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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 05:59

 

VIII ) 

Le 15 novembre 1786, Mgr de Pressigny afferma la baronnie de Beignon à Gilles Béthuel, sous le cautionnement solidaire de Charles Chartier de la Ville-Michel, greffier en chef du parlement de Bretagne, et d'Alexandre Rozy, avocat au même parlement et fils d'un ancien maire de Redon. Nous voyons par cet acte que la baronnie de Beignon consistait alors dans le château et la retenue de Saint-Malo, la métairie de la Ruaudais, les prairies du château, les moulins à eaux de la Fosse-Noire, du château et de Trémorio, les moulins à vent d' Aiguillon et de Lanviel, les prairies de l'ancien étang du château, tous les revenus casuels féodaux de la juridiction seigneuriale, les rentes par deniers et grains dues par les vassaux, les rentes féodales dues par les affégagistes, la moitié des dîmes de Saint-Pierre-de-Beignon et d'autres dîmes dans les paroisses de Maure, Campel, Mernel, Iffendic, Bois-Gervily, Montauban, Saint-Malo-de-Phily, Guipry, Lieuron, Bréal, Goven, Guichen et Saint-Thurial. Outre le château, Mgr de Pressigny se réservait la retenue, les bois, certains moulins et les carrières d'ardoises ; il affermait toute la baronnie à Gilles Béthuel, au prix de trente un mille cinq cents francs ; mais sur cette somme, et en diminution, le preneur s'obligeait de payer plusieurs rentes considérables qui réduisaient beaucoup le revenu de la seigneurie. C'était d'abord les portions congrues des recteurs et curés des paroisses de Maure, Iffendic, Mernel, Bois-Gerbily, Lieuron, Saint-Malo-de-Phily, Guipry et Guichen ; puis des rentes de grains au prieur de Saint-Solen en Mernel, au commandeur de la Goëffrie en Messac, aux chapelains de Notre-Dame de Guipry,  de Saint-Yves en Mernel, de Piédru en Saint-Malo de Beignon, et enfin aux seigneurs de Montauban, de la Châteigneraye en Mernel et de la Cochère en Messac. Toutes ces rentes dont quelques unes, telles que celles de la Coëffrie et de Notre-Dame de Guipry, étaient chacune de plus de deux cents boisseaux de grains, diminuaient singulièrement, on le comprend, les revenus de la baronnie  de Beignon. Cependant la Révolution marchait toujours, détruisant les vieilles institutions religieuses et françaises ; les campagnes comme les villes devinrent la proie de quelques vauriens, et les châteaux furent livrés aux flammes par les paysans égarés que conduisaient  les ennemis de la religion et de l'ordre social.  Le 28 juillet 1790, environ quatre cents campagnards des paroisses environnant Beignon, de Maure, Mernel, Saint-Séglin, Bruc, etc., tous vassaux de l'évêque de Saint-Malo, baron de Beignon, s'insurgèrent  contre l'autorité de ce prélat, vinrent en furieux à Saint-Malo de Beignon, s'emparèrent violemment des vivres et boissons de Me Jean-Baptiste Pacheu, notaire et procureur, l'un des sous-fermiers de la baronnie ; menacèrent de mettre le feu au château épiscopal  et n'y renoncèrent qu'à la vue des titres seigneuriaux quils livrèrent aux flammes  avec de sauvages démonstrations de joie. Ils partirent ensuite, satisfaits d'avoir assouvi leur haine, mais ils revinrent dès le lendemain 29 ; toutefois ils se contentèrent ce jour-là de piller la maison du concierge et quitttèrent définitivement Saint-Malo de Beignon, sans avoir mis le feu au manoir de Beignon, comme ils en faisaient sans cesse la menace. Ces violences et la persécution qu'il éprouvait à Saint-Malo même n'était pas de nature à retenir longtemps Mgr de Pressign dans son diocèse, qui venait d'être supprimé par l'Assemblée nationale ; d'ailleurs l'émigration devenait de plus en plus en vogue ; aussi ce prélat quitta-t-il la Bretagne dès le commencement de 1790 pour se retirer en Bourgogne, son pays natal, et de là à Chambéry en Savoie. En lui partait le dernier évêque de Saint-Malo et le dernier baron de Beignon. Le bourg de Saint-Malo de Beignon, dit M. Cayot Delandre, se compose maintenant d'une quarantaine de chaumières habitables, et d'un nombre à peu près égal de maisons en ruines qui donnent à ce village un aspect de désolation et de misère. Auprès de ces chétives habitations s'élève une petitte église délabrées, nue et froide, dont le choeur est pavé de grandes dalles armoriées ; c'est là que trois évêques dorment du dernier sommeil.

 

 

Mgr de Pressigny

 

Ce pauvre village est devenu ainsi triste et désert depuis que la Révolution a chassé ces prélats qui faisaient sa fortune. Ils avaient établis auprès de leur manoir un collège qui a subsisté jusqu'à l'époque de cette Révolution, et dont on montre encore quelques vestiges. Les nombreuses ruines qui encombrent le village  sont celles des maisons qui étaient habitées par les délégués de leur juridiction seigneuriale  et par les écoliers qui venaient étudier à Saint-Malo de Beignon, sous leur protection ; l'absence  de ces hôtes nombreux a rendu ces logements inutiles à la population fort restreinte de cette petite commune. Parmi ces vieux logis, j'en remarquai un dont la porte est ornée d'un fronton sculpté ; on me dit que c'était  la demeure de l'official de Saint-Malo de Beignon ; dans une autre maison, M. Mowat é découvert une belle cheminée de granit richement ornementée, portant cette inscription en lettres gothiques : JEHANIE REGNIER. Quant au château de Saint-Malo de Beignon, il avoisine la vieille église romane de la paroisse ; c'est une belle et agréable habitation dont les vastes jardins sont baignés par un cours d'eau que les habitants du village appellent fièrement rivière de Saint-Malo et qui va se jetter un peu plus loin dans l'Aff.  Dans ce manoir, construit par les évêques de Saint-Malo, le duc de Nemours, fixa en 1843, sa résidence pendant son séjour au camp de manoeuvres de Thélin dont il avait le commandement supérieur. Le propriétaire ayant mis sa maison à la disposition de Leurs Altesses Royales, le prince et la princesse l'habitèrent pendant trois semaines durant lesquelles Saint-Malo de Beignon fut le centre  d'une activité extraordinaire et le rendez-vous d'innombrables visiteurs.

 

 

Le duc de Nemours et son épouse

furent les hôtes deSaint-Malo de Beignon

 

Depuis lors, le village est redevenu solitaire, mais le manoir conserve toujours son riant aspect et son frais entourage. En terminant cette étude sur Saint-Malo de Beignon, je dois rappeler au lecteur qu'un enfant de Beignon occupe aujourd'hui le siège épiscopal de Patern : c'est une gloire pour cette paroisse de voir Mgr Bécel évêque de Vannes, et c'est pour elle comme un souvenir des anciens évêques de Saint-Malo qui habitèrent jadis ce pays. Depuis la disparition de l'évêché de Saint-Malo, Beignon et Saint-Malo de Beignon font aujourd'hui partie du diocèse de Vannes, et Mgr Bécel en comblant de ses bienfaits sa paroisse natale, en restaurant son intéressante église et en aimant revoir cette solitude, continue dignement la vieille tradition des successeurs de Saint-Malo et de Saint-Jean-de-la Grille. Beignon doit s'en montrer fier et reconnaissant. Ainsi s'exprimait M L'abbé Guillotin de Corson en 1876 dans la revue de Bretagne et de Vendée. Depuis, le manoir bordant la rivière "de Saint-Malo" a été détruit suite à deux incendies en 1937 et en 1958. Et en 1977, une partie ocupée par ce manoir détruit est noyée sous l'étang de Aleth. Les jardins des évêques ont été magnifquements restaurés et la partie subsitante du manoir des évêques bordant l'église, ses possesseurs, envisagaient pour projet de transformer l'endroit en Café librairie. Voila ce qu'on pouvait lire dans l'édition d'un grand quotidien en date du 12 mai 2014. Que devient ce projet, va-t-il se confirmer, espérons le....Saint-Malo de Beignon est un de ces joyaux dont peut d'enorgueillir la Bretagne  (voir A travers le bourg de Saint-Malo-de-Beignon  et Un café librairie en projet à l'ancienne résidence des Évêques)

 

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Published by poudouvre
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