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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 07:34

Paul-Gédéon de Rabec, prêtre du diocèse de Coutances, né au bourg de Cérisy-Montpinson (lire Montpinchon), en 1738, ayant fait ses étude à Paris, au collège de Sainte-Barbe, y avoit reçu l'ordre de la prêtrise, et obtenu le grade de docteur ; après quoi il étoit devenu chanoine de la collégiale de Saint-Guillaume, à Saint-Brieuc, puis archidiacre et théologal de l'église cathédrale de Dol.

 

 

L'air marécageux de cette dernière ville faisant éprouver à sa santé des altérations progressives, il se crut obligé de se démettre de ses dignités, pour leur préférer la cure de la paroisse d'Aaron, près Grosses-Forges, dans le Bas-Maine, Rabec la gouverna depuis janvier 1772 jusqu'en 1782. Ce pasteur, charitable peut-être à l'excès, ne trouvoit pas dans son revenu patrimonial, réuni à celui de sa cure, assez de ressources pour assister les pauvres, et surtout les malades de sa paroisse. Il avait même, en leur faveur, contracté des dettes considérables, qu'il n'aurait pu éteindre en conservant cette charge pastorale qui l'entraînait toujours dans les mêmes dépenses. Un oncle,qui était riche, vint à son secours, mais à la condition qu'il résignerait sa cure; et il l'obligea de venir demeurer en son château.

 

 

Là il pourvut à ses besoins, lui laissant le soin de satisfaire une partie de ses créanciers avec le produit d'un domaine qu'il possédait dans la paroisse de Mégrit, près Broons, dans le diocèse de Saint-Malo. Deux ans suffirent pour le libérer entièrement; et pouvant alors venir habiter paisiblement ce domaine appelé Val-Martel, il s'y retira en 1785 et s'y livra de nouveau, mais seIon la mesure des facultés qui lui restaient, à son penchant pour soulager les pauvres. Cette disposition, jointe à l'édification de sa conduite, et même à des lumières non communes, lui attiraient une grande estime, accompagnée de vénération. Nous concevons qu'on ait pu le blâmer d'avoir exposé ceux qui lui avoient prêté de l'argent pour secourir les pauvres d'Aaron, à souffrir quelques privations par le délai de ses remboursements, et d'avoir peut-être contrarié leurs calculs d'intérêt par l'excès de son amour pour les infortunés; mais nous ne comprenons pas comment le compilateur des Confesseurs de la Foi a pu faire soupçonner que Rabec prêta le serment de la constitution civile du clergé. N'étant plus curé depuis six ans, quand ce serment fut prescrit aux fonctionnaires publics, il ne se le vit pas demander, et n'eut aucune raison temporelle qui l'engageât à le prêter. L'illusion séduisante qu'avait pu lui faire, à son origine, la révolution qui promettait de réformer des abus, ne dura même pas jusqu'à l'époque où elle introduisit le schisme dans l'Église de France; et il est avéré que, non content de combattre les erreurs qui le produisaient, il n'épargna aucun soin, aucune démarche, aucune fatigue, pour en préserver les fidèles. Il alla même, en 1791, dans son ancienne paroisse, pour laquelle il conservait toujours une sainte affection, afin d'en déterminer les habitants à conserver leur Foi pure et intacte. Il parcourut encore la partie du diocèse de Dol, commise autrefois à la surveillance de son archidiaconé, pour détourner les prêtres de faire ce serment schismatique. Dès lors, il était si décidé à soutenir la Foi au péril de sa vie, qu'au milieu des courses dont il s'agit, un ami, avec lequel il s'arrêta dans une rue de Dol, et auquel il parlait avec chaleur des intérêts de la religion, lui ayant dit de prendre garde aux méchants qui pouvaient l'entendre, il lui répliqua hautement: « Je ne crains rien ; et s'il faut mourir pour Dieu et pour l'Église, je sacrifie volontiers ma vie à leur sainte cause. » Revenu à Mégrit, dont le curé avait été mis en fuite pour avoir refusé le serment (Jh Veilhon), il le suppléa à l'égard des paroissiens qui étaient restés catholiques. La loi de déportation ne l'atteignait pas directement, puisqu'il n'avait pas été obligé à ce serment; et il continuait d'habiter son domaine de Val-Martel, en rendant son ministère infiniment utile à la paroisse. Son opposition aux erreurs du temps était si bien connue, que les administrateurs du département des Côtes-du-Nord, n'hésitant pas à le regarder comme insermenté, le confondirent avec les infirmes et les sexagénaires que la loi de déportation condamnait à la réclusion; et, au commencement de 1795, il fut amené à Saint-Brieuc, pour y être reclus dans l'ancien couvent des Soeurs de la Croix, transformé en maison de détention. Il y resta un an, après lequel on le fit conduire à Guingamp, où il fut encore enfermé sous le même prétexte, dans le ci-devant monastère des Carmélites qui avait subi la même hideuse métamorphose; et cette seconde détention dura deux ans. Vers la fin de 1795, un an après la chute de Roberspierre, le vénérable Rabec était encore captif de Jésus-Christ. Alors cependant, on commençait à permettre aux prêtres détenus de retourner dans leur domicile; et Rabec revint dans son domaine de Val-Martel. Les persécutions qu'il avait éprouvées, et sa captivité de trois ans n'avaient pu amortir son zèle. Les besoins de la paroisse de Mégrit en réclamaient tous les soins, car elle avait absolument perdu son pasteur; et Rabec lui en tint lieu avec un dévouement qui pourvoyait aux besoins corporel comme aux besoins spirituels des habitants. Ils bénissaient sa charité sous tous les rapports, et avaient pour ses vertus une vénération qui lui aurait assuré sa tranquillité dans ce pays, si elle n'eut dépendu que d'eux. La connaissance des fruits comme des travaux de son ministère, dont aucune crainte ne pouvait ralentir la sainte activité, parvint aux hommes qui étaient chargés de persécuter les prêtres dans cette contrée ; et ils songèrent à se saisir de sa personne. Des gens de bien, qui en eurent avis, le prièrent de modérer son zèle, et de ne pas tant s'exposer à la haine des percuteurs : il leur répondit « que son devoir de prêtre était de se sacrifier pour le salut des âmes ; que si, pour se conserver la vie, il consentait à ne plus exercer le saint ministère, il aurait bien plus à redouter de la vengeance du Seigneur qu'il n'avait à craindre de la malice des hommes ». Ces hordes de soldats impies qu'on appelait colonnes mobiles, et qui avaient pour commission spéciale de rechercher les débris des armées catholiques et royales, faisaient souvent des incursions sur la paroisse de Mégrit. Le 28 février 1796, de très-grand matin, lorsqu'il achevait de dire la messe, on vint l'avertir qu'une de ces colonnes, venue de Broons, et composée de cinquante hommes approchait : «Voilà donc, s'écria-t-il, plein de ferveur, voilà donc, ô mon Dieu, voilà le moment où je vais paraître devant vous ! »

 

 

A l'instant, les soldats forcent la porte de Val-Martel; Rabec se trouve dans la première salle où ils pénètrent en furieux; et, loin de rien perdre de sa tranquillité d'âme, touché au contraire de les voir accablés de fatigue, et à demi-exténués de besoin, il leur offre, et leur fait servir des rafraîchissements et de la nourriture, en leur parlant avec une paternelle bénignité. Ainsi jadis en avait agi saint Polycarpe à l'égard des satellites qui vinrent le saisir. Ceux qui s'emparent de la personne du vénérable Rabec n'en sont pas plus reconnaissants que ne l'avaient été les gens armés qui arrêtèrent le saint évêque de Smyrne. Après s'être bien rassasiés à ses dépens, ils se mettent à piller et saccager sa maison. Mais leur chef, qui est impatient de faire périr Rabec le plus tôt possible, interrompt le pillage, en ordonnant à sa troupe de partir et d'emmener le saint prisonnier. Il est entraîné, et, à chaque pas, on le frappe avec des baïonnettes. On n'est pas encore sorti de l'avenue qui fait un des agréments de son habitation, on n'en est même qu'à 150 pas, lorsque tout à coup le commandant ordonne une halte, et commande à quatre de ses soldats qu'il désigne de fusiller ce respectable prêtre qui, jusque là, n'avait répondu aux outrages et aux mauvais traitements des soldats que par ces exclamations: « O mon Dieu, pardonnez-leur, et faites-moi miséricorde. » Rabec, entendant l'ordre du commandant, montre une résignation toute céleste à cette espèce de sentence ; et, s'adressant avec un ton amical aux soldats choisis pour le fusiller, il leur dit: « Vous qui devez me délivrer de la vie, procurez moi auparavant la satisfaction de vous embrasser ; venez : je vous pardonne ma mort». Ce trait de la charité la plus héroïque les émeut ; néanmoins ils doivent obéir à leur chef. Un d'eux cependant plus vivement touché que les autres « déclare qu'il ne tirera point ; qu'un tel prêtre ne peut être un ennemi ; et qu'il préfère d'être fusillé lui-même.» Mais les trois autres tirent à bout portant; et le vertueux Rabec tombe mort. Le commandant permet alors à sa troupe d'aller consommer le pillage de la maison de la victime. Mais ils veulent auparavant dépouiller le cadavre; et, le laissant ensuite nu sur la terre, ils courent où leur rapacité doit achever de se satisfaire. Quand ils eurent entièrement dévasté la demeure du saint prêtre, ils se retirèrent et ses domestiques avec ses fermiers y apportèrent son corps, qui fut ensuite déposé dans le cimetière de la paroisse de Mégrit. Tous ces derniers détails nous ont été fournis par eux-mêmes. Malgré les dangers qui les menaçaient aussi, ils avaient suivi leur maître jusqu'à la mort, tant ils avaient de respect et d'attachement pour lui. Les paroissiens de Mégrit et les pauvres de toute la contrée bénissent également sa mémoire, et le tiennent pour Martyr

 

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Published by poudouvre
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