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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 09:40

 

L'étude du Cartulaire de Redon par Aurélien de Courson donna lieu à un chapitre consacré aux limites de la Domnonée et à ses princes. Il existait dans l'Île de Bretagne une contrée à laquelle Ptolémée, Solin et Saint-Gildas donnent le nom de Domnonée, et qui, selon les plus savants archéologues anglais renfermait le Cornwall actuel, le comté de Devon et une partie du Somerset. C'est dans la dernière partie du Ve siècle si l'on en croit l'hagiographe Gudestin, qu'un prince, sortit de cette Domnonée insulaire, aurait pris, de ce côté ci du détroit, le titre de Domnonicus dux. Ce nom restreint d'abord au petit territoire où s'était fixés Riwal Ier et son compagnon d'exil s'étendait à une contrée beaucoup plus vaste, lorsque vers 513 ou 514, un second Riwal, qui régnait au sud-ouest de la Tamise, sur une autre peuplade de Dumnonii, vint aborder avec une flotte très nombreuse, sur la côte septentrionale de l'Armorique. L'énergie, l'habileté du princes domnonéen, devant lequel les pirates germains durent abandonner les rivages qu'ils infestaient, lui assurèrent une véritable suprématie sur les autres tyerns établis dans le pays. De là l'origine du petit royaume de Domnonée, qui comprenait selon D. Lobineau les diocèses de Tréguer, Saint-Brieuc, Saint-Malo et Dol. Notre studieux compatriote, M. de la Borderie, a réuni et publié les textes sur lesquels se fonde l'assertion du docte bénédictin. Ce sont d'abord quelques passages de la Vie de saint-Samson, document des plus importants, puisqu'il émane d'un écrivain contemporain. Cette légende rapporte que Judual, l'un des descendants de Riwal II, régnait au VIe siècle, sur toute la Domnonée. Or, comme le pays de Dol, où saint-Samson avait fondé un grand monastère, faisait partie de cette contrée, il en résulte qu'elle devait s'étendre jusqu'au Couesnon. Des bords de ce fleuve, une très ancienne notice du Cartulaire de Landévénnec en fait foi, elle s'étendait jusqu'à la rivière de Morlaix, qui, vers la fin du XVIIIe siècle, servait encore de ligne de séparation entre les diocèses de Saint-Pol de Léon et de Tréguer. Au sud, comme il a été dit plus haut, à partir des sources de Kefleut, aux environs de Bourgbriac, confinait à la Cornouaille, dont elle était séparée par la chaîne des monts Arez. Mais en se rapprochant de l'est, la frontière domnonéenne descendait beaucoup plus bas : plusieurs Vies des saints nous apprennent, en effet, que deux princes de ce pays avaient des résidences, l'un près du monastère saint-Jean de Gaël, l'autre au sud de la célèbre forêt de Brecilien ; que saint-Léri, occupait, non loin de Mauron, un territoire concédé par saint-Judicaël, le fondateur de l'abbaye de Penpont, et que, à quelque distance, se trouvaient d'autres paroisses de l'évêché d'Alet qui dépendaient du même territoire. M. de la Borderie a constaté que, de Bourgbriac à la limite franco-bretonne, la frontière domnonéenne fut toujours indéterminée et très variable. Mais quoi qu'il en soit, on se peut représenter, avec une exactitude suffisante, l'étendue du royaume de Domnonée, en se rappelant que Le Baud et Lobineau l'assimile à l'apanage primitif d'Eudon de Penthièvre, frère d'Alain III, duc de Bretagne ; apanage qui, à peu de chose près, embrassait, nous le répétons les quatre diocèses dont il nous reste à parler, c'est à dire, Tréguer, Saint-Brieuc, Saint-Malo et Dol.

 

 

Aurélien de Courson de poursuivre : A la suite de graves événements dont la trace, cependant, s'aperçoit à peine dans l'histoire, Corseult, l'antique capitale des Curiosolites, avait été anéantie. Alet, qui, vers la fin du IVe siècle, servait encore de résidence à un préfet des soldats de Mars, ne paraît pas avoir échappé non plus aux ravages exercés dans la péninsule par les pirates germains. La ville était en effet presque déserte, lorsque de nombreux essaims de fugitifs bretons vinrent aborder sur ses rivages en 513. Riwal II, leur chef, ayant réussi à fonder une nouvelle Domnonée dansla région septentrionale de la péninsule, le port d'Alet reprit toute l'activité qu'il avait perdue. Toutefois,quoique les Bretons, chrétiens pour la plupart, dominassent complètement dans le pays, on voit, par la Vie de saint Malo, que la cité dont il fut véritablement l'apôtre renfermait une population presque entièrement païenne vers le milieu du VIe siècle. Maclovius, auquel on donne aussi le nom de Machutus, était né, selon le P. Le Large et Dom Lobineau, « dans le pays même dont il fut le premier évêque.» Mais le fait n'est point énoncé dans les deux anciennes légendes publiées par D. Mabillon et par D. Morice. Ce qu'il y a de certain, c'est que, bien jeune encore, Malo fut confié aux soins de saint Brendan qui l'éleva dans son monastère de Lan-Carvan, au pays de Cambrie Sous un tel maître, la piété, la vertu, les talents du jeune Breton jetèrent un si vif éclat, que, l'évêque du pays étant mort, les habitants demandèrent à grands cris que Malo lui fût donné pour successeur. Le saint jeune homme protesta autant qu'il fut en lui; mais, malgré son refus et ses larmes, il fut élevé à l'épiscopat. Pour échapper au fardeau, le seul moyen c'était de fuir. Malo n'hésita pas; ayant fait avertir quelques disciples, il s'embarqua furtivement avec eux, et leur vaisseau, guidé par un ange, dit l'hagiographe, vint aborder non loin d'Alet, dans l'île de Cézembre. Après plusieurs années passées dans cette solitude, le jeune anachorète alla s'établir dans une autre île, plus rapprochée de l'antique cité. Là, de pieux chrétiens, comme lui fatigués des bruits du monde,venaient incessamment se placer sous sa discipline, lorsque le peuple d'Alet, lui faisant violence à son tour, le choisit pour évêque. 

 

 

L'étendue de la Domnonée armoricaine -les noms de lieux en -cran

 

 

En rendant compte du Celtic Britain de M. Rhys dans le n° 3 du tome VII de la Revue celtique, M. d'Arbois de Jubainville n'attribue, suivant en cela l'opinion de M. de Courson et celle de M. de la Borderie, aux Domnonii émigrés en Armorique que les évêchés de Dol, Saint-Malo, Saint-Brieuc, Tréguier : celui de Léon reste en dehors. Depuis que l'on connaît la valeur exacte de la vie de saint Paul Aurélien, d'après la tradition le premier évêque de Léon, il est impossible de ne pas comprendre le Léon dans la Domnonée. Le biographe de Paul-Aurélien, Wrmonoc, moine de Landévennec, qui écrivait au IXe siècle et dont l'oeuvre a été conservée dans un manuscrit du Xe siècle, passé dans la bibliothèque d'Orléans, publié par M. Cuissard (, met formellement Ploudalmezeau, qui est en plein pays de Léon, en Domnonée, ainsi que le pagus d'Ach: « devenit (Paulus) ad quamdam plebem pagi Achmensis quam antiquo vocabulo Telmedoviam appellant. Ipse autem pagus Domnonensis patrioe quædam pars est occidentem versus constituta. » Les deux pagi de Léon et d'Achm étaient, il est vrai, gouvernés par des princes particuliers, mais sous la suzeraineté des rois de Domnonée. C'est ainsi que Judwal qui régnait sur toute la Domnonée, suivant le biographe de saint Samson, après une visite à Paul Aurélien dans le Léon, revient à ses domaines propres. Il est maître absolu de la plus grande partie de la Domnonée, suivant le même biographe de Paul-Aurélien : « Juduualus Domnonensis patrise magna ex parte dux nobilissimus. » Le roi de Domnonée Judael va chasser .sur les terres d'Ausoch, prince de Léon, son client, à Treffles (Tribum Lesise), à l'ouest, sur les confins du Kemenet-Ili et du pagus de Léon. M. d'Arbois de Jubainville attribue aussi à quelques Gaëls fourvoyés parmi les Domnonii deux noms de lieux mentionnés dans le cartulaire de Redon dont le premier terme cran signifierait bois et serait la forme gaëlique répondant au pren breton. M. Le Men a eu la même idée, d'après le même passage du cartulaire. Or il ne paraît nullement résulter du contexte que cran ait le sens de bois : Notum sit omnibus quod dedit Portitoe et Connual Cranuuikant et Cranquarima et quicquid potuissent eradicare de silva, in elemosina pro anima sua et pro hereditate, in regno Dei, ad monachos Rotonenses. Si ces deux cran indiquent la forêt, comme ils sont donnés en toute propriété, la permission d'arracher du bois ne s'explique plus. Ces mots et quicquid potuissent eradicare de silva montrent au contraire clairement que la forêt est distincte de Cranuuikant et de Cranquarima. Au surplus ces deux localités sont en Plebs Catoc (Pleucadeuc), et par conséquent dans Bro-Weroc. et nullement sur le territoire des Dumnonii. Ajoutons qu'il y a un grand nombre de cran actuellement dans le Morbihan et dans le Finistère. Quel qu'en soit le sens, ils n'ont pas été semés dans la péninsule par des Gaëls Dumnonii. Il n'est pas sûr non plus que les noms comme Finit soient gaéliques. Un seul nom paraît dans le cart. de Redon bien manifestement gaélique, c'est Firinan, app. 357. Encore faut-il faire entrer en ligne de compte l'ignorance du copiste qui a souvent mal lu. Enfin, rencontrerait-on quelques Gaëls en Armorique, qu'il ne serait nullement permis de les faire venir de la Dumnonia insulaire plutôt que de telle autre partie de la Grande-Bretagne, plutôt même que des pays gaéliques. Plusieurs saints bretons sont donnés comme irlandais, notamment Briac, Ronan, Vougay, Sezni, etc.Le monachisme irlandais était assez riche et assez fécond pour essaimer jusqu'en Armorique. Nous savons que les moines de Landévennec au IXe siècle suivaient les règles, les usages et le costume des moines irlandais. Joseph Loth 

 

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Published by poudouvre
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