Mais ils ne réussirent pas à faire brèche, parce que (dit d'Argentré) « les murailles étoient fortes, de vieil ciment, qui tenoit comme si elles eussent été d'une pièce et si (aussi) y avoit des hommes dedans qui tiroient incessamment et faisoieut de grands efforts de se défendre et résister de grand courage tellement que le siège y séjourna longuement sans y advancer beaucoup ». Ce siège fut long en effet commencé vers le 8 ou 10 mai, il se prolongea jusqu'aux derniers jours de juin. Leb princes de Penthièvre avaient donc tout le temps de préparer leurs attaques contre les assiégants, pour dégager la place. Un jour de très grand matin, le sire de Laigle (Jean de Penthièvre), avec une grosse troupe, se jeta à l'improviste très impétueusement sur le camp breton, espérant tout au moins à cette heure matinale, en forcer par surprise les premières barrières, puis de là se glisser dans la place. Mais le guet était bien fait, les premièresbarrières si résistantes que les assaillants usèrent leurs efforts contre elles, et, pendant qu'ils étaient là, tout le camp s'émut, tomba sur eux, leur tua beaucoup de monde et les mit en pleine déroute. Après une telle réception on n'y revint plus, nul n'osa inquiéter les assiégeants. Ceux-ci reprirent sans se lasser leur travail contre la place étant parvenus à reconnaitre les points les plus faibles de l'enceinte, ils concentrèrent là tous leurs efforts, le tir de tous leurs engins et de toute leur artillerie: ils réussirent enfin à ouvrir une brèche, il ne restait plus qu'à l'élargir pour la rendre praticable c'était l'affaire de quelques jours. A cette nouvelle,la comtesse de Penthièvre s'émut. Elle connaissait la piteuse issue de l'attaque tentée contre le camp breton par son fils Jean donc, pour elle, plus de secours à espérer du dehors. Maintenant elle était à la merci d'un assaut. Si le premier échouait, le second ou le troisième réussirait, car il était bien clair que les Bretons bien établis, bien approvisionnés, recevant des recrues tous les jours, étaient désormais très résolus à ne pas lâcher prise. Si la place était emportée de vive force, après toutes ses insultes contre le duc, toutes les colères excitées par ses attentats, point de quartier à espérer pour Margot de Clisson. Et puis elle n'était pas seule dans Châteauceaux avec elle il y avait son jeune fils Guillaume, sa fille Jeanne,sa bru Isabeau de Vivonne femme du sire d'Avaugour dans un assaut, tous ces princes et princesses pouvaient périr. La fière Margot, atterrée, commença à entrevoir qu'il lui fallait à son tour plier, céder, s'humilier; elle eut beau se révolter contre cette conclusion, chercher de tous côtés une autre issue il n'y en avait point. Alors, avec cette énergie de volonté qu'elle tenait de son père, aussitôt elle envoya un trompette aux assiégeants dire qu'elle voulait traiter. Les chefs bretons répondirent qu'il fallait d'abord délivrer le duc, sans quoi point de capitulation la comtesse devait commencer par le représenter ou, s'il n'était pas à Châteauceaux, l'envoyer chercher. Par ailleurs (dit Le Baud, qui avait connu dans sa jeunesse les acteurs de cette histoire) « la conclusion du traité fut que la comtesse rendrait aux seigneurs bretons la place de Châteauceaux pour en faire leur volonté et au parsus, feroit réparation de l'injure faite au duc à l'égard et ordonnance desdits seigneurs et ce faisant, luy permettroient de partir paisiblement, elle et ses enfans, dudit chastel avec leur famille et gens de la garnison, pour s'en aller où bon leur sembleroit ». Quant au duc, il était moins loin que les Bretons ne croyaient. Nous l'avons laissé, au commencement d'avril, enfermé dans le château de Saint-Jean d'Angéli il y resta deux mois, avril et mai, et chose curieuse, la bonté et les malheurs de ce prince créèrent autour de lui, dans cette terre naturellement hostile à sa cause. un véritable courant sympathique qui se manifesta de diverses façons, même par des tentatives de délivrance. Dès que le comte de Penthièvre, Olivier de Blois, s'en aperçut, il le lira de là et le fit pendant tout le mois de juin errer de prison en prison, le traînant de Saint-Jean d'Angéli dans le pays de Niort, où il l'enferma d'abord au château de Fors. puis en celui du Coudrai Salbart de là on le transféra à Bressuire, ce qui le rapprochait notablement de la Bretagne, et enfin on le ramena à Clisson, que le duc, on s'en souvient, avait traversé le premier jour de sa captivité mais cette fois il y fut plus longtemps, il dut passer dans le château de Clisson la plus grande partie de juin. Olivier de Blois, qui s'était constitué le geôlier de sa victime, l'avait menée là, à sept lieues seulement de Chàteauceaux, pour suivre plus aisément les péripéties du siège de cette place, C'est donc là qu'il reçut le message de sa mère ordonnant d'envoyer de suite Jean V à Châteauceaux pour y être remis aux seigneurs bretons. Ce fut pour Olivier un coup de foudre. Sa foi en sa mère était si grande qu'il n'avait jamais douté de la réussite du complot tramé par elle. Il comptait toujours très fermement sortir de cette affaire duc de Bretagne. Et de fait, tant qu il restait maître de Jean V, il avait dans cette partie la chance du joueur qui tient en main le roi d'atout. Mais, s'il lâchait son atout, il lâchait tout, de duc de Bretagne il tombait au rang ignominieux de criminel de lèse-majesté, condamné à mort avec confiscation de tous ses biens. Du trône il était précipité dans un gouffre: quelle chute Pourtant il n'eut pas l'idée de résister la vie de sa mère était en jeu puis, regimber contre cette volonté de fer ? Impossible. Toutefois, avant de lâcher sa proie, il voulut user d'une dernière ruse. Au lieu de dire la vérité au duc, il vint lui conter que, par ordre de sa mère, il allait l'envoyer à Chàteauceaux, où la comtesse de Penthièvre le mettrait en liberté s'il voulait au préalable accepter certaines conditions. La première condition, c'était le mariage de lui Olivier de Blois, alors veuf, avec Isabeau de Bretagne fille de Jean V, déjà promise au duc d'Anjou, roi de Sicile, la seconde condition, c'était le don à Olivier de Blois en faveur de Cesson (près Saint-Brieuc) Le duc devait s engager en outre à garantir aux Penthièvre la jouissance de tous les biens possédés par eux avant la trahison du 13 février, et de grosses pension, sur le trésor. Jean V promit, signa et jura tout ce qu'on voulut absolument comme Clisson, trente ans plus tût, dans le château de l'Hermine. Après quoi Olivier de Blois n'osant, comme auteur principal de l'enlèvement du duc, affronter le courroux des barons de Bretagne, remit Jean V aux mains de son frère Jean sire de Laigle, qui lui n'avait pas personnellement pris part à cet attentat. Sous la conduite ou plutôt l'escorte respectueuse de Jean de Penthièvre. le duc se rendit à Châteauceaux le vendredi 5 juillet 1420. Les acclamations enthousiastes de l'armée bretonne lui apprirent là le triomphe complet de sa cause et le dernier mensonge d'Olivier de Blois. Aussitôt Margot de Clisson et tous les siens, parents, amis, serviteurs, soldats, sortirent du château, vies et bagues sauves, et le soir même Jean V alla coucher à Nantes, au palais ducal de la Tour-Neuve.

 

 

 

Jean V

 

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Published by poudouvre
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