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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 05:38

 

 

 

Voici un extrait de l'ouvrage de Charles de La Monneraye Essai sur l'histoire de l'architecture religieux en Bretagne aux 11e et 12e nous décrivant le lieu :  Quand on pénètre à l'intérieur de ce monument, on est, il est vrai, singulièrement impressionné par le caractère étrange de son architecture, l'originalité de son plan, et le jour douteux que laissent passer ses étroites fenêtres ; tout cela respire un air de haute antiquité. Mais bientôt, et après un examen plus at tentif, la hauteur de ces robustes piliers enveloppés de longues colonnes , l'élévation de ces arcades et de ces voûtes, ces parois encore tapissées de colonnes entre lesquelles s'ouvrent des baies cintrées dont quelques-unes sont ornées de colonnettes, tous ces détails ne paraissent pas pouvoir appartenir au commencement du  XI e siècle. Et cette abside sur la surface extérieure de laquelle les contreforts sont remplacés par des colonnes, et cette crypte voûtée dont les chapiteaux sont si riches ; tout cela serait du commencement du XI.e siècle. Pour nous, il ne nous semble pas possible de l'admettre. Il est vrai, au sujet de la crypte dé Quimperlé, que quelques archéologues semblent disposés à croire que cette partie aurait été construite postérieurement au reste de l'édifice. Le seul motif qu'on pourrait alléguer de cette opinion, c'est l'ornementation plus soignée de ses chapiteaux. Nous ne saurions lutter formellement contre cette appréciation, encore bien que nous n'y inclinions pas, parce que nous ne pouvons nier la différence qu'on invoque. Cependant, qu'on nous permette de faire observer que le plan de cet important édifice offre un ensemble parfait; qu'on avait coutume, an moyen âge, de commencer la construction des églises par la partie orientale ; que le Saint-Sépulcre de Jérusalem , dont la forme a sans |doute inspiré celle de Sainte-Croix, offre à l'orient une construction analogue ; que les colonnes qui garnissent extérieurement l'abside portent des chapiteaux plus simples que ceux du chœur et du collatéral, et quelques-uns même lisses; qu'il est difficile de com parer parfaitement les chapiteaux de la crypte à ceux du chœur, à cause du badigeon sous lequel ces derniers sont à demi-cachés; enfin, qu'à, la grande rigueur, la différence qu'on signale pour rait s'expliquer par les caprices divers, ou la différence de talent de deux ouvriers tailleurs de pierre, ou encore par un autre motif que nous dirons un peu plus bas. Quoi qu'il en puisse être, selon nous aucune partie de l'église de Sainte-Croix ne remonte à la fondation primitive, mais elle aurait été construite dans le XIIe, ou tout au plus commencée dans les dernières années du XIe siècle. Rappelons qu'à cette époque le monastère de Quimperlé était gouverné par un illustre et puissant abbé, Benoît de Cornouailles, en même temps évoque de Nantes. Nous avons donné en commençant une idée des largesses qu'il savait attirer sur la sainte maison; rappelons encore que l'an 1083, le corps du bienheureux Gurloës fut tiré de son tombeau, et qu'outre sa fête particulière, on en célébrait une autre sous le nom de Translation ; qu'en fin le Cartulaire de Quimperlé indique, sous la même date 1083, Je commencement d'une restauration de l'église de Sainte-Croix.

 

 

 

 

Ne faut-il pas voir dans ces faits l'indice d'une reconstruction commencée sous les auspices de Benoit de Cornouailles, et dont les travaux se seront continués jusqu'à une époque plus ou moins avancée du XIIe siècle? -Mais on nous dira peut-être que le mot latin restauratio emporte avec soi l'idée de réparations, et non d'une reconstruction totale de l'édifice. Et eu effet, quelques archéologues, parmi lesquels on doit compter M. Mérimée, ont pensé pour ce motif que la date de 1083 devait s'appliquer seulement à la reprise de la partie supérieure des murs de Sainte-Croix, le reste appartenant aux constructions d'Alain Cagnard. Nous ne pouvons, nous l'avons dit, admettre cette opinion, et nous ne désespérons pas de faire accepter la nôtre, en faveur de laquelle il nous reste encore quelques considérations à faire valoir. Nous ne sommes pas seuls à avoir pensé que l'abbé Benoit, mort à Quimperlé en l'an 1115, pourrait bien n'être pas étranger à l'édification de l'église actuelle de Sainte-Croix. Nous lisons dans un manuscrit conservé à la bibliothèque de Quimper et dont l'auteur, Dom Placide Le Duc était moine de l'abbaye de Sainte de l'abbaye de Sainte Croix, le passage suivant : « L'an 1083, suivant notre chronique, on leva de terre le corps de saint Gurloës. La chronique ne dit que ces mots ln hoc anno beali Gurloesii corpus de tumulo erigitur. » Les mémoires de Redon ajoutent que cette élévation se fit en présence du duc Hoël, de ses deux enfants Alain, l'aîné et Mathias et d'une infinité de monde. En la même année la chronique met le rétablissement de l'église de Sainte-Croix, restauratio ecclesiœ Sanctœ Crucis. Il n'est pas à croire que le comte Alain ayant bâti le monastère et cédé sa maison pour faire une église, en eût fait une si misérable que depuis 1029 jusqu'à 1083, qui fait 54 ans, elle eût menacé ruine. Je penserais plutôt que notre abbé évêque, ayant l'âme aussi grande que la naissance, et ne trouvant pas l'église assez magnifique, en aurait fait abattre ce qui était trop chétif et » l'aurait fait voûter et accommoder de la manière que nous la » voyous encore, excepté le côté qui donne sur la rue du Château qui a été refait par Guillaume de Villeblanche. L'on aurait pu alors prendre occasion de lever le corps de saint Gurloës en changeant l'église. Mais si, contre l'opinion de D. Placide Le Duc et la nôtre, on persiste à appliquer la date de 1083 seulement à la partie supérieure des murs, il faudra bien admettre une reconstruction a une autre époque quelconque, puisqu'on célébrait au monastère une seconde dédicace différente de celle qui fut faite l'an 1029, sous Alain Cognard. C'est un renseignement que nous empruntons encore à Dom Le Duc et qui ne nous paraît pas sans importance : « On célèbre, dit-il, une dédicace de l'église de Sainte-Croix, le 4 mai, le lendemain de l'invention de la sainte Croix. Ce ne doit pas être la première dédicace, puisque notre histoire marque expressément que notre fondation et bénédiction de saint Gurloës notre premier abbé se fit le jour de l'Exaltation de la sainte Croix (qui est le 14 septembre). Je mettrais donc assez probablement notre dédicace à ce rétablissement de l'église, car l'on était dans ces temps-là plus exact pour la consécration des églises que l'on n'est pas à présent. »

 

 

 

 

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Published by poudouvre
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