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28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 07:53

« Le second jour de novembre 1653, je, soussigné, recteur de la paroisse de Néant, ai baptisé Anne-Toussainte de Volvire de Ruffec, fille de haut et puissant seigneur messire Charles de Volvire de Ruffec, comte du Bois-de-la-Roche, Bedée, le Rox, Binio, Châteautro, Saint-Guinel et autres lieux; -et de haute et puissante dame Anne de Cadillac, sa compagne et épouse. -Parrain, Jean Gaspais; marraine Julienne Nouvel, pauvres. » Signé : Jean Riou, recteur de Néant. Anne de Cadillac était fille de Louis du nom, seigneur de la Ménauraie, et de Marie de Quélen. Ce manoir dépendait du grand fief des Rohan-Guémené et était situé dans la paroisse de Locmalo. -Elle avait un frère, nommé Jean, qui ne se maria point. Tous les deux avaient été élevés dans les sentiments d'une véritable piété. M. et Mme de Volvire accueillirent la naissance de leur première née avec un grand bonheur ; toute la famille fut dans la réjouissance. Ils la regardèrent comme un don du Ciel ; et c'en était un en effet; mais les pensées de Dieu sont souvent différentes de celles des hommes. Les années suivantes, ces dons se multiplièrent. Ces bons époux ne firent point de calculs avec la Providence, qui les bénit comme les patriarches. Les registres de la paroisse de Néant nous fournis sent les noms de Joseph de Volvire, né le 16 octobre 1654 ; -de Jean-Philippe, né le 11 février 1656; -de Marie-Charlotte, née le 9 décembre 1658 ; -de Geneviève, née le 13 janvier 1661; -de Béatrice, née le 27 février 1665 ; -de Marguerite, née le 8 juillet 1666; -d'Agathe-Blanche, née le 10 février 1670; -enfin, de, Clément, né le 8 septembre 1673. Nous voyons donc neuf enfants, et nous ne sommes point certain que notre relevé soit complet, ou que quelqu'un n'ait été inscrit sur le registre de quelque autre paroisse. Anne-Toussainte tint aussi plusieurs enfants sur les fonts du baptême. Nous en nommerons quelques-uns : d'abord, c'est sa sœur Béatrice, le 27 février 1665. L'année suivante, elle assistait, dans la chapelle du château, aux cérémonies du baptême de sa sœur Marguerite ; sa signature, apposée dans ces deux circonstances, montre une belle écriture et une instruction avancée pour son âge. Si deux pauvres habitants de la campagne avaient été les témoins et les garants de la rénovation spirituelle de Mlle de Volvire, elle rendit ce bienfait sans parcimonie. Le ler juillet 1650, à l'âge de sept ans, elle tenait sur les fonts sacrés Toussainte Le Mercier ; le 27 juillet 1666, Mathurin Le Sourt ;le 23 février 1667, Françoise Boisnon ; le 2 septembre 1675, Anne Coquand, dont M. Jean-François d'Andigné, seigneur d'Arradon, fut le parrain. On pourrait relever d'autres faits pareils ; mais ceux-ci suffisent pour nous montrer que Anne, dès son enfance, éprouvait déjà ces élans de charité qui, un jour, produiront de. doux et beaux fruits. Charles de Volvire et Anne de Cadillac n'avaient qu'à suivre les traditions de leurs ancêtres, pour comprendre leur mission dans l'éducation de leurs nombreux enfants. Pendant les guerres civiles et religieuses de la fin du XVIe siècle, les habitants du château du Bois-de-la-Roche avaient toujours été pour le catholicisme. Dans sa jeunesse, grâce à la haute position de son père, M. Charles de Volvire avait vu le grand monde. Il avait conservé des rapports avec des parents et des connaissances de la capitale, dont quelques-uns occupaient de hautes fonctions dans l'Etat. Vers 1668, il eut besoin d'aller à Paris, et, croyant être utile à sa fille bien-aimée, il la mena avec lui. Il lui fit voir le monde, qui prodi gua ses compliments. Père sensible et heureux, il voulut, à l'instar d'autres familles, faire prendre le portrait de sa chère enfant ; elle s'orna de ses plus beaux atours, et posa devant un peintre habile. Ce portrait existe encore au château du Bois-de-la-Roche. Ci-dessous d'après les éditions Le Flohic.


 


 

On peut toujours le lire, quoique un peu vieilli. Il est placé dans un grand salon, et encadré dans un fond de mur, qui semble avoir été fait pour le recevoir. La jeune fille est reproduite dans sa grandeur naturelle. Son front, pur et élevé, est ceint d'une tresse de cheveux blonds retenue par un peigne perlé. Ses yeux bleus, limpides et vifs, brillent sur un figure rose et fraîche. Un collier de perles resplendit autour du cou, tandis que des bracelets précieux parent les avant-bras. La robe, à forme décolletée, de couleur bleu-cendré, relevée par des nœuds autour du corsage, est garnie de riches fleurs. De la main droite, Anne tient une magnifique guirlande, qui vient, à gauche, se perdre dans des ombres. En face, est une table splendidement garnie, sur laquelle repose une riche corbeille. On croirait que ce tableau ressemble à un délicieux parterre, au milieu duquel resplendit une intelligente et gracieuse figure, que le monde caresse, et qui paraît prête à se donner à lui. L'antique manoir du Bois-de-la-Roche, reconstruit par Philippe de Montauban, augmenté d'une aile par Henri de Volvire, était splendide au milieu du XVIIe siècle! La partie nouvelle, jointe à la partie ancienne, formait une espèce de fer à cheval, dont le portail principal s'ouvrait au coin du parc. Là, une route droite, prenant à gauche, se rendait vers la rivière du Livet, au sud. A environ trois ou quatre cents mètres sur le bord du chemin, était une vieille carrière de pierres, à pic et profonde, déguisée par des bois taillis et autres, qui étendaient leurs branches sur l'abîme. Cette carrière, dont le filon était épuisé, fournit sans doute autrefois les matériaux de construction du manoir et des maisons environnantes. Quoique comblée en partie par les éboulements successifs et les détritus des feuilles, elle a encore aujourd'hui une vingtaine de mètres de profondeur. Nous allons voir, dans un moment, que ces détails ne sont pas inutiles, et qu'un fait important va se passer ici. Anne-Toussainte avait dix-sept ans en 1670. Pleine d'espérances et de grâces, elle était recherchée par plusieurs prétendants. Elle repoussait leurs hommages ; car, en secret, elle aimait un jeune gentilhomme du voisinage, qui avait, aux yeux de son père, le tort de ne posséder qu'une médiocre fortune. Pressé entre le désir de voir sa fille choisir un autre pour époux, et la crainte de la voir malheureuse, il eut l'idée de réunir, dans une grande partie de chasse, un certain nombre de jeunes seigneurs. En leur donnant une fête brillante, où chacun montrerait tout son savoir-faire, il mettrait ainsi Anne-Toussainte, qui serait l'héroïne de la circonstance, à même de faire un choix important et d'avenir. La réunion fui considérable, et chaque invité voulut, en effet, resplendir de tous ses avantages : riches costumes, magnifiques livrées, somptueux équipages, meutes bruyantes, arrivèrent" de toutes parts, le matin du jour indiqué. MIle de Volvire, en costume d'amazone, accompagna la chasse sur un beau cheval, qu'elle conduisait avec grâce et dextérité. Elle marchait auprès de son père, songeant surtout au bonheur d'échanger, de temps en temps, un furtif coup d'oeil avec celui que son cœur avait choisi, et qu'elle savait toujours retrouver dans la foule. Tout à coup une fanfare éclatante et inattendue frappe l'oreille de son cheval; l'animal éperdu fait un bond, prend sa course, franchit l'espace avec la rapidité de l'éclair, arrive sur le bord de la carrière, déguisée par quelques feuillages, et, n'étant plus maître de lui-même, s'y précipite épouvanté.... La foudre n'est pas plus rapide que cette course effrénée. Un frisson glacial s'empare de tous ceux qui entourent la noble demoiselle. L'un d'eux, et on devine lequel, surmonte immédiate ment son épouvante; son œil ayant tout entrevu, il lance son coursier... et regarde le précipice, au fond duquel gît, palpitant et broyé, le cadavre d'un cheval. La jeune fille, détachée de la selle, est restée suspendue au-dessus de l'abîme, accrochée par la robe à quelques branches fragiles, que le moindre effort peut briser. Elle est évanouie; rien n'indique qu'elle ait quelque connaissance de sa position. L'intrépide jeune homme n'écoute que son courage et son cœur. Au péril évident de sa propre vie, il veut délivrer celle dont il avait deviné et pressenti les sympathies. Après d'incroyables efforts, il y parvient, mais le Ciel lui était venu en aide. La compagnie, arrivée dans un instant, avait tout vu, et, dans un frémissement de terreur impossible à décrire, avait coopéré, dans la mesure de ses forces, au salut de la jeune fille. M. de Volvire fut plongé dans la stupeur et l'anéantissement; son cœur fut brisé, sa tête comme perdue. Il ne revint de son désespoir qu'en revoyant sa chère enfant hors de péril, confondant avec elle et avec le jeune homme ses larmes et sa reconnaissance. Quand le calme se fut fait et que la raison eut repris le dessus, Charles de Volvire prit les mains de sa fille , et, les unissant à celles du jeune homme qui venait de la sauver: « Anne, lui dit-il, mon enfant bien-aimée, voilà votre époux. Il est digne de vous. Soyez heureux tous les deux... Il ne put rien ajouter; son émotion étouffa sa parole. -« Mon père, répondit la jeune fille, d'une voix pénétrée et solennelle, il est trop tard... L'union que vous m'offrez aurait fait tout mon bonheur, il y a quelques instants; maintenant, il m'est défendu de l'accepter. Je suis reconnaissante plus que je ne puis l'exprimer..., mais je viens, dans le péril, de m'adresser à Dieu, qui, désormais, sera mon unique époux. » Malgré le refus que faisait Mlle du Bois de la Roche de fiancer le jeune gentilhomme dont on a parlé, ses parents espéraient la persuader et la faire entrer dans leurs vues. Ils espéraient que les sérieuses réflexions qu'elle avait faites pendant le danger auquel elle avait été exposée, s'effaceraient peu à peu de son esprit, parce qu'elle était fort jeune. L'envie de procurer à leur fille un mariage avantageux ne contribuait pas peu à leur donner cette confiance. Mlle du Bois de la Roche commença donc à l'âge de t6 à 17 ans à mener une vie pénitente qui l'a fait regarder après sa mort, et même pendant sa vie, comme une sainte. Elle s'habilla en sœur de retraite. Elle portait un habit noir et des coiffes carrées. Ceux des paroisses voisines, instruits de l'amour de Mlle du Bois de la Roche pour les malheureux, lui demandent du secours. Elle distribue à tous son revenu et tout ce que son industrie lui procure. Un jour, sa servante Invertit qu'un pauvre venait de changer son habit pour n'être pas reconnu, et, par cette fraude, recevoir deux aumônes dans le même jour. Elle ne donna pas seulement du pain à ceux qui avaient faim; mais elle couvrit les nus. Elle avait à gage un tailleur nommé Joseph Chaussée, qui travaillait habituellement pour les pauvres. Je puis dire de Mlle du Bois de la Roche ce que de saint homme Job dit lui-même : qu'elle ne refusa jamais aux pauvres ce qu'ils désiraient,- qu'elle ne fit point attendre en vain les yeux de la veuve, qu'elle ne mangea pas seule son pain, qu'elle le partagea avec l'orphelin, qu'elle ne négligea point de secourir celui qui n'ayant pas d'habit mourait de froid, ni le pauvre qui était sans vêtements. Les infirmes ont reçu d'elle tous les secours qu'ils pouvaient en attendre. Elle les traitait elle-même. Elle avait appris à les traiter à l'hôpital de Rennes. Elle y demeura quelque temps après être sortie de la maison de Retraite de la même ville où elle avait aussi passé quelque temps Elle donnait les bouillions, le linge nécessaire pour les changer. Il y eut dans la paroisse de Néant une maladie très-dangereuse. Plusieurs malades furent abandonnés. Les personnes saines n'osaient les visiter. Mlle du Bois de la Roche l'apprend ; elle vole à leur secours. Elle en prend un soin particulier. Elle les change elle-même de linge, et leur rend les services les plus bas. Si ses parents eussent su tout ce qu'elle faisait, le danger de perdre la vie où elle s'exposait, ils en eussent été très-mécontents: c'est pour leur en dérober la connaissance qu'elle ne visitait que la nuit la plupart de ces malheureux. L'ancien hôpital de la ville de Ploërmel était situé au bas de la rue qu'on nomme encore aujourd'hui la rue de l'Hôpital. L'air que les malades y respiraient y était très-mauvais. Il retardait les guérisons et souvent augmentait le mal. Mlle du Bois de la Roche, touchée de ces maux, mit tout en œuvre pour pouvoir en faire bâtir un autre dans un air plus sain. Elle eut la satisfaction de voir ses desseins accomplis. Elle contribua à cette bonne œuvre. Elle seule donna la majeure partie de l'enclos, et contribua, autant qu'elle put, aux dépenses qu'on fit pour bâtir la maison. A peine fut elle bâtie et meublée, qu'elle donna une grande partie de son temps au soin des pauvre et des malades... On veut placer à Paris, au collège de Louis le-Grand, deux de ses neveux. Ses parents la destinent pour les y conduire et les présenter. Elle y sent une grande répugnance. Malgré cette répugnance, elle y consent, mais à condition qu'elle porterait son habit de sœur de Retraite qu'ils voulaient lui faire changer. Pendant le court séjour qu'elle fit dans la France, on parla d'elle à Louis XIV. Ce grand Roi, qui faisait tant d'estime de la vertu, et qui honorait ceux qui la pratiquaient, voulut converser avec elle. Mlle du Bois de la Roche l'entretint avec esprit. Ce Roi, charmé de son esprit et de sa vertu, donna une somme d'argent pour l'aider à continuer ses bonnes œuvres : la piété n'ôte rien à l'esprit. Mlle du Bois de la Roche passe une grande partie de son temps à visiter et soigner les malades, et à soulager les pauvres : vous diriez qu'elle n'est plus propre pour le monde; cependant elle sait entretenir avec esprit le plus grand Roi de l'Europe, et l'intéresse adroitement au soulagement des malheureux de son pays. Elle fit, le 40 février 1694, un testament par lequel elle légua cinquante livres de rente à l'hôpital.de Saint-Brieuc et deux cents livres de rente à celui de Ploërmel. Elle mourut le 22 février 1694, dans une odeur universelle de sainteté. Le corps de Mlle du Bois de la Roche fut inhumé le 23 février dans l'église de Néant, près les fonts baptismaux, comme elle l'avait demandé dans son testament. Son tombeau a été, après sa mort, enlourè d'une grille de fer haute de trois pieds et demi; au dedans de cette grille on a placé un dais d'environ quatre pieds de hauteur ; il est ordinairement couvert d'une étoffe précieuse de couleur blanche. Ci-dessous d'après édition Le  Flohic.

 

 

 

 

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Published by poudouvre
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