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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 14:02

 

 

 

Rennes, étoile rouge le Parlement, étoile bleue les Cordeliers

 

 

A Rennes, le 26 janvier 1789, à 8 heures du matin, sur le Champ Montmorin, l'actuel Champ de Mars, se rassemble une foule de six cents à quinze cents personnes, selon les témoignages ; il y avait là une majorité de domestiques et de ces gagne-petits qui durant la tenue des Etats se muaient en porteurs de chaises. La veille, des billets avaient couru la ville convoquant artisans et ouvriers à protester contre le prix du pain ; on avait distribué de l'argent pour stimuler les bonnes volontés. Quelques jours avant une pétition avait déjà circulé dénonçant l'égoïsme de la municipalité bourgeoise et réclamant le maintien de la Constitution bretonne : car le problème est là, la chèreté du pain n'est qu'un prétexte, le véritable enjeu est politique. Depuis l'ouverture de la session le 29 décembre 1788, les Etats de Bretagne sont paralysés par la résistance passive des 54 députés du Tiers qui ne veulent pas délibérer avant que les deux autres ordres ne leur aient accordé le doublement de leur députation, le vote par tête et une réforme fiscale. Les privilégiés s'y refusent, le comte de Thiard, commandant militaire de la Province, suspendit les séances jusqu'au 3 février, mais les 951 représentants de la noblesse occupent les lieux et refusent d'obtempérer à ce qu'ils jugent être un abus de pouvoir et une victoire pour le Tiers. Le Bastion, surtout, dénonce les prétentions des bourgeois, leur alliance avec les commissaires du roi pour abattre les privilèges de la province, il s'irrite des bravades des Etudiants en Droit et des Jeunes Gens 9è Rennes qui ont manifesté aux Etats et obligé les modérés du Tiers à se conformer aux consignes des « Patriotes ». Pour affaiblir la solidarité de ses adversaires, cette faction de la Noblesse va donc s'efforcer de soulever le petit peuple contre le « Haut Tiers » et dès le début de janvier 1789, le chevalier de Guer dans sa lettre au peuple de Rennes dénonce les inégalités de la capitation et la manipulation des tarifs d'octroi, au bénéfice de l'oligarchie municipale. Mais les étudiants en Droit, passant de l'action directe à l'affirmation des principes, les exposent dans leur déclaration du 18 janvier 1789. Ils rejettent les allêgations du chevalier, réaffirment l'union du Tiers face aux aristocrates et apparaissent ainsi, sous la conduite de leur prévôt, le futur général Moreau, comme l'aile militante du parti patriote à Rennes. Il s'agit alors, pour le Bastion, d'infirmer dans les faits cette solidarité de principe et de démontrer que les soi-disant « Patriotes » du Tiers ne sont qu'une minorité plus turbulente que réellement puissante et de surcroît désavouée par le menu peuple. Le 26 janvier, donc, quand la foule fut rassemblée, Helaudais, portier à la Commission intermédiaire des Etats de Bretagne, grimpa sur une caisse, lut un mémoire réclamant la baisse du pain, demanda si l'on voulait changer la Constitution qui avait fait leur bonheur et proposa d'aller au Parlement porter leurs plaintes, qu'on les y attendait. Au palais, trois magistrats reçurent le placet et promirent de faire baisser le prix du pain sous les acclamations de la foule. Mais au moment de la dispersion, des heurts se produisirent au bas de la place entre les manifestants et des étudiants en droit qui s'étaient trouvés là, sur le seuil du café de l'Union, leur quartier général. Les rapports n'étaient pas excellents entre étudiants et gens de livrée. Les domestiques essuyaient souvent les sarcasmes destinés aux maîtres et partageaient donc l'animosité des aristocrates contre ces jeunes robins dont les prétentions méritaient bien une leçon. Un tas de bûches fournit des armes aux valets qui semblent s'être livrés à une véritable chasse à l'homme dans le centre de la ville et avoir frappé tous ceux que leur visage juvénile et leur mise désignaient comme de possibles étudiants. Du coup les jeunes gens s'arment et appellent à l'aide la Province. Elle dénonce « la déclaration de l'ordre de la Noblesse rendue publique et traduite même en langue bretonne... (qui) tend évidemment à soulever le peuple contre ses légitimes représentants et à semer la division dans l'ordre le plus nombreux et le plus utile à l'Etat... ». « ... considérant que la lettre du Chevalier de (hier est également insidieuse par la distinction qu'il établit entre le peuple et le bourgeois, distinction démentie par les assemblées qui ont eu lieu jusqu'ici ». la jeunesse des villes voisines, ainsi Omnes Omnibus, un graveur qui était des leurs, par aussitôt pour Nantes réclamer des secours. Le lendemain les jeunes « Patriotes » rennais dénoncent partout la Saint-Barthélémy du Tiers et les Nobles de leur côté se font porter des fusils au couvent des Cordeliers où se tenaient les Etats, toujours sur cette même place du Palais. Les esprits s'échauffent, le Tiers réclame la punition des responsables de la veille, mais ni le comte de Thiard, ni le Parlement ne bougent. Vers 3 heures, dans l'après-midi du 27 janvier, un ouvrier teinturier arrive, blessé à la main, au café de l'Union : on l'avait vu le matin à la faculté de Droit et des valets venaient de l'assaillir sur le Mail. Les jeunes gens se précipitent alors vers le Palais pour réclamer justice ; M. de Melesse, chef de la maréchaussée, les arrête et parlemente avec eux. Mais des Cordeliers surgissent brusquement une vingtaine de nobles, l'épée ou le pistolet à la main, ils tirent et le combat s'engage avec les jeunes gens. Des renforts arrivent des deux côtés et l'on ferraille bientôt sur toute la place tandis que claquent des coups de pistolets et de carabines ; le magasin de la milice est pillé par les jeunes gens qui s'emparent de 133 fusils, la plupart sans chien d'ailleurs. Le sang coule, outre une soixantaine de blessés, un garçon boucher et deux jeunes aristocrates restent sur le pavé : Saint Riveul et Guéhéneuc de Boishüe . Les combats durèrent jusqu'au soir et la noblesse s'enferma dans les Cordeliers, s'attendant au pire et divisée quant à l'opportunité de toute cette affaire. Le lendemain matin quatre cents grenadiers et chasseurs viennent prendre position sur la place du Palais et M. de Thiard va pouvoir s'efforcer de calmer les esprits et négocier une trêve malgré l'arrivée des contingents envoyés par les jeunes gens de Nantes et Saint-Malo. La Correspondance de M. de la Bellangerais, la lecture des registres de délibération des principales villes de Bretagne expriment bien le retentissement qu'ont pu avoir, dans l'opinion de la Province et même dans la capitale, les événements de Rennes. En Bretagne la période électorale qui commence va en être profondément marquée : l'aristocratie cherchant à se justifier et même à se venger, le Tiers à la fois sur le qui-vive et bien décidé à exploiter à fond la faute politique commise par ses adversaires

 

R. Dupuis Contre-Révolution et radicalisulion : les conséquences de la journée des Bricoles à Rennes, 26 et 27 janvier 1789.

 

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Published by poudouvre
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