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17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 08:43

 

Le comté de Léon était un fertile territoire qui, s'étendant depuis le Jarlo, l'un des affluents du port de Morlaix, au sommet des montagnes d'Arrée et déborné ensuite par le cours de l'Elorn et par la mer, embrasse les villes de Saint-Pol, de Lesneven, de Brest et de Saint-Renan, avec une partie de celles de Morlaix et de Landerneau, traversées par les cours d'eau que nous avons marqués pour ses limites. Ce pays formait l'une des contrées dépendantes de Vorganium, cité gauloise des Ossismiens, que l'on place généralement à Carhaix dans les divisions de la Gaule, et que conserva longtemps la politique romaine.

 

 

 

Morvan était comte de Léon quand, après la démission de Jarnithin, Morvan fut désigné Roi de Bretagne en 818 et il justifia ce choix par le courage avec lequel il en défendit l'indépendance.Il suivait l'ennemi, harcelait sa marche, et profitait, pour le tenir en échec, des occasions que pouvaient offrir ses divers mouvements. La lutte se prolongeait sans résultat pour l'héritier du grand empereur. Après avoir aussi inutilement tenté les négociations, il prit le parti de marcher lui- même contre les Bretons. Morvan n'eut garde d'engager ses forces vis-à-vis d'une armée aussi formidable que celle des Francs : mais, retiré dans des lieux d'un accès difficile -nous avons eut l'occasion d'évoquer le campement dont il disposait en la paroisse de Priziac (voir Les résidences aristocratiques d'époque carolingienne en Bretagne par Philippe Guigon -page n° 1) Morvan trouva, enfin, la mort dans un de ces combats cette même année 818. Morvan a été placé par nos historiens au nombre des rois bretons. On peut se faire une idée du caractère de ce grand guerrier et des mœurs de ce temps dans les vers d'Ermold Le Noir, poète contemporain, qui a célébré les événements.

 

 

 

Carte de quelques possessions des Comtes de Léon

 

En rouge, les villes, en vert, le campement de Priziac.

 

Pour agrndir l'image, cliquez dessus.

 

 

Son successeur, Guyomarch est désigné aussi regardé par certains comme étant son fils. Guyomarch, Comte de Léon,essaya de réparer les désastres qu'avait amenés la perte du héros breton et de secouer le joug des Francs. Informés de ses desseins, ils fondirent inopinément sur ses états, afin de s'emparer d'un chef si audacieux (822). Guyomarch leur échappa par la fuite, mais il ne put épargner à ses vassaux les ravages d'un ennemi furieux. Bientôt il reprit l'offensive et remporta divers avantages sur les oppresseurs de sa nation. Louis-le-Débonnaire crut alors devoir se mêler une seconde fois à cette lutte, et, pour frapper un coup terrible, il s'avança dans le pays, accompagné de trois corps d'armée. A la vue d'un déploiement de forces si nombreuses, plusieurs des chefs écoutèrent les conseils de la prudence et ne laissèrent plus à Guyomarch d'autre parti que celui de la soumission. Mandé avec les autres seigneurs de sa nation pour renouveler son allégeance devant les grands du royaume, à l'assemblée générale d'Aix-la-Chapelle, en 825, il y reçut un accueil distingué. Mais ces honneurs ne lui rendirent pas plus supportable la domination d'un prince étranger; il reprit les armes et attaqua encore les Francs. Lambert, comte des Marches, s'étant mis à sa poursuite, le surprit dans un de ses châteaux, et, persuadé qu'il n'y avait rien à obtenir d'une nature si indomptable, il le fit périr (826). Après cette insurrection, les chefs bretons furent appelés à l'assemblée générale d'Ingelheim pour reconnaître encore l'autorité de l'Empereur.

 

 

 

 

Plinis, suivant dom Morice, fils de Wiomarch, et vraisemblablement son successeur dans le comté de Léon, fit une donation à Saint- Sauveur de Redon. Cet acte, où il est dénommé Plinis, filius Wuiomarch, peut être placé aux environs de l'année 850. Ce nom semble le même que celui de Pirinis ou Pirenès, connu en Bretagne, et qui se rencontre dans un titre du même monastère, postérieur de peu d'années.

 

 

 

 

Even Ier, dit le Grand, dont un acte contemporain (D. Morice) 892 confirme le glorieux surnom, fut, dans son pays, la terreur des Normands, que la faiblesse et la division des enfants de Louis-le-Débonnaire encourageaient dans leurs invasions. Leurs ravages furent affreux en Bretagne. Ils se renouvelèrent, tantôt sur un point, tantôt sur un autre, durant un siècle entier, avec une telle violence que les seigneurs furent obligés de quitter le pays, et les ecclésiastiques d'em porter avec eux les reliques et objets précieux consacrés par la religion. Ce fut de 875 à 878 qu'ils attaquèrent sur tout le pays de Léon, ou Even leur tint tête. Ils essayèrent inutilement, dit Albert Le Grand, de s'emparer de Brest. L'indépendance bretonne avait été reconquise par Nominoë et maintenue par Erispoë, son successeur. Mais la mort de ce dernier, assassiné par ordre de Salomon III, qui s'était emparé du pouvoir, et qui périt bientôt lui-même, devint une semence de discordes anarchiques. La lutte de Gurvand, comte de Rennes, et de Pasquiten, comte de Vannes, pour la puissance souveraine, s'était terminée avec leur vie, sans que l'ordre fût encore rétabli. Les comtes de Léon et de Goëllo prirent alors en mains l'autorité, débat tue jusqu'à ce que les droits d'Alain, fils de Pasquiten , fussent reconnus. Even est regardé comme le fondateur de Lesneven. Cette position centrale pour le comté, et éloignée de la côte, dut être jugée avantageuse, surtout dans un temps où l'on devait être toujours en garde contre les incursions des Normands. Il fut l'un des bienfaiteurs de l'abbaye de Landévenec. Dans une charte de donation à ce monastère , il est appelé Félix et nobilis cornes Ewenus.

 

 

 

 

Guyomarch II et Ewon ou Even, son fils probablement, souscrivirent à la charte accordée vers 854 à Saint-Sauveur de Redon, pour la libre élection de ses abbés. Son nom se rencontre encore au bas de celle donnée par Salomon de Bretagne, en 860, en faveur du célèbre monastère de Prum, en Allemagne.

 

 

 

 

 

Hervé Ier, -dit Ehuarn, nom qui est parmi les Bretons une des variantes de celui d'Hervé, n'est connu que par sa souscription à une charte de Budic, comte de Cornouaille, en faveur de l'abbaye de Landévenec. Les Bénédictins le désignent comme fils d'Even. « Ehuarn, son fils » remarque D. Morice, en parlant d'Even -laissa deux enfants, Guyomarch et Morvan. qui ne prenaient que la qualité de vicomtes de Léon. L'aîné continua la postérité, et le cadet fit, selon les apparences, la tige des seigneurs du Fou. Nous n'avons pas suivi cette opinion , comme on le verra plus loin. Guyomarch III -souscrivit avec son frère un acte d'Alain Canhiart, en faveur de l'abbaye de Quimperlé, de l'année 1029 environ. La souscription est conçue en ces termes : Guyomarch et Morvan, vice comités. De là est venue l'idée de les faire dominer simultanément l'un sur le pays de Léon, l'autre sur la seigneurie du Faou. Mais, si l'on réfléchit que ce texte a été pris dans un cartulaire écrit environ un siècle après l'époque où vivaient ces deux témoins, un autre sens se présente naturellement : c'est que l'annotateur a voulu dire seulement que les nobles comparants avaient régné successivement sur le comté de Léon. Quant au titre de vicomte, Guyomarch et Morvan ne sont pas les seuls seigneurs de Léon qui l'aient porté, même bien long-temps après cette date. La qualité de comte, qu'ils prenaient par fois dans leurs actes, et que les chroniqueurs ne leur ont donnée que par exception , leur était évidemment déniée ; ils ne sont désignés que comme vicomtes , dans les chartes qu'ils souscrivent avec d'autres feudataires. C'est cette diversité d'appellation qui a été l'écueil de nos historiens. D'où provenait l'opposition qu'elle révèle? Nous l'ignorons. Nous constatons simplement l'identité des comté et vicomte de Léon jusqu'au temps de Guyomarch VII, sous lequel se place le démembrement que l'on a désigné par le titre de vicomte. Guyomarch III assista à la confirmation des droits de l'abbaye de Redon, en 1024. On croit que c'est lui qui, joint à Alain III , duc de Bretagne, faisait la guerre à Alain Canbiart, en 1031

 

 

 

 

Morvan II — eut aussi des démêlés avec Alain Canhiart, et il assistait, en 1065, Conan II, duc de Bretagne, au siège du château de Combourg. On a cru pouvoir conjecturer qu'il épousa l'aînée des filles de Rivelin de Ceozou, dont les domaines seraient entrés dans sa famille par cette alliance. Il est fait mention, dans une donation de 1070 par Alain Fergent, à l'abbaye de Quimperlé, d'un fils de Morvan, appelé Ehuarn ou Hervé ; c'est le père d'Alain qui suit.

 

 

 

 

Alain -était en effet petit-fils de son prédécesseur, comme on l'apprend d'un acte de l'abbaye de Saint-Georges de Rennes, où son nom suit celui de Juhel, archevêque de Dol. C'est une donation des droits de la duchesse Berlhe, veuve d'Alain III, sur la paroisse de Plougasnou, que la charte place mal à propos dans le pays de Léon car elle est en Tréguier, où les sires de Léon étaient à la vérité fort puissants, ce qui rendait leur adhésion intéressante pour le donataire. Un autre titre relatif aux droits du prévôt de cette même abbaye, en Tréguier fait connaître qu'il avait un frère du nom d'Alfred.

 

 

 

 

Guyomarch IV, -réputé fils du précédent, fut l'un des guerriers bretons qui accompagnèrent Guillaume, duc de Normandie, dans la conquête de l'Angleterre, en 1066. Il en reçut plusieurs terres qui durent être perdues pour sa maison dans le cours des démêlés de ces princes avec les rois de la maison Plantagenet. Il y a lieu de penser, d'après une autre charte de l'abbaye de Saint-Georges, que la femme de Guyomarch s'appelait Orwen ou Onwen, nom commun dans la maison de Cornouaille. Une mort violente termina la vie de ce seigneur, en 1103. Occisus est Guichomarius vice cornes dolo, marque la chronique de Bretagne. Cet événement, ajoute Albert Le Grand, fut la suite d'une sédition qui s'éleva parmi les sujets du comte, tandis que son fils était à la Terre-Sainte.

 

 

 

 

Hervé II, -qui prit possession des biens de son père en revenant de la première croisade , ou il avait suivi, en 1096, le duc Alain Fergent, assista aux funérailles de ce prince en 1119. Le soin de ses possessions d'Angleterre ne rendait pas Hervé soucieux de faire sa cour à Henri Ier, roi de ce pays. C'est de lui que Guillaume de Malmesbury écrit : « Hervœus de Leions, qui esset tantœ nobililatis, tanti supercilii ut nunquam rege Henrico petente animum induxerit in Angliam venire. » Il parut dans le pays, après la mort de Henri, mais comme ennemi de ses droits. Ayant épousé la fille d'Etienne de Blois et d'Adèle de Normandie, il combattit pour la cause de ce prince, qui disputait la couronne à l'impératrice Mathilde. Chargé par son beau-père de la garde du château de Devise dans le Willshire, il fut assiégé par les troupes de Malhilde. La place fut prise, malgré ses efforts. Tombé ainsi au pouvoir de l'ennemi, il fut contraint de s'éloigner de l'Angleterre. Il est remarquable que ce fier seigneur n'ait pas songé à s'attribuer, même dans ses domaines, le titre qu'avait porté Even-le-Grand, l'un de ses aïeux. Il est simplement qualifié vicomte, dans l'acte de fondation du prieuré de Saint-Martin de Morlaix, en 1128, prieuré auquel il donna notamment le faubourg de Bourret, dans la même ville.

 

 

 

 

Guyomarch V, -fils du précédent, fonda, vers 1150, le prieuré de Saint-Melaine, à Morlaix. On ne lui connaît que deux fils : Hervé, qui suit, et Guyomarch, qui vivait en 1164.

 

 

 

 

Hervé III -confirma, en 1154, la donation du prieuré de Saint-Melaine, faite par son père. Il est qualifié dans cet acte : Dei gratiâ Leonensis comes. Il prit parti, en 1154, pour Eudon, comte de Porhoët, dans les guerres que ce seigneur eut à soutenir contre le duc Conan IV, son gendre. Hervé, en 1163, faisait la guerre au vicomte du Faou. Ce seigneur trouva le moyen de le surprendre par ruse avec Guyomarch son fils, et les tint enfermés à Châteaulin. A la nouvelle de cet événement, Hamon, évoque de Léon, frère puîné de Guyomarch, arma la noblesse et le peuple, et implora le secours de Conan IV, qui vint en personne combattre pour la délivrance des prisonniers. Châteaulin fut emporté d'assaut, et le vicomte du Faou fut, avec ses adhérents, enfermé au château de Daoulas, où ils périrent misérablement. Après avoir rapporté ce fait dans sa chronique, Guillaume le Breton ajoute que Hervé était un chevalier des plus valeureux ; qu'en Angleterre et ailleurs il avait figuré à un grand nombre de batailles, et qu'il avait perdu un œil à la guerre. Hervé continua de se montrer fidèle à la cause du vicomte de Porhoët dans le cours des hostilités qui se renouvelèrent entre lui et Conan. Eudon, pour resserrer davantage ces liens, rechercha la petite-fille du sire de Léon, qui devint sa seconde femme. Cet attachement aux intérêts d'Eudon devint pour lui un sujet d'infortunes : Guyomarch de Léon et Raoul de Fougères s'étant en effet réunis au comte de Porhoët, pour faire des ravages sur les terres de Conan IV, ce prince appela à son aide le roi d'Angleterre. Henri II entra en Bretagne en 1166, battit les seigneurs confédérés, et conclut le mariage de son fils Geoffroi, encore enfant, avec la fille unique de son protégé, sous le nom duquel il domina bientôt. Les partisans d'Eudon reprirent les armes, après le départ du roi ; mais Henri fit une descente au pays de Léon, détruisit les châteaux de Lesneven, Saint-Pol et Trebez; mit tout à feu et à sang, et contraignit Hervé à lui faire hommage et à donner des otages pour garantie de sa soumission. Hervé survécut peu à ces infortunes ; il mourut en 1169, laissant de son mariage avec la fille d'Etienne, comte d'Aumale, en France, et de Halderness, en Angleterre, qui était de la maison de Champagne :

 

 

1° Guyomarch qui suit ;

 

 

2° Even, dont on ne sait pas l'histoire;

 

 

3" Hamon, évêque de Léon, dont on a parlé.

 

 

Il eut aussi un fils naturel nommé Hervé, à qui l'on connaît trois enfants : Gradlon, Budic et Guégou.

 

 

 

On a différentes chartes de ce prince, dont une en faveur du prieuré de Saint-Melaine, une autre relative à l'affranchissement des dépendances de l'abbaye de Saint-Mathieu, et une lettre du pape Adrien IV, adressée à Hervé et à d'autres hauts personnages du pays-

 

 

 

 

Guyomarch VI -signala son avènement par de sanglants démêlés avec l'évèque, son frère. La chronique de Bretagne indique par ses expressions que la famille en général prenait part à cette animosité. Elle pouvait avoir pour cause le refus de Hamon d'épouser et de soutenir de son influence les intérêts et les luttes politiques de sa maison. Le prélat se réfugia d'abord près de Conan IV, en haine duquel il était vraisemblablement persécuté. Le duc entra dans le pays de Léon, attaqua Guyomarch, et le mit en fuite. Ainsi rétabli sur son siège, Hamon ne put y trouver le repos, ni même la sûreté que Conan avait espère lui garantir; il fut assassiné un an après. Albert Le Grand dit que ce fut sur la grande place devant son église : mais Guillaume Le Breton désigne pour théâtre de ce meurtre un lieu nommé Hengat- Aux cris d'indignation qui s'élevèrent de toutes paris se joignirent les menaces du duc et en particulier celles du meurtrier de l'archevêque de Cantorbéry. assassiné la même an née. Henri II protestait qu'il allait tirer ven geance de cet attentat, et il était prêt à se mettre en marche lorsque Guyomarh se soumit aux expiations qui furent demandées. C'est en réparation de ce crime, annoncé à l'avance, marque notre hagiographe, par des prodiges avant coureurs de la colère du ciel, qu'il fonda en 1173 l'abbaye de Daoulas. Après la mort de Conan IV, Guyomarch, qui, suivant l'expression d'un chroniqueur, ne craignait ni Dieu ni les hommes, provoqua par une nouvelle entreprise le successeur de ce prince. Geoffroi entra dans le pays de Léon, et se mit en possession de ses Etats, ne lui laissant que deux paroisses jusqu'à son départ pour la Terre-Sainte, car le comte et Nobilis, sa femme, avaient fait vœu d'entreprendre ce pèlerinage, que la mort de Guyomarch, survenue dans la même année (1179), ne lui permit pas d'exécuter. Les enfants qu'il laissa, sont :

 

 

1° Guyomarch VII, qui suit;

 

 

2° Hervé, tige des vicomtes de Léon et des branches de Châteauneuf en Thimerays, Noyon-sur-Andelle et Hacqueville;

 

 

3° Adam, mort au siège d'Acre, en Palestine, en 1191

 

 

4° Aliénor, seconde femme de Eudon de Porhoët ;

 

 

5° Guen, mariée, suivant Du Paz, à André de Vitré-

 

 

 

 

Guyomarch VII -trouvait l'héritage de son père à la merci d'un prince auquel les événements contemporains ne rappelaient que les guerres qui avaient mis les comtes de Léon aux prises avec son beau-père Conan et avec Henri, son père. Il profita de ses avantages pour diminuer la puissance de ces grands vassaux, en instituant une seigneurie rivale au sein même de la famille. Il avait attaché à sa personne le second fils du dernier comte ; c'est en sa faveur que fut réglé le mode de partage qui devait réaliser ces projets. S'il n'existait pas en ces temps de coutume écrite pour nous faire connaître les termes de la législation qui réglait l'ordre des partages, nous avons les précédents suivis dans cette baronnie et dans les autres pour constater que la portion réservée aux puînés était relativement modique. Et l'on ne peut pas douter davantage que cette même réserve était divisible par portions égales entre ces puînés. L'esprit du temps allait même bien plus loin en faveur des aînés, car, à dix années de là, le comte Geoffroi, avec l'assentiment des barons du pays, promulguait son Assise par laquelle il fut établi qu'aucun démembrement des grands fiefs ne pourrait avoir lieu au profit des cohéritiers mâles. C'est la maxime reproduite dans les Etablissements de Saint-Louis, en ces termes si connus : Baronnie ne se départ mie entre frères. C'est à cette même époque que nous voyons, à côté d'un autre frère qui ne peut évidemment obtenir de pareils avantages, Hervé investi de plusieurs fiefs importants au cœur même du comté et d'autres domaines considérables. Son partage comprenait les terres de Landerneau et la Roche-Morice, Coëtmeur-Daoudour, Pensez et Penhoët, en Léon, de Plogastel-Daoulas et Crozon. en Cornouaille, et Bourgneuf. près de Carhaix, au pays de Poher. Ce sont du moins les possessions que nous retrouvons aux mains de ses prochains descendants. Les comtes avaient pour siège de leur mouvance les grandes juridictions de Brest, Saint-Renan, et celle de Lesneven, qui avait un ressort très-étendu et dont relevaient les réguaires de l'évêché. Quant à la ville de Morlaix, à son territoire, et au ressort de Lanmeur, ils étaient restés aux mains du comte Geoffroi. La mort de ce prince, qui laissait sa veuve enceinte de l'héritier de la couronne, et la guerre engagée entre Henri II et Philippe-Auguste, parurent à Guyomarch des conjonctures favorables pour recouvrer Morlaix, qu'il surprit en 1188. Profitant d'une trêve avec son ennemi, le terrible Plantagenet fut bientôt en Basse-Bretagne. Le château de Morlaix fut attaqué à l'aide de machines de guerre et occupé après une défense dans laquelle les assiégés subirent toutes les horreurs de la famine (1187). Heureusement pour le comte de Léon, Henri avait plus de souci de se défendre contre Philippe-Auguste que de se livrer au plaisir de la vengeance. Il se borna à exiger que Guyomarch vint avec ses hommes grossir les rangs de son armée, dont les entreprises, bientôt suivies de la mort du chef, (1189), ne furent point heureuses. Constance après avoir perdu son beau-père, eut à subir d'indignes traitements de la part de Richard Cœur-de-Lion, qui lui succédait. Hervé prit alors les armes avec les autres barons du pays pour obtenir la liberté de la duchesse. Richard ne les attendit pas, il marcha contre eux ; ils se réfugièrent en Basse-Bretagne, mirent le jeune Arthur en sûreté dans le château de Brest, et, sous les ordres du comte de Léon et du vicomte de Rohan, ils combattirent si vaillamment les cotereaux du roi d'Angleterre, que ce prince essuya une complète déroute (1197). On retrouve Guyomarch et son frère Hervé parmi les seigneurs qui se réunirent, après l'assassinat d'Arthur, pour aviser aux affaires de l'Etat (1203-1204) et venger cet odieux attentat. Guillaume le Breton, qui a écrit en vers épiques la vie de Philippe-Auguste, n'y a point oublié ces deux guerriers lorsqu'il célèbre les victoires de son héros sur Henri II. Richard, s'entretenant avec son père des preux qu'ils comptaient dans leur camp, lui raconte en ces termes des traits de la force prodigieuse de Guyomarch dont il avait été témoin, à la cour, sans doute, du comte son père : Quid Paganellos (les Paynel) referam geminosque Leones Britigenas fratum Herveum cum Guidomarho Quorum presidio generosa Leonia pollet ? Hic nuper coram nobis durissima pugno Tempora fregil equi moriem que subire coégil Ichnomonumque sui patris nibilominus ictu Solius pugni, praegrandi corpore monstrum Coram paire suo morti succumbere fecit. (Liv. m, vers 245, etc.) Ce seigneur, dont la patience, suivant ce portrait, n'égalait ni l'intrépidité, ni la vigueur, mourut en 1208, laissant de Margilia, sa femme, dont la famille n'est pas connue :

 

 

1° Conan, qui suit ;

 

 

2° Salomon, qui assista aux Etats de 1203 et 1225, à la fondation de la ville de Sainl- Aubin-du-Cormier, et qui fut gouverneur du château de Guarplic en 1234 ;

 

 

3° Hervé, mentionné aux nécrologes de Daoulas et de Lande- venec, qui mourut en 1218, au retour de la Terre-Sainte.

 

 

 

Conan -dit le Bref ou le Court avait assisté avec son père aux Etats tenus à Vannes en 1203. Il fut un des seigneurs qui eurent le plus à souffrir de l'esprit inquiet et avide apporté dans le gouvernement du duché par Pierre Mauclerc, à qui l'influence de Philippe-Auguste avait procuré l'alliance d'Alix, fille de Geoffroi II. Pierre, prétextant des usurpations faites par les comtes de Léon sur les attributions du domaine ducal, fondit sur leurs terres et s'en saisit si complètement qu'ils furent contraints de chercher asile dans les bois, et que leurs hommes de guerre furent réduits à vivre de pillage. Leurs intérêts n'étaient point isolés; le sentiment d'un danger commun rallia autour de Conan le comte de Goëllo, le vicomte de Rohan et la noblesse de Tréguier. L'attaque d'Amaury de Craon. sénéchal d'Anjou, contre Pierre Mauclerc, survint alors pour les aider à se débarrasser de ce dernier, qui vit plusieurs des châteaux de son fils tomber au pouvoir des seigneurs qu'il avait provoqués. Se sentant trop faible pour leur résister, il essaya de les diviser et y réussit. Mais l'échec que les barons essuyèrent en 1222, à Châteaubriant, n'ébranla pas la résistance du comte de Léon, et Pierre finit par reconnaître ses droits. On ne sait pas en quelle année mourut Conan. Les enfants qu'il eut d'une sœur d'Alain, comte de Penthièvre, sont :

 

 

1° Guyomarch, qui suit ;

 

 

2° lsabeau, mariée à Alain VI, vicomte de Rohan, qui mourut en 1266.

 

 

 

 

Guyomarch VIII, -dans le cours des expéditions par lesquelles il se formait au métier des armes avant de recueillir l'héritage de son père, prit part à la glorieuse bataille de Bouvines, en 1214, parmi les quarante bannerets bretons qui combattaient dans l'Ost de Philippe-Auguste. Le génie turbulent de Pierre Mauclerc n'avait pas moins agité la France que la Bretagne. Il avait, à la satisfaction des seigneurs Bretons, été condamné par saint Louis, pour crime de félonie, à perdre l'administration du duché. Guyomarch entra avec les principaux barons du pays dans le traité que le Roi leur fit offrir pour assurer l'exécution de cet arrêt. Il s'agissait ensuite de constater les anciennes prérogatives de ces grands vassaux, pour obtenir le redressement des infractions et des empiétements du coupable. Ce fut l'objet d'enquêtes préparées pour être soumises à la justice royale, qui les prit en considération. Il y est établi que les barons pouvaient disposer naguère, par acte de dernière volonté, de la tutelle de leurs héritiers mineurs; en un mot, que les ducs ne s'arrogeaient alors ni ce droit de tutelle qu'on nommait le bail, ni celui d'exiger l'hommage des hommes de leurs vassaux. Les droits des com tes de Léon sont plus spécialement consignés dans l'enquête faite à Tréguier en 1235. On y lit qu'ils étaient en possession du droit de bris sur le littoral de leurs domaines, qui, pour le pays de Tréguier, s'étendait, sous Guyomarch VII, depuis Morlaix jusqu'aux environs de Lannion, et qu'ils avaient la régale dans l'évêché de Léon. On y voit que leurs cadets tenaient en juveigneurie, et que Pierre Mauclerc avait brûlé les lettres de restitution octroyées à ce dernier comte par la duchesse Constance et son fils Arthur. Guyomarch VIII assistait, avec Hervé de Léon, sieur de Noyon, à l'entrée solennelle de Jean-le-Roux, comme duc de Bretagne, dans la ville de Rennes, en 1237; il prit la croix en 1238; mais il mourut avan 1239, année du départ des croisés, avec lesquels il devait suivre 'expédition. On ignore le nom de sa femme, dont il ne laissa que Hervé qui suit.

 

 

 

 

Hervé IV -vendit, au duc Jean-le-Roux, la ville, le château et le port de Brest, par transaction passée à Quimperlé, en 1239, pour une rente de 50 livres. Les termes de cet arrangement, préparé par des contestations, font voir que l'habile et avide suzerain avait commencé par mettre un pied dans la place . Cette cession, peu conforme au droit public de la Bretagne, qui ne permettait pas aux ducs d'acquérir de leurs sujets, pouvait, sous d'autres rapports, ne pas l'être à la justice. On vit du moins, l'année suivante, le comte de Léon, et le vicomte son parent, marcher sur Quimperlé et en brûler le château, pour protester contre le traité qui lui enlevait la ville de Brest. Cela n'empêcha pas Hervé d'aliéner au même duc, en 1254, ses droits dans la succession d'Isabeau de Léon, sœur de son père. L'histoire ne parle plus d'Hervé IV, qui mourut en 1264. laissant de Marguerite, dont on ignore le nom de famille :

 

 

1° Hervé V, son successeur ;

 

 

2° Alain, qui vivait en 1277 ;

 

 

3° Anne, mariée à Roland de Dinan, seigneur de Montafilan ;

 

 

4° N... de Léon, qui épousa successivement Guillaume de Plouerel Hamon Chenu.

 

 

 

 

Hervé V, -dernier comte de Léon, qui trouvait les domaines de sa famille démembrés par la politique d'un prince décidé à abaisser tout ce qui pouvait lui porter ombrage, devint une proie facile pour cet ennemi caché. Sous ce chef prodigue et sans dignité, la grandeur de la maison de Léon, déjà ébranlée, allait s'affaisser par un rapide et effrayant déclin. Ce fut en vain que Riou de Pénanros. sénéchal du comté, essaya d'en rétablir les affaires, en rachetant des terres aliénées. En moins de douze ans, Hervé eut aliéné pièce à pièce son comté à Jean-le-Roux, et sa ruine était complète. Pour juger de l'état auquel Hervé-le-Dissipateur était réduit en 1277, il suffira de lire l'acte suivant, lequel constate qu'il ne lui restait plus rien, pas même le titre de son ancienne seigneurie : « A tous ceux qui orront et verront ces présentes lettres, Hervé jadis viscomte de Léon.... sachent tous que comme noble homme notre chier seigneur J. duc de Bretaigne nous eut donné un bon d'estrier pour mener o nous outremer, nous avons le dit d'estrier vendu è en avons receu le pris et nous tenons pour bien paièz do dit destrier.... et do dit cheval » quitons le dit duc. » On sait qu'il était mort avant 1281, car Catherine de Laval, dame de Landevran, sa veuve, recevait alors de Jean-le-Roux une rente de 80 livres pour lui tenir lieu des héritages affectés à son douaire. Sa naissance, plutôt que sa fortune, facilita l'établissement d'Anne, sa fille unique, qui épousa Prigent, vicomte de Coetmen. Ainsi finit cette lignée de nobles barons qui avaient tenu l'épée et le sceptre de la Bretagne dans ses jours les plus difficiles, qui avaient été le rempart de son indépendance contre les rois francs, ses défenseurs contre les Normands barbares. contre ceux non moins terribles de la race des Plantagenet, et les plus fidèles soutiens des vieux droits et de la nationalité du pays. Leur chute, malheureusement indigne de si glorieuses destinées, fut un grand pas vers l'unité de la puissance souveraine, qui acheva plus tard de s'élever sur les ruines des maisons de Penthièvre et d'Avaugour

 

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Published by poudouvre
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