Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 07:33

 

Le dénouement.

 

 

Le premier acte de Jean V après, sa délivrance fut d'ordonner la démolition du château de Châteauceaux qui fut exécutée de suite. Puis il s'occupa de reconnaître les services qui lui avaient été rendus pendant ses malheurs, en ayant soin de commencer par les sujets et amis dévoués qui s'étaient ingéniés à adoucir sa captivité dans ses diverses prisons, ou qui mème avaient tenté de l'en tirer. Il se mit aussi très promptement en devoir de remplir les vœu qu'il avait faits pendant sa captivité pour obtenir de Dieu d'avoir la vie sauve. Le plus connu de ses voeux est celui par lequel il avait promis de donner à Notre-Dame des Carmes de Nantes son pesant d'or le duc ne lésina point pour se faire peser il revêtit de pied en cap son armure, ainsi vêtu il pesait 190 livres 7 onces, soit 380 marcs dès le ià juillet il fit livrer aux Carmes par son trésorier une énorme quantité de bijoux de toute sorte formant ce poids en or et en pierreries. Lobineau a en l'indiscrétion de remarquer que la valeur extraordinaire de ce voeu « marque assez l'excès de la peur qu'il avait eu de mourir». Et l'on peut en dire autant du nombre infini de voeux faits par le prince à la même fin. A saint Yves il avait promis son pesant d'argent, et c'est avec cette somme que fut élevé le magnifique tombeau de ce saint, détruit pendant la Révolution et si heureusement rétabli par le dernier évêque de Saint-Brieuc et Tréguier, Mgr Bouché.

 

 

Puis c'était 250 l de cire à Saint-Pierre de Vannes, autant à Notre-Dame du Bondon, puis des présents de toute sorte aux églises de Redon, de Gràces, de Brelevenez, de Saint-Julien de Vouvantes, et hors de Bretagne, aux sanctuaires de Sainte-Catherine de Fierbois, de Notre-Dame des Vertus, de Saint Jean d'Angéli, etc. On pourrait presque à la lettre dire que notre duc s'était voué à tous les saints du paradis. Tous ces voeux furent, je le répète, promptement et strictement acquittés. Il avait fait de plus celui du pèlerinage de Terre-Sainte, il en fut dispensé par le pape à condition d'envoyer un gentilhomme vénérer à sa place le saint Sépulcre. Un seul de ses voeux ne fut pas rempli celui de ne plus mettre d'impôt sur ses sujets, ce n'est pas le prince qui en sollicita l'annulation, ce fut les Etats de Bretagne, jugeant que le gouvernement de la nation deviendrait impossible. Du reste l'authenticité de ce dernier voeu a été contestée. Et les Penthièvre ? Ah les Penthièvre, ils faillirent s'en tirer à bon marché. Jean V a reçu chez les chroniqueurs bretons le surnom de Jean le Bon, nous allons voir qu'il le méritait. Moins d'un mois après sa libération il accorda aux Penthièvre leur pardon sous cette condition que les deux auteurs directs de l'attentat, Olivier et Charles, se présenteraientaux prochains Etats ou Parlement général de Bretagne convoqué à Vannes pour le 16 septembre et là, en présence des prélats, des barons et des députés du tiers, diraient humblement au duc Nostre très redoubté seigneur, par mauvais conseil et par jeunesse, nous vous avons pris, mis les mains en vous et en monseigneur Richard, votre frère, et longuement détenus contre vos volontés, follement et comme mal conseillez dont nous deplaist e suimes repentans, et vous en crions merci, en vous suppliant qu'il vous plaise nous pardonner et nous impartir vostre grace et misericorde. » Margot de Clisson et ses deux autres fils devaient dire « Nous avons aucunement porté et soutenu la prinse et detention de vostre personne et de monseigneur vostre frère de quoi nous deplaist et suimes repentant. Mais en tant que nous l'avons fait, nous vous supplions que vous plaise nous pardonner et nous impartir vostre grace el misericorde, et vous en crions merci. Moyennant cette amende honorable –et peut être une amende d'argent pour les frais de guerre le duc pardonnait toutes les injures, toutes les menaces, tous les mauvais traitements qu'on lui avait prodigués, les Penthièvre reprenaient tous leurs droits et tous leurs biens. Ah oui ce duc c'etait bien Jean le Bon Les Penthièvre acceptèrent d'abord cette grâce et, pour gage de leur comparution devant les Etats, ils mirent aux mains du duc leur frère Guillaume qui personnellement n'avait pris nulle part à l'attentat. Mais au moment de comparaître devant le Parlement et les Etats de Bretagne convoqués à Vannes en septembre 1420, ils ne purent croire à la magnanimité de Jean V, ils flairèrent à tort un piège imaginé pour s'emparer de leurs personnes et leur faire expier au centuple les tourments infligés pat eux au duc, ils firent défaut. Le 7 octobre on décida de les ajourner de nouveau. Mais en Bretagne quand on voulait epuiser toutes les ressources de la procédure, on pouvait aller, dit d'Argentré, jusqu'à neuf défauts « Il y eut en la cause des Penthièvie (continue le même auteur) force solemnitez et formes dajournements eu plusieurs endroits.» Cela dura fort longtemps, si bien que la sentence définitive ne fut rendue à Vannes, que le 16 février 1420. Elle prononçait contre les Penthièvre (Olivier et Charles) la peine due aux félons, aux traitres et aux criminels de lèse-majesté la mort et la confiscation de tous leurs biens. Les coupables étant en fuite échappèrent à la mort mais le vaste apanage des Penthièvre fut réuni au domaine ducal. La principale victime de cette félonie, ce fut justement le plus innocent des Penthièvre, ce pauvre jeune Guillaume, livré comme otage par ses frères et qui, pendant vingt-huit ans (1420-1448), fut promené captif à travers toute la Bretagne, du château de Nantes à celui de Vannes, du donjon de l'Isle à ceux de Brest et d'Aurai. Si bien que quand la pitié du duc François Ier, fils de Jean V, voulut enfin (en 1448) le rendre à la liberté, le pauvre prince était presque devenu aveugle à force de pleurer. Ce complot des Penthièvre nous avons cru nécessaire de le raconter avec détail. Car s'il tient peu de place dans le temps pas même un semestre (13 février à 5 juillet 1420) il n'en a pas moins une grande importance comme symptôme très caractéristique de la situation politique de la Bretagne. Après cette épreuve, il est clair que la monarchie ducale de Bretagne et avec elle la nation bretonne est bien une maintenant et bien compacte. Dès qu'on touche au duc, symbole de l'indépendance nationale, défenseur armé de la nation, la nation entière se lève pour défendre en lui le symbole de sa propre dignité, la garantie de sa paix au dedans, de sa sécurité au dehors. Donc, union intime des diverses classes entre elles et avec le duc, voilà ce que met en pleine lumière cet étrange et très curieux épisode. Le dualisme issu de la longue lutte du XIVe siècle semble définitivement disparu. Comme à Dinard le 3 août 1379, il n y a plus maintenant chez; nous qu'une nation, un peuple, une race, une Bretagne ».

 

Arthur de La Borderie

Partager cet article

Repost 0
Published by poudouvre
commenter cet article

commentaires